Jean-Marie Gourio
Publié le 16/07/2010

Haïku de comptoir 16


(L'été au comptoir)

Le bébé
Dans le ventre de sa mère
Entend le père ronfler
Il commence à écrire en 1976 dans le magazine Hara-Kiri, dont il devient bientôt rédacteur en chef adjoint. C'est là que paraissent ses premières "brèves de comptoir". Il écrit aussi pour la radio, la télévision, le cinéma et la bande dessinée. Et puis des romans, 9 à ce jour. Depuis 1987, il publie un recueil de Brèves de comptoir par an. Après ses Nouvelles Brèves de comptoir au Rond-Point avec Jean-Michel Ribes, il va lancer sur ventscontraire.net des Haïku de comptoir, des essais philosophiques épais comme un fil, des visions, des pensées en rond, des tribunes de stade...
 

Plus de...

Jean-Marie Gourio

 ! 

Partager ce billet :

À voir aussi

Le 24 décembre 2014 à 10:05

Marie Nimier : "Si je pouvais éradiquer Noël du calendrier..."

Chez ces gens-là, Noël revient tous les ans. Le fils porte sa belle chemise. Ses fiancées, d’année en année, se ressemblent, paupières hautes, lèvres tombantes. Elles s’appellent Catherine, Patricia ou peu importe. Tel est le point de départ de Noël revient tous les ans, la dernière pièce de Marie Nimier créée au Rond-Point par Karelle Prugnaud. Pierre Notte – Noël, c’est une fête de famille ? Ou une défaite ?Marie Nimier – Certaines années, si je pouvais éradiquer Noël du calendrier, ce serait un grand soulagement. Et pourtant, j’aimais tellement ça quand j’étais petite... Aujourd’hui, dès que les décorations pointent leur nez, une angoisse sourde m’envahit. Alors, je répondrais fête ET défaite. Bûche et embûche. Joie et calvaire, dans un même mot, comme les deux points du tréma sur le « e » de Noël. Voilà un endroit intéressant pour l’écriture, entre ces deux points, comme entre deux aimants qui s’attirent ou se repoussent.– Où est passé le père ? Le patriarche ? Le Père Noël ?– Mon père à moi (celui de Noël, pas l’autre) est un des acteurs bienveillants de la grande parade. Il voit le monde d’en-haut, comme une bonne fée à barbe plutôt qu’un gros livreur rutilant. Il essaie de comprendre, il pose des questions, mais comme il ne sait rien refuser, il pose aussi avec les spectateurs afin que l’on garde un bon souvenir de lui. Il trouve les humains bien compliqués. Dans la mise en scène de Karelle, il est interprété par l’acteur qui joue le fils (Pierre Grammont). Comme lui, il fait tout pour étouffer le souvenir des morts sous le coussin doré de son traîneau. Ou l’asphyxier dans un sac en plastique rose, de ceux qui attendent sous le sapin. – Pourquoi avoir choisi de mettre en scène huit réveillons successifs, plutôt qu’un seul bien ficelé ?– Un bon gros réveillon, façon chapon ? Façon bûche crémeuse et foie engraissé ? Rebondir d’un réveillon à l’autre me semblait plus digeste. Et finalement plus lourd de sens à cause de la répétition. Tout semble s’être arrêté depuis la disparition de la sœur, et pourtant tout continue. Les mêmes blagues, la même chanson, pour cacher le même drame. Année après année, on en rajoute une couche, pour insonoriser les souvenirs. Les anesthésier. On sait ce que deviendra le bébé dodu allongé dans la crèche, dit le Père Noël, un corps très maigre cloué sur une croix, on le sait... et pourtant, on fait comme si, on fait la fête. On y croit, on fait semblant d’y croire. On se promet de faire des efforts. Et on fait des efforts. Ce n’est pas la volonté d’apaisement qui compte : c’est la magie. – Vous avez écrit le rôle de la mère pour Marie-Christine Orry ?– Il existait une version très courte de ce texte, mise en espace par Anne-Laure Liégeois (merci Anne-Laure !) au Festival de Hérisson, c’est là que j’ai rencontré la comédienne Marie-Christine Orry. Sa façon d’habiter le personnage de la mère m’a donné envie de poursuivre le travail. J’avais envie d’écrire pour sa voix, son corps, sa drôlerie, ses larmes rentrées. Sa capacité à dire une chose, cash, et son contraire, dans une même phrase, un même mouvement. Elle forme avec son fils au sourire rectangulaire un couple étrange, il y a une vraie tendresse qui circule entre eux, beaucoup d’émotion. Quant aux amies successives du fils (toutes interprétées par Félicité Chaton), elles ont dû batailler pour trouver leur place, et finalement devenir LA fille qui représente toutes les filles, celle qui parle pour moi, pour nous toutes. De la pièce rapportée à la pièce manquante en passant par la pièce montée et la pièce d’artillerie, elle est l’électron libre de l’histoire. Avec elle, on peut s’attendre à tout. – Karelle Prugnaud et Marie Nimier, guirlande et bolduc ?– Quand l’une arrive au théâtre (le bruit de ses hauts talons sur l’asphalte) l’autre n’est pas loin (le chuchotement de ses semelles crêpe). Nous travaillons ensemble depuis huit ans. Huit Noël ! Notre première collaboration, dans la Halle aux poissons du Havre, s’intitulait Pour en finir avec Blanche Neige déjà une référence aux héros de notre enfance. J’aime en elle son côté performeuse de choc. Son engagement. Sa sensibilité extrême. Ses visions. Avec Noël revient tous les ans, elle révèle pour la première fois une autre facette de son talent. Moins démonstrative, sans doute, plus intime, proche de mes mots, comme si elle poursuivait l’enquête avec des outils différents. – Pourquoi écrire du théâtre, quand on sait écrire des romans ? À quoi ça sert ?– Pour être plus vivant. Ou vivante. Chercher avec d’autres. Écrire des textes qui prennent sens avec la complicité d’une équipe. Pour faire parler le silence. Les corps, et pas seulement les mots. Pour prendre des risques... et les partager. Une sorte de « Debout les morts ! » qui, chaque soir, se remet en jeu. En comparaison, le travail du roman paraît bien plan-plan. Bien solitaire.Photo Franck David

