La crise du travail
Publié le 12/06/2014

Magyd Cherfi : Pâle estinien


Longue haleine #2

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Autres épisodes :

« J'écris pas, je burine dans la roche des falaises, je cogne à la verticale suspendu à des cordes de chez rêche. J'écris pas, je percute à la dure comme un Manar qui accepte le contrat des aléatoires. Je tâche à l'intérim pour des petites faims de moi. J'écris pas, j'use des pointes grises et des mèches de marteaux piqueurs. Pas ma faute ... J'ai de mon père au bout de ma plume, trop de colère pour la patience des orfèvres. J'envoie le bois trop pressé d'en découdre avec l'obscurité... j'allume, quoi ! »

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Trousses de secours 2e saison : conférences-performances autour de la crise du travail

Formation ouverte à tous : soyez encore plus flexibles, plus compétitifs, plus « zéro défaut » qu’on vous le demande… mais autrement ! Les écrivains, chercheurs, artistes des conférences-performances du Théâtre du Rond-Point renversent perspectives et idées reçues, croient au partage horizontal des savoirs, déboulonnent férocement les piliers de la pensée dominante.

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Le 28 septembre 2017 à 15:55

Hillel Kogan : "Le chorégraphe a besoin de la guerre et de toutes les monstruosités pour que son art soit intéressant"

Le chorégraphe israélien Hillel Kogan a inventé le solo hanté : entamant We Love Arabs, Hillel sent que par endroits l'espace rejette son corps dansant. Il invite alors sur le plateau sa mauvaise conscience en la personne de Hadi Boutrous, seul danseur palestinien professionnel d'Israël nous dit-il. Lui parle parle parle en nous faisant rire de tous les poncifs prétentieux du jargon chorégraphique. Tandis que l'Autre n'a pas le droit à la parole mais n'en pense pas moins. C'est hilarant, troublant, à la limite du malaise. Rond-Point — Y a-t’il dans We Love Arabs une victime et un bourreau ? Une proie et un prédateur ? Hillel Kogan — « Victime et bourreau » est une expression trop forte pour qualifier la relation entre les deux personnages. Et même trop caricaturale. C’est plus complexe que cela. L’offenseur est inconscient de son offense, l’humilié l’est, de fait par la façon dont la pièce est écrite. Si le juif était le bourreau, il n’en resterait pas moins victime de ses propres préjugés. Il aurait aimé être pur, doté de belles valeurs, mais il ne le peut pas, il est victime de lui-même, une proie prise au piège, rattrapé par ses idées racistes, ses préjugés dont il a du mal à se défaire. Que lui resterait-il, au chorégraphe, pour créer sa pièce, son œuvre, sans préjugés ? Il en a besoin pour se différencier de l’arabe. Sans ses préjugés, sa création devient alors sans intérêt. Il a besoin de cette relation. Sans elle, il n’aurait rien à dire. Il n’y aurait rien à dire. La symétrie est ennuyeuse. J’aimerais que ce soit l’ironie qui en ressorte. Le chorégraphe a besoin du conflit, de la violence, la guerre et de toutes les monstruosités du monde pour que son art soit intéressant et qu’il puisse apporter un message d’équilibre. Il est en paix, rassuré avec cette idée, avec ces idées, un peu comme à la maison. De quel côté êtes-vous ? Au fond ? J’ai peine à croire qu’en sortant de mon spectacle on puisse réellement douter de ma position. Je peux comprendre par contre que certains spectateurs puissent questionner les moyens, le chemin que j’utilise dans la pièce, ne sachant pas si cela aide ou au contraire lamine le propos. J’essaie de ne jamais oublier qu’en tant que Juif israélien, je fais partie de l’hégémonie ethnique d’Israël. En tant que tel, je peux me mettre à la place de « l’autre », mais cela ne me permet pas devenir « l’autre » et je ne serais pas capable de vivre ce que « l’autre » vit. Je ne peux pas le remplacer. Je peux ressentir de l’empathie, m’identifier, ressentir de la solidarité ou de la compassion. Mais je ne peux pas vraiment me mettre à sa place. Ce n’est pas parce que je prétends, en tant qu’auteur de la pièce, être du côté de la victime que cela m’affranchit du rôle du bourreau. Je suis à la fois auteur et protagoniste, je n’ai pas la possibilité de prendre parti pour un seul aspect et de m’y tenir. La position du protagoniste n’est pas celle de l’auteur. Mais quand je suis l’interprète, je suis également l’auteur. C’est donc une place complexe. Et par-dessus tout, quel que soit le côté où je pourrais me placer, je n’en tirerais aucun mérite. J’aimerais croire que je suis du côté de la non-violence. Mais si l’on parle de Moyen-Orient,malheureusement, ce côté-là, n’existe pas. Vous êtes du côté de la danse, mais on sent que vous dénoncez la futilité, les prétentions des métiers artistiques... Mais tout en dansant toujours ? Le ton ironique ou satirique que j’adopte ici vis-à-vis de la danse et des danseurs est une forme d’exagération, d’autodérision. Toutes les critiques qui concernent la danse sont de vraies questions que je me pose en tant que chorégraphe et danseur. Cette pièce ne propose pas d’alternative au langage de la danse et ses conventions, c’est juste une façon de les souligner, de les désigner. L’humour m’aide à affronter parfois l’impuissance de la danse à affirmer une position. Continuer à danser devient le moyen même de remettre en question, plutôt que de faire de grandes déclarations et de croire que l’on sait. Qu’est-ce qui va sauver le monde ? Le houmous ? Les femmes peut-être ? Le houmous pourrait peut-être sauver le monde si les hommes de toutes les sociétés commençaient à le cuisiner au lieu d’entretenir des conflits. Le conflit juif/arabe, comme quasiment la plupart des conflits du monde, est mené par des figures masculines. Comment est née l’idée de We Love Arabs ? Cela faisait un moment que je voulais créer une pièce traitant du conflit juif/arabe. Lorsque j’ai voulu créer ce spectacle en 2013, Adi Boutrous était (et il l’est toujours à ce jour) le seul danseur arabe israélien professionnel de la scène israélienne. Les Arabes représentent 20% de la population en Israël pourtant. C’est un chiffre quelque peu intéressant, je pense. La pièce débute en mettant en doute cet écart et en révélant le racisme et les stéréotypes qui résident dans le regard orientaliste des Israéliens-juifs sur les Arabes. Avez-vous réellement rêvé, à un moment donné, que la danse puisse réparer le conflit israélo-palestinien ? Je ne crois pas que l’art ait beaucoup d’influence politique sur les gens. Je ne connais personne qui aurait changé d’opinion politique après avoir assisté à une pièce de danse ou de théâtre. Les institutions politiques et les politiciens ont une influence beaucoup plus forte sur les arts. Les artistes peuvent refléter la réalité, ils peuvent protester, ils peuvent critiquer. Pourtant, la responsabilité de réparer le conflit juif/arabe, n’importe quel conflit politique d’ailleurs, est de la responsabilité du peuple lui-même, pas de celle des artistes. Je n’ai jamais rêvé que la danse puisse changer le monde, mais j’ai rêvé que les êtres humains puissent eux-mêmes le changer.

Le 15 février 2017 à 11:24

Jean-Pierre Filiu : Un tour de France des Arabes #1

Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

« Chaque nouveau débat sur l’Islam en France est plus lourd que le précédent. Je choisis pour ma part de parler des Arabes plutôt que des Musulmans, de peuples plutôt que d’une religion, d’une culture plutôt que d’une foi. Les attentats du 13 novembre 2015 ont suscité de nombreuses d’interventions de ma part dans le cadre d’initiatives citoyennes de natures très diverses. J’ai ouvert ce cycle spontané devant deux cents lycéens de Mantes-la-Jolie, quelques jours après le massacre terroriste. Je n’ai depuis cessé de présenter et de dialoguer, depuis Dunkerque jusqu’à Montpellier, de Douarnenez à Vesoul, en passant par Le Havre, Bourges, Bordeaux, Périgueux, Nîmes ou Grenoble. J’y ai rencontré des femmes et des hommes de tous âges et de tous milieux, désireux de comprendre et d’agir pour ne pas céder à la tentation populiste. Ce Tour de France des Arabes a profondément transformé ma vision de ce pays et de son rapport à l’autre. Oui, les Lumières arabes s’efforcent depuis deux siècles de s’imposer malgré l’hostilité locale et internationale. Non, il n’y a pas de fatalité à la violence et le jihadisme n’est qu’une secte née trente ans plus tôt, appelée à disparaître si on ne lui fait pas l’immense service de l’assimiler à l’Islam. » Conférence enregistrée le 1er février 2017, salle Topor Introduction Jean-Daniel Magnin Captation et montage Larissa Pignatari, Léo Scalco

Le 26 janvier 2015 à 09:56

Pardon ?

Article paru conjointement dans Le 1 n°41 "Que dire à nos enfants ?" du 28 janvier 2015

A présent, qu'est-ce qu'on fait ? Tout un pays qui se pose la question. Et nous dedans, des nuits à en parler, à remonter les fils de l'Histoire.Les yeux rouges elle a dit : la fermeté bien sûr mais il faut aussi demander pardon aux quartiers. Oui aux quartiers. Pardon?Pour tout ce qui a été mal fait et pour tout ce qui n'a pas été fait.Demander pardon !Oui c'est un mot si simple. Dès qu'on le dit tout est changé. Et une fois qu'on l'a dit plus besoin de le redire, la rancoeur est moins lourde, on peut se mettre à travailler tous ensemble.J'imaginais l'exécutif demander pardon aux quartiers. Non mais, les quartiers ça n'est pas les camps, on va où là ?Tu verras, ils n'ont pas le choix. C'est le moment. C'est la seule chose à faire.Et puis le lendemain le premier ministre a lâché le mot "apartheid". Apartheid territorial, social, ethnique. Il y a eu un grand silence. J'ai vu des visages s'éclairer d'un sourire, comme si l'injustice avait été enfin reconnue. Et d'autres se renfrogner : on n'est tout de même pas en Afrique du Sud ! Rien ne leur a été fait délibérément, aux quartiers ! En Afrique du Sud la séparation était inscrite dans la loi !Tu vois je t'avais dit, ils ont compris qu'il fallait aussi s'excuser.Alors deux autres mots m'ont traversé la tête. Transparence et réconciliation. Les deux mots que Mandela a sortis quand son grand pays cassé en deux s'est tourné vers lui en demandant : A présent, qu'est-ce qu'on fait ? On va tout se dire, même les choses les moins reluisantes, on va rassembler toutes nos histoires en une même Histoire, et puis on va arrêter d'avoir peur, on va se retrousser les manches et bosser tous ensemble.Transparence et réconciliation : et si c'était par ces deux mots-là qu'il nous fallait passer pour redonner vie et éclat aux trois grands mots rouillés qui patientent au fronton de nos mairies ? Cet article paraît dans le n°41 de l'hebdo Le 1partenaire de ventscontraireset du Théâtre du Rond-Point

Le 15 février 2017 à 12:04

Jean-Pierre Filiu : Un tour de France des Arabes #2

Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

« Chaque nouveau débat sur l’Islam en France est plus lourd que le précédent. Je choisis pour ma part de parler des Arabes plutôt que des Musulmans, de peuples plutôt que d’une religion, d’une culture plutôt que d’une foi. Les attentats du 13 novembre 2015 ont suscité de nombreuses d’interventions de ma part dans le cadre d’initiatives citoyennes de natures très diverses. J’ai ouvert ce cycle spontané devant deux cents lycéens de Mantes-la-Jolie, quelques jours après le massacre terroriste. Je n’ai depuis cessé de présenter et de dialoguer, depuis Dunkerque jusqu’à Montpellier, de Douarnenez à Vesoul, en passant par Le Havre, Bourges, Bordeaux, Périgueux, Nîmes ou Grenoble. J’y ai rencontré des femmes et des hommes de tous âges et de tous milieux, désireux de comprendre et d’agir pour ne pas céder à la tentation populiste. Ce Tour de France des Arabes a profondément transformé ma vision de ce pays et de son rapport à l’autre. Oui, les Lumières arabes s’efforcent depuis deux siècles de s’imposer malgré l’hostilité locale et internationale. Non, il n’y a pas de fatalité à la violence et le jihadisme n’est qu’une secte née trente ans plus tôt, appelée à disparaître si on ne lui fait pas l’immense service de l’assimiler à l’Islam. » Conférence enregistrée le 1er février 2017, salle Topor Captation et montage Larissa Pignatari, Léo Scalco

Le 1 septembre 2010 à 07:46

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 30

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.lundi 2 juillet 2007 Accords de Khartoum. Le conseil du ministre du mardi 3 juillet est prévu à Soudan, petite communauté des Deux-Sèvres, dans le canton de la Mothe-Saint-Héray. On y attendra en vain la présidente. Dans la soirée du lundi, en effet, Ségolène Royal s’envole pour le Soudan africain en compagnie de Bernard-Henri Lévy. A peine descendus de l’avion, ils proposent, spontanément, une rencontre à huis clos entre les belligérants de la guerre civile au Darfour. « Depuis le temps que ça dure, explique la Présidente, il faudrait peut-être passer à autre chose : parce que là, je ne vous le cache pas, la communauté internationale commence à en avoir plein le dos. » La rencontre a lieu le soir même au Hilton de Khartoum. Sous l’impulsion de la Présidente et de son porte-parole, un accord est trouvé en moins de sept heures entre les milices Janjawid, l’Armée de Libération du Soudan, le Mouvement pour la Justice et l'Égalité, l’Armée Populaire de Libération du Soudan, les différents chefs de guerre et les gouvernements de Pékin, de Khartoum et de N’djamena. Sitôt l’annonce connue, un vaste sursaut démocratique électrise la société soudanaise : le général Omar el-Béchir est destitué sous les vivats de l’armée ; une coalition gouvernementale multiethnique se met en place, emmenée par la socialiste Fatima Ahmed Abdelmahmoud : elle sera confirmée par les urnes trois mois plus tard et mettra sur pied une commission « Franchise et Réconciliation ». « Une bonne chose de faite, commentera la Présidente au sortir de la réunion. Comme quoi quand on veut, on peut. Et ce n’était quand même pas la mort du petit cheval. »Dans les heures qui suivent, une immense vague de soulagement s’empare du monde entier — qui n’en pouvait plus de voir depuis cinq ans, l’actualité trustée par ce génocide inexplicable et sans éclat. Les dons affluent, par milliards, sur Internet. Cet enthousiasme planétaire désamorce un début de crise diplomatique entre Paris et Pékin : rappelé dans son pays, l’ambassadeur chinois reçoit sur le tarmac d’Orly un coup de fil lui enjoignant de reprendre le bus pour l’avenue George-V. A quelque temps de là, la Fondation Total pour le Bien-Être des Pauvres qui ont du Pétrole (FTBEPP) annonce un programme de dispensaires gratuits dans le sud Soudan — malgré les protestations de la China National Petroleum Corporation, qui a des intérêts dans la zone. Le Fonds Areva pour l’Avenir de l’Énergie et des Peuples qui ont de l’Énergie, mais pas d’Avenir (FAAEPEA) fait savoir qu’il prend à sa charge le rapatriement des populations déplacées — malgré les protestations de la China National Nuclear Corporation qui extrait de l’uranium dans la région. La tragédie du Darfour est close. L’initiative française soulève de vives critiques à l’ONU : le premier Secrétaire Général Ban Ki-moon déplore de la « précipitation coupable » avec laquelle l’affaire a été menée, « sans concertation aucune avec les instances internationales ». En France, la droite — par la voix Charles Pasqua — tonne contre une « initiative boum-boum » qui « manque de correction » et ravale « la politique africaine de la France au rang de l’amateurisme ». Le Parti socialiste lui aussi se montre très réservé, sans trop savoir pourquoi. Une déclaration de Benoît Hamon résume bien le sentiment général : « Ben je sais pas… Quand on est socialiste, et qu’on voit une initiative comme ça, super concrète, qui donne des résultats… Et que tout le monde est content… C’est permis d’avoir des doutes, quand même. » Le divorce se creuse entre la Présidente et son parti. Enfin, une protestation unitaire montée par l’extrême-gauche : « Tout ça, c’était pour le pétrole », se solde par un cuisant échec : deux cents manifestants d’après les organisateurs, et Olivier Besancenot d’après la police. Selon une enquête indépendante menée par une ONG, les accords de Khartoum ont permis d’épargner plusieurs centaines de milliers de viesLa suite demain...

Le 12 mars 2014 à 12:25

Magyd Cherfi : "Longtemps j'ai eu peur de ce que j'avais à dire"

Trousses de secours : la crise du travail

"J'écris pas, je burine dans la roche des falaises": boxeur littéraire issu du mythique groupe Zebda, Magyd Cherfi vient dire au Rond-Point le 28 mars son travail de longue haleine avec les mots.   – Largement connu comme auteur et compositeur de Zebda voilà que l'écrivain en vous se réveille...– Effectivement, c'est après l'âge de quarante ans que j'ai en quelque sorte assumé d'écrire autre chose que des chansons... longtemps j'ai eu peur de ce que j'avais à dire, ma plume me portait vers un déshabillage de ma vie intérieure, elle me suppliait d'ouvrir le rideau et de laisser voir des "hontes", des "aveux", des méchancetés salvatrices... presque une trahison de mon âme et des miens. L'arabe en moi disait "gare !" et le français "ose !"Une voix me disait "va plus loin ! si t'écris, pas de fanfaronnades littéraires ou de simagrées stylistiques, mets tes couilles sur la table, l'écrit ne vaut que s'il dérange le petit confort des rimailleurs, allez Magyd donne voir quelque chose d'utile ou de bandant, éclaire ton lecteur  éclaire ton âme aussi pour que s'ouvrent des voies nouvelles ..."Voilà j'ai eu peur longtemps et puis j'ai relativisé . – Le travail de parolier et celui d'écrivain sont-ils semblables ou au fond différent ?– Le travail de parolier est plus synthétique, il impose le raccourci, encourage la métaphore. Il exige l'art de l'ellipse et par là même il esquive le trop plein de description. Il demande qu'on reste sur un même rythme, un même thème, presque un même lieu, j'allais dire la fameuse théorie de théâtre "en un jour en un lieu, un seul fait accompli" etc. Donc la chanson dite "pop" doit être courte, explicite et surtout liée à un support musical qui doit la servir et non pas le contraire. Quand on écrit une chanson, il nous faut penser au fait qu'elle sera chantée et donc on se doit de lui trouver des mots, des consonances agréables à l'oreille... par exemple l'utilisation du mot "amour" fonctionne plutôt bien ...sauf quand on est un groupe et là s'élabore un travail d'écriture collective et j'ai beaucoup utilisé le "on " plutôt que le "je"... beaucoup usé des thèmes sociaux ou sociétaux et mis à l'écart l'intime ou le privé.En ce qui concerne le travail d'écrivain, on sait qu'on aura affaire à un lecteur qui lira isolé, choisira d'ouvrir un livre et est donc susceptible d'un effort plus singulier, il nous faut donc si j'ose dire "le travailler au corps", en ne lui donnant pas les clés du dénouement de manière trop rapide ou explicite. On doit prendre le temps de le baigner, de le mettre en doute, de lui faire peur, de lui expliquer plus profondément la raison qu'il a eu d'ouvrir la page nouvelle... Le travail de l'écrivain est une oeuvre de patience le lecteur n' a pas de délais, il peut lire d'un trait comme en dix fois sans pour autant perdre le fil... – Vous dites "cogner sur la roche des falaises pour en extraire vos mots"... Est-ce physique d'écrire, avez vous vos coups de grisou ?– J'allais dire que je n'ai connu que des coups de grisou car à chaque fois il me faut éviter la gratuité d'une thématique. Chaque phrase est une violence car elle doit faire sens et faire sens pour moi c'est être à dans la justesse de moi-même et il arrive que je m'égare et me prenne pour un personnage que je ne suis pas. Même dans la version fictive, le héros doit faire corps avec ma réalité sans toutefois se confondre. Etre dans le vraisemblable et le sublimer voilà ma quête, ma difficulté. Je pilonne pour extraire la matière première et je martèle encore pour débarrasser les impuretés. C'est vrai que je transpire et me sens souvent comme un ouvrier des mots car ils ne me sont pas dociles, je n'ai pas cette évidence là, je suis plutôt l'apprenti qui retourne dix fois l'ouvrage.    

Le 15 février 2017 à 12:25

Jean-Pierre Filiu : Un tour de France des Arabes #3

Nos disques sont rayés - quinze jours sur les blocages français

« Chaque nouveau débat sur l’Islam en France est plus lourd que le précédent. Je choisis pour ma part de parler des Arabes plutôt que des Musulmans, de peuples plutôt que d’une religion, d’une culture plutôt que d’une foi. Les attentats du 13 novembre 2015 ont suscité de nombreuses d’interventions de ma part dans le cadre d’initiatives citoyennes de natures très diverses. J’ai ouvert ce cycle spontané devant deux cents lycéens de Mantes-la-Jolie, quelques jours après le massacre terroriste. Je n’ai depuis cessé de présenter et de dialoguer, depuis Dunkerque jusqu’à Montpellier, de Douarnenez à Vesoul, en passant par Le Havre, Bourges, Bordeaux, Périgueux, Nîmes ou Grenoble. J’y ai rencontré des femmes et des hommes de tous âges et de tous milieux, désireux de comprendre et d’agir pour ne pas céder à la tentation populiste. Ce Tour de France des Arabes a profondément transformé ma vision de ce pays et de son rapport à l’autre. Oui, les Lumières arabes s’efforcent depuis deux siècles de s’imposer malgré l’hostilité locale et internationale. Non, il n’y a pas de fatalité à la violence et le jihadisme n’est qu’une secte née trente ans plus tôt, appelée à disparaître si on ne lui fait pas l’immense service de l’assimiler à l’Islam. » Conférence enregistrée le 1er février 2017, salle Topor Captation et montage Larissa Pignatari, Léo Scalco

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