Gerard Watkins
Publié le 24/06/2014

Dans de beaux draps


Il est 13h 24 et le drap percale 200 fils au centimètre carré n’a pas l’impression que la conversation va reprendre de si tôt entre elle et lui.

Le matin, lui s’était absenté et avait flâné au marché en espérant trouver des mangues, parce que d’après lui les mangues étaient aphrodisiaques, bien plus que le gingembre et les asperges. Son apriori était dénué de valeur. Il s’était imposé pourtant de ne pas vivre sans valeur, mais là c’était la fin de la semaine, et il s’était autorisé un peu de complaisance. Elle avait dormi et réussi à passer la barre de midi, ce qui est considéré comme un signe de santé par les chercheurs scientifiques, et de dépression chez les lecteurs d’hebdomadaires. Ce devait être une journée resplendissante, les enfants étaient pris en charge par des organisations douteuses et allaient certainement se retrouver devant des écrans malveillants, et la sortie culturelle du soir, qui devait être une mission laborieuse pour l’un comme pour l’autre, venait d’être annulée par des intermittents. C’était une journée qui se devait d’être auréolée d’une grâce indolente, comme il n’en existe plus que dans les agglomérations où les loyers sont inférieurs à 300 euros par mois. Une journée exceptionnelle par son inexistence, s’accrochant au néant comme un soin de première nécessité. Une journée dévouée à un espace de moins de trois mètre carrés, comme il se plaisait à dire. Enfin, cela faisait un moment qu’il n’avait plus utilisé cette expression. Il avait bien compris qu’il ne fallait pas faire le malin, ni s’extasier sur des trouvailles poétiques, surtout si elles étaient teintées d’humour, et dénuées de valeurs. Mais la nature dominicale et le souvenir d’avoir vu un prêtre avec un nez rouge et un sourire narquois sur le chemin du marché, lui avait permis ce petit trait. Le prêtre avait beau avoir bu, et être satisfait de sa vie, il n’allait pas avoir ce privilège. Il se le répéta deux ou trois fois comme une formule magique. Ne trouvant pas de mangue, il se contenta d’huîtres, et de branches de céleri, ayant lu quelque part que les oligo-éléments aidaient à la production de sperme, et que les tiges de céleri produisaient de la testostérone. A chacun sa spécialité. Depuis quelque temps il s’était intéressé à la production de spermatozoïdes. A sa propre production, cela va sans dire. C’est elle qui avait éveillé en lui cet intérêt. Elle lui avait lu à voix haute un article passionnant à ce sujet. C’est surtout la constitution de la matière onctueuse qui avait marqué son intérêt, et il s’était mis à la considérer comme une recette culinaire, dont il voulait percer le secret. Elle était plutôt intéressée par le contenu que par le contenant gélatineux et y vouait un véritable culte. Impossible pour elle de parvenir à une quelconque jouissance sans en imaginer au moins une demi douzaine, de profil, de face, en gros-plan ou de plein pied. Elle pouvait les décrire avec une acuité déconcertante. L’inspiration lui venait en prenant le métro. Sa manière à elle de déjouer les regards mâles et lourdingues farcis d’illusions, était de prendre des notes mentales assez rapides de détails vestimentaires et d’anthropologie sociale approximative, pour ensuite en déguiser son sperme comme avec une panoplie. Elle avait vu un jeu destiné aux filles sur une Nintendo DS qui ressemblait à ça, sans les spermatozoïdes évidemment, et cette gymnastique mentale lui permettait donc d’en préciser la nature. L’habit fait le moine, pensait-elle en les déguisant. Lui ne comprenait pas cette démarche. Le spermatozoïde devenait par là un homme en devenir. Ce qui était faux, approximatif, et dénué de valeur, puisque le but du spermatozoïde était de se fondre dans un ovule, et pas juste de prendre le métro avec du gel dans les cheveux et une cravate de chez Tie Rack. De retour au bercail, en dégustant les huîtres et les asperges au lit, ils se préparaient, lui et elle, l’un comme l’autre, à s’abandonner à du sexe « de très bonne qualité ». Ils savaient que la performance était une nécessité, et qu’il ne fallait pas juste se contenter de se contenter. Elle avait acheté à New York une petite toile microscopique, à une époque où la nano peinture était en vogue. Cette peinture d’à peine 12 centimètres carrées représentait un homme nu faisant le poirier devant une femme, et s’intitulait « At least the sex is good. »  D’après elle, c’était le meilleur titre jamais trouvé pour une œuvre. D’après lui, c’était les meilleures huîtres qu’il avait goutées de la saison. En le voyant manger ses huîtres, elle ne put s’empêcher de lui décrire comment elle voyait se dessiner devant elle la prochaine fournée de spermatozoïde qui se constituait en lui grâce aux oligo-éléments. Il y avait : un joueur de flûte de pan, un Ashkénaze, et un retraité avec une barbe de nain de jardin, et un marathonien. Il lui reprocha amèrement de n’imaginer que des mâles. Ca le gênait qu’elle pense autant à d’autres hommes avant de faire l’amour. Elle savait aussi bien que lui qu’un spermatozoïde pouvait être mâle autant que femelle, et que ce n’était pas parce qu’ils prenaient plus de place sur les banquettes de métros et qu’ils louchaient systématiquement dans son décolleté qu’il fallait leur prêter plus d’attention. Mais elle lui rétorqua avec son sang froid habituel que cela lui était nécessaire, qu’elle devait évacuer toutes les mauvaises images des hommes au même titre que lui devait évacuer tous ses spermes. Que si elle se permettait de les évoquer, c’était juste dans l’idée qu’elles les envoyaient à une mort certaine. Elle faisait un régime alimentaire très strict qui avait pour vocation de créer en elle des fluides vaginaux suffisamment puissants pour ralentir ses spermes mâles, qui étaient les plus rapides, et permettre aux spermes femelles, plus lents, d’atteindre victorieusement l’ovule. Elle avait appelé ça la technique du lièvre et de la tortue. Mais, les asperges aidant, la testostérone monta en lui, se fraya un chemin à travers tous les couvercles qu’il avait soigneusement mis sur son sexisme latent, et il avait déversé un chapelet d’obscénités concernant ses ovules, qu’il compara à des célébrités dénuées de neurones, et elle s’en était fâchée, lui rappelant que son ovule était unique, qu’elle n’en revenait pas qu’il puisse oublier un détail aussi important. Elle le planta là, haletant dans sa rage masculine. Sur le marché, elle trouva une mangue, qu’elle croqua sous les yeux avisés du primeur.

Gerard Watkins est né à Londres en 1965. Depuis 1994, il dirige sa compagnie, le Perdita Ensemble, pour laquelle il met en scène tous ses textes, La Capitale Secrète, Suivez-Moi, Dans la Forêt Lointaine, Icône, La Tour, Identité, dans des espaces différents, navigant de théâtres comme l’Echangeur et le Colombier à Bagnolet, au Théâtre Gérard Philipe de St-Denis, Théâtre de Gennevilliers, la Ferme du Buisson, et le Théâtre de la Bastille,en passant par la piscine municipale de St-Ouen. Il est lauréat de la fondation Beaumarchais, et de la Villa Medicis Hors-les-Murs, pour un projet sur l’Europe. Monsieur Qui et les Maitresses de l'Univers a été enregistré pour France Culture en direct à la Mousson d'été.

Il vient de créer, Lost (Replay) Création Douai Oct 2012, Théâtre Bastille 2013, et Europia / fable géo-poétique spectacle de sortie des élèves de l’ERAC 2013, pour Marseille Provence 2013, repris à Avignon In au Cloitre Saint Louis et à Reims Scènes d'Europe.

Il prépare actuellement Je ne me souviens plus très bien, qui sera créé au Théâtre du Rond Point en Septembre 2014, et son prochain opus Scène de Violence Conjugales en Milieu Hétérosexuel pour 2015.

Il est lauréat du Grand Prix de la littérature dramatique 2010.

 

 

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Le 23 août 2011 à 09:03

Hubert, chien de cirque

Le mois dernier, j’ai revu mon cousin Hubert. Je lui trouvé l’air éteint. Comme nous nous aimons bien, il s’est un peu confié. — En janvier dernier, figure-toi, j’ai ouvert un blog, comme tout le monde. Ça distrait. Trop. Je me suis enflammé pour l’auteur du premier commentaire aimable, une jeune parisienne, à ce que j’ai compris. Et me voilà parti à lui composer des poèmes, à faire des cabrioles, à inventer des tours, à la suivre à la trace sur tous les chemins virtuels possibles. Ah ! Le succès que j’ai eu, c’est peu dire qu’il ne fut même pas d’estime. Alors j’ai fermé mon maudit blog. Pour en ouvrir un second, puis un troisième qui lui était spécialement dédié. Et plus j’implorais un regard, une minute d’attention, plus les coups de pied pleuvaient. Enfin j’exagère, mais elle ne venait plus jamais me lire. La nuit, je dormais sur le paillasson de son blog à elle, sans oser y entrer. Le jour, je mettais au point pour le mien de nouveaux numéros qui auraient pu enfin l’attirer et lui plaire. Niet. Les compliments, les petits mots pleins d’esprit étaient toujours pour les autres. Je dépérissais. Puis, bizarrement, mon visage changeait un peu, mes oreilles aussi, et je me suis mis à manger beaucoup de viande, moi qui avant la détestais. Quand plus personne n’a reconnu ma voix au téléphone, j’ai compris qu’il fallait vraiment faire quelque chose. J’ai voulu supprimer mon compte, mais on m’a répondu qu’il n’existait pas, qu’il n’avait jamais existé.

Le 26 juillet 2011 à 17:14

Oslove

Si ma dernière carte postale louait la contemplation des paysages norvégiens, il est difficile aujourd'hui de garder la même candeur. C'est la stupéfaction et le choc dans ce petit pays d'ordinaire si calme. Il faut dire que le moindre fait divers un peu meurtrier fait en Norvège la Une des journaux. Alors un tel massacre, c'est l'effarement. À Oslo, tout le monde connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui était sur l'île d'Utøya ou au milieu de l'explosion à la voiture piégée du centre de la capitale. La tristesse et l'incompréhension se lisent dans tous les regards. Hier soir, c'est plus de 200.000 Osloites qui se sont retrouvés à l'hôtel de ville, une fleur à la main, pour une commémoration de paix et d'hommage aux victimes. C'est la moitié de la ville. "Il n'y a plus une seule rose dans Oslo !" se plaint une passante avec un mini pot de fleurs ridicule dans les  mains, "A la violence, nous répondons par  plus de démocratie et d'amour ! Rassemblez vos fleurs partout dans la ville" scande le premier ministre. Sur les réseaux sociaux, de nombreux mouvements s'organisent comme poser des petits cœurs partout, fermer les volets durant l'audience d'Anders Behring Breivik afin de refuser de donner la satisfaction médiatique de celui qui se prend pour le fondateur d'une nouvelle croisade. Et puis, dans la presse, certains se plaignent aussi : les pauvres homonymes du tueur vivent  en effet depuis ce week-end un véritable cauchemar, se voyant contraints de couper leurs téléphones face à la déferlante d’insultes. Le nom Breivik n’est pourtant pas le Dupont francais. Mais ce monsieur tout le monde aura tout de même réussi une seule chose : faire réfléchir notre société face a la montée inquiétante du nationalisme et de l’anti-islamisme.     Si ma dernière carte postale louait la contemplation des paysages norvégiens, il est difficile aujourd'hui de garder la même candeur. C'est la stupéfaction et le choc dans ce petit pays d'ordinaire si calme. Il faut dire que le moindre fait divers un peu meurtrier fait en Norvège la Une des journaux. Alors un tel massacre, c'est l'effarement. À Oslo, tout le monde connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui était sur l'ile d'Utøya ou au milieu de l'explosion a la voiture piégée du centre de la capitale.. La tristesse et l'incompréhension se lisent dans tous les regards. Hier soir, c'est plus de 200 000 Osloites qui se sont retrouvés à l'hôtel de ville, une fleur à la main, pour une commémoration de paix et d'hommage aux victimes. C'est la moitié de la ville. "Il n'y a plus une seule rose dans Oslo !" se plaint une passante avec un mini pot de fleurs ridicule dans les  mains, "A la violence, nous répondons par  plus de démocratie et d'amour ! Rassemblez vos fleurs partout da Si ma dernière carte postale louait la contemplation des paysages norvégiens, il est difficile aujourd'hui de garder la même candeur. C'est la stupéfaction et le choc dans ce petit pays d'ordinaire si calme. Il faut dire que le moindre fait divers un peu meurtrier fait en Norvège la Une des journaux. Alors un tel massacre, c'est l'effarement. À Oslo, tout le monde connaît quelqu'un qui connaît quelqu'un qui était sur l'ile d'Utøya ou au milieu de l'explosion a la voiture piégée du centre de la capitale.. La tristesse et l'incompréhension se lisent dans tous les regards. Hier soir, c'est plus de 200 000 Osloites qui se sont retrouvés à l'hôtel de ville, une fleur à la main, pour une commémoration de paix et d'hommage aux victimes. C'est la moitié de la ville. "Il n'y a plus une seule rose dans Oslo !" se plaint une passante avec un mini pot de fleurs ridicule dans les  mains, "A la violence, nous répondons par  plus de démocratie et d'amour ! Rassemblez vos fleurs partout dans la ville" scande le premier ministre. Sur les réseaux sociaux, de nombreux mouvements s'organisent comme poser des petits cœurs partout, fermer les volets durant l'audience d'Anders Behring Breivik afin de refuser de donner la satisfaction médiatique de celui qui se prend pour le fondateur d'une nouvelle croisade. Et puis, dans la presse, certains se plaignent aussi : les pauvres homonymes du tueur vivent  en effet depuis ce week-end un véritable cauchemar, se voyant contraints de couper leurs téléphones face à la déferlante d’insultes. Pourtant le nom Breivik n’est pourtant pas le Dupont francais. Mais ce monsieur tout le monde aura tout de même réussi une seule chose : faire réfléchir notre société face a la montée inquiétante du nationalisme et de l’anti-islamisme. ns la ville" scande le premier ministre. Sur les réseaux sociaux, de nombreux mouvements s'organisent comme poser des petits cœurs partout, fermer les volets durant l'audience d'Anders Behring Breivik afin de refuser de donner la satisfaction médiatique de celui qui se prend pour le fondateur d'une nouvelle croisade. Et puis, dans la presse, certains se plaignent aussi : les pauvres homonymes du tueur vivent  en effet depuis ce week-end un véritable cauchemar, se voyant contraints de couper leurs téléphones face à la déferlante d’insultes. Pourtant le nom Breivik n’est pourtant pas le Dupont francais. Mais ce monsieur tout le monde aura tout de même réussi une seule chose : faire réfléchir notre société face a la montée inquiétante du nationalisme et de l’anti-islamisme.

Le 19 juillet 2012 à 09:13

La Joconde

- Le La par quoi se précède Joconde n’est pas un article défini féminin mais le chausse-pied du produit-phare de l’entreprise Louvre, leader français de la culture. - Investissant le Louvre, les bolcheviks auraient-ils fusillé le portrait de cette non camarade aux mains oisives et au sourire irritant, ou bien échangé le tout contre une cinquantaine de tracteurs avec leurs pièces de rechange ? - Epouse, non pas de  Francesco di Bartolomeo di Zanoli del Giocondo, mais de Francesco di Bartolomeo di Zanoli del Giocondo della Merda, La Merde aurait-elle proliféré en produits dérivés? -  Monna Lisa se retient mieux que Gilda Von Streinheillkermaïer, adapté au slalom géant dames. - Les Japonais trouvent-ils exotiques ses yeux mi-bridés ? - La Joconde était-elle analphabète ? - Dans les années soixante les Beatles furent plus populaires que La Joconde. Léonard de Vinci est mort, Monna Lisa est morte, John Lennon est mort, Georges Harrison est mort, Mac Cartney, Ringo Star et La Joconde jaunissent mais s’accrochent encore. - La Joconde s’avérant être un faux, faudrait-il transférer son vitrage blindé à un autre tableau de même format et authentique ? - Un faux ayant un passé a-t-il plus de valeur qu’un original sans avenir ? - Authentique depuis cinq siècles, un faux peut-il encore devenir faux ? - Le sourire de La Joconde est-il : -   un sourire de commande ? -   un best-seller du genre (le sourire historique) ? -   un sourire fermé pour cause de dents gâtées ? -   un sourire banal dit mystérieux par habitude ? -   un sourire d’un modelé mou ? -   un sourire mou ? -   un sourire mou aujourd'hui mais pas mou pour l’époque ?  -   un sourire, ou une moue ? -   une moue molle ? -   un sourire vague ?- un vague sourire ? -   un sourire en général? -   un… sourire?    

Le 5 mai 2011 à 09:20

Ceci n'est pas une Porsche

En tombant sur la photo qui fait trembler les murs de Solférino actuellement, c'est l'image subliminale du parapluie de Kadhafi qui m'est immédiatement revenue en tête, avec la conscience toutefois que les deux n'ont rien à voir. Encore que...          Alors que quelques inconditionnels du sondage s'émoustillent de la date fatidique à laquelle le Messie fera son apparition dans le cercle des primaires disparues, un signe qu'on n'attendait plus surgit d'une manière quelque peu désobligeante pour le prétendant partisan apparemment des envolées mystérieuses. La Porsche de DSK fait jaser, parce qu'elle ramène à quelque chose qu'on connaît bien et qui rappelle quelqu'un. La Porsche de DSK serait-elle le petit Fouquet's de Sarkozy qui s'annonce trop tôt ? C'est en tout cas à deux pas de ce lieu désormais emblème du sarkozysme que la photo a été prise. Nous sommes ici bien loin de la radieuse DS des Trente Glorieuses plébiscitée par le Général de Gaulle et dont Roland Barthes disait: "Jusqu'à présent, la voiture superlative tenait plutôt du bestiaire de la puissance ; elle devient ici à la fois plus spirituelle et plus objective… la voici plus ménagère, mieux accordée à cette sublimation de l'ustensilité que l'on retrouve dans nos arts ménagers contemporains…".Et nous, on la sent bien loin, cette gauche Porsche, bien loin de nous et de nos petits "arts ménagers" du quotidien... Alors à quand une gauche Deuch' ?---Sur le même sujet, lire aussi la chronique d'Eole Contrario, SuPorscherie.

Le 18 août 2015 à 07:32

Zen : Des moines bouddhistes pour aider les voyageurs à supporter les enfants qui pleurent dans les trains

La SNCF annonce ce matin un plan tout à fait innovant pour aider les voyageurs à enfin supporter les cris et les pleurs des enfants dans ses trains. Désormais, des moines bouddhistes seront placés dans les voitures et donneront des cours de relaxation aux voyageurs pour les aider à s’affranchir de la douleur et de l’énervement causés par les pleurs de ces enfants. Reportage. Un enfant qui pleure dans un train et ce sont près de 70 voyageurs qui sont pris en otage, et autant d’usagers mécontents. Forte de ce constat, la SNCF mise sur le zen et l’enseignement de Bouddha pour aider les voyageurs. « Désormais, chaque rame de TGV ou de train sera équipée d’un moine bouddhiste en libre service à usage immédiat » a expliqué Guillaume Pépy lors d’une conférence de presse ce matin. Le président de la SNCF a expliqué que les moines avaient suivi une formation spéciale pour pouvoir intervenir en toute situation et à tout moment. « Imaginez, vous faites Paris – Toulouse, vous êtes fatigués ou vous souhaitez travailler dans le calme, et un enfant se met à pleurer dans votre voiture. Que faire ? » souligne-t-il. « Avant, il fallait prendre votre mal en patience et serrer les dents, parfois aller aux toilettes et hurler votre rage, ou exprimer votre colère sur les réseaux sociaux ». Maintenant, un moine zen se déplacera à votre place et vous aidera à effectuer des gestes simples de relaxation et de calme pour vous aider à traverser cet océan de rancœur pour arriver à une mer de la tranquillité – toujours selon le mot du PDG. Un partenariat spécial avec la fédération bouddhiste française a été signé, et dès les prochains grands départs en vacances, ce sont près de 700 moines zen qui seront présents dans les gares et les rames. Des moines qui seront aussi formés pour expliquer aux voyageurs, là aussi dans le calme et la quiétude, qu’il ne sert absolument à rien de se lever de sa place et de faire la queue dans le couloir de la voiture plus de 30 minutes avant l’arrêt total du train. Le Gorafi

Le 16 février 2013 à 08:11
Le 17 mars 2013 à 08:51

Chronique du retour en France

A bord du vol Addis-Abeba - Paris

« Mesdames-Messieurs-bonjour, dans quelques instants nous commencerons notre descente vers Paris-Charles de Gaulle, où nous devrions atteindre notre point de stationnement d’ici une dizaine de minutes. Veuillez redresser votre siège, plier votre tablette et attacher vos ceintures en vue de notre proche atterrissage. A l’arrivée le temps est couvert et la température extérieure est de six degrés… [silence] C’est l’hiver, quoi. Il a neigé y a pas longtemps mais ça n’a pas tenu. [silence]. Dommage, c’était sympa ces batailles de boules de neige dans la rue. Mes enfants étaient tout jouasses. Hum. [silence] Je ne sais pas depuis quand vous étiez partis mais vous trouverez peut-être que ça n’a pas beaucoup changé depuis que vous avez quitté la capitale. Paris est Paris ; on y galope après le temps pour se sentir moins fragile ; les transports en commun charrient chaque jour des tonnelées de travailleurs maussades habillés de gris, de beige et de bleu marine, absorbés dans leurs téléphones et casqués pour la plupart, oublieux du monde qui les entoure au point qu’il faut les tirer par la manche pour asseoir une vieille dame ou monter une poussette dans les escaliers. Le bruit médiatique est toujours aussi assourdissant mais on s’y retrouve finalement assez vite ; les uns répètent ce que racontent les autres, Cosmo parle de fesse, l’Equipe de la Ligue 1, Le Point est à droite, Libé à gauche, le Fig à Dassault et le Canard à personne, vous ne serez pas dépaysés. Vous allez peut-être aussi retrouver l’abondance incroyable des supermarchés d’ici , les vingt marques de papier toilette entre lesquelles il faut choisir ; celui-ci rose à pois verts mais celui-là doté d’une Ouverture Facile, ce troisième Extra-Doux et ce dernier tout en haut moins onéreux mais à tête de papier de verre… Ca prend un petit moment mais on s’y fait, vous verrez. Et puis j’espère que vous avez déjà un appart où dormir parce qu’en ce moment c’est presque impossible si vous n’avez pas deux CDI, trois garants et un compte en Suisse (ou un oncle acteur en Belgique, ha ha) ; bref si vous n’avez pas de quoi acheter l’immeuble et – ah – une petite seconde, on m’appelle, je suis à vous tout de suite *bip*. *bip* excusez-moi, il fallait que je réponde, c’était les gars de la tour de contrôle qui m’appelaient. Ils me trouvent un peu trop négatif. Ils ont raison, je me suis laissé emporter. Au fond Paris vaut bien Addis Abeba, ou Hanoi, ou Oulan Bator pour autant que je sache. C’est juste que ça va peut-être vous faire bizarre de rentrer. Ce n’est pas que la ville soit si dure à vivre, non ; c’est plutôt que vous ne serez plus ailleurs. Vous verrez, ça secoue un peu. Enfin vous trouverez bien aussi de quoi vous remonter le moral, hein, je ne me fais pas de souci pour vous, attendez, je sors mon Pariscope, ah, y a Morel qui joue à la Pépinière, j’adore ses pièces ; y a plein de conférences gratuites à la BNF et des concerts en pagaille un peu partout, tiens, il y a Akalé Wubé qui joue bientôt, c’est du son éthiopien, ça ; et puis vous pouvez aller boire du thé à la menthe à la Grande Mosquée si ça ne choque pas votre orthodoxie, il est super bon, bref il y a plein de trucs à faire si vous savez prendre le temps. C’est pas rassurant, ça ? Allez Mesdames, allez Messieurs, souriez, Paris n’a pas changé mais Paris vaut le coup quand même ; il y a la place des Vosges et l’Opéra, Belleville, le Jardin des Plantes et les troquets de Pigalle, les bourdons tibétains fossilisés de la Piazza Beaubourg, le canal Saint-Martin, tous les gens mélangés, la ville humide et froide recolonisée par la vraie vie vivante et l’espoir du printemps. Mais je parle, je parle, voilà la piste qui approche et je n’ai toujours pas sorti les roues. Allez, on atterrit. Dernier virage, hop-là, désarmement des toboggans, pouf-pouf, voilà, le contrôle au frontières vous attend avec le sourire. Enfin, peut-être. Allez, Mesdames-Messieurs, bonne journée, n’oubliez pas que le monde est vaste et qu’il fait plutôt bon y vivre. Bon séjour à Paris, bonne route à vous,  A bientôt. »

Le 5 août 2015 à 09:32

Invitation à jouir

Une experte à votre service

On me dit experte, on réclame à grands cris ma technicité. Jeanne Moreau a eu plus de mille amants, on l’admire. Je suis une femme inconnue, on apportera peut de crédit à mon expérience de petite salope. Être  travailleuse du sexe est un choix (une licence de philosophie, une maîtrise de sociologie, il me semble que je pourrais faire autre chose de ma vie…). Merci de ne pas mettre en accusation mon enfance, mon parcours. Le petit doigt dans le cul pendant la fellation impériale, ils raffolent. Grisélidis Réal en parle suffisamment dans son Carnet de bal d’une courtisane… Les hommes sont très ouverts à la multiplicité des pratiques sexuelles, il s’en trouve un grand nombre pour essayer stupidement de me faire (de vous faire (salut les filles ! !) exploser de plaisir par tous les moyens. Leur jouissance triste se limite bien souvent à l’exercice de leur puissance indexé à leur valorisation narcissique. A l’observation, ils ne savent pas jouir autrement. Combien de lecteurs de Vents Contraires (animateurs de la revues, auteurs) suivront mon conseil quand je les inviterais gentiment à expérimenter un massage prostatique pour qu’ils aient enfin une idée un peu sérieuse de ce que signifie un orgasme masculin ? Il y en aura davantage pour s’affirmer féministe, attentif au plaisir de l’autre. Blah blah et brouhaha reprennent place à ce moment même où vous finissez de lire ce texte. Je retourne travailler.

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