Le 31 mai 2014 à 09:27

Chansonnette des parents

les enfants
 par hasard par derrière par devant 
à tort à travers ou simplement 
en deux temps trois mouvements 
l’un dans l’autre et réciproquement 
les enfants 
faits sous les ponts un soir de printemps 
sur les toits le soir de la saint jean 
dans un lit entre des draps de soie 
ou dans la poussière d’un vieux divan 
les enfants 
seul à deux en groupe ou en priant 
faits par choix par erreur partouzant 
dans les trains dans les choux dans le vent 
dans l’envie du moment 
les enfants 
faits en couleurs faits en noir et blanc 
les jours ouvrés le jour de l’an
 qu’on les fasse à demi 
en partie à moitié finissant
 les enfants
 qu’on les fasse sur le pouce sur les dents
 pour l’amour de l’art ou pour l’argent
 par la peur de la nuit solitaire ou 
la peur de l’horreur du néant
 les enfants
 qu’on les fasse pour passer le temps debout couché assis ou devant 
la télé les infos au resto dans la rue
 ou parmi les passants 
 les enfants
 on les fait pour savoir quoi comment 
faire de l’amour qu’on a au-dedans 
tout au fond tout enfoui tout rentré 
 dans le cœur dans le sang
 les enfants 
on les fait pour arrêter le temps
 pour filer doux au vieillissement
 pour finir tranquillou pieds devant
 et quitter le monde ravi content
 mais l’enfant 
déjà né déjà là déjà grand   
 déjà laid déjà trop de mouvements 
trop de bruit trop de voix  
trop de cris trop d’odeurs et de vents
 mon enfant
 sur l’avenir mon investissement
 dans ce machin sale et vacillant
 déjà lent déjà loin déjà mou 
 déjà si décevant
 les enfants
 on les faits pour savoir quoi comment 
faire de tout l’amour qu’on a dedans
 et voilà quand ils naissent qu’ils vous laissent 
comme deux ronds de flan

Le 5 octobre 2014 à 12:21

"Haïkus de mes comptoirs", Gourio lâche ses poèmes

On vous a dit et répété qu'il n'y avait plus de poète populaire en France ? Eh bien raté, Haïkus de mes comptoirs vient de pousser en rigolant sous votre nez pour vous démentir. C'est le 1000e titre publié aux éditions Le Castor Astral et il va vous porter chance : il rassemble les merveilles que Jean-Marie Gourio a essaimées sur ventscontraires depuis près de 5 ans : poèmes, rêves minuscules, haïkus de comptoir... Un petit livre ami comme il le dit lui-même, à serrer contre son cœur comme une flasque d'eau de vie joyeuse, pour les instant où, décidément, le monde qui vous entoure ne vous semble plus mériter la visite. Par exemple cette goulée en haut de la page 169 : Si c'était que moi, le trèfle à quatre feuilles porterait bonheur à partir de deux feuilles. Ou celle-ci, page 33 : Baudelaire achète du painPaie en poèmeManque un vers S'il avait été prétentieux ou pompeux (ce qui ne risque jamais de lui arriver, c'est contre sa nature), Gourio aurait pu intituler ce recueil Le Délassement d'un romancier, car il a coutume d'envoyer ces pépites par salves pour s'aérer l'esprit lorsqu'il est en en train d'écrire un roman. Elles ne lui viennent jamais au comptoir, où il se tient alors en mode "écoute" – sur une longueur d'onde qui le met entièrement au diapason des âmes accoudées avec lui autour du zinc (les Brèves de comptoir en ce moment sur vos écrans avec le film de Jean-Michel Ribes). Ses poèmes à la noix ou à un euro – je reprends ses propres mots – jaillissent en rafales du dedans, de ses comptoirs intimes et secrets, on est en direct avec l'énergie poétique de Gourio. "Quelques phrases qui tintent contre un verre de blanc" et qui font du bien.   > Le Castor astral

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
La masterclass d'Elise Noiraud
Live • 16/04/2021
La masterclass de Patrick Timsit
Live • 16/04/2021
La masterclass de Lolita Chammah
Live • 16/04/2021
La masterclass de Tania de Montaigne
Live • 08/03/2021
La masterclass de Sara Giraudeau
Live • 08/03/2021
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication