Niels Arestrup

Les Rencontres Télérama

Avec Niels Arestrup

Animation : Fabienne Pascaud

Présentation : Jean-Michel Ribes

Au théâtre comme au cinéma, il est l’un de nos meilleurs comédiens. Massif et énigmatique, le geste rare et le silence parlant. Qu’il joue sur scène Mademoiselle Julie de Strindberg ou Diplomatie de Cyril Gely, qu’il tourne avec Audiard ou Tavernier, Niels Arestrup donne à ses personnages l’épaisseur de tous les mystères. Quel artiste est-il vraiment ? Il s’en expliquera simplement avec Fabienne Pascaud.

Durée : 01:11:53

Enregistré le 17 juin 2014 dans la salle Renaud-Barrault du Théâtre du Rond-Point



Marier l'appétit culturel de Télérama à l'audace impertinente du Théâtre du Rond-Point lors de soirées préparées en commun. Autour d'un artiste phare ou d'un thème provocateur, il s'agit gaiement de torpiller et reconstruire le monde ensemble. Avec légèreté et gravité. Sans trop d'esprit de sérieux. 

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Le 7 janvier 2013 à 10:44

Ils habitent autour du Rond-Point : l'Empereur du Japon

Il s’appelle Jean-Luc Pointreau. Il est originaire de Picardie et ne parle pas le japonais, respectant ainsi à la lettre la tradition impériale des souverains de l’archipel nippon, qui doivent être aussi éloignés que possible de leur peuple pour que le caractère divin de leur fonction ne soit pas altéré par une proximité trop grande avec ses sujets souvent vulgaires et de basse extraction. Jean-Luc Pointreau ne souhaite pas que les Français dans leur ensemble et les habitants du quartier en particulier sachent qu’il est l’Empereur du Japon. Il craint en effet qu’il ne soit répudié voire même renvoyé au plus vite à Tokyo. Il pense en effet que les Parisiens, et en particulier Adelin Vaucour son voisin de palier – qui développe une allergie à son égard au prétexte qu’il n’utilise aucun déodorant (c’est une tradition immuable chez les Empereurs japonais, leurs aisselles doivent rester naturelles et aucun produit ne doit faire disparaître la sueur qui y prend source même si elle répand alentour une odeur de sushi abandonné depuis des mois dans un slip de sumo) – le désigneront aussitôt comme un probable déclencheur d’une catastrophe naturelle égale à celle du tsunami ayant provoqué le drame de Fukushima. Nous nous sommes pourtant sentis obligés de révéler la présence de Jean-Louis Pointreau, dieu vivant de l’Empire du Soleil Levant, dans le huitième arrondissement de Paris. Si vous souhaitez le rencontrer, il n’est pas rare qu’il assiste à des spectacles au Théâtre du Rond-Point, sauf le samedi soir où il fait shabbat, espérant ainsi qu’on le prenne pour un rabbin et non pour l’arrière-petit-fils d’Hirohito. Vous le reconnaîtrez facilement, il est vêtu d’une djellabah mauve, d’un béret basque et de chaussures de faible prix fabriquées en Corée du Sud, pays qu’il compte bien un jour envahir de nouveau.

Le 28 mai 2015 à 12:48

La Revue de presse théâtre, cadeau du "Spectateur de Belleville"

Les sites recommandés

Voilà une attitude qu'on aime bien à ventscontraires : vous avez la chance d'avoir un boulot où convergent des infos qu'il serait aimable de partager, eh bien vous y allez, vous prenez le temps de passer le meilleur à tous, via le réseau. C'est ce que fait justement le "Spectateur de Belleville", auteur anonyme de La Revue de presse théâtre. Comme il vous le dit lui même sur sa page d'accueil, il vous offre "une sélection de critiques et d'articles parus dans la presse et les blogs. Théâtre, danse, cirque et rue aussi, politique culturelle, les nouvelles : décès, nominations, grèves et mouvements sociaux, polémiques, chantiers, ouvertures, créations et portraits d'artistes. Mis à jour quotidiennement". Merci Spectateur de Belleville, elle est très bien faite, je l'utilise tous les jours. Vous aimez le spectacle vivant et seriez bien content d'avoir une synthèse plurielle et pointue de ce qui s'y vit et joue, en France et au-delà ? Allez y jeter un œil. Ce Scoop.it! alimenté par le laconique Bellevillois pourrait bien être l'adresse qui vous manquait. J'écris laconique, car si on trouve tous les articles des journaux auxquels on n'est pas forcément abonné, rien sur l'auteur sinon cette signature aux antipodes de la blogorrhée généralisée qui caractérise notre époque : "LE SEUL BLOG THEATRAL DANS LEQUEL SON AUTEUR N'A PAS ECRIT UNE SEULE LIGNE."  Nul selfie n'illustre sa page d'accueil, notre gentil corbeau s'est malicieusement choisi pour avatar un trompe-l'œil peint en 1874 par l'Espagnol Pere Borrell del Caso et intitulé Escapando de la critica (Echapper à la critique) : un jeune garçon effayé s'enfuit hors du cadre où il était enfermé, comme s'il ne pouvait supporter la violence cuisante d'un regard critique — clin d'œil confraternel aux artistes puisque Alain Neddam, car il s'agit de lui, est un homme transversal qui aura expérimenté tous les leviers du spectacle vivant : il a codirigé des théâtres et des écoles de théâtre, enseigné le métier d'acteur, assisté les plus grands metteurs en scène et chorégraphes, mis en scène, écrit sur le théâtre, et  aujourd'hui il court tous les soirs au spectacle pour le ministère dont il a rejoint la flottille d'inspecteurs patentés. Un homme, bref, pétri de l'esprit du service public qui, lorsque revenu tard la nuit au flanc de son quartier pentu, veille encore un peu à la lueur de son ordinateur pour nous envoyer les bonnes infos du jour. > La Revue de presse théâtre  

Le 25 août 2015 à 16:10

Perdu dans Tokyo #4

Journal de l'auteur associé au Théâtre du Rond-Point

23 aoûtLes méthodes Le type de FamilyMart m’explique que je dois rejoindre la file d’attente. Faire le tour, par derrière. Il répète la même chose, de plus en plus gentiment, plus de douceur, s’excuse de se faire si mal comprendre. Il est désolé, je dois faire ma tête d’ahuri souriant. Il s’excuse encore, je finis par comprendre. À la réception de l’hôtel, un Américain veut savoir où se trouve la salle du petit déjeuner japonais. Il parle en anglais, se répète. Le réceptionniste ne comprend pas, l’Américain s’énerve de ne pas se faire comprendre, devient agressif, parle plus fort, articule davantage, hausse le ton. Méthodes divergentes. Des passants. Un occidental massif, tee-shirt et short kaki, roule à bicyclette sur une quatre voies. Il pédale avec une prothèse en acier, genre futuriste. Unijambiste. Je croise un japonais en chemisette blanche et pantalon noir, comme tous les businessmen du quartier, qui mesure plus de deux mètre dix. Un peu voûté, dans une foule où la taille moyenne doit être d’un mètre soixante. Deux russes colossaux marchent autour des deux tours de l’hôtel de ville de Shinjuku, deux mètres chacun, un mètre de large, barbus, voix forte, les passants qu’ils croisent passent pour des maquettes. Le plus étrange ici, c’est qu’en apparence, personne ne regarde personne. Jamais. Un japonais baraqué, un mètre cinquante, mauvaise humeur, me rentre dedans, brutal, sans se retourner, quand je le croise sur un trottoir sur lequel j’ai oublié d’occuper la bonne bande. Il grogne, pas de regard. Workshop. Dernier jour, présentation de l’atelier. Kenichi Shinomoto et Hyo Hirota accueillent les universitaires, intervenants. Masaru Hirayama est venu, il a mis en scène depuis dix ans au Japon quatre de mes pièces. Je lui rends hommage. L’équipe de Moi aussi je suis catherine deneuve est là. Des étudiants, des comédiens, des amis. On présente les exercices, les scènes travaillées cette semaine. Une heure d’une vraie jolie proposition très maitrisée par les stagiaires, avec enchaînements, chansons, solos, chœurs. Le décalage, le tragique loufoque, l’incarnation des monstres ordinaires, la catastrophe. Figures humaines et inhumaines, les murs à faire tomber, jouer le contraire de ce qu’on dit, donner du corps, de l’énergie, faire jaillir quelque chose plutôt que rien, la vie inextricable. Le beau travail, je suis fier, heureux. Les comédiens japonais de Moi aussi je suis qui vous savez se poilent devant l’ensemble, ils connaissent l’univers, comprennent tout ce que les deux universitaires regardent en fronçant des sourcils épais, ils étudient. La présentation est suivie de la conférence, traduite par Fumiko, professionnelle et amicale. You, à mes côtés, complète, développe. Les deux universitaires font des petites grimaces avec la bouche. J’évoque la nécessité impérieuse, la question de vie ou de mort qui doit saisir le comédien sur le plateau. Une étudiante s’endort, glisse de chaise, se relève, se rassied. Il ne s’est rien passé. Je poursuis. Je vais au bout du machin. Le théâtre du Rond-Point, son histoire, son actualité, son patron, sa vitalité. Les auteurs vivants, les écritures, les couleurs. On évoque encore Charlie Hebdo, la culture, l’éducation. Les universitaires commentent, l’un évoque ses traductions de Jacques Brel, et l’autre la nécessité des ateliers dramatiques dans les écoles japonaises où les violences se multiplient, agressions que le théâtre et sa pratique peuvent juguler. On est tous d’accord, tout va bien. Excellente séance, épuisante. C’est fait. On plie.  Dîner. Shinomoto et Hirota nous emmènent dans un sous-sol, genre restaurant traditionnel. On enlève ses chaussures, on s’assied autour d’une table basse, jambes sous le plateau. Tout le monde est là. Nouvelle fête. Comédiens heureux et fiers, moi itou. On mange du raisin de mer, algues fines. Beignets de crevettes, raviolis chinois, salades de tofu, carrés de poulet frit. Je fais tomber des petits haricots par terre. Je comprends que je ne suis pas le seul, que c’est la vie, que c’est comme ça. On boit des bières. Et tout le monde se présente. J’étais persuadé que le groupe était déjà formé. Quand je suis arrivé le premier jour, tous s’exerçaient déjà ensemble, comme s’ils avaient participé à des multitudes d’expériences semblables. J’avais pensé que tout le monde se connaissait, et parfaitement. L’entente semblait évidente. Mais l’un vit à Londres, une autre à Kyoto, l’autre travaille dans une troupe professionnelle de théâtre conservateur, une autre est free lance, une autre metteuse en scène reconnue, une autre travaille en amateur. En réalité, personne ne connaissait personne. « Typiquement japonais » dit You. Le bar. Fin de soirée dans un bar en hauteur. On enlève encore ses chaussures, disposition traditionnelle du mobilier, des matériaux et des couleurs. Innovation tokyoïte, on commande par une tablette électronique, et les serveurs se radinent avec boissons, haricots, nouilles frites. Autour de la table, on fait le compte, la plupart des femmes sont célibataires. Pour d’autres, impossible de savoir. Mais dans l’ensemble, seuls deux hommes sont mariés, l’un avec un new-yorkais à Londres, l’autre avec un parisien à Paris. Quelques heures plus tard, il est minuit au Châtelet et cinq heures à Uneo. Brice dîne dans un restaurant parisien irréprochable, quand il aperçoit une petite souris. A Tokyo, peu de pigeons. Mais j’enjambe un rat écrabouillé sur l’une de mes routes sans trottoir.  

Le 2 novembre 2017 à 17:14

Jean-Michel Ribes : "Réunir la viande et l'esprit"

Echappés de sa pièce Musée Haut, Musée Bas, les personnages-œuvres Sulki et Sulku reviennent au Rond-Point pour de nouvelles conversations culte, ils sont les protagonistes de la dernière pièce de Jean-Michel Ribes. Sulki et Sulku parlent beaucoup... Ils n’agissent jamais ? Jean-Michel Ribes — Parler c’est agir. Ne serait-ce que la langue qui bouge, la mâchoire qui remue, les yeux qui cillent et puis surtout les mots qui, s’ils ne sont pas en mouvement, meurent. Pour moi Sulki et Sulku, ce sont deux personnages source de fantaisie dans la liberté d’un dialogue à la fois aérien, cocasse et surtout surprenant. J’ai écrit ces deux personnages en leur demandant avant tout de me désennuyer, c’est-à-dire de m’emmener ailleurs en me faisant rire.   Ce sont deux figures d’un même rêve ? Sulki et Sulku ne sortent pas d’un rêve, ils sortent de ma pièce Musée Haut, Musée Bas où ils étaient deux œuvres d’art vivantes. J’ai senti qu’ils voulaient continuer leurs discussions comme des enfants qui s’amusent et ne veulent pas arrêter de jouer même quand leurs parents leur demandent d’arrêter et de passer à table. Sulki et Sulku eux continuent de jouer sous la table.   Ils s’affrontent ? Disons que parfois ils se disputent. Comme tous les gens qui se livrent bataille sachant que c’est la meilleure des façons de rester amis. Ils discutent donc se comprennent, ce qui leur permet de s’envoler tous les deux vers des destinations qu’ils jubilent de ne pas connaître.   Peut-il s’agir de la même personne ? Non. Il y a Sulki qui est Sulki et Sulku qui est Sulku, ce n’est ni un monologue coupé en deux ni une seule âme habitant deux personnes.   Ne serait-ce pas un rêve de Dubillard, de Ionesco, ou de Topor ? Ce n’est pas impossible. J’aimerais bien mais pour vous dire vrai ni Dubillard, ni Ionesco, ni Topor ne dorment avec moi et Sulki et Sulku non seulement je les ai rêvés tout seul mais ils m’ont parfois accompagné quand je ne dormais pas. Je les ai souvent sentis près de moi pour me porter secours quand la réalité devenait trop étouffante. Sulki et Sulku sont un peu mon gilet de sauvetage quand vous risquez de vous noyer dans les certitudes des gens qui savent.   Ils parlent du pape, du terrorisme, des intégrismes... Et en même temps ils n’en parlent pas. Ils ont cette capacité magique de discuter de gens connus sans jamais les décrire ou les caricaturer. Ils les réinventent dans d’autres situations, ils les devinent dans des endroits où personne ne les a jamais vus. De qui parlaient Picabia, Desnos, Breton ou Aragon lorsqu’ils racontaient leurs histoires ? De leurs désirs, de leurs caprices, de leurs envies ! Sulki et Sulku sont deux personnages qui ont l’insolence d’être eux-mêmes pour leur plus grand plaisir et le mien.   Ils s’inscrivent dans ton projet de rire de résistance ? Oui... puisqu’ils résistent à la banalité du discours, au consensus de ce qui nous est donné pour beau, pour bien ou mal... Ils imaginent le pape, par exemple, dans un supermarché, et pourquoi pas ? Même si ce pape-là, François, m’a un peu devancé, il a sans doute lu la pièce...   Interview texte Pierre Notte Propos vidéo recueillis par Jean-Daniel Magnin

Le 10 février 2014 à 15:29

Jacques Rebotier : La Fabrique des pensées toutes défaites (poésie-téléphone)

Trousses de secours en période de crise, saison 2 : la crise du travail

Au boulot les mots "Prenez une phrase toute faite, n’importe. Défaites-là, dans le non-sens des aiguilles de votre montre. Rolex, de préférence. Recomposez, avec outil de musique et/ou poésie. Avalez. Digérez. Vous obtenez une nouvelle pensée, entièrement dépensée, jamais pensée auparavant. Servez vif. »Avec La Fabrique des pensées toutes défaites, Jacques Rebotier, poète et compositeur, poursuit son entreprise de décryptage musical du monde. Armé de son smartphone, monsieur Déloyal enregistre, capture, sample tout ce qui ne bouge pas et ne veut pas bouger. Il surfe en direct-live sur les vagues immobiles de la toile, saisit de volée les pensées pétrifiées et les phrases cucultes, langues de bois vert qui nous pédipulent, emberlificotent, novlanguelèchent, roule-farinent.Pour nous restituer tout cela en une pseudo conférence poétique et mordante, faite de ses ppp, ces petites partitions de paroles dont il a le secret. Invités-donneurs (audio et video) : Jacques Séguéla, Raymond Barre, Jean-François Copé, Marine Le Pen, Bernard Tapie, Jacques Chirac, Dominique de Villepin, Cécile Duflot, François Hollande, Barack Obama, Franck Ribéry, Guy Debord, Jean-Michel Ribes, Édouard Balladur, je vous demande de vous arrêter, ok j’arrête.Attention, cette perfopoésieconférence peut être aussi participative !" Enregistré le 7 février 2014 dans la salle Roland Topor Théâtre du Rond-Point. Durée : 57:37 > les autres Trousses de secours dédiées au travail En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 > le site de la compagnie de Jacques Rebotier

Le 3 septembre 2015 à 10:31

Perdu dans Tokyo #7

Journal de l'auteur associé au Théâtre du Rond-Point

1er septembre Lessive L’ordi est mort paix à son âme. J'essaie de me calmer, je fais une lessive. Linge amassé en dix jours. Je fais vite mais mal, dans la machine à laver de l'hôtel, pas grand luxe mais pratique, pour deux cents yens, plus le double en séchage et en produit, c’est queue-de-chie. Mais j’oublie un feutre noir dans une poche de mon pantalon. Pas calmé. Kabukisa Dans Intervista, Fellini inventait sa terreur ; le cinéma anéanti par la télévision. A Cinecittà, quelques mois après sa mort, son studio attitré devenait un plateau d'émissions de télé. Aujourd'hui, les comédiens jeunes de Tokyo, raconte Masako, ne connaissent pas ou très peu le théâtre. Ils visent le manga, les dessins animés télévisés. Je ne comprends pas, elle précise : le doublage. Projet de nombreux acteurs jeunes au Japon : entrer dans les écoles qui forment au doublage des mangas. Le grand théâtre Kabukiza de Tokyo, quartier Ginza, a failli être rasé. Les promoteurs avaient prévu de remplacer l’institution par un immeuble. Scandale. Les promoteurs se sont ravisés. Mais seuls les contours et la façade ont été conservés. Le Théâtre Kabukiza, en activité, est une façade blanche, belle comme un gros gâteau viennois, qui donne après plusieurs années de travaux sur un immense building. La face est sauvée. You, ce matin, est révoltée. Elle apprend que le Kabukiza va créer prochainement une pièce en kabuki tirée d'une bande dessinée actuelle. Manga à succès. "C'est la fin du monde" dit-elle.  La discipline Personne ne parle dans le métro. Encore moins au téléphone. On ne mange surtout pas. On de parle pas, on est seul. On attend, jeux électroniques, Facebook, mais silence. Jamais un mendiant. Pas de guichet, des caisses automatiques. Mais un "maître de station" à chaque entrée, chaque passage, type en uniforme et casquette, un flic. Grand sens du commerce et de la surveillance. Une manifestation importante hier réunissait des milliers d'opposants au gouvernement. Au dessus du jardin impérial, des hélicoptères permanents, figés dans le ciel. Aucun média si je comprends bien n'a relayé la manif.   2 septembre À la fenêtre  Le miroir de la salle de bain est recouvert de buée. Au centre du miroir, se dessine un rectangle vertical, espace sans buée, effet magique, la place du visage, du portrait, comme préservée. Au dessus de la baignoire, plusieurs emplacements possibles pour le pommeau de la douche. Bonne idée. Peignoirs, brosses à dents et dentifrice, rasoirs, crèmes, renouvelés chaque jour. J’observe, sur les balcons situés en face de ma chambre d’hôtel, des hommes sortir pour fumer, et s’entraîner au golf sur leurs terrasses étroites. En caleçons. Au mois d’août, tout le monde trimballe une ombrelle ou un parapluie. L’objet est souvent le même. Ouvert en permanence, trop de pluie, trop de soleil. Aucune trace ici de cigarette électronique, de magasins bio, de produits allégés. Il faut chercher longtemps. Je me fais la réflexion satisfaisante qu’il s’agit ici peut-être de ma première mise en scène sans crise d’aphtes. J’en compte deux seulement, changeants, agaçants et non douloureux, une sacrée victoire.    Tsukishima  Samedi et dimanche passés, deux jours sans chemisettes blanches, pantalons noirs et mallettes ou besaces. Dans le métro, les gens portaient des couleurs, parfois excentriques. Des chapeaux. C’est fini, plié. Les ouvriers portent du bleu, les businessmen reviennent aux costumes des couleurs de bureaux. Parfois rayées, les chemisettes. Dans le quartier de Tsukishima, un flot humain de gens pressés sous des parapluies qui se précipitent vers les tours de l’empire du travail, de l’autre côté, une allée, des immeubles, des jardins et la vue sur la baie. Et là, le désert, plus rien, personne.    Répétition Le régisseur et homme à tout faire, Georges, invente comment faire couler le sang depuis un couteau. Il invente une trappe à une estrade, un tiroir à la table, il dessine des plans toute la journée, prépare le faux gâteau, monte les quatre chaises noires ikéa, mêmes chaises que dans Sortir de sa mère, dans C’est Noël tant pis, ou dans La Chair des tristes culs, il rapporte des dorades aux haricots noirs sucrés. Il est là tout le temps, actif tout le temps. Quand les comédiens ne répètent pas, ne jouent pas, ils s’étirent, ils relisent, exercices de respiration. Nastuki me masse les épaules.   Le jardin Koishikawa garden, après un tour en grande roue, seul au monde dans Tokyo Dome, fête foraine, à cette heure vaste désert. Traverser les quartiers, chercher les issues, tomber sur un complexe universitaire, s’égarer entre une autoroute et un périphérique. Une piscine à ciel ouvert avec étudiants masculins, tous en maillots noirs et bonnets verts qui apprennent à plonger. Plus loin, un groupe d’étudiantes en uniforme noir et blanc, elles courent en riant. L’entrée unique du jardin Koishikawa est payante. 300 yens, parce qu’on ne doit pas venir là par hasard. Pas par dépit. On paye parce qu’on ne passe par là. On y vient, se poser, se reposer, arrêter. S’allonger, contempler, étudier, interroger, attendre. Il y a des carpes et des tortues. J’apprivoise une sauterelle. Le grand jardin impose le recueillement. Impossible de comprendre comment des gens qui vivent dans ces villes terrorisées par la bagnole et le trafic parviennent à dessiner des espaces aussi beaux, à pleurer. Havres spirituels. Ou peut-être faut-il vivre dans des villes comme celle-ci, à l’urbanisme à ce point délirant,  pour y imaginer des enclos comme celui-là. Pas de jardin, rien de ce genre là, à Venise. À Dieppe, des pelouses qui font parkings.

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