Jacques Rebotier
Publié le 12/07/2014

Petit poème pour écrire


J'ai un texte à faire pour demain. Je dois le rendre demain et pour éviter ça je me mets à en écrire un autre.
Chaque jour, depuis deux cent-vingt six jours, j'écris un petit texte pour éviter celui que je dois rendre demain.
Demain, j'aurais un bouquin.
Auteur et metteur en scène, Jacques Rebotier a conçu de nombreux spectacles. Il fonde en 1992 la compagnie voQue : voix, invocation, évocation, équivoque, qui est à l’origine de nombreuses créations, créées notamment au Théâtre National de Strasbourg, Théâtre Nanterre-Amandiers, à la Comédie-Française, au Théâtre national de Chaillot, au Théâtre Vidy-Lausanne. Poète et performeur, Jacques Rebotier a notamment publié : Le Désordre des langages, 1, 2 et 3 (Les Solitaires intempestifs), Les Trois jours de la queue du dragon (Actes Sud), Litaniques (Gallimard), Sept théâtres impossibles (Harpo &), Le Dos de la langue (Gallimard), 47 Autobiographies (Harpo &), Contre les bêtes (Harpo &), Description de l’omme, encyclopédie (éditions Verticales, 2008). Son théâtre est publié aux Solitaires intempestifs. Jacques Rebotier est également compositeur. 

Plus de...

Jacques Rebotier

 ! 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 10 juin 2014 à 12:04

Agnès Giard / Sex in Japan #1

Ventscontraires.net a interviewé l'écrivain et journaliste Agnès Giard, spécialisée dans les questions de la sexualité, en particulier au Japon. On lui doit notamment Les Histoires d’amour au Japon. Des mythes fondateurs aux fables contemporaines (Glénat), Les objets du désir au Japon (Glénat) et L'imaginaire érotique au Japon (Albin Michel). Embarquement immédiat pour une première escale au Pays du Soleil Levant. Depuis 1997, vous avez consacré de nombreux articles et ouvrages à la sexualité au Japon. Qu'est-ce qui vous amenée à vous intéresser à cette question ? Le renversement des perspectives. J’avais 9 ans lorsque les premiers épisodes du dessin animé Captain Harlock (Albator, de Leiji Matsumoto) ont été diffusés à la TV en France, diffusant l’idée que le bien et le mal sont des données réversibles. La réalité… une superposition de possibles, un espace indéterminé, comme un jeu vidéo qui possède plusieurs fins. Prenons un exemple concret : les poupées gonflables. Les poupées gonflables occidentales sont vendues nues et servent d’exutoire sexuel au rabais, c’est à dire qu’elles sont défigurées. La présence sur leur face d’une bouche en O destinée à servir d’orifice sexuel limite presque à zéro la possibilité de déployer un travail imaginaire. C’est très révélateur de la place que nous accordons à la sexualité dans notre culture. Les poupées gonflables japonaises, elles, mettent la nudité à distance derrière un jeu de rôle et leur visage, préservé, arbore une expression souvent énigmatique. Mieux : aucune expression, car elles sont en plastique transparent et prennent l'aspect presque fantomatique d’une zone d'absence à remplir. La poupée, rendue «  abstraite », sortant du cadre étroit des outils sexuels, s'offre alors comme espace de projection à la fois immatériel (les scénarios, les sentiments) et physique (les couches de tissu dont on la recouvre). Paradoxalement, plus cette poupée «  disparaît  », escamotée derrière sa transparence et ses voiles, plus elle conviée à s'incarner… Pour lui donner un supplément de chair, ses parties intimes sont personnalisées. Le vagin de la « Love body Risa », par exemple, baptisé Seventeen, qui «  avale jusqu'à la garde et vous fait venir en 10 minutes  » est présenté comme «  un trou d'un réalisme tel qu'il donne véritablement à la poupée une présence supérieure. » Il est doué de sa propre vie. «  Il est tellement réel que cela procure vraiment une émotion profonde  », affirme l’argumentaire commercial. Afin de lui donner plus de présence, les utilisateurs peuvent l'enduire d'un lubrifiant composé spécialement pour imiter l'  «  odeur de la  sueur d'une vierge  ». Son avatar (« Love body Miyu ») est également vendue comme dress up doll (kisekae ningyô)  : on peut la déguiser avec des vêtements destinés à «  multiplier par deux sa beauté. » «  Avec la mini jupe elle est très attractive. Vous pouvez jouer avec elle au peloteur !  », suggère l'argumentaire qui montre ensuite un garçon, la tête glissée sous la jupe de Miyu, en train de la «  lécher en profondeur  ». La poupée non seulement est présentée comme une partenaire de jeu, capable d'emprunter des identités factices, mais comme un être sensible aux caresses, doué de conscience, et ses utilisateurs sont invités à succomber au «  charme  » de sa «  présence irrésistible  » (ôja no kanroku). Il en est de ces poupées programmatiques comme de tout le reste au Japon : aucun objet, fut-il baudruche n’est méprisé, parce que mépriser l’objet revient à se mépriser soi-même.   Qu'est-ce qui caractérise, selon vous, le rapport des Japonais à la sexualité ? Les mythes fondateurs du Japon disent que le monde n’a pas été créé mais procréé. Dans le Kojiki (711 après J.-C.), il y a donc deux dieux, un mâle et une femelle, qui, chargés d’inventer le monde, en sont réduits à s’examiner mutuellement pour essayer de comprendre comment fonctionnent les seuls outils dont ils disposent. Ils n’ont que leur corps sous la main. Alors ils cherchent et ils trouvent : la seule et unique différence entre eux se trouve être à cet endroit… qui s’emboîte. Alors ils emboitent le lieu concave de l’un avec le lieu convexe de l’autre. Au préalable, ils miment une première rencontre. De ce mythe, que déduire ? Que l’univers dérive d’une expérience corporelle, peut-être. Que la sexualité est une question d’ajustement. Qu’il faut d’abord exécuter la petite danse de la séduction… Les dieux étant considérés comme les géniteurs des humains, la mission des humains sur terre consiste à perpétuer cette danse sans laquelle rien n’existerait. En Occident, nous avons donné le nom d’Eros à la force agissante du désir qui détermine la naissance même de l’Univers. Au Japon, le mot sei désigne à la fois la sexualité et la vie. Pour obtenir le bonheur, le premier jour du nouvel an, on mange des aliments synonymes de sexe : du konnyaku (amorphophallus konjak) au piment, des patates douces (qui ressemblent aux kintama, les « boules d’or), des racines aux formes suggestives et toutes sortes d’autres aliments permettant de faire une promesse de bonheur à son propre corps. Quand on veut des enfants, on va caresser les testicules géants des sculptures de tanuki (chiens viverins). Pendant les fêtes liées au repiquage du riz et aux récoltes, on offre des sucettes en forme de vulve et de pénis aux enfants. Dans les estampes érotiques du XVIIIe, les organes génitaux, grossis à la loupe, prennent des dimensions cosmogoniques. En nous confrontant à ces organes de la vie, le Japon nous met en face de nos responsabilités  : nous avons le devoir d'être plus grands que nature, nous aussi. Nous avons le devoir de développer nos envies à outrance, parce que la surabondance est la seule garantie de la survie du groupe dans ce pays sans cesse frappé par les catastrophes naturelles.   On a l'impression que la culture du sexe y est totalement différente de la nôtre (les poupées, les pratiques...), trouvez-vous des points communs malgré tout ? La sexualité, en tant que « fait de culture », se manifeste dans les autres civilisations sous des formes qui peuvent paraître étrangères… Mais pas tant que ça. Il suffit de se demander à quoi elle sert… Qu’est-ce qui nous excite ? La sexualité repose sur la mise en scène de choses effrayantes, humiliantes ou troublantes. C'est un petit théâtre de la cruauté qui nous force à affronter ce qui nous fait peur, afin d'en triompher. C'est aussi un moyen de repousser sans cesse nos limites et de cicatriser nos blessures en érotisant la violence que nous subissons dans le monde réel. Au Japon, cet aspect «  guérisseur  » de la sexualité se manifeste sous la forme de scripts conjuratoires  : beaucoup de productions érotiques mettent en scène des beautés enlevées par des céphalopodes, inséminées de force ou victimes de sévices… auxquels elles survivent toujours. L'art érotique japonais tourne souvent autour de ces images de convulsion, de visages traversés par des palpitations, de yeux humides et de bouches crispées sur des cris de refus ou de douleur… à moins qu'il ne s'agisse pas de douleur. Au bout d'un moment, on ne sait plus très bien. Cette ambiguité inquiète beaucoup les Occidentaux. En Occident pourtant, il ne me semble pas que la sexualité soit autre chose qu’une forme de duel, un combat avec l'ange, avec sa part d’extase inhérente… Nous assumons probablement moins que les Japonais l’aspect noir et brutal de nos pulsions, parce que nous avons été éduqué à croire que la sexualité c’était de l’amour, rien que de l’amour. Au Japon, la sexualité évoque plutôt l’idée de la purification. Donc de la catharsis. Donc de la violence. > Suite de l'interview

Le 22 mars 2017 à 12:19

Gérald Garutti : théâtre diurne ou théâtre nocturne ?

Avec Petit éloge de la nuit, le metteur en scène Gérald Garutti s’inspire de ses nuits au cœur de Londres où il crée ses spectacles – Shakespeare, Dostoïevski, Edgar Poe. A partir du texte d'Ingrid Astier, il construit un écrin à l’acteur Pierre Richard et montre une autre face de ce Pierrot lunaire. Théâtre du Rond-Point — Qu’est-ce qui vous touche dans ce texte ? S’agit-il d’un poème ? D’un conte ? D’une évocation philosophique ?Gérald Garutti —Le texte d’Ingrid Astier se compose de savoureux fragments d’un discours nocturne, allant d’Abyssalà Zoomen passant par Ciel; Appel de la nuit; Armée des ombres; Feu d’artifices... L’écriture en est somptueusement ouvragée d’une main d’esthète et d’un regard gourmand. L’ensemble invite à la rêverie, par sauts et gambades, à l’association disparate, à la plongée dans les replis de la phrase nocturne. Le réel défi était de passer d’une telle introspection littéraire, fragmentaire et analytique, à un propos théâtral incarné, à un véritable voyage au cœur de la nuit. J’ai ainsi procédé à un travail d’adaptation durant plusieurs mois, afin de mettre en valeur la portée poétique du texte initial. Avec l’aide de mes collaborateurs artistiques Païkan Garutti et Laurent Letrillard, de ma dramaturge Zelda Bourquin et de mon assistant à la mise en scène Raphaël Joly, nous avons sillonné de nombreuses œuvres évoquant la nuit. Dans le même temps, je sélectionnais dans lePetit élogeles entrées qui me paraissaient les plus pertinentes, les taillais, les agençais pour construire un parcours non plus alphabétique mais progressif –une traversée de la nuit dans ses versants contrastées, le rêve et le cauchemar, le désir et la méditation, le fantasme et la folie, la solitude et la fête...Tout en bâtissant cette architecture, au fil du travail avec mon équipe, j’ai choisi des textes complémentaires issus de différents genres – poésie, roman, philosophie, etc. – pour que résonnent les harmoniques du texte d’Ingrid. J’ai souvent suivi les hommages qu’elle rendait à certains poètes de la nuit que nous aimons tous deux (Poe, Baudelaire, Doyle, Cyrano), mais parfois aussi préféré d’autres figures plus en phase avec ma sensibilité et le sens du spectacle (Dostoïevski, Desnos). Au fil de ce processus, nous avons constamment essayé les textes avec Pierre Richard afin qu’ils soient en consonance avec lui ou révèlent de lui une facette que je souhaitais mettre en exergue. Au final, il s’agit véritablement d’un voyage à travers la Nuit. Il est porté par un homme qui la fait vivre, la suit, la vit, voire, par moments, l’incarne : un homme au sein de la nuit, la nuit au sein d’un homme.

Le 20 avril 2012 à 08:37

Eric Chevillard : l'Autofictif répond à des questions

Entretien avec Eric Chevillard

Peut-on vous considérer comme un marathonien du minuscule ? 42,195 kilomètres à petits pas, vous n’y pensez pas ! Mais disons, pour filer la métaphore, que je cours volontiers sur plusieurs distances, le roman, la note, la chronique. Et bien sûr, quand j’écris un roman, je n’en considère pas moins que mon unité d’écriture est la phrase, donc il y a une tension vers l’aphorisme ou la formule. Et quand je prends des notes, au contraire, celles-ci se proposent aussitôt d’enfler démesurément et de se développer aux dimensions d’un livre. Si bien que j’ai dû mettre au point une stratégie que je trouve assez fine : je laisse mes romans devenir des aphorismes et mes aphorismes des romans ; ainsi, finalement, mes deux pentes naturelles d’écriture sont suivies jusqu’au bout. Avez-vous accompli votre devoir autofictif aujourd’hui ? Prenez-vous parfois de l’avance ? Avez-vous des réserves secrètes ? Où, quand, comment expédiez-vous les trois aphorismes du jour ? Mon devoir, il y a de ça hélas… Un comble, puisque l’idée au départ était justement d’être souverainement libre, qu’il s’agisse du format (si peu apprécié des éditeurs) ou des contenus : tous azimuts. Mais l’assiduité aussi fait partie du principe de l’entreprise et je me dois de ne pas lâcher l’affaire. Il me semble que se dessine ainsi, jour après jour, un tracé qui vaut bien ceux de l’électroencéphalogramme et de l’électrocardiogramme pour juger de ma santé physique et mentale. C’est aussi la forme d’une vie. J’ai souvent en effet des notes d’avance, elles me viennent par rafales… Mais je construis le petit triptyque quotidien juste avant de le poster, comme on dit, avec l’envie souvent de donner à lire les notes les plus récentes. Quelques-unes finissent par être oubliées dans le puits sans fond de l’ordinateur. Enfin, je publie mon billet vers minuit, depuis chez moi ou depuis mon netbook si je n’y suis pas. Etes-vous maniaque, bordélique, voleur, prolixe, jaloux, douloureux  ? Maniaque et pointilleux comme la plupart de ceux qui rêvent d’une révolution générale qui ne laisserait pas debout une seule pierre de ce monde… Pour vous ces pépites d’écriture sont-elles : des romans morts-nés ? des graines de romans ? des fulgurances aussi vite oubliées qu’écrites ? autre ? Des décharges nerveuses, des parades et des ripostes, des épées tirées et des sabres avalés. Des pensées d’idiot affectant la forme sentencieuse que le sage affectionne, ou au contraire des idées auxquelles je tiens lancées comme des plaisanteries. En fait, je crois que je n’en sais rien. Tout est possible dans ce carnet, des formes élaborées, des griffonnages, toutes sortes de tentatives hasardeuses, de spéculations, de paradoxes.   Pourriez-vous un jour écrire un “De qui se moque-t-on ?” sur l’aphorisme ? Non, parce que ce serait redondant. Tout aphorisme en effet dit plus ou moins cela, « de qui se moque-t-on ? » Etes-vous un geek de la littérature ou un poète du net ? Je n’ai pas la religion d’Internet. Je publie mes livres, y compris L’Autofictif. J’écris pour l’essentiel au crayon sur de petits carnets ou de grands cahiers, et encore c’est parce qu’on ne trouve plus de stylet et de pierres à graver. Mais je dois reconnaître qu’Internet offre à l’écrivain l’expérience inédite de la présence, le direct, lui qui semblait voué à ne pouvoir jamais exister qu’à contretemps de ses contemporains, comme s’il évoluait de son vivant même à la manière d’un fantôme, dans la brume d’une indécidable et toujours virtuelle postérité. Paradoxalement, donc, c’est ce monde virtuel d’Internet qui lui permet de prendre corps dans l’époque et de vivre l’écriture comme un art martial, où le réflexe compte autant que la méditation.   > Le dernier billet d'Eric Chevillard sur ventscontraires.net > Les aphorismes d'Eric Chevillard mis en ligne sur son site l'Autofictif sont rassemblés et édités par les éditions de l'Arbre vengeur

Le 18 janvier 2014 à 08:23
Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
Kader Aoun et des stand-uppers : "Je n'abandonnerai jamais la banlieue"
Live • 23/03/2019
Tania de Montaigne : L'Assignation
Live • 07/02/2019
Florence Aubenas au grand oral désopilant du Barreau de Paris
Live • 07/02/2019
Eric Vuillard en conversation avec Pierre Assouline
Live • 13/02/2018
Tobie Nathan : Le Parlement des dieux
Live • 13/02/2018
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication