Jean-Michel Ribes
Publié le 04/07/2014

Epistole


Conversation de bureau

pour Jean-Claude Grumberg

VIVIEN. Mon cher Paul, je vous écris de...
PAUL. Vous pouvez parler plus distinctement.
VIVIEN. Pardon ?
PAUL. Vous n'articulez pas.
VIVIEN. Je n'ai aucune raison d'articuler. J'écris.
PAUL. Oui mais vous écrivez tout haut.
VIVIEN. Et alors ?
PAUL. Et alors je vous entends.
VIVIEN. Eloignez-vous.
PAUL. Pourquoi puisque c'est à moi que vous écrivez ?
VIVIEN. Si je vous écris Paul c'est pour que vous me lisiez pas pour que vous m'entendiez.
Un temps.
PAUL. Vivien, je peux savoir pourquoi vous m'écrivez au mois de mars ?
VIVIEN. Je vous l'explique dans ma lettre.
PAUL. Vous ne l'avez pas encore écrite.
VIVIEN. Non mais je sais ce qu'elle contient.
PAUL. Si vous le savez pourquoi vous ne me le dites pas ?
VIVIEN. Parce que ce n'est pas la même chose.
PAUL. Quoi ?
VIVIEN. Dire et écrire.
PAUL. Ah bon !
VIVIEN. Rien à voir.
PAUL. Quand vous écrivez vous n'employez pas les mêmes mots, les mêmes verbes, les mêmes accents que ceux que vous utilisez pour parler comme en ce moment...?
VIVIEN. Si mais ils n'ont pas... comment dire... le même poids, la même densité et peut-être pas la même signification.
Un temps.
PAUL. Vous m'écrivez en anglais ?
VIVIEN. Non, mais je vous écris avec la main alors que je vous parle avec la langue.
PAUL. Oui ça je vous remercie.
VIVIEN. Et comme vous avez dû le remarquer la langue est un morceau de chair très court, très innervé et donc très vif, qui remue dans tous les sens ce qui a pour conséquence qu'elle ne dit pas toujours précisément ce qu'on souhaiterait qu'elle dise. De plus le fait qu'elle soit placée dans la boîte crânienne, c'est-à-dire très proche du cerveau, ne donne pas le temps à la pensée de refroidir.
PAUL. Je vois. Je dois donc m'attendre de votre part à des propos glacés.
VIVIEN. Maîtrisés disons.
PAUL. Maîtrisés !
VIVIEN. Oui, par la main qui va recevoir l'idée apaisée et fortifiée par le long cheminementqu'elle vient d'effectuer de la tête au poignet ne demandant qu'à s'exprimer avec clarté dans les pleins et déliés de ma plume.
PAUL. Permettez-moi d'en douter.
VIVIEN. Douter ? Douter de quoi ?
PAUL. Que tout ce que vous venez de dire ait du sens. Pardonnez-moi mais comme vous vous êtes expliqué avec votre petit morceau de chair si peu fiable, je doute, oui, que votre discours soit maîtrisé.
VIVIEN. Ne vous inquiétez pas, il l'est.
PAUL. Tiens donc et pourquoi ?
VIVIEN. Parce que je l'avais écrit avant. Vous pensez bien que je ne me serais pas risqué...
Un temps.
PAUL. Et ça ?
VIVIEN. Quoi ?
PAUL. Cette carte postale que vous m'avez envoyée de votre lieu de vacances l'été dernier.
VIVIEN. Eh bien ?
PAUL. LIsez-la.
VIVIEN (lisant). "Mon cher Paul. Ici il fait beau. Je me baigne. J'espère que vous allez bien. Amitiés. Vivien."
PAUL. Vous n'avez pas l'impression que votre pensée se soit un tantinet gourée d'itinéraire ?
VIVIEN. C'est-à-dire ?
PAUL. Qu'elle ait raté le bras et se soit dirigée vers la jambe et que vous ayez fini par écrire avec vos pieds !
VIVIEN. Paul, je vous en prie !
PAUL. Enfin Vivien, ne me dites pas que ces trois lignes insipides sont le fruit d'une réflexion ferme et que vous n'auriez pas pu faire mieux en parlant tout simplement !
VIVIEN. Je ne crois pas.
PAUL. Ne vous fichez pas de moi.
VIVIEN. Je vous assure, je me souviens quand je vous ai écrit ce mot, j'étis sur la plage écrasé de chaleur, incapable de prononcer la moindre parole.
PAUL. Vous n'auriez pas été capable de dire "Bonjour Paul, la mer est belle, je nage...!!"
VIVIEN. Je ne pense pas. Et puis si je vous l'avais dit c'est que vous auriez été là et vous auriez donc constaté par vous-même qu'il faisait beau et que je me baignais... alors à quoi bon le dire.
Un temps.
PAUL. Exact.
VIVIEN. Cela dit je suis touché que vous consreviez les cartes postales que je vous envoie.
PAUL. C'est pour l'image. J'aime les dunes.
VIVIEN. Je l'ignorais.
PAUL. Celle du lézard ou celle du vieux avec la cornemuse je ne les ai pas gardées.
VIVIEN. C'est bon à savoir pour la prochaine fois.
PAUL. Je suppose que vous ne passez pas toutes vos vacances près des dunes ?
VIVIEN. Non bien sûr, mais où qu'on soit si on cherche bien on en trouve toujours une ou pour le moins un monticule sableux, surtout quand on sait que ça fait plaisir... "Mon cher Paul, je vous écris de..." Pardonnez-moi je continue parce que le dernier courrier est à dix-neuf heures et j'aimerais autant vous la poster aujourd'hui.
PAUL. Vous n'allez pas me la donner ?
VIVIEN. Non.
PAUL. Vous n'oubliez pas, j'espère, que je suis assis en face de vous, Vivien ?
VIVIEN. Comment pourrais-je l'oublier Paul ! Vous êtes assis en face de moi depuis quinze ans et trois mois, huit heures par jour, dans le même bureau, avec pour seule interruption quotidienne une halte d'une heure à la cafétéria où la plupart du temps vous parvenez à placer votre plateau en face du mien.
PAUL. Oui mais je ne choisis jamais comme vous ni chou-fleur, ni cabillaud, ni fromage à pâte molle.
VIVIEN. C'est vrai et au mois d'août vous ne partez pas non plus en congés avec moi, mais le reste de l'année nous pissons très souvent ensemble.
PAUL. Jamais face à face.
VIVIEN. Exact, de profil. Vous avez toujours la délicate attention de choisir un urinoir parallèle au mien.
PAUL. Tout cela pour le plus grand bonheur du personnel et surtout de la direction. Vous le savez bien Vivien.
VIVIEN. Que vous me suiviez chaque fois que je vais au toilettes les rend heureux ?
PAUL. Non, que les deux experts-comptables de l'entreprise s'entendent si bien les rassure. Les bons amis faisant les bons comptes. Et c'est au nom de notre relation harmonieuse que je vous demande de...
VIVIEN. Non ! Je ne vous donnerai pas ma lettre ! Une lettre qui n'est pas portée par un facteur à l'aube, dont l'enveloppe n'est pas déchirée avec une légère palpitation cardiaque n'est pas une lettre, c'est un pli, un fax ou bien pire un e-mail ! une suite de mots sans âme destinés à la seule communication.
PAUL. Vous savez ce que je pense, Vivien ?
VIVIEN. Non.
PAUL. Je pense que vous vous apprêtz à m'écrire une lettre d'amour.
VIVIEN. Moi ?
PAUL. Oui vous. Je ne vois pas d'autre explication à vos cachotteries. Vous n'osez ps me dire que vous m'aimez alors vous me l'écrivez.
VIVIEN. Paul vous ne...
PAUL. Pour ma part je n'y vois aucun inconvénient, il y a longtemps que je l'avais remarqué.
VIVIEN. Que je vous aimais ?
PAUL. Oui.
VIVIEN. D'amour?
PAUL. Bien sûr. Je me suis toujours dit un jour ou l'autre ça va sortir. On y est.
VIVIEN. Mais... quand vou sen êtes-vous...?
PAUL. Oh de nombreuses fois, mais je dois dire là où ça a été le plus flagrant c'est lors du dernier bilan.
VIVIEN. Ah bon ?
PAUL. Oui, quand vous avez pris ma main, que vous l'avez posée sur la souris de mon ordinateur et que nous avons cliqué ensemble...
VIVIEN. J'ai fait ça ?
PAUL. Oui, et très tendredment Vivien, très très tendrement.
VIVIEN. Ah...
PAUL. Vous voulez que je vous embrasse ?
VIVIEN. Sur la joue ?
PAUL. Non sur la bouche.
VIVIEN. C'est-à-dire...
PAUL. C'est-à-dire quoi ?
VIVIEN. C'est-à-dire... ça vous ferait plaisir ?
PAUL. Ça n'est pas impossible...
VIVIEN. Mais pas avec la langue Paul.
PAUL. Je ne vais quand même pas vous embrasser avec la main !
VIVIEN. Pour la première fois je préférerais.
PAUL. Vous voulez que j'écrive c'est ça ?! Que j'écrive : "Je vous embrasse !"
VIVIEN. Oui je préférerais que notre premier désir pour moi soit maîtrisé.
PAUL. Il aut vraiment que je vous aime... donnez-moi un stylo bille.
VIVIEN. Un bleu, ça vous ira ?
PAUL. Parfait, allons-y...
VIVIEN. Paul.
PAUL. Oui ?
VIVIEN. J'aimerais autant que vous ne m'écriviez pas sur le papier à en-tête de la société.
PAUL. Vous êtes bien compliqué.
VIVIEN. Comprenez-moi, si vous m'écrivez simcèrement "Vivien, je vous embrasse..." j'aimerais autant que ce ne soit pas sous "Marco Frères, pièces détachées et matériel agricole"'...
PAUL. Bon, alors du papier blanc.
VIVIEN. Merci beaucoup Paul, merci beaucoup.
PAUL. De rien.
(Ils se mettent tous les deux à écrire. Quand ils ont terminé ils plient leur lettre et la placent dans une enveloppe qu'ils cachettent d'un coup de
langue.)
Voilà.
VIVIEN. Vous passez près d'une poste Paul pour attraper votre RER ? Je me trompe ?
PAUL. Non.
VIVIEN. Ça ne vous ennuie pas de poster la mienne.
PAUL. Pas du tout de toute façon je dois y  passer pour la mienne.
VIVIEN. Merci... Bien je me sauve.
PAUL. Moi aussi, j'y vais.
VIVIEN. A demain Paul.
PAUL. A demain Vivien.

Paru dans Théâtre sans animaux / Sans m'en apercevoir Actes Sud 2001-2004

Auteur dramatique, metteur en scène et cinéaste, Jean-Michel Ribes dirige le Théâtre du Rond-Point depuis 2002. Il écrit et met en scène une vingtaine de pièces, dont Les Fraises musclées (1970), Tout contre un petit bois (1976), Théâtre sans animaux (2001, recréation en 2012), Musée Haut, Musée Bas (2004) et René l'énervé – opéra bouffe et tumultueux (2011)

Récemment, il signe plusieurs mises en scène : Batailles (2008) co-écrit avec Roland Topor, Un garçon impossible (2009) de Petter S.Rosenlund, Les Diablogues (2009) de Roland Dubillard, Les Nouvelles Brèves de Comptoir (2010), adapté du recueil de Jean-Marie Gourio et L'Origine du monde (2013) de Sébastien Thiéry.

Il écrit et réalise des téléfilms, des séries cultes comme Merci Bernard (1982 à 1984) et Palace (à partir de 1988) ainsi que des films, Musée Haut, Musée Bas (2008) et Brèves de comptoir (2013) qu'il adapte avec Jean-Marie Gourio à partir de son oeuvre éponyme.

Parmi ses derniers ouvrages, citons Le Rire de résistance (2007, Tome I De Diogène à Charlie Hebdo - 2010, Tome II De Plaute à Reiser), un catalogue-manifeste d'insolence, de drôlerie et de liberté. En 2013, il publie chez Points dans la collection Le goût des mots dirigée par Philippe Delerm, Les mots que j'aime et quelques autres.

 

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Jean-Michel Ribes

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Le 6 mai 2010 à 08:00

Répétitions

Nouvelle inédite de Marie Nimier

J'ai connu un homme qui jouissait exclusivement lorsque, ayant fourré son engin, on lui grattait gentiment les couilles. J'avais appris à passer mon bras sous nos deux cuisses réunies pour atteindre mon but par derrière. Le même geste devait être répété avec précision, au même endroit, avec la même intensité, et si d'aventure j'introduisais une variante j'étais rappelée à l'ordre par un grognement. C'était à la fois lassant, et très excitant de savoir qu'à ce moment précis, en accomplissant ce rituel minuscule, l'homme allait s'abandonner. Dès que je commençais la manipulation, il m'embrassait à pleine bouche - avec le vide de la bouche -, sans bouger les lèvres. J'aimais beaucoup ce moment-là. Après avoir éjaculé sur mon ventre, il s'endormait quelques minutes.Une nuit, j'ai demandé d'où ça lui venait, ce truc. Il fit semblant de ne pas comprendre, ce truc, quel truc, et comme je précisais ma pensée il se mit en colère : j'étais tellement vulgaire sous mes airs de sainte nitouche, il n'en revenait pas de découvrir mon vrai visage après tout ce que nous avions partagé, le voyage en Italie, les promenades, les lectures, les confidences... J'essayai de me justifier, il s'agissait là d'une manie peu encombrante en vérité, elle ne me gênait pas le moins du monde, j'étais juste curieuse, juste intéressée...Il alla se servir à boire. Je sentais qu'il se retenait pour ne pas me flanquer à la porte. J'ai prétexté un travail à terminer chez moi et, prenant les devants, je me suis retrouvée dans la rue à onze heures du soir avec mon sac bourré à craquer et ma couche de foutre sur le ventre, comme un vernis. Je n'avais pas envie de dormir. Longtemps j'ai tourné en rond avant de m'installer à la terrasse de ce café où il avait l'habitude de donner rendez-vous à ses amis. Une semaine passa, sans nouvelle de lui. Il ne répondit même pas à mes messages. Le mardi suivant, il réapparut à l'heure de l'apéritif. J'étais tellement émue de le voir que je me mis à pleurer. Il s'assit au bar, sans remarquer ma présence, et commanda deux martini blancs. La jeune fille qui le rejoignit presque aussitôt me ressemblait. Il lui parlait un peu trop fort, elle le trouvait drôle. Parfois, elle tortillait ses cheveux puis les relevait comme on fait la roue, en écartant les coudes. Ses yeux glissaient sur la chemise de son interlocuteur et, par petits coups pressés, empesaient sa braguette.En me levant, je regardai les mains de la jeune fille, ses doigts qui, après un petit brin de toilette pour enlever le gras des olives, caresseraient la douce peau fripée. 

