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Publié le 20/06/2014

Anne Hautecoeur / Frédéric Lévêque : "Esparbec, le grand nom de la littérature érotique"


Et au lit, comment ça se passe ? #2

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Anne Hautecoeur, directrice éditoriale de la Musardine et Frédéric Levêque, responsable de la librairie, rendent hommage à l'écrivain érotique Esparbec à qui on doit notamment La Pharmacienne et Le Pornographe et ses modèles, et que Jean-Jacques Pauvert considérait comme "le dernier des pornographes"
Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Le 29 avril 2014 à 13:50

Ça va la famille ?

– Pas vraiment. Récemment j’ai croisé Jean-Michel Ribes, il m’a demandé ce que j’étais en train d’écrire. C’était « La Servante du Seigneur », un livre sur ma fille qui a rencontré un sacripant pas très catholique qui l’a entraînée dans une religiosité suspecte. Jean –Michel m’a dit «  C’est vrai toi t’as du matos. » C’est vrai, ma famille m’a fourni du matos : un père alcoolique qui se suicide à table chaque dimanche : Il a jamais tué personne mon Papa. Une mère hypocondriaque qui mourait toutes les semaines, mais qui a fini par mourir pour de vrai :  La Mère est froide (en préparation). Deux enfants handicapés pour de vrai à qui j’ai écrit Où on va papa ?  Une épouse charmante qui meurt subitement que j’ai ranimée dans Veuf. Pas de quoi rire mais de quoi écrire…J’ai, comme dit Cendrars, trempé ma plume dans ma vie.Je suis devenu le greffier de ma famille, je leur ai élevé des monuments en papier. En les faisant entrer dans des livres, j’ai essayé de faire durer ce qui ne dure pas. Je n’ai pas eu à inventer des personnages pour peupler mes livres, ils m’ont été fournis. Mon père était un héros de roman, livré clé en mains, il était alcoolique, médecin de campagne, il ne faisait pas payer ses clients, rentrait en voiture dans les troupeaux de moutons mais il a jamais écrasé le berger. Il mettait au bout de ses vieux souliers des caoutchoucs de bocaux pour refermer la semelle qui baillait. Si j’avais eu un père comme les autres, expert comptable, qui ait des souliers brillants et qui boive de l’eau d’Evian… peut-être que j’aurais jamais eu envie d’écrire…

Le 22 avril 2017 à 09:26

Christophe Pellet : "J'ai essayé d'inventer un personnage féminin pour aujourd'hui"

Expérience scénique dangereuse, la pièce "Erich von Stroheim" de Christophe Pellet nous entraîne dans un triangle charnel entre une femme libre et deux hommes perdus. Sous la direction de Stanislas Nordey,Emmanuelle Béart, Laurent Sauvage et Thomas Gonzalez dessinent les traits d’une humanité décentrée. Troubles tangibles d’individus fissurés, qui cherchent réparation. Christophe Pellet — Erich von Stroheim est convoqué comme une figure symbolique. Cet être magnifique qu’il fut, flamboyant et à terre, reste profondément moderne. Cinéaste scandaleux à son époque (il mettait en scène ses obsessions, ses désirs), dans la marge comme créateur et comme individu, accepté comme acteur mais  pour des rôles toujours très typés, incompris, perçu comme un pornocrate. Les personnages de la pièce sont eux même dans la marge : l’un par ses activités (il prête et vend son corps), l’autre par sa volonté de disparaître du paysage social (il ne souhaite pas travailler, ni s’intégrer au monde, autrement que dans une fusion amoureuse : il est épris d’absolu). L’un et L’autre seront broyés. Le personnage de la femme s’en sort mieux, car elle connaît les règles, c’est elle même qui les dicte. Mais ce que je voulais explorer c’est comment ces trois personnages s’éteignent les uns et les autres, en une alchimie tragique. Si la pièce est pornographique, c’est que la société qui l’a vu naître est elle-même pornographique. Comme toutes les pièces que j’ai écrites il y a une grande part documentaire – sinon autobiographique – sans cette nécessité je n’écrirais pas. Même si je ne me la suis pas posée en l’écrivant, il est passionnant de se poser la question de la pornographie sur une scène de théâtre. Beaucoup d’autres praticiens de la scène le font, c’est même devenu une sorte de passage obligé. Mais cela, il me semble, passe surtout par les images scéniques, le corps des acteurs, les actes, voire les vidéos – la projection  –, et pas tant que cela dans les situations et les mots, même s’il y a quelques tentatives (les adaptations  de Sade, auxquelles Stanislas Nordey a participé). La scène finalement rejoint en ce domaine particulier les représentations du cinéma et du flux sur le net : même si au théâtre le scandale est plus grand. Mais en dehors de ce scandale immédiat et direct, il n’y a pas vraiment de fable, ni peut-être même de sens. D’un côté, la représentation théâtrale offre une stylisation, une dimension formelle et distancée, de l’autre, les écrans  proposent une matière brute et interchangeable. Même si au théâtre on voit bien la volonté de démontrer une forme d’aliénation, ce qui n’existe pas la plupart du temps dans la pornographie diffusée. Il y a aussi le désir de montrer un peu crânement et vainement qu’un acte pornographique sur scène est autant possible que sur le net. Mais au bout du compte c’est la même vacuité ; l’acte lui-même se désincarne, faute de mots, ou tout simplement parce que le sens de cette agitation échappe. Un auteur peut alors tenter de prendre le  relai, et questionner cet acte via la fable. Cependant la pornographie n’est pas le sujet central de la pièce : le sujet c’est l’émancipation difficile de trois êtres. Et le sujet, avant tout, c’est moi-même. Sans aucune  réflexion sociologique, politique, ou philosophique, tout simplement parce qu’en écrivant ce texte, je n’avais pas de recul, j’étais en état de stress. Et qu’une fois publié (très vite, dans la foulée, comme pour m’en débarrasser), je n’y suis pas revenu pour en accentuer telle et telle dimension réflexive. S’il apparaît une  dimension pornographique dans le corps de ce texte, c’est qu’elle est dans mon corps à moi, parce que les textes que j’écris et mon corps ne font qu’un. > en partenariat avec theatre-contemporain.net

Le 22 avril 2015 à 09:23

Rodrigo García : "Le Net c'est vertigineux et souvent superficiel"

Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García au resto du Rond-Point. 3e épisode : le Net. "Pour moi, Internet est un outil de travail magnifique. Par exemple quand je lis un livre et que l'auteur cite un autre auteur qui cite lui-même un auteur, avant, il fallait que j'aille à la librairie, que je me déplace, que j'achète le livre, que je le commande, maintenant je peux savoir rapidement qui est l'auteur. Chacun utilise Internet pour ce qu'il veut. Avant, les gens devaient se déplacer au cinéma porno pour se masturber, maintenant, ils peuvent se masturber à la maison et c'est un avantage parce que les gens peuvent se masturber à la maison et évacuer leurs tensions sans aller au cinéma porno en supportant l'humiliation d'être vus par d'autres gens. Pour la recherche, c'est aussi très intéressant mais il faut faire attention parce que les informations ne sont pas toujours authentiques et elles ne sont pas toujours complètes alors même si j'aime beaucoup aller d'un auteur à un autre, naviguer sur le réseau, je préfère de loin aller dans une bibliothèque, prendre les livres et y consacrer du temps parce que le temps en ligne est un temps vertigineux, très rapide. C'est agréable de prendre le livre, de l'ouvrir, chercher la page et je pense que ça prédispose à une meilleure lecture et à une meilleure compréhension. De l'autre manière, c'est vertigineux et souvent superficiel." Traduit de l'espagnol par Vincent Lecoq

Le 21 novembre 2013 à 11:56

Epiphanie

 Un soir de novembre 1983, je me suis assis sur un banc devant un théâtre parisien. C’était il y a trente ans, j’avais alors dix-huit ans, je m’étais installé à Paris quelques semaines plus tôt, pour faire mes études. C’est le soir, c’est l’automne, c’est novembre, c’est une soirée tumultueuse, emplie de tourbillons venteux, avec de lourds nuages qui cavalent à l’intérieur du ciel, lequel est éclairé d’en bas par les lumières de la ville, qui y révèlent une émulsion gazeuse de couleur jaune suspendue dans l’atmosphère. Des feuilles mortes sont aplaties, lourdes de l’humidité qui les imbibe, sur le sol sableux des allées. Des cuvettes forment des étangs peu étendus, plus substantiels que des flaques, que les piétons doivent contourner. Des lampadaires de fonte, sombres, sculptés, d’une facture assez précieuse, ponctuent les allées de loin en loin et enrichissent d’un soupçon de féerie l’atmosphère de la nuit. Il se trouve que ce soir-là, je n’allais pas très bien, l’avenir et la réalité me faisaient peur, terriblement peur : je craignais de ne jamais trouver ma place en ce monde. Assis sur mon banc aux abords du théâtre, je voyais de nombreux nuages lourds qui avançaient à toute vitesse dans la même direction : la ligne droite des nuages coupait obliquement l’axe est-ouest de la ville, et ce désaxement du ciel par rapport à la géographie urbaine me plaisait beaucoup. Un tumulte extraordinaire m’environnait : vacarme du vent, violence physique des tourbillons, branches noires qui remuent, papiers et sacs plastique qui volent. Je me vivais, ce soir-là, comme un exilé, un apatride, un orphelin, une entité détachée : nulle terre hospitalière, me semblait-il, ne s’offrirait à m’accueillir, jamais : j’entrevoyais mon avenir comme un monumental désastre. Mais quelque chose, dans ce spectacle des nuages noirs qui circulaient à toute vitesse selon un axe inflexible, me rassurait, et m’apaisait. Un flash métaphorique illumina alors mon esprit, il me sembla que les nuages étaient animés par l’énergie d’une détermination inexorable : élan massif de tout le ciel par-delà la stratosphère urbaine. Oui, je me suis dit alors que j’étais là-haut et non pas ici-bas, j’ai éprouvé une grande ivresse à me sentir dans un rapport de complicité analogique avec la vitesse et l’obliquité des nuages, je me suis dit que je serai sauvé par quelque chose de comparable à ce qui pousse le ciel avec une telle vitesse et selon un axe aussi déterminé. Une puissance. Une force intérieure. Le hasard et la chance. Le désir et la volonté. Une puissance et une force qui renverseraient tous les obstacles : car nul obstacle n’interrompait la course de ce ciel sombre et mouvementé. Ce qui précède est la description de l’une des plus puissantes épiphanies de toute ma vie. L’un des moments les plus intenses que j’aie jamais vécus, dans un rare entremêlement d’effroi et de confiance, comme si soudain, dans les ténèbres, à la faveur d’une subite éclaircie, j’avais entrevu ce que pourrait être ma vie trente ans plus tard. Je peux dire que cette soirée de novembre 1983, aux abords de ce théâtre, m’a longtemps servi de socle. J’y ai pensé souvent, avec le plus grand réconfort, toujours. Ce fut pour moi une nuit fondatrice. J’ai raconté cette épiphanie dans mon roman Cendrillon. Pour rendre sensible ce qui s’est joué de fondamental en moi cette nuit-là, je l’ai mise en scène comme une expérience de laboratoire, en postulant deux personnages théoriques, le Personnage A (moi à dix-huit ans, tout juste débarqué de ma banlieue) et le Personnage B (le jeune adulte nanti et socialement établi que je n’étais pas). Postulons le soir, postulons l’automne, postulons novembre, pour que cette expérience épiphanique et visionnaire puisse commencer. Ces quelques pages de Cendrillon, Bertrand Belin en a fait une chanson que j’adore, Postulons, dont les paroles sont toutes des phrases extraites de mon livre. Frédéric Fisbach a eu l’idée d’ouvrir son spectacle, Elisabeth ou l’Equité, en diffusant Postulons dans la salle, lumière allumée, et de faire entrer les comédiens sur ses dernières mesures, comme un fondu enchaîné, avant d’éteindre la lumière, une fois la scène bien engagée. Un fondu enchaîné entre le dehors et le dedans, la réalité et la fiction, le passé et le présent, la vie et l’œuvre, le biographique et le romanesque. Mais surtout un merveilleux principe de continuité entre ce soir de novembre 1983 où j’ai rêvé mon avenir et tous ces soirs de novembre 2013 où ma première pièce de théâtre est représentée, comme si ces soirs présents étaient autant de visions oniriques créées par ce soir ancien, ce soir lointain. Car le théâtre devant lequel, arrivé en avance, je me suis assis, sur un banc, sous le grand ciel désaxé, en novembre 1983, était le théâtre du Rond-Point. Je sais maintenant ce que j’ai entrevu de si beau ce soir-là : c’est ce que je suis en train de vivre en ce moment, ma première pièce créée dans ce même théâtre, le théâtre du Rond-Point, en novembre, exactement trente ans plus tard, comme un rêve, une vision automnale réalisée.

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