Agnès Pierron
Publié le 30/06/2014

Il faut marier Justine !


Nos contemporains n'apprécient guère – en matière de théâtre, s'entend – les expressions imagées et tombées en désuétude. Parce qu'elles prennent des airs par trop folkloriques et que la mise en scène, c'est du sérieux.

Et pourtant, il arrive qu'elles mériteraient d'être réactivées. Je pense en particulier à celle-ci « Il faut marier Justine ! »

Autrement dit : « cela fait longueur ! » Cette dernière manière de dire faisant plus ésrieux même si, et c'est une chance, elle ne se réfugie pas dans le concept.

De fait, de nombreux spectacles contemporains ne parviennent pas à trouver une chute. Non seulement ils peuvent vous maintenir assis – sans entractes – pendant presque trois heures d'horloge, mais au moment d'en finir, eh bien, ça n'en finit pas !

Mais venons-en aux circonstances de la création de l'expression, née comme on s'en doute au XIXe siècle.

Ce n'était pas pendant l'horreur d'une profond nuit, mais pendant les répétitions d'un vaudeville. L'héroïne, qui se prénommait Justine, devait épouser à la fin de l'acte son amoureux transi. Il venait de lui faire la cour pendant plus d'une heure. Lors d'une ultime répétition, le directeur du théâtre -le metteur en scène n'était pas encore né – s'impatienta : décidément, cela n'en finissait pas. Il s'en prit à l'auteur : le dialogue était sans âme et il fallait accélérer le dénouement. Notons qu'à cette époque-là, les acteurs jouaient beaucoup plus vite qu'aujourd'hui et il ne faisait pas un sort à chaque mot. Le directeur trouva la solution qui s'imposait : marier Justine !

L'incident créa un précédent. Quand une longueur se faisait sentir en cours de répétitions, chacun réclamait une coupure par cette formule comprise de tous : « il faut marier Justine ! »

L'expression semble comprise aussi du grand public puisqu'on la retrouve, de manière allusive, sur une publicités des années 1890 pour « la Grande Cordonnerie nationale » :

« Favart... Justine, c'est bien toi... dans mes bras !

Mme Favart... Je le voudrais bien... mais...

Favart... Dans mes bras ! La situation le commande ! »

 

Il faut dire que l'allusion joue sur deux références : l'expression de théâtre et aussi Les Infortunes de la vertu de Sade, où l'héroïne se prénomme Justine.

Une phrase, un destin. C'est parce qu'un copain de Fac me reprochait de « ne pas faire assez la con » que je suis entrée au Conservatoire de Nancy. C'est ainsi que, comme disent les Québécois, je suis tombée en amour avec le théâtre.

A mon grand étonnement, j'y ai appris que j'étais une « nature comique »...

C'est pour rendre au théâtre ce qu'il m'avait apporté que j'ai écrit La Langue du théâtre (Dictionnaires Robert), une œuvre testamentaire en quelque sorte.

C'est parce que, travaillant sur les citations du Robert des noms propres, j'avais l'impression de ne rien saisir, tant le champ d'investigation était vaste, que je me suis vouée à un « théâtre de spécialité » : le Grand-Guignol, sur lequel j'ai écrit plusieurs ouvrages qui m'ont entraînée à faire des conférences dans plusieurs pays.

 

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Agnès Pierron

 ! 

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Le 20 mai 2011 à 08:55

Nous avons remplacé notre mémoire par l'image

Restons vieux jeu

L’image omniprésente au XXIe siècle a immortalisé ce que l’Homme a déjà : le regard et la mémoire. Cette parodie est révélatrice: les gens ne cessent de se prendre et de prendre à tout va en photos. Pourquoi un arrêt sur image ? L’Homme aurait-il peur d’oublier le présent ? Notre appareil remplace notre cerveau mémoriel. L’instantanéité remplace le temps du récit, le temps de l’orateur. Voler ces instants et les publier pour que tout le monde voie ce que vous avez vu. Partager l’illusion d’être ailleurs, alors que vous êtes devant votre écran à lire. Mais nous ne voyons pas plus. Nous restons coincés entre une machine photographique, nos souvenirs et un écran. Pourtant ces instants peuvent être racontés, partagés   Une amie me racontait ces voyages passés des années 80 en Russie et en Birmanie. Les tensions dans ces pays lors de ses séjours l’empêchaient de prendre des photos. Mais son regard sur place ne l’empêchait pas de mémoriser ses événements. Elle peut vous les raconter en détails comme si c’était hier. Aujourd’hui nous croyons pouvoir tout dire, tout faire derrière notre écran. L’image tant modifiable, « photoshopée » en perd sa vérité. Nous voulons montrer quelque chose qui n’existe pas.   La mémoire est donc l’outil le plus précieux. La mémoire conserve les images, les odeurs, les sensations vécues. L’Histoire ne s’oublie pas. Le passé raconté est riche d’images. Cela s’efface avec le temps ou se déforme, mais cela garde une authenticité humaine.

Le 19 mars 2014 à 08:11

Il sort d'un coma de 19 ans et ouvre un vidéo club

Ses proches n’ont pas osé lui dire qu’il faisait fausse route. Loïc Janson, un habitant de Pau, est sorti du coma à la mi-janvier après plus de 19 années de silence radio. Aujourd’hui âgé de 37 ans, ce dernier a décidé de réaliser son rêve d’enfant, à savoir devenir le propriétaire d’un vidéo club. Hélas, le palois risque de se confronter à de sérieuses difficultés économiques, ses amis refusant de lui révéler les changements de notre société depuis son entrée dans le coma en 1995. Éviter le choc « Il s’est réveillé un jour, sans prévenir. Et avant même qu’on lui parle de ce qui avait changé, il nous a dit que la raison pour laquelle il s’était réveillé, c’était ce vidéo club qu’il voulait ouvrir plus que tout. Alors on n’a pas osé lui dire la vérité. » explique, plein de culpabilité, Loïc, le meilleur ami de Loïc. Car pour Loïc Janson, tout commence le 11 janvier 1995. Alors qu’il revient en voiture d’une soirée, le jeune homme, alors âgé de 18 ans et un peu éméché au moment des faits, rentre parfaitement chez lui. Mais trois semaines plus tard, alors qu’il joue à la Super Nintendo, Loïc est victime d’une attaque cérébrale qui le plonge immédiatement dans le coma pour les 19 années à venir. Mais au milieu du mois de janvier dernier, le palois se réveille, demande à ses proches de se réunir autour de lui au plus vite. « Il nous a fait venir. Il avait le sourire. Il disait n’avoir aucun regret, que c’était le destin mais que maintenant il était temps pour lui d’être celui qu’il était au fond, un gérant de vidéo club. » raconte Loïc Sr., son père. Alors, famille et amis décident de ne pas révéler à Loïc l’impasse dans laquelle il se trouve, par peur de lui infliger un choc psychologique trop lourd. « Il avait l’air si heureux de pouvoir reprendre une vie normale. C’est tellement dommage qu’il choisisse une voie dans laquelle il va se marginaliser socialement. » commente Loïc, la sœur de Loïc. Étaler les révélations Malgré ce tabou dans lequel Loïc Janson est maintenu par son entourage, les proches de ce dernier souhaitent tout de même essayer de le ramener dans ce siècle qui est le nôtre. « On va d’abord tenter de lui annoncer que le service 3615 Ulla n’existe plus. Il faut y aller pas à pas. Parce que s’il tombe sur un Blu-ray par accident, il est capable de nous refaire un AVC avec un autre coma derrière. Ce qui serait plus pratique pour tout le monde cela dit. » nous dit le père de Loïc.   Le Gorafi

Le 12 juin 2012 à 10:07

Il y a un loup !

Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup !   C'est la formule, venue, dit-elle, de sa grand-mère, que Martine Aubry reprend à son compte pour dévaloriser François Hollande se présentant à la Présidence de la République. Le jeu de la rime mis à part, il n'est pas certain que tous les électeurs aient bien compris de quel loup il s'agit. Ségolène Royal non plus, d'ailleurs, puisqu'elle a rétorqué qu'il vaudrait mieux se méfier d'un loup qui, s'il lui arrivait de montrer les crocs, serait bien susceptible de mordre...   En fait, le loup est un mot de l'argot des coulisses qui est lié, justement, à du flou, à un moment de flottement, à une impression de vague, de confus... donnés par un texte en cours de répétition. En retravaillant, il est possible d'arriver à tuer le loup.   Une seconde acception du mot est à considérer au moment de la représentation. C'est encore un instant de flottement, puisqu'il s'agit vide laissé entre la sortie d'un personnage et l'entrée d'un autre. Ce qui rend mal à l'aise le spectateur, par une attente inassouvie.   L'histoire du théâtre a retenu deux célèbres loups. Un soir que Madame Dorval jouait avec Bocage l'Antony d'Alexandre Dumas, le régisseur fit tomber le rideau avant la phrase finale : « Elle me résistait, je l'ai assassinée ! » L'effet attendu étant grillé, le public réclame de relever la toile. Ce qui est fait ; Mme Dorval reprend sur son fauteuil sa pose de femme assassinée ; mais Bocage n'apparaît pas. Ce qui a pour conséquence un tumulte monstre de la part du public. C'est alors que, ne perdant rien de son sang-froid, l'actrice se lève, s'avance jusqu'à la rampe et annonce : « Mesdames et Messieurs, je lui résistais, il m'a assassinée ! »   Une autre fois, c'est M. de Féraudy qui, jouant à la Comédie Française, se fit attendre pendant une bonne minute. Un siècle au théâtre, où le spectacle doit avoir trouvé son rythme. Inquiets, ses camarades s'adressent des signes désespérés. Le public commence à murmurer. Enfin, le retardataire entre en scène sur les chapeaux de roue et sur ces mots : « J'arrive à temps ! »   C'est ce qui s'appelle faire une entrée !

Le 13 juin 2013 à 09:54

Le relâche

Oui, vous avez bien lu : « relâche » s'emploie au masculin. Ce dont on ne se rend guère compte puisque le mot se trouve rarement seul : faire relâche, jour de relâche. Il s'agit de la fermeture temporaire d'un théâtre. La plupart du temps pour cause de congés annuels. C'est le relâche annuel. Au XIXe siècle, on parlait de repos des banquettes. Avant la Révolution, les causes de relâches étaient nombreuses. La mort du souverain ou celle d'un membre de la famille royale pouvait occasionner jusqu'à trois semaines de fermeture. Aujourd'hui, il y a le relâche hebdomadaire, généralement le lundi, accordé au personnel et aux comédiens. Quand le bâtiment exige des travaux de rénovation, c'est le relâche pour travaux. Quand une création demande la mise à disposition du plateau, c'est le relâche pour répétitions. En cas de deuil national, il peut y avoir le relâche exceptionnel. Bon vivant, le maréchal de Saxe, l'ancêtre de George Sand, voulant de la joue dans ses armées, tenait toujours en réserve un opéra comique. C'était le théâtre qui réglait l'ordre des batailles. L'actrice principale n'hésitait pas à annoncer : « Messieurs, demain relâche au théâtre, à cause de la bataille que donnera Monsieur le Maréchal ; après-demain, le Coq du village, les Amours grivois... Faire relâche peut avoir des connotations égrillardes quand il est l'équivalent d'afficher complet au Grand-Guignol, quand une femme a ses camélias, ses coquelicots. Ce qu'enregistre ce coquin quatrain : Il faut que tous les mois l'artiste se repose.Une affiche à la porte, affiche de couleur,Sur laquelle, en travers, une bande s'attache,Avertit le public, qu'ici l'on fait relâche.

Le 8 juillet 2010 à 07:00

Maman (1)

Dialogues de quartier

- J’ai lu ton livre… Ça m’a un peu secouée.- Je t’avais prévenue, maman, ce n’est pas une histoire très divertissante. - Non, c’est le moins qu’on puisse dire. C’est loin de la vie que nous avons bâtie, ton père et moi. - C’est sûr. - Mais déballer l’histoire des quenelles, quand même, c’est un peu dur à avaler. - Quelles quenelles ? - Non, je sais, tu ne dis pas explicitement que ce sont mes quenelles de poisson, mais je suis ta mère et je sais lire entre tes lignes. Quand tu dis que tu es devenu ce que tu es devenu parce que je faisais tous les dimanches la même chose… Je ne sais plus ce que tu as inventé… « sempiternelle », tu dis… Et que c’était chaque fois aussi dégueulasse …  « Dégueulasse » ce mot là je l’ai en travers de la gorge ! - Mais maman, la mère de mon bouquin ce n’est pas toi, c’est la mère du personnage. C’est un roman noir ce n’est pas une autobiographie. - Peut-être, mais ça, les gens ne le savent pas ! Je faisais la panade, moi-même je te signale, dès le samedi soir et le poisson venait tout frais du marché. Alors jeter ça comme ça, « dégueulasse », en pâture aux voisins et à tout le monde… - Je ne pense pas que les voisins, s’ils en viennent à lire mon roman, cherchent un rapprochement avec toi et surtout avec moi. Je ne suis pas comme le personnage : violeur et psychopathe.- Je n’en sais rien ! Personne n’en sait rien. C’est ta vie ça ! Tu ne nous dis pas tout et c’est normal. Mais que tu n’ais jamais aimé mes quenelles, ça au moins tu aurais quand même pu me le dire… Dégueulasse ?!

Le 3 décembre 2012 à 09:47
Le 22 février 2014 à 08:06

S'émerveiller... Serait-ce ringard ?

Shakespeare est toujours à l'honneur et aujourd'hui plus que jamais. Il est parfois mis en scène avec bien de l'intelligence. C'est le cas, à mon avis, à la Comédie Française avec Hamlet. Mais, si l'on regarde d'autres pièces, où est passée la dimension féérique ? Avec les moyens techniques contemporains, rien n'y apparaît comme impossible... Certes, l'illusionnisme était combattu dans les années 1970. Une attitude qui semble s'être prolongée jusqu'au nous : le spectateur n'a pas la tête à l'enchantement ; on ne la lui fait pas... Il est amené à être trop intelligent, conforté par tout un bataclan de dossiers et d'intentions du metteur en scène. Prothèses l'invitant à jouir là où lui dit de jouir. Le rêve est banni. Et son envers complice, le cauchemar, aussi. C'est pourquoi j'ai choisi quelques mots bien désuets et bien oubliés. L'apothéose : elle concerne le théâtre grec et à la féérie. C'est l'admission posthume des héros parmi les dieux de l'Olympe. C'est la mythologie qui, en Grèce ancienne, fournit les sujets. A la fin du spectacle, le deus ex machina ne manquait pas d'apparaître pour dénouer l'intrigue, trônant sur les nuages, accompagné de l'Olympe au grand complet. Au XIXe siècle, la féérie, fondée sur la magie du spectacle, ne manque pas de réussir l'effet de surprise final, parfois accompagné d'un feu d'artifice. Cette concrétisation scénique d'un moment de l'action porte le nom de gloire. La gloire date du XVIIe siècle. C'est une machine praticable, souvent en forme de char, faisant apparaître des personnages surnaturels. Au Théâtre des Tuileries, construit en 1660, le jeu des machines était si puissant que certaines gloires pouvaient enlever jusqu'à cent figurants à la fois. Il est une partie décorative qui entoure une gloire. C'est le gâteau de nuages. Les pièces à grand spectacle du XIXe siècle proposait apothéoses et gloires. Les comédiens apparaissaient sur des plateformes qu'il convenait de dissimuler aux yeux des spectateurs afin de maintenir l'illusion. Des nuages peints en masses moutonnantes – en gâteaux- arrivaient opportunément pour masquer la machinerie. Et voilà ce qui nous manque aujourd'hui. Pour ma part, j'ai envie que, au théâtre s'entend, on me fasse mousser la chantilly !

Le 15 septembre 2014 à 15:21
Le 31 octobre 2011 à 08:52
Le 12 novembre 2014 à 10:31

Alain Guyard : "La vraie philosophie se doit d'effrayer les bourgeois"

C’est un nouveau Céline, et je baise mes mots, smack, smack, smack, qui me met en éruption depuis quelque temps. Alain Guyard, à qui on devait déjà un polar carcéral totalement libératoire, La Zonzon (Le Dilettante), a en commun avec le frigousseur de Mort à crédit le parler en coups de vent cyclonal et le mauvais esprit piednickeléesque : son argot foutrement riche et son humour tirebouchonnant font plus penser à Rabelais, à Jean Yanne, au père Peinard qu’aux raplaplas esbroufeurs Frédéric Dard et Michel Audiard. Sa pensée dialecticienne pulvérise sur son passage tous les Finkielkraut de la galaxie. C’est que dans l’épastrouillant 33 leçons de philosophie par et pour les mauvais garçons (Le Dilettante aussi), le « décravateur de concepts » Guyard part en guérilla contre la philosophie « d’aspartame » pratiquée par des « bellâtres encostardés » ou des « petits crevés au teint hâve tout juste pondus de l’université qui font dans le concept avec des mines et des soupirs de rosière s’agaçant la framboise. » Leurs « plumes bien troussées », c’est « rien que du sémaphore anal à l’usage des autres petits salonnards. » À ces « clébards en train de se renifler la rondelle », Guyard oppose « les philosophes d’antan qui étaient de vraies épées, des mecs à la dure, honnis de l’ordre établi, gnières régulièrement soupçonnés par la flicaille, prenant systématiquement le rif contre la respectabilités ambiante. » « Il faut, pour oser entrer en vraie philosophie, du froid dans les châsses et un réel tempérament de castagneur, celui-là même qui effraie les bourgeois. » Et Guyard a beau schpile de démontrer que tous les philosophes qui comptent étaient de très mauvais garçons. La philo est d’ailleurs née en prison avec les Dialogues socratiques qui ne sont rien d’autre que « des conversations de parloir ». Plus qu’un accoucheur de vérités, Socrate était un avorteur (au sens littéral) de gonzesses et une mère maquerelle. Antisthène, c’était « le roi de la baston ». Diogène, c’était un « chanstiqueur de fausse mornifle ». Crates, c’était un punk à chien dont les « pets météoriques » semaient le trouble. Maître Eckhart, c’était « Iggy Pop chez les carmélites ». Gandhi, « derrière son sourire marloupin de pseudo-pacifiste, fut le premier skinhead. » Et on en apprend aussi des belles sur Marc-Aurèle, Descartes, Spinoza, Hegel, Stirner, Orwell, Nietzsche, Debord. Mais Alain Guyard ne s’en tient pas là. Estimant qu’un livre, pour être positivement philosophique, se doit d’être « dangereux à nos petits conforts intellectuels » et se doit de nous mettre en risque, il propose à ses lecteurs de s’aventurer dans des travaux pratiques à même de les entraîner fort loin : – Entrer dans l’arène pendant une corrida et encourager le taureau.– Tester un gros bonnet prétendant avoir de l’humour en l’entartant.– Vendre à la criée Les Douze preuves de l’inexistence de Dieu de Sébastien Faure à la sortie des mosquées.– Placarder partout des pubs pour des massages coquins à domicile avec comme numéro de téléphone de service celui de la police.– Substituer, lors d’une projection en plein air, aux bobines de Shrek celles de Hurlements en faveur de Sade de Guy Debord.– Dans les cafés-philo « branchouilles, décontractés et pédants », prendre la parole sans crier gare en ne la rendant plus. Se battre s’il le faut physiquement pour la conserver, l’objectif étant de faire perdre à l’interlocuteur sa capacité à philosopher ». Comme quoi, ainsi que disait Sénèque, la philosophie « doit enseigner à faire, non à dire ». Les petits derniers sulfureux d’Alain Guyard : La Zonzon, Le Dilettante, 2011, réédité au Seuil Points 2013. 33 leçons de philosophie par et pour les mauvais garçons, Le Dilettante 2013. La Fleur au fusil, Camino Verde, 2014.

Le 30 novembre 2014 à 09:22

Il vaut mieux avoir l'air conditionné que l'air stupide

Les bizarreries du langage

Quand le général de Gaulle se plaignait amèrement de la difficulté à gouverner un pays où l’on ne trouve pas moins de 258 sortes de fromages, c’était sans compter non plus avec les bizarreries du langage qui fleurissent aux quatre coins de l’hexagone. Que dire en effet d’une langue où l’on remercie un employé dont on n’est pas satisfait, où on lave une injure mais on essuie un affront, où l’on pose une question mais on soulève un problème, et où les malheureux qui sont dans de beaux draps passent des nuits blanches à force d’avoir des idées noires et du fait même n’arrivent pas à dormir sur leurs deux oreilles (moi non plus d’ailleurs)?Comment expliquer aussi la présence de l’estomac dans les talons, des pieds dans le plat, du chat dans la gorge, de la confiture chez les cochons, du rubis sur l’ongle, sans parler de la curieuse cohabitation des vessies avec les lanternes !Drôle de pays en effet où il ne faut pas confondre : scène, cène, Seine, saine ou chair, chaire, cher, Cher et où pendule est masculin entre les mains d’un radiesthésiste et féminin entre celles d’un horloger. Mais il y a mieux : amour, délice et orgue, masculins au singulier et féminins au pluriel ! Ce qui faisait d’ailleurs dire à Courteline :« Je ne me vois pas en train d’écrire : J’ai vu un orgue magnifique. C’est le plus beau des plus belles. »Quant à archives, fiançailles et ténèbres, ils sont, eux, condamnés au pluriel ! Bref, tout cela me paraît bien singulier…Curieuse langue enfin, où le mot mnémotechnique est si difficile à retenir…et où il vaut mieux finalement avoir l’air conditionné que l’air stupide.

Le 16 décembre 2012 à 09:31

Venez nombreux ! OK, mais comment qu'on fait ?

Drôle d'expression ! Qu'on m'incite à venir habillée, nue, maquillée, repue, en couple, en métro, pas trop tard, vite, à petits pas, les mains vides, à la bonne franquette, sans rien préparer, OK. Tout ça, je sais faire. Je suis parfois venue sans qu'on m'attende, venue avec armes et bagages ou venue comme ça, oui, comme ça, c'est gonflé mais je l'ai fait. Je suis venue la gueule enfarinée, ce qui est le plus sûr moyen de repartir la queue entre les jambes. Je suis venue te dire que je m'en vais, parfaitement, il n'y avait pas de SMS ni de tweet à l'époque. Puis je suis venue à maturité, très récemment. Venir en rang(s) serré(s), ça devient limite car ça présuppose la formation d'un groupe pour réussir le truc, or je déteste me balader en troupeau. Reste le "venez nombreux", fréquemment entendu à la télé pour des promos et autres événements exceptionnels. J'ai bien essayé, une fois. Je me suis dit : viens nombreuse, viens nombreuse, postée devant la glace pour voir si je devenais nombreuse. Mais que pouic. Je demeurais seule et unique. Je ne suis donc pas venue et d'ailleurs, tout le monde a fait comme moi : on n'est pas venus nombreux, ce fut un flop total.   Mais que ceci ne vous empêche pas de venir nombreux mercredi 19 au théâtre du Rond-Point, de 19 à 20h. 30 : C'est le lancement festif du livre "Vents Contraires" dans lequel j'ai l'heur d'apparaître aux côtés de grosses célébrités et de gros niqueurs qui seront forcément venus nombreux. Ils savent, eux.

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