Sophie Guerrive
Publié le 23/07/2014

Un travail pour Tulipe ?


Sophie Guerrive est née à la fin du XXe siècle entre Hong-Kong et Périgueux. Elle obtient sans tarder un flocon en ski alpin, une ceinture jaune en judo et gagne le premier prix de dessin du centre aéré de son quartier.

Estimant avoir suffisamment travaillé comme ça, elle produit maintenant des bandes dessinées et des illustrations qui sont parfois publiées et parfois non.

 

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Le 24 février 2012 à 12:33

Activité n'est pas travail

Une vie à peigner la girafe

Quand j’avais vingt ans, je cherchais un travail. On m’a demandé de peigner la girafe. Je me suis donné beaucoup de mal pour bien faire : échelle de corde pour l’escalade et brosse le poil, brosse le crin. Des heures durant. Quand j’avais trente ans, il me fallait nourrir mes enfants. On m’a demandé de peigner la girafe, pour avoir de l’argent. J’ai dit : « Pas question ! Je n’ai pas fait toutes ces études pour en arriver là! Je refuse de perdre mon temps et mes forces à de pareilles balivernes. Je ne suis pas prête à n’importe quoi pour survivre ! » Nous avons mangé des cailloux, dignement, mes enfants et moi. Quand j’avais quarante ans, je voulais encore travailler. Etrange obsession. On m’a demandé de peigner la girafe. J’ai organisé une vaste campagne pour revendiquer la liberté des girafes à vivre ébouriffées. J’ai convaincu la terre entière que les girafes étaient aussi belles et heureuses, poil en bataille que poil peigné. Un homme est venu me dire : « Arrêtez de peigner la girafe ! » Je l’ai gratifié du petit sourire suffisant de celle qui a tout compris avant les autres. Quand j’avais cinquante ans, j’avais pris des goûts de luxe qui me réclamaient salaire. On m’a demandé de peigner la girafe. J’ai plongé l’animal dans une préparation dépilatoire, puis je l’ai peint en vert. On m’a virée, j’ai perdu un procès long et coûteux contre la Ligue Protectrice des Animaux et mes goûts de luxe. J’ai pleuré sur mon sort d’artiste incomprise. Quand j’avais soixante ans, on m’a expliqué que j’étais trop jeune pour la retraite. On m’a demandé de peigner la girafe. J’ai trouvé cette activité émouvante et belle, j’ai vécu des moments de communion intense avec la girafe. J’ai découvert ma vocation de peigneuse de girafe. Quand j’avais soixante-dix ans, j’ai demandé à peigner la girafe.

Le 8 juillet 2011 à 08:54

Huile de coude, ou comment la cruciale question de l'emploi trouve des solutions simples et élégantes.

Cornegidouille ! Si la question de l’emploi est prépondérante, (je n’oserais dire incontournable, afin de ne pas empiéter sur le lexique journalistique), c’est que nous avons négligé les débouchés physiques de certaines formes de travail, peut-être même les plus attrayantes. C’est une anecdote qui m’a mis la puce à l’oreille : il y a peu de temps, un des mes amis s’est vu demander par un client de l’huile de coude. Il y avait certainement de la malice dans cette demande aux allures excentriques. Mon ami, loin de se décontenancer pour si peu, s’est évertué à satisfaire l’acheteur. Mais du rayon lingerie fine au service après-vente du rayon électroménager, ladite huile est restée introuvable. Diable !     Pensons bien, chers humanoïdes et ceux qui s’en rapprochent, combien nous pourrions subvenir aux besoins de nombre de nos semblables, en réhabilitant l’honorable tâche de producteur d’huile de coude !     Vous sentez une grande fatigue s’abattre sur vous ? Vous avez la démarche morne et lente ? Construire un nichoir vous demande un effort désespéré ? Problèmes Ô combien quotidiens, handicaps sociaux véritables ! Mais voilà, les producteurs d’huile de coude, organisés en une S.A. des plus dynamiques, recrutent avec force bonne volonté. Point d’expérience exigée, CDI à la pelle physique. Juré. Jeunes bienvenus, mais point trop jeunes non plus. Car voyez-vous, l’huile de coude est une denrée dont on ne saurait se passer. Elle vous accompagnera toute votre vie, sous forme de spray, de pastille, de gel, d’infusion, de patch. Et ce n’est qu’un début !   Voilà chers jurés, satrapes, ministres, amoureux du genre humain et ceux qui l’honnissent, quelles sont les mesures, simples et révolutionnaires à la fois, que je propose en vue de donner un second souffle au marché de l’emploi. Vous aussi, pariez sur l’huile de coude !

Le 12 février 2013 à 09:54

L'homme qui prétendait avoir trouvé du travail malgré la crise était un mythomane

Dijon – Stupéfaction à Dijon après l’euphorie du week-end. L’homme qui, vendredi, affirmait avoir trouvé du travail malgré la crise a reconnu devant les enquêteurs avoir totalement inventé l’histoire. Une annonce qui vient briser les nombreux espoirs d’un redémarrage prochain de l’économie française. Une région sous le choc La joie aura été de courte durée. L’homme qui prétendait avoir trouvé du travail malgré la crise a reconnu devant les enquêteurs avoir inventé l’histoire de toutes pièces. « Visiblement, nous sommes en présence de quelqu’un qui était en mal de publicité » ont expliqué les enquêteurs lors de la conférence de presse. Les médias ont été aussi montrés du doigt pour ne pas avoir vérifié davantage l’information. « Il y a dans cette affaire des responsables, mais nous refusons de servir de boucs émissaires » a protesté d’une seule voix la presse. L’homme, quant à lui, à refusé de donner plus d’explications sur son mobile. « C’était quelqu’un d’équilibré, je ne comprends pas pourquoi il a fait ça » explique un proche. « J’ai été choquée d’apprendre qu’il avait menti. Des gens avaient beaucoup d’espoirs et maintenant tout est fini » raconte une jeune femme avant de fondre en larmes. Dans l’immédiat, le gouvernement se refuse à commenter l’affaire plus que de raison. « Cela ne remet pas en cause les agissements et les décisions du gouvernement. C’est un incident isolé, nous souhaiterions que l’opposition ne monte pas cet événement en épingle et se comporte de manière républicaine » a fait savoir Arnaud Montebourg. Le Gorafi Illustration : iStock

Le 22 décembre 2014 à 11:00

En quoi donc peut-on encore croire, ventre de boeuf ?

Je ne crois pas en tout cas En Dieu, « ce grand linge sale, dont le nom n’est jamais invoqué que pour faire tourner en eau de boudin la colère du peuple aux poings de pierre, aux yeux de flamme, et qui, tant qu’il n’aura pas été chassé comme une bête puante de l’univers, ne cessera de désespérer de tout ». René Crevel. À lire ses très jouissives Œuvres complètes, éditions du Sandre, 2013. En l’abstinence : « La règle stoïque de subvenir à nos besoins en supprimant nos désirs équivaut à se couper les pieds pour ne plus avoir besoin de chaussures. » Jonathan Swift. À lire les désopilants Modeste Proposition et autres textes, Folio, 2012. Et Résolutions pour l’époque où je deviendrai vieux et autres opuscules humoristiques, Flammarion, 2014. À la morale et au bon goût : « La morale et le bon goût sont un vieux ménage : ils ont pour enfants la bêtise et l’ennui. » Francis Picabia. À lire le tranche-dedans Man Ray / Picabia et la revue Littérature, Centre Pompidou, 2014. En l’électoralisme : « Nous ne voulons pas voter, mais ceux qui votent choisissent un maître, lequel sera, que nous le voulions ou non, notre maître. Aussi devons-nous empêcher quiconque d’accomplir le geste essentiellement autoritaire du vote. » Albert Libertad. À lire le féroce Et que crève le vieux monde !, Mutines Séditions, 2013. En la gauche parlementaire : « Toutes les oppressions, suppressions, prohibitions légales qui se sont accomplies depuis la malencontreuse invention du régime parlementaire sont dues beaucoup plus à l’opposition qu’aux gouvernements : je dis beaucoup plus, parce que c’est à deux titres que ces mesures tyranniques incombent à l’opposition, premièrement parce que c’est elle qui les a provoquées, en second lieu, parce qu’elle s’est rendue régulièrement complice de leur adoption en les discutant. » Anselme Bellegarrigue. À lire ses explosifs Textes politiques présentés par Michel Perraudeau, L’Age d’Homme, fin 2014. Au travail : « Le droit au travail, c’est un nonsense. Le monde ne peut être sauvé que si tous les hommes refusent de travailler. Il faut apprendre à tous la paresse avec sa beauté difficile. Il est urgent de déshonorer le travail. » Albert Paraz. À lire les truculents Le Gala des vaches. Valsez saucisses. Le Menuet du haricot. L’Age d’Homme, 2013. À la cause du peuple : « Qu’est-ce que c’est que le Peuple ? C’est cette partie de l’espèce humaine qui n’est pas libre, pourrait l’être, et ne veut pas l’être ; qui vit opprimée, avec des douleurs imbéciles ; ou en opprimant, avec des joies idiotes ; et toujours respectueuse des conventions sociales. C’est la presque totalité des Pauvres et la presque totalité des Riches. C’est le troupeau des moutons et le troupeau des bergers. » Georges Darien. À lire son impitoyable L’Ennemi du peuple. L’Age d’Homme, 2009. Et je ne crois pas plus, comme Ernest Cœurderoy, En la propriété : « Ta propriété !, c’est le vol ; elle engendre le vol – à détruire. » Au mariage : « Ton mariage !, c’est la prostitution ; il perpétue la prostitution – à détruire. » En la famille : « Ta famille !, c’est la tyrannie ; elle motive la tyrannie – à détruire. » Au devoir : « Ton devoir !, c’est la souffrance ; il répercute la souffrance – à détruire. » À lire le génial Jours d’exil d’Ernest Coeurderoy, en trois tomes. Archives Karéline, 2010. Non, jambon à cornes !, je ne crois pas en toutes ces carabistouilles. Mais en quoi donc peut-on encore croire ? En la Zomia par exemple. En la Zomia que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam il y a encore quelques printemps. D’autant moins qu’elle n’apparaissait sur aucune carte. La Zomia, chouagamment décrite par le prof d’anthropologie de Yale James C. Scott dans Zomia ou l’art de ne pas être gouverné (Seuil),  qui est aussi bien que son titre, serait, d’après notre puits d’érudition, « la dernière région du monde dont les peuples refusent obstinément leur intégration à l’État-nation ». Assez récent, le terme Zomia désigne l’ensemble des territoires se nichant à des altitudes supérieures à environ 300 mètres, des hautes vallées du Vietnam aux collines élevées du Nord-Est de l’Inde, en passant par le massif continental du Sud-Est asiatique (le Vietnam, le Cambodge, le Laos, la Thaïlande, la Birmanie) et par quatre provinces chinoises. « Il s’agit d’une étendue de deux millions et demi de kilomètres carrés abritant près de cent millions de personnes appartenant à des minorités d’une variété ethnique et linguistique tout à fait sidérante ». Et les habitants de cet immense territoire montagneux à la périphérie de neuf États et au centre d’aucun, et à cheval sur les découpages régionaux courants (Asie du Sud-Est, Asie de l’Est, Asie du Sud), réussissent depuis deux millénaires à échapper aux contrôles des gouvernements des plaines. Traités de « barbares » par les États entendant les soumettre, les peuples nomades évoluant dans cette vaste zone d’insoumission ont en effet mis en place des stratégies de résistance parfois étonnantes pour échapper au travail forcé, aux impôts et aux corvées, à la conscription, aux guerres, aux épidémies, aux hiérarchisations diverses et aussi à l’enfermement dans des identités imposées (« leur identité, précise James C. Scott, c’est l’autonomie »). Leurs pieds de nez non-stop aux contraintes de la société d’en bas et aux « discours de civilisation » « n’imaginant jamais la possibilité que des gens choisissent volontairement de rejoindre les barbares » sont favorisés bougrement par leur dispersion physique dans de gigantesques espaces accidentés pas encore fliqués, leur mobilité infinie, leurs modes de survie (le pastoralisme, le glanage, l’agriculture itinérante) et leur sens développé de l’auto-organisation spontanée qui sonneraient le glas du vieux monde autoritaire-marchand s’il se propageaient. Propageons donc. Dong, dong, dong, dong, dong !

Le 27 août 2014 à 08:01

Calvin

Entretien annuel

« Bon, bienvenue Calvin pour votre entretien annuel. Avez-vous passé une bonne année en notre compagnie ? Oui ? Et bien comme à chaque fois que nous nous voyons, vos paupières vont devenir lourdes, vos membres lentement s’engourdir, vous allez être bercé par le doux son mélodieux de ma voix et lorsque je compterai jusqu’à dix, à dix très exactement, vous serez totalement réceptif et votre volonté totalement soumise à la mienne. Alors on y va ! 1-2-3-4-5-6-7-8-9… 10 ! Bon et bien Calvin, comme chaque année, on va partir de la même base, hein, il n’y a aucune raison d’altérer les fondamentaux qui constituent la chair même de cette entreprise. Voici donc les clés de votre reprogrammation : _ Soyez efficace. _ Abattez un travail monstre. _ Ne râlez jamais. _ Ne demandez aucune augmentation. _ Sachez vous satisfaire du peu que l'on vous donne avec mansuétude. _ N’essayez pas de comprendre la logique de votre direction. _ Soyez ponctuel. _ Investissez dans des parts de votre société. _ Sachez faire des heures supplémentaires sans réclamer rétribution. _ Aimez votre travail au-delà de toute raison. _ Respectez les délais. _ Ayez une attitude positive. _ Souriez constamment béatement. _ Soumettez-vous à nos décisions / à mes décisions. _ Ne remettez jamais en cause nos / mes prérogatives. _ Ne faites preuve d’aucun esprit d’initiative. _ Ne sortez pas du moule. _ Sachez vous comporter comme un mouton. _ Rapportez-nous du pognon. _ Ne remettez pas en cause le fait que nous nous sucrons sur votre dos. _ Baissez la tête. _ Courbez l’échine. _ Restez malléable et flexible. _ Faites l’amour à votre patronne une fois par semaine. _ Consommez. _ Partez en vacances dans des complexes touristiques bon marché. _ Faites des enfants. _ Votez connement. _ Vivez de divertissements. _ Vivez à crédit. _ Achetez-vous un nouvel écran plasma. _ Enviez notre / mon pouvoir d’achat. _ N’ayez aucune ambition. _ Ne soyez pas déterminé. _ Portez des vêtements ternes. _ N'allez jamais au théâtre, ne lisez pas. _ N'essayez pas de comprendre quoi que ce soit à la politique. _ Créez-vous des addictions. _ Devenez alcoolique. _ Trompez votre femme. _ Divorcez. _ Compensez votre mal de vivre en travaillant plus. _ Offrez-vous les services d’une prostituée pour évacuer votre stress. _ Poignardez un SDF de temps en temps pour passer le temps. _ Et si ça ne va vraiment pas, par pitié ne vous suicidez pas avant d’avoir clos vos dossiers en cours et ne nous incriminez pas dans une lettre d’adieu ! Bon et bien voilà Calvin, vous pouvez vous réveiller. Une fois de plus et cela comme chaque année, cet entretien fut hautement constructif ne trouvez-vous pas ? Et je suis contente que vous ayez compris qu’à cause de la conjoncture actuelle de notre société nous ne pouvons vous augmenter. Oh, avez-vous vu ma nouvelle et exceptionnelle voiture de fonction ? ».

Le 12 juin 2011 à 10:00

Manuel de communication à l'usage des honnêtes gens et des délinquants

Juin - méprisez vos adversaires

— Sire, le peuple à faim ! — Eh bien, qu’il mange. — Mais Sire, il ne peut pas. — Il n’a qu’à se forcer !   Comme l’illustre ce petit dialogue, réputé avoir été tenu peu de temps avant la révolution, entre Louis XVI et l’un de ses conseillers, il est parfois possible de balayer d’un revers de main les doléances ou les critiques de vos détracteurs. En effet, s’il est des situations dans lesquelles il faut se montrer diplomate, il en est d’autres qui ne nécessitent aucun effort. Après avoir passé la moitié de l’année à recourir à des trésors d’hypocrisie et de mauvaise foi pour faire valoir vos droits, pendant ce mois de juin, vous avez bien le droit de vous lâcher un peu. Certains de vos détracteurs ne méritent tout simplement pas que vous dépensiez votre temps et votre énergie pour réfléchir à une quelconque stratégie afin de leur répondre. Faites le leur comprendre en coupant court à la conversation. Attention néanmoins à bien choisir les victimes de votre mépris, sans quoi, à l’instar de Louis XVI, cela pourrait vous coûter votre tête.   Au SDF qui fait la manche, un : « Tu n’as qu’à travailler. » coupera court à toutes ses revendications. S’il est petit et malade, vous pouvez ajouter : « Fainéant. » Ne le faites pas s’il est plus costaud que vous.   À votre adjoint, qui propose une autre stratégie de vente que la vôtre, un simple : « C’est complètement con. » devrait faire comprendre qu’il a pour devoir de rester à sa place et d'adhérer totalement aux idées de son supérieur, c’est à dire aux vôtres.   Quelques exemples :   "Tout est question de volonté, pas de moyens" – Xavier Lemoine, maire UMP de Montfermeil (Seine-Saint-Denis).     "C’est stupide." – Nicolas Sarkozy au sujet de l’intégration des œuvres d’art dans le calcul de l’ISF. "Il n’y a pas d’alternative." – Nicolas Sarkozy dénigrant les 35 heures.

Le 2 août 2010 à 08:50

Saleté de chien qui n'a pas fait le job !

Coyotte ! Bon Dieu, viens ici ! Faut qu’on ait une explication. Ici, je te dis. Tu vas pas y couper. Le cambriolage, oui, là, ce week-end, Stéphanie en est malade, tu t’en doutes. Furieuse. Pour elle, t’es un TRAÎTRE. Rassure-toi, j’en ai pris moi aussi plein la gueule. Sauf que c’est toi le chien de garde, pas moi. Et t’as pas fait le job. Tu t’es laissé surprendre. Les types t’ont neutralisé. Bravo. Bijoux, argenterie, meubles anciens, tout est parti. Son bas de laine a également disparu. Non, il ne s’agit pas de bonneterie, bougre de beste ! Un bas de laine, c’est une épargne en liquide. Une somme importante, selon Stéphanie. Eh bien, envolé, pfuit ! Plus rien. Merci, le chien. Va falloir rendre des comptes. Tu vas pas t’en tirer comme ça. Stéph’ est pas du genre qui pardonne. Tu verras. Elle va exiger l’euthanasie. Tes billes sur un plateau lui suffiraient pas. Et je la comprends. On a payé bonbon pour avoir un cerbère, on a eu un mouton. Y a tromperie, en plus du vol. Tout ça est mauvais pour toi. Au mieux, je peux essayer de te revendre à un laboratoire. Ils doivent pas payer cher mais ça compenserait un peu les pertes. Tu ferais des expériences. Des tests. Tu te donnerais à la vivisection. Pour une fois tu servirais à quelque chose. Ah, tu fais grise mine. Eh oui, adieu les beaux jours ! Pour toi, l’avenir se présente mal. Que veux-tu, il y a eu faute professionnelle grave, ça entraîne sanction, faut assumer. Ça te consolera pas, mais sache que nous non plus ne sommes pas au bout de nos emmerdements. Tu vas voir les assurances. Ils vont diligenter un expert, lequel passera ton génome et ton pedigree au peigne fin, il en conclura que tu es un veau et on sera pas remboursés. Tu vois, par ta faute on va être deux fois volés. Stéphanie a raison : tu n’es pas un chien, t’es une merde.

Le 2 septembre 2014 à 09:54

Au secours les mots : Nathalie Kuperman défend "chômeuse"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.Nathalie Kuperman défend le mot "chômeuse".Je suis, depuis peu, chômeuse. Je deviens le mot, long et majestueux. Chô, je suis un accent qui me hisse vers le haut, meuse, je ne suis que langueur et, en gros, je vous emmerde. Parce que, bien sûr, quand on est affublé de ce mot-là, on peut devenir agressif. Parions que c’est idiot et qu’on va se calmer. Je me calme, voilà, j’explique.Chômeuse, je suis. Je ne suis pas une demandeuse d’emploi. Moi, je ne veux rien demander à personne. Le Pôle Emploi épaule avec son « ô » ô combien poétique les chômeurs, ces êtres étranges qui, semble-t-on nous dire, n’ont pas été capables de préserver leur travail. Car il y a toujours suspicion sur ceux qui ne font rien. Pardon, je parlais des chômeurs, alors que les demandeurs d’emploi se cassent la tête pour retrouver un but dans la vie : se lever tôt (encore un bel accent), s’engouffrer dans le métro (tiens, ce mot n’en possède pas, et pourtant, il le mériterait bien), et prouver du matin au soir qu’ils sont utiles à la société.Chômeuse. Ce mot, je n’y peux vraiment rien, me donne envie de m’étirer comme un chat. Je repense à une vieille pub vantant le fondant du Chaumes, un fromage très apprécié par les français.À ma fille de sept ans, je dis : « Maman travaille à la maison ». Devant ma fille de sept ans, jamais je ne me vanterai d’être chômeuse. Je ne m’étire pas, je ne bâille pas, je fais semblant de m’habiller le matin. Et je remercie le ciel (qui peine à être bleu en cette année 2010) de faire en sorte que ma fille ne connaisse pas mon mot : chômeuse. Je vous le livre ici comme un mot que je revendique et qui m’entoure avec son « ô » et son « euse », mais le défendre m’évite simplement de pleurer, d’éprouver de la honte, de me sentir finie.A lire, de Nathalie Kuperman :  Rue Jean-Dolent et J’ai renvoyé Marta aux éditions Gallimard et Petit déjeuner avec Mick Jagger aux éditions de l’Olivier, Hannah ou l'instant mort aux éditions Noviny 44, Nous étions des êtres vivants, Gallimard, La Loi sauvage, Gallimard.

Le 18 août 2014 à 08:14
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