Le 31 mai 2014 à 09:27

Chansonnette des parents

les enfants
 par hasard par derrière par devant 
à tort à travers ou simplement 
en deux temps trois mouvements 
l’un dans l’autre et réciproquement 
les enfants 
faits sous les ponts un soir de printemps 
sur les toits le soir de la saint jean 
dans un lit entre des draps de soie 
ou dans la poussière d’un vieux divan 
les enfants 
seul à deux en groupe ou en priant 
faits par choix par erreur partouzant 
dans les trains dans les choux dans le vent 
dans l’envie du moment 
les enfants 
faits en couleurs faits en noir et blanc 
les jours ouvrés le jour de l’an
 qu’on les fasse à demi 
en partie à moitié finissant
 les enfants
 qu’on les fasse sur le pouce sur les dents
 pour l’amour de l’art ou pour l’argent
 par la peur de la nuit solitaire ou 
la peur de l’horreur du néant
 les enfants
 qu’on les fasse pour passer le temps debout couché assis ou devant 
la télé les infos au resto dans la rue
 ou parmi les passants 
 les enfants
 on les fait pour savoir quoi comment 
faire de l’amour qu’on a au-dedans 
tout au fond tout enfoui tout rentré 
 dans le cœur dans le sang
 les enfants 
on les fait pour arrêter le temps
 pour filer doux au vieillissement
 pour finir tranquillou pieds devant
 et quitter le monde ravi content
 mais l’enfant 
déjà né déjà là déjà grand   
 déjà laid déjà trop de mouvements 
trop de bruit trop de voix  
trop de cris trop d’odeurs et de vents
 mon enfant
 sur l’avenir mon investissement
 dans ce machin sale et vacillant
 déjà lent déjà loin déjà mou 
 déjà si décevant
 les enfants
 on les faits pour savoir quoi comment 
faire de tout l’amour qu’on a dedans
 et voilà quand ils naissent qu’ils vous laissent 
comme deux ronds de flan

Le 21 mars 2015 à 09:39

Comme un poisson dans l'autre

On dit, en musique, qu’il y a deux voies pour la jouer. Apollon ou Dionysos. Il semble que j’ai choisi l’autre… J’habite le temps à Nay, piémont pyrénéen. A côté de Lourdes.8 Mars 2015. Je suis à Tokyo, Japon depuis cinq jours. J’essaye de faire comprendre ce que je veux au monsieur en face de moi qui ne parle ni l’anglais. Comme moi.J’ai pour habitude de dire « My english is titanic » Glou, glou glou.. Ah ah ah.. Bon. Oui je suis au Japon avec ma Dada et Tomoko. On devise sur l’écriture et la cuisine et soudain :  « Flash back »… Fin des années quatre vingt.  Grand festival de jazz en Suisse.C’est ma première apparition officielle avec la  Compagnie Lubat  dé Gasconha.Nous passons en première partie d’une troupe de musique traditionnelle japonaise.« Les tambours Kodo ». Impressionnante de bout en bout. La geste, le son, la discipline.  Des tambours immenses frappés par des hommes mi danseurs mi athlètes équipés de bâtons comme des gourdins. Enorme. Arts marteaux. Plus tard un groupe d’une douzaine de percussionnistes assis tailleurs en un côte à côte rectangulaire. Façon jardin japonais. Zen et nez.  Phrasés vertigineux, silences abyssaux. Réglé comme une horloge. Aucun chef d’orchestre pour faire jouer la partition d’une précision diabolique. Je me souviens leur avoir demandé en anglogascofrançais, gestuelle à l’appui, comment tout ça était possible. Un des leurs m’a alors raconté (je ne sais si c’est vrai – m’en fous) que chaque matin ils parcouraient ensemble un même trajet avec obstacles et que ces obstacles représentaient leur phrases rythmiques. Entre les deux, continuum et silence !Nous, avec la Cie, nous préparions nos concerts avec Dionysos dans les loges et sur scène avec l’autre. Maquillage à l’emporte pièce pour prendre le maquis.  L’art de la conversation. Barricade de l’improvisation.  Pas de thèmes en commun. Ni chansons. Rien. « Free ! » Un de mes premiers chaos collectif. Trouille, état de guerre intérieur. Oreilles incandescentes. Instinct de survie. Sortie de scène. Haie d’honneur des Japonais. Tout de même, sale impression d’après « match »… Mais voilà que quelques heures plus tard j’entends sur la radio suisse ce concert mémorable fraîchement enregistré. Et  je m’entends jouer, parmi les autres, d’un tout autre sentiment que ce que j’avais senti ou ouï sur scène. Certes des moments « dur à cuire », mais aussi du neuf et de la vie par dessus tout. Pour ma part j’entendais un autre moi que je ne connaissais pas…  Je ne sais depuis, s’il faut écrire « jeu » ou « je » est un autre… Trente ans plus tard, sur la scène de la cave poésie de Toulouse dirigée par le génial René Gouzenne aujourd’hui disparu, un homme de théâtre improvise à partir des propositions du public. Après quelques propositions de mes voisins, je lance « altérité ». L’acteur me répond : « Vous pouvez préciser ? ».Silence. «  Vous êtes cruel. » Silence.« Bon, très bien... je ferais altruisme… » Micro déception de votre narrateur. Pas facile de s’altérer. J’aurais aimé plus d’audace quitte à la perdition. Mais il s’agit des mots, du sens et pas des sons. Et les mots dits sont de mille malentendus, sens de mille maux, émaux. Oh ! Ghérasim Luca. Oh Bernard Heidsiek. Oh ! les autres. Tant d’autres ! Je cherche parmi les uns et les autres, les champs et contre champs de la voc’alchimie..   Comme un poisson dans l’OH ! d’ici ou là.

Le 4 novembre 2014 à 11:07

Qu'importe le flacon

Article paru conjointement dans Le 1 n°30

Hier, au comptoir d'un bistrot parisien quai des Célestins, un Américain, médecin de son état, amoureux de Paris et des vins français, m'expliquait avec un accent yankee que le chablis dont il s'abreuvait faisait chanter ; qu'il y a quinze ans, quand il venait à Paris, personne ne comprenait l'anglais et qu'aujourd'hui tout le monde le parle. « Tu es content ou non ? ». A vrai dire, la langue m'importe peu, c'est ce qu'elle véhicule qui m'importe. Si parler anglais rend plus intelligent, parlons anglais. Si l'italien et l'espagnol, mêlant leur vocabulaire au nôtre, nous permettent de mieux dire l'amour de l'art ou l'amour tout court, accueillons-les à cœur ouvert. Si la grammaire allemande s'empare de la nôtre, nous permettant ainsi de mieux exprimer les tréfonds de notre âme, vive l'allemand. Une langue, c'est d'abord l'esprit. Si une autre vient l'enrichir en pensée, l'échangisme me semble salutaire. Quelques mots d'arabe par exemple dans le dernier livre de monsieur Zemmour auraient rendu son français moins odieux. Pas d'inquiétude. Que les puristes, les intégristes du Littré se rassurent, notre langue dès qu'elle est lumière n'a besoin d'aucune frontière pour la protéger. Rabelais, Racine, Nerval, Queneau, Guyotat et quelques autres s'en chargent, rappelant à tous qu'elle aide à vivre les hommes. Cet article est paru dans le n°30 de l'hebdo Le 1partenaire de ventscontraireset du Théâtre du Rond-Point

Le 10 avril 2017 à 09:52

Jean-Daniel Magnin : "Dans un canard", les influences

Ses pièces ont été jouées au Festival d’Avignon, à la Comédie-Française. Avec "Dans un canard", il écrit et met en scène une comédie grinçante qui épingle la drôle de catastrophe de la société du travail, ses dérives, ses failles, ses pièges, sa folie. Jean-Daniel Magnin — J’ai eu la chance d’avoir exercé trente-six métiers parallèlement à ma vie d’écrivain de théâtre, à tous les échelons et dans tous les secteurs. Mais c’était avant la mise en place de cette méthode de domination appelée  le benchmarking, avec ses coachs-évangélistes, ses autoévaluations mutilantes, la recherche de la qualité zéro  défaut qui contrôle, compresse et parfois tue. Si vous désirez en savoir plus, et si vous avez les nerfs solides, regardez sur le Net la formidable série documentaire La Mise à mort du travail de Jean-Robert Viallet, et aussi les analyses accablantes du psychiatre du travail Christophe Dejours.    La leçon que j’en tire ? La pièce campe un monde où les revendications syndicales, la défense des droits sont  oubliées ou perçues comme obsolètes. C’est la maladresse du héros qui va provoquer des catastrophes et révéler la souffrance de chacun au sein de l’entreprise. Je ne suis pas optimiste quant à la résistance possible dans le  monde du travail, mais je crois à une chose qui grippera à un moment ou un autre la machine, une chose qui réside au fond en chacun de nous : la paresse et la lâcheté, un peu comme autrefois dans le monde soviétique...  Cette pièce n’est pas un constat ni une leçon sur notre rapport au travail, mais plutôt une vision tendre et comique qui va contribuer, je l’espère, à nous rassembler un instant autour de cette question. Qu’est-ce qui est pire ? Travailler, ou ne pas travailler ? Je ne pense pas que la question soit celle du travail, mais plutôt celle de l’emploi. Dans le monde sans emploi et automatisé en train de se mettre en place, tout un chacun devrait pouvoir s’adonner sans souci à l’activité  qui le motive et le fait grandir. Qu’il s’agisse d’art, d’engagement associatif, de bricolage ou d’agriculture,  peu importe. Il faut regarder vers les pays qui commencent à mettre en place un système de revenu garanti  minimum, et considérer l’émergence croissante d’initiatives expérimentant une économie contributive qui  permettrait à chacun de se responsabiliser sur ces questions...    > en partenariat avec theatre-contemporain.net

Le 15 mai 2010 à 23:02

À Mona Lisa cette garce

Textos restés à ce jour sans réponse à madame Lisa

1. Jour sans couleur. Votre sourire semble me dire que vous ne voulez de moi que le meilleur. Et rien d’autre. Allez vous faire foutre. 2. Il n'y a de relation facile qu'avec les chiens, les touristes ou les prostitués. Disiez-vous. Je vous envie d’aimer la facilité. 3. Le Louvre est loin et le temps à l’averse. Jamais seul, je me promène avec vous qui n’êtes pas là. Je vous ai cherchée partout. Je ne vous ai reconnue nulle part. 4. Sur ma table de travail, j’exhibe les traces des produits de vous dérivés, les dissèque comme des crapauds. Je me souviens de vous. Je suis certain que c’était ça, aimer. 5. N’écrivez pas. Voudrez-vous bien aujourd’hui avoir l’amabilité de demeurer morte ? Que je puisse ne plus m’éparpiller dans mon deuil de vous. 6. Vous ne répondez jamais. Votre docilité est consternante. Où en êtes-vous de votre deuil de moi ? Quand je pense à tous ces gens qui vous regardent. 7. Ne répondez pas à mon précédent message, je ne veux pas savoir où vous en êtes. Je ne veux plus jamais savoir. 8. Démission postée au musée du Louvre. Ce jour porte la tristesse de réaliser que ces voyages sont désormais avec vous inconcevables. Je ne serai plus votre gardien. 9. Les jours de pluie se font rares. Je passe mon temps à me venger de votre absence. Je ne parviens pas à croire que je vous suis si facile à quitter. Mais j’apprends. 10. Votre absence prend les couleurs des dimanches vides. Elle est partout. Votre absence est partout où vous n’êtes pas. C’est dire. 11. Je vous confiais : « Nous n’allons nulle part. » Votre air semblait ajouter : « et encore, pas même ensemble. » 12. Au risque de vous blesser, j’avoue que souffrir de votre absence devint plus tolérable dès lors que vous n’étiez plus là. Vôtre, toujours où vous n’êtes pas. 13. Il faut que je vous dise, il est possible qu’à vous chercher partout et toujours, sachant que je ne vous trouverai qu’inaccessible ; il est possible qu’à vous chercher sans cesse et partout sachant que je ne vous atteindrai jamais, il est possible que je devienne fou. Et vous embrasse.

Le 31 mars 2015 à 04:40

Jérôme Rouger : "Je crois que l'humanité fait sa crise d'adolescence"

En spécialiste des allocutions détournées, Jérôme Rouger vient le 3 avril au Rond-Point défendre les droits de la poule et les conditions de vie de l’œuf en venant poser la question : mais pourquoi donc les poules préfèrent-elles être élevées en batterie et ressentent-elles le besoin de se coller les unes aux autres, dans des conditions qui paraissent pourtant peu enviables ? Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Jérôme Rouger – Et bien je dois dire que je m’estime parfaitement incompétent pour répondre à cette question. Et comme je pense régulièrement : si à chaque fois que quelqu’un d’incompétent qui a quelque chose de pas intéressant à dire quand on l’interroge sur un sujet, s’abstenait, la langue, la littérature et l’humanité ne s’en porteraient pas plus mal, aussi vous me permettrez donc de passer directement à la seconde question. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Mes grands-parents parlaient le patois là où ils vivaient, dans le nord des Deux-Sèvres. J'ai encore un oncle qui parle ce parlhange dans la vie de tous les jours. Mais au cours de mon existence, cette façon de parler aura disparu, du moins dans son usage par des gens au quotidien. Mes oreilles auront entendu une langue faire silence définitivement.Ma mère me racontait que quand elle était enfant, elle parlait ce patois à l’école, et on se moquait d’elle, alors elle a appris à parler toujours en français. Si je me réfère à cet exemple, qu’on considère ou pas que ce parlhange est une langue n’a à mon avis par d’importance, ce qui l’a menacée et tuée, c’est le fait d’être parlée uniquement par des « dominés », des gens qui n’avaient pas assez d’outils pour la défendre. Et on a donc réussi, par désir d’uniformisation, pour renforcer l’adhésion à la communauté nationale, non seulement à retirer aux gens toute fierté de la parler, mais même à leur en faire éprouver un sentiment de honte.A l’inverse, ce qui sauve une langue, ou la conserve, c’est qu’elle soit pratiquée, enseignée, c’est surtout qu’elle fasse communauté, qu’elle soit un objet de fierté pour ceux qui la parlent, voire un moyen de défendre la communauté, et qu’elle soit parlée par tous les corps, sans distinction sociale, de cette communauté.Même s’il y a certainement des « langues de résistance », il me semble que leur pérennité passe par là. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– En prolongement de ce que je viens de répondre à la question précédente, je dirai que ma langue est une langue qui parle de la domination et de la manipulation. Elle le fait de façon j’espère astucieuse, c'est-à-dire sans dire son nom, en cachette. C’est pour cela que j’en ai déjà trop dit et que je n’en dirai pas plus sur cet aspect.C’est aussi une langue du rire, et ce n’est pas ici que je vais faire la leçon sur la puissance du rire. C’est d’ailleurs bien pour cela qu’il est si souvent dénigré. Mon rire à moi joue plutôt avec la syntaxe, le rythme et le sens, qu’avec les jeux de mots. J’aime aussi le rire pour son aspect fédérateur, il ne laisse pas grand monde de côté.C'est souvent aussi une langue de l'oralité, écrite pour que ça coule, pour que ça donne comme l'impression de ne pas avoir été écrit. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Dans ma famille maternelle, il y a beaucoup de légèreté, ce qui pourrait s’apparenter à une espèce de sagesse populaire. Mon grand-père et ses enfants, particulièrement mon plus jeune oncle, font énormément de blagues aux autres dans la vie quotidienne, ils sont fantaisistes, et très certainement cela m’a marqué.J’ai aussi toujours été attiré par les gens décalés, les fous, je crois parce qu’ils nous interpellent sur notre propre condition et sur la relativité de toute chose... J’aime les gens qui ne font pas comme les autres, qui ne sont pas lisses, qui ne mettent pas leurs qualités au service de la domination de l’homme par l’homme ou d’une vie toute tracée.Ce qui nourrit ma langue au quotidien, c’est toute cette histoire et l’observation de l’autre. Je prends grand plaisir à observer comment les gens d’un même milieu épousent les mêmes codes, se copient, s'imitent, bref, s’envoient des signes de reconnaissance, parfois jusqu’à la parodie d’eux-mêmes.La langue de la Culture par exemple, c’est quelque chose.C’est certainement pour cela que je m’intéresse aussi beaucoup à l’observation des différentes rhétoriques : celle de l'élu, celle du prof, celle du lobbyiste, celle du militant, celle du directeur de théâtre… Je m’intéresse à observer comment les gens parlent et comment cela indique ou pas leur place dans la société, ou la conditionne. Parce que si j’entends aussi par langue, une façon de l’utiliser, elle traduit une appartenance à un corps social, à des repères… bien observée, elle dit non seulement l’appartenance sociale de quelqu’un mais traduit aussi comment cette personne en est plus ou moins détachée.Après il y a toutes les "rencontres" avec l’art sous toutes ses formes : les lectures, les spectacles… et tous les gens que j’ai rencontrés en exerçant ce métier.Même si je crois que ça ne se voit pas du tout dans ce que je vais faire chez vous, j’ai été marqué par la rencontre avec la poésie (de Rimbaud à René Char). Tous ces textes qui vont vous chercher et vous trouver immédiatement, dans ce que vous considérez comme la partie la plus noble de votre être, qui raisonnent en vous, et sans que vous ne sachiez expliquer précisément pourquoi, sans que vous ne puissiez donner un sens précis à ce que vous lisez. « Nous ne pouvons comprendre toute la vérité : mais nous pouvons parfois comme la saisir sans la prendre, tendre nos mains mentales » dit si joliment Valère Novarina. C’est pour cela qu’il n’y a aucune vérité définitive dans ce que j’écris. Le théâtre ne trouve pas de réponses, il cherche des nouvelles questions, ou de nouvelles façons de se les poser.Autrement, ces dernières années, comme le milieu des arts de la parole a souhaité se développer au-delà du seul conte, j’ai souvent été invité dans des manifestations qui entendent « arts de la parole » au sens très large, et j’ai ainsi rencontré beaucoup de conteurs.J’ai ainsi pu prendre conscience que je ne me sentais pas du tout conteur. Je compte beaucoup d’amis conteurs, mais je dois dire que le conte et la diction du conteur m’ennuient souvent. C’est certainement pendant certains spectacles de conte que je me suis le plus ennuyé (et pourtant j’ai assisté à beaucoup de concerts de jazz expérimental !) Mais cela m’a aussi permis de comprendre ma différence, et peut-être ainsi de pouvoir la désigner.Je suis beaucoup plus marqué par le phrasé de gens comme Jacques Bonnaffé, Laurence Vielle, Bernard Lubat, Bernard Combi… des phrasés du rythme, de la syntaxe, de Jean-Quentin Châtelain, ou encore de Dominique Pinon dans « Pour Louis de Funès » de Novarina (mis en scène par Renaud Cojo).Et puis il y a aussi tous ces gens qui me font beaucoup rire, dans des genres très différents : Fred Toush, Albert Meslay, le Théâtre Group’, Nicolas Jules, même si c’est un chanteur la liste est longue. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue" avec votre performance : "Pourquoi les poules préfèrent-elles être élevées en batterie"? Est-ce à dire que notre part grégaire nous condamne au gloussement vain et à l'impuissance ?– Certes, si l’on se fait encore des illusions sur l’émancipation de la poule et le grand soir des gallinacées, il y a des raisons de désespérer. Mais aucun gloussement n’est vain, sauf si l’on pense sauver l’humanité avec un petit gloussement. C’est l’histoire du colibri de Pierre Rabhi. Car un peu partout naissent des initiatives passionnantes, des gens se fédèrent pour fonctionner autrement, en dehors des circuits traditionnels, inventent d’autres façon de vivre ensemble, de subvenir à leurs besoins,…Je crois que l’humanité fait sa crise d’adolescence. Elle a besoin d’expérimenter, de se faire mal, peut-être même très mal, elle a besoin de chercher ses limites.Mais je pense qu’elle s’en remettra. Et notamment grâce à tous ces gloussements qui ne sont pas vains.Il y a certes mille raisons de penser comme Einstein « deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. » Et quand on sort son nez de l’actualité quotidienne, et qu’on voit tous ces gens formidables qui nous entourent, il y a aussi mille raisons d’espérer.  

Le 19 novembre 2014 à 10:44

Vous avez perdu votre langue ?

– Vous avez perdu votre langue ?– Ben oui, c’est idiot, je l’avais tout à l’heure.– Elle ne doit pas être loin alors…– C’est malheureux, je m’en suis servie il n’y a pas si longtemps et puis là, impossible de remettre la main dessus…– La main sur votre langue ?– C’est énervant. Qu’est-ce que je vais faire sans elle ?– Pas de panique. On devrait pouvoir la retrouver. Elle était comment ?– Ma langue ?– Comment voulez-vous que je vous aide à la retrouver si vous ne me la décrivez pas un minimum ?– Bien sûr. Mais ce n’est pas facile…– Faites un petit effort ! Elle était comment je vous demande ? Vive ? Littéraire ? Populaire ? Argotique ? Soutenue ? Claire ? Commune ? Naturelle ? Construite ?– Un peu tout ça, oui, ça dépend des moments…– Vivante ?– Vivante, ça oui !– Le lendemain des soirées que je passe avec vous. Pâteuse même on peut dire.– Vous ne m’aidez pas beaucoup…– Je sais bien. En tous cas, elle m’était très utile. Aussi bien au quotidien, quand je faisais mes courses que dans ces moments de béatitude où je flirte avec les étoiles. Elle était ma compagne fidèle, mon rapport aux autres. Elle était changeante, inattendue, originale parfois. Et puis amicale, chaleureuse, colorée. Enfin, elle avait son caractère. Parfois, elle était plus ombrageuse, plus mélancolique. Mais elle était joueuse, elle me mettait des mots au bout d’elle-même que je perdais, que je n’arrivais plus à retrouver et puis qui me revenaient. Quand je m’y attendais le moins. Elle m’exprimait à demi-mots. Elle s’échappait bien parfois un peu mais jamais très longtemps. J’avais besoin d’elle. Elle était pour moi tellement… maternelle.– Ecoutez… J’ai l’impression qu’elle vous est revenue…– Vous croyez ?– À mon avis, il suffit de parler d’elle pour la faire revenir.– Pourvu…

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