Yann Frisch
Publié le 11/06/2014

Rêves lointains


Rêvons un peu, voulez vous...

Une certaine ethnie maya, vivant dans la forêt entre le Guatemala et le Mexique, est connue des anthropologues pour le rapport si particulier qu'elle entretient avec ses rêves. Chez eux, pas de théâtre, pas de chant, pas de danse ni de peinture. Bref, rien, à première vue, de ce que notre société appelle « Art ». Là-bas, l’essentiel de la créativité a lieu au lit. 

De quoi rêve-t-on chez les Mayas ?

D’abord, de plantes, de fleurs, d'animaux. Chacun ayant une signification bien particulière.
Rêver de voir un jaguar signifie que l’on verra prochainement arriver de (dangereux) touristes.
Si l’on rêve d’un pied humain, c’est en fait le pied d’un animal. Et si l’on rêve d’un pied animal, c’est forcément un pied humain. Dans le monde du rêve, tout est inversé, et les apparences sont toujours trompeuses.
Parfois, leur sommeil ne met en scène que des animaux.
Les Mayas sont eux-mêmes, le temps de la nuit, incarnés en animal.
Au matin, un des rares rituels qu'on leur connaît par ailleurs, est de se raconter mutuellement leurs rêves.
Ce qu'il y a d'étrange dans ce processus, c'est lorsque l'on s'aperçoit que ces derniers se répondent.
Parfois même, un habitant racontera qu'il a rêvé rencontrer un certain habitant d'un autre village, qui racontera lui-même avoir rencontré le premier durant son rêve.
Comme si l'espace du rêve était réellement un monde parallèle, commun à tous. Un "autre réel".

Extrait d’une petite discussion matinale entre deux enfants, rapporté par une amie ethnologue :

L'enfant : Cette nuit, j'étais un poisson. J’étais dans le lac et je disais : « l’eau est froide, c’est bien. »
Sa soeur : Oui, l’eau est froide le matin. Que faisais-tu dans l’eau froide ?
L'enfant : J’étais un poisson, j’étais avec ma femme.
La soeur : Que faisait ta femme ?
L’enfant : Elle criait.

Rires.

L’enfant : Je criais sur ma femme parce quelle avait brûlé mon repas, des courges grillées.

Rires.

La soeur : Ta femme crie parce que les enfants pleurent, ils pleurent parce qu'ils ont froid sous l’eau !
L’enfant : Oui, je criais sur elle, ensuite je mangeais du maïs en grain.
La soeur : Ah non! C’est impossible, tu es un poisson! Les poissons ne mangent pas de maïs.
L’enfant : Si, je mangeais des tortillas que m'a femme m’a préparées. Ensuite, le crocodile est arrivé pour me chasser, j’ai nagé près de la rive pour lui échapper.
La soeur : Mais non, les crocodiles ne mangent pas de poisson, ils mangent du gibier. Moi, cette nuit, j’étais le singe hurleur. Je suis descendue pour boire au lac, et c’est vrai, j’ai vu le crocodile s'approcher pour me manger.
L'enfant : C'est vrai, j’ai vu le singe hurleur sur la rive, mais ce n'était pas toi, c’était mon père qui était venu pêcher.

Etonnant, non ?

Le plus surprenant dans tout cela, peut-être, c'est que la plupart des étrangers ayant séjourné plusieurs semaines chez les Mayas, admettent qu'au bout d'un certain temps, leurs rêves évoluent, jusqu'à ce qu'ils ne contiennent eux aussi plus que des mondes constitués de jaguars, de serpents, etc... Comme si le surréel finissait toujours par s'imposer.

Lorsque nous pénétrons dans un endroit, nous pénétrons aussi dans tout ce qui dépasse l'espace du visible.

Sur ce, je vous souhaite de beaux rêves bien franchouillards.

Fasciné depuis l’enfance par les techniques magiques, il se forme d’abord seul, puis intègre l’école de cirque du Lido (à Toulouse). Tout au long de son parcours, ponctué de nombreux stages, il se perfectionne au jonglage et au clown.

Sa rencontre en 2008 avec Raphaël Navarro, co-fondateur de la compagnie 14:20, se révèle déterminante pour sa démarche artistique. Une évidence s’impose à lui : la magie est son premier langage. Depuis, Yann Frisch est devenu champion de France puis d’Europe de magie en 2011 avec le numéro « Baltass » qu’il tourne partout en France et à l’étranger.

En 2012, il est sacré champion du monde de magie close-up avec ce même numéro, qui crée par ailleurs le buzz sur Youtube avec une video du numéro qui a enregistré plus de 4 000 000 de vues en trois semaines.

En 2013, il participe à la création en tant que co auteur et interpète du spectacle « Oktobre », lauréat du dispositif Circus Next, dont les premières se sont déroulées en janvier 2014.

En 2013, Ibrahim Maalouf fait appel à lui pour co signer un spectacle programmé au 104 à Paris, avec 50 musiciens franco libanais.

En Mars 2014, Yann Frisch a assuré la 1ere partie du nouveau concert d’Ibrahim Maalouf, « Illusions », à l’Olympia.

Sa page facebook : YannFrischOfficial

(Crédit photo : Daniel Michelon)

 

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Le 5 août 2010 à 17:29

La femme et l'enfant assises sur le banc

(Chose vue)

La femme et l’enfant patientent sous l’auvent. Le bus. Son arrivée. L’enfant parle à la femme. La femme répond à l’enfant. La femme acquiesce aux propos de l’enfant. L’enfant narre des choses, d’autres très inventées très vraies très belles. L’enfant parle de la peur. L’enfant eut peur aujourd’hui. L’enfant eut peur cette nuit. La femme dit à l’enfant que les choses qu’elle raconte sont fausses ; elles n’existent pas. L’enfant réplique qu’elle sait, l’enfant sait ce qu’elle dit ; les choses elle les vit. L’enfant jette un regard noir sur la femme. L’enfant se lève. L’enfant saute du banc au sol. Plutôt, elle s’aide des deux mains qu’elle appuie, les paumes bien à plat, sur le banc. L’enfant pousse avec les mains, se soulève et d’un mouvement du bassin elle se retrouve sur ses pieds et fait face à la femme. La posture de l’enfant est crâneuse. L’enfant se tient les jambes un peu écartées, les mains maintenant sur les hanches et le menton vers le Bosphore d'Almásy. L’enfant répète encore ses mots. La femme sourit. La femme se moque de l’enfant. La femme tend la main vers l’enfant. L’enfant recule. L’enfant ne veut de la méchante délicatesse de la femme ; l’enfant ne ment pas. L’enfant insiste. La femme n’écoute plus l’enfant. La femme se lève, s’approche du bord du trottoir, et observe le bus à l’arrêt devant le sémaphore à quelques mètres de l’auvent transparent. La femme prend de force la main de l’enfant qui ne veut pas.

Le 9 novembre 2010 à 09:37

Au bord de la Laponie, Elin Larsson et la nuit polaire

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Le deuxième jour, la nuit. Elin Larsson monte sur scène, jeune et faussement fragile. Elle attend que le batteur soit en place, le guitariste aussi. Et elle envoie. Elle envoie tout. Parfois le trombone essaie de s’imposer, mais rien à faire, Elin Larsson est là, le plus prêt possible du micro, avec des notes rapides et précises, jouées avec la plus grande présence possible. Elin Larsson et personne d’autre. Elle absorbe tout, elle prend toute la place. Il est 14h30, nous sommes à Umeå, à quelques centaines de kilomètres du cercle polaire et de la Laponie, au bord de la mer Baltique. La salle de concert se remplie.La nuit n’a pas encore.Mais presque. Le froid non plus.Elin par contre.Elin Larsson parce qu’enfin, il est question de jazz, même en novembre, même à 62° de latitude nord. Il est donc question de basse, de batterie et d’instruments qui s’affirment, qui se combattent, s’affrontent. Elin Larsson est dans son instrument, cuivré, long, recourbé, elle est autre chose qu’une voie, autre chose que le silence ou la retenue. Il est 14h50. La salle est pleine, on est venu nombreux de Stockholm. Quelqu’un allume la lumière. Puis éteint.Elin s’arrête. Décontenancée. Puis la guitare, puis le batteur.Personne ne parle, personne ne bouge.Le silence est revenu.Le silence au nord de la Suède, dans une salle de concert. Elin s’approche du micro.Plus personne ne sait où il est, où il en est.Elin essaie de parler.Je.Je pense que c’est le moment pour Le ciel sombre.Le ciel sombre, celui qui va arriver dans quelques instants et ne plus partir pendant des mois.Elin laisse la guitare, la contrebasse et la batterie s’amuser, dans une musique blanche, adoucie, consolée. Elle les laisse jouer, à contre des jazz anciens, à contre des affrontements et des combats. Puis de conclure par un rire, de nouveau fragile, de nouveau humain.Le ciel sombre peut arriver. Il peut tout absorber. Il peut prendre place, il peut prendre toute la place. A écouter : Elin Larsson Set free.

Le 25 janvier 2015 à 10:52
Le 7 février 2012 à 08:49
Le 24 septembre 2012 à 09:11
Le 26 février 2013 à 08:57

En plein débat à l'Assemblée, un député fait un avion en papier vraiment aérodynamique

C’est un évènement comme on en voit rarement à l’Assemblée Nationale. Hier après-midi, alors que les députés de tous bords planchaient sur des questions de société, l’un d’eux, Dominique Dord, s’est mis à construire un avion en papier. L’anecdote pourrait s’arrêter là si l’avion en question n’avait pas été d’une très grande qualité. Ce qui a laissé bouche bée les élus de la majorité comme de l’opposition. Décryptage. Un pliage de haute précision Des lignes fines, un pliage net et précis et une forme qui n’est pas sans rappeler celle du célèbre Concorde. Dominique Dord, député UMP de Savoie a produit hier en plein débat à l’Assemblée, ce qui semble être un avion en papier d’une excellente facture. Après quelques minutes de confection, ce dernier s’est élancé dans le ciel de l’hémicycle, dansant par-dessus la tête des députés avec un aérodynamisme digne des plus grands avions de chasse. En face, sur les bancs de la gauche, alors qu’on cherche d’habitude le moindre prétexte pour déstabiliser l’opposition, les députés de la majorité étaient pour une fois impressionnés par une telle œuvre. Rémi Pauvros, député PS du Nord était présent sur place : « C’était vachement impressionnant. On était en train de débattre sur la régulation des activités bancaires et là je l’ai vu passer sous mes yeux. Il fendait l’air tel un sabre. » Réaction identique chez  Pierre-Alain Muet, autre parlementaire socialiste : « C’est vraiment du bel ouvrage. Et on a beau parfois se chamailler pour des raisons politiques, il faut savoir reconnaître quand son adversaire entreprend quelque chose d’admirable. » Un président impressionné Michel est huissier à l’Assemblée Nationale. Il fait partie du fameux personnel chargé d’apporter des missives aux députés présents dans l’hémicycle : « En 22 ans de service c’est la 1ère fois que je vois un pliage d’une tel qualité. D’habitude les députés parviennent au mieux à faire de grosses boulettes très compactes, pratiques et faciles à projeter sur les députés de l’autre camp. ». Pour cet autre fonctionnaire, l’instant restera gravé à jamais dans sa mémoire : « C’est comme une parenthèse de poésie dans le tumulte de l’arène politique. C’était si beau à voir que je me souviens avoir entendu Claude Bartolone, le président de l’Assemblée hésiter à proclamer une suspension de séance. »   Le Gorafi

Le 24 juillet 2013 à 09:32

Francis Bacon, clochard céleste, portrait 43

le rire rouge de la nuit

Francis Bacon chanta comme un loup cette nuit. Un loup rouge prêt à tordre la lune. Francis Bacon mâche la nuit dans ses dents. Il traverse Londres à pied, chaque nuit que le sang blanchi. Il traverse Londres, et Paris et Dublin et Bruxelles et Berlin. Chaque nuit la vrille de son cri rouge se trimballe comme une lune rouge dans le verre d'acier de nos ventres. Francis bacon a bu tout notre brouillard. Le pauvre. Un loup rouge prêt à tordre la lune. Il a mâché et léché et mâché et léché et mâché et léché toutes les nuits de la terre depuis que Lilith la pute nous a abandonné dans des lambeaux de limbes mécaniques à mourir. Lilith la pute nous a abandonné mais Francis Bacon a bu tout le brouillard. Le pauvre. Francis Bacon explique : Vois tu mon petit chat, il y a la douleur et il y a la couleur. Vois tu mon petit chat, c'est doux et c'est simple comme la vie est horrible. Il faut crier. Il faut crier et rire un rire rouge comme la Lune. Un rire de couleur et de douleur. Un rire tordu qui cri comme nos dents que Lilith la douce est partie, la pute notre mère est partie. C'est pourquoi il faut boire à grandes gorgées de cris rouges, à grandes gorgées de rires, il faut boire le brouillard. Oh le joyeux accident de chair qui boit tout le brouillard dans le coeur rouge de la nuit! Oh le loup qui boit le lait horrible de nos questions inutiles! Oh Francis Bacon le rire criard et tordu des orphelins de la lune! Tous orphelins de Lilith la pute! Oh Francis Bacon chanta comme un loup cette nuit!

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