Philippe Mouchès
Publié le 30/07/2014

La Laitière : Entretien d'embauche


Peintre
Fondateur et théoricien du Divisionnisme Périgourdin
Membre de l'Oupeinpo

http://doublevue-mouches.blogspot.fr/

 

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Le 8 septembre 2015 à 08:09

Une scientifique danoise pense avoir compris l'utilité du côté bleu des gommes bicolores

C’est un mystère de plusieurs décennies qui prend fin. Le Centre de Recherche Physique et Technique (C.R.P.T) de Copenhague  vient d’annoncer ce matin avoir défini à 99% la fonction de la fameuse extrémité bleutée des gommes. Cette partie précise de l’accessoire de dessin et d’écriture servirait finalement à effacer certaines traces bien précises. Progrès. Un autre genre de gomme La fabuleuse découverte a surtout été le fruit du travail de Maria Moltke, directrice de recherche au C.R.P.T. Cette dernière faisait part de sa joie hier lors d’une conférence de presse organisée pour l’occasion : « Avec cette avancée scientifique, nous dissipons un voile d’obscurité de plus de 250 ans. Je suis très fière d’avoir travaillé près de 5 ans sur le sujet et d’être arrivée à comprendre que la partie bleue des gommes bicolores est en réalité une gomme également. » Car selon les résultats obtenus par le Pr.Moltke, cette « gomme bleue » ne serait ni plus ni moins qu’un dérivé de gomme classique spécialement adaptée aux traits de crayons tenaces ou appuyés. Une fonction peu évidente et à côté de laquelle sont passés bien des scientifiques ou plus généralement des gens : « Depuis la nuit des temps, on a imaginé que la partie bleue pouvait se manger, ensuite que c’était un genre de capuchon comme sur les clés USB. Finalement, c’était bien plus simple que ça. » souligne la chercheuse danoise. L’annonce de cette découverte vient évidemment réjouir tous ceux qui ignoraient l’utilité de la « gomme bleue ». A commencer par les producteurs de gommes bicolores eux-mêmes, comme Pascal Dulot, qui gère une entreprise de fabrication de gommes à effacer dans le Tarn : « C’est fabuleux. On rajoutait ça sur les gommes roses classiques parce qu’on trouvait ça plus joli mais on n’avait strictement aucune idée de son utilité. Et il se trouve qu’en fait c’est une autre gomme. Les choses sont bien faites quand même. » S’attaquer à l’énigme des crayons porte-mines Après ce succès plutôt inespéré, Maria Moltke et son équipe de 40 chercheurs souhaitent porter leur attention sur l’un des autres grands mystères techniques de ce siècle et du précédent : l’incapacité de la dernière mine des crayons dits « porte-mines » à descendre lorsque l’on presse frénétiquement le ressort du crayon. « Il y a bien un bruit de mine quand on secoue le crayon près de son oreille mais quand on presse, rien ne sort. L’explication la plus simple voudrait que le corps physique de la mine disparaisse en fait dans une autre dimension alors que sa trace sonore reste dans la nôtre. C’est une hypothèse sur laquelle nous allons plancher dès maintenant. » a déclaré la scientifique danoise.

Le 6 avril 2010

Saint Marcel

L'art du tripatouillage

Quand, le soir venu, la menaçante oisiveté me tombe dessus, j'aime tripatouiller des choses, des recettes de cuisine, des petits bouts de texte. Ça me soulage. Tripatouillage et bidouillage sont les deux mamelles de ma tranquillité d'esprit. Mais pourquoi parler de deux mamelles quand un mot contient aussi insolemment le préfixe -tri- trois dans sa constitution? Tripatouiller, donc, serait patouiller trois fois, comble du patouillage embrouillé.  Vérification faite auprès de l'incollable Robert, le mot ne vient ni du grec ni du latin, ni même du persan ou du haut-allemand. Il vient, platement, d'un mot bien de chez nous "tripoter", lequel vient lui-même de "tripot", qui n'a rien à voir avec des tables à trépied ou des tourniquets tripodes. Tripatouiller est la version populaire de tripoter. Serait-ce donc pratiquer les manigances les plus inavouables, car conçues dans un tripot sous l'effet euphorisant de breuvages alcoolisés? Là encore, que nenni, nous dit le savant Robert, tripatouiller c'est "remanier sans scrupule un texte original". C'est donc se livrer à l'immémoriale activité de tous les écrivains, le palimpseste. C'est faire ce à quoi nous invitent les auteurs les plus reconnus, imiter, réécrire, s'inspirer de. Heureusement la mention robertienne d'absence de scrupule réintroduit un peu d'amusante immoralité dans tout cela. Tripatouiller permet ainsi le palimpseste irrespectueux, le débordement hasardeux, l'effacement bienheureux.  Dans la cuisine donc, je tripatouille allègrement. Une pâtissière lettrée de mes amies m'a fait parvenir une recette de cake aux fruits confits qu'elle prétend avoir trouvée dans Proust, encore lui. Je change tout. Les petits raisins infusés dans le thé deviennent des abricots au rhum. L'angélique, trop céleste, est avantageusement remplacée par le cédrat, plus voltairien. Le moule chemisé me prend de court. Il restera tout nu. Et pendant qu'il dore au soleil du four électrique, je vais tripatouiller ailleurs. Les voies du tripatouillage sont infinies. Je reprends ma déviante activité dans mon bureau. Je m'attaque à une liasse de feuillets. Je biffe, je rature, je relis, je cherche le mot juste, je le mastique et le rumine. Je donne libre cours aux phrases les plus débridées. A nous deux Marcel! La nuit sera longue, car, moi, jamais je ne me suis couchée de bonne heure.

Le 10 juillet 2012 à 08:48

Dans la rubrique "Freak & Chic"

Les géants ont toujours de bonnes raisons pour être géants ;  et puis ça les différencie assez facilement des personnes de petite taille.  (François Régulus-Deslunes, XVIIIe siècle)   Certes Robert James Wadlow fut l'homme le plus grand de tous les temps du haut de ses 2 m 72 (pointure 61, et autres informations anecdotiques mais incroyables du genre sur simple demande : à 5 ans il mesurait déjà 1 m 63), mais ce que ces biographes omettent de souligner c'est qu'il mangeait de la soupe à tous les repas, et ce depuis sa prime enfance... Que l'on médite...   Toutefois, me voilà désolé d'avoir accusé Robert James Wadlow (l'homme le plus grands de tous les temps du haut de ses 2 m 72, taille des pieds 47 cm) de manger de la soupe à tous les repas, depuis sa prime enfance, et d’avoir pris ses biographes en otage alors que nous n'en savons strictement rien...   En revanche, nous sommes affirmatifs quand nous affirmons que Robert James Wadlow (l'homme le plus grand de tous les temps du haut de ses 2 m 72, mais déjà 2 mètres à 11 ans) fut le plus grand scout de tous les temps ; et de tout l'univers connu. Pour l'univers inconnu, il serait cavalier de se prononcer.   N.B. Enfin, L’auteur demande aux lecteurs d'accepter ses excuses pour avoir fait passer Robert James Wadlow pour l'homme le plus grand de tous les temps alors qu'il était d'une taille des plus quelconques. En effet, Robert James Wadlow est un bel exemple d'usurpateur usant de sa presque homonymie avec Robert Pershing Wadlow qui fut, lui, et bel et bien, l'homme le plus grand de tous les temps du haut de ses 2 m 72 (et possédant deux mains longues chacune de 32,4 cm.). Et par conséquent - mais dans sa jeunesse - le plus grand scout de tous les temps ; et de tous l'univers connu. Pour l'univers inconnu, il est toujours aussi cavalier de se prononcer.   Demain, un autre géant sympathique ou quelques anecdotes choisies sur Robert Lalande savant sérieux et astronome distingué qui, pour encore mieux se faire remarquer, adore manger des araignées…  

Le 11 avril 2015 à 08:21
Le 8 novembre 2014 à 08:12

Nancy Huston : La Morgue de la reine

Ville de province. Dans son discours inaugural d’un festival littéraire, une élue municipale dit à un groupe d’enfants : « Quelle chance vous avez, d’apprendre notre si belle langue ! » et mon sang ne fait qu’un tour. Comme je dois prendre la parole ensuite, j’en profite pour dire aux enfants que certes, le français est une belle langue mais qu’on peut en dire autant de toutes les langues ; que disposer d’une belle langue ne suffit pas, encore faut-il s’en servir pour dire des choses intelligentes ; qu’il est tout à fait possible de se servir d’une belle langue pour dire des choses débiles ; et que, plus on connaît de langues, plus on est susceptible de dire des choses intelligentes. Maurice Druon, feu le secrétaire perpétuel de l’Académie française : « Prenez un traité rédigé en français : à condition que le français en soit correct, ce traité est clair, et finalement il est bref, il est compréhensible de tous, et son interprétation ne donne pas lieu à des contestations. Il n’en va pas de même de l’anglais1. » M. Druon parlait-il ­l’anglais ? Cela m’étonnerait. Il n’y a bien sûr pas une mais d’innombrables langues françaises : vocabulaire, syntaxe, prononciation et débit varient selon le pays (180 millions de locuteurs à l’étranger, contre seulement 60 dans l’Hexagone), le quartier, la région, l’origine, le milieu social des locuteurs. Ici je ne parlerai que de celle qui se diffuse bruyamment dans l’air de la France métropolitaine, le français politico-médiatico-culturel, car il me semble que s’y préservent et s’y perpétuent, de façon subtile mais tenace, les violences et injustices de l’Histoire française. Cette langue-là est une reine : belle, puissante et intarissable. Pas moyen d’en placer une. Elle est fière d’elle-même, de ses prouesses, ses tournures et ses atours, et valorise la brillance au détriment du sens et de l’émotion vraie. Cette tendance, surprenante pour qui n’a jamais vécu en monarchie, est très présente dans les médias français encore aujourd’hui. Cela va avec les ors de la République, les sabres de la Garde républicaine, le luxe des dîners à l’Élysée. « Parfait », soupire versaillamment, dans une pub télé récente, un père à propos d’un camembert quelconque. « Parfaitement parfait », approuve son gamin, avec le même air d’aristo snobinard. Ils sont blancs, blonds, riches, c’est un gag mais ce n’est pas un gag, it makes me gag, ça me reste en travers de la gorge, je n’achèterai pas ce camembert-là. Mme de Staël trouvait nulles les soirées mondaines à Berlin, car en allemand il faut attendre la fin de la phrase pour en connaître le verbe : pas moyen de couper la parole à son interlocuteur, vous imaginez, cher, comme on s’ennuie !  Les Français « parlent comme un livre » et, des années durant, j’ai été portée, transportée par leur passion du verbe. Aujourd’hui leur prolixité m’épuise. Tant d’arrogance, tant d’agressivité ! Comment font-ils pour ne pas entendre leur propre morgue ? Regardez ceux qui, derrière les guichets des mairies, postes et administrations, accueillent les citoyens : c’était bien la peine de faire la Révolution pour se voir encore traité ainsi de haut ! Véritablement elle est guindée, cette langue française, et induit des attitudes guindées.  À vingt ans, venue à Paris pour un an, j’écoute le professeur expliquer à la classe l’usage du subjonctif. Ouh, que c’est subtil ! Dès lors que plane sur un verbe le moindre doute, on le frappe d’un subjonctif. Bang ! Faut que tu fasses. Aurait fallu que tu viennes. Mais ensuite on s’empêtre dans des temps du verbe théoriques, indicibles, ridicules, n’existant que pour le plaisir de recaler les gosses aux examens : aurait fallu qu’il visse, n’eût pas fallu qu’il vinsse, Alphonse Allais s’en est moqué dans sa Complainte amoureuse : « Fallait-il que je vous aimasse […] Pour que vous m’assassinassiez ? » Jamais pu supporter la fausseté de ces temps morts, faits pour aider les prétendus Immortels à passer le temps. Jamais même pu supporter, moi, pour ma propre écriture, le passé simple. Je n’y crois pas, c’est tout. Il entra. Elle ferma. La marquise sortit à cinq heures. Non, je n’y arrive pas, ne veux pas y arriver. Quand je traduis vers le français mes propres textes ou ceux des autres, le prétérit anglais (identique dans la langue quotidienne et la littérature la plus splendide) me manque. Pour la plupart des verbes anglais, il suffit d’un mini-claquement de langue contre le palais, petit d par lequel on ­signifie que l’incident est clos. He entered. She closed. Parfois c’est un peu plus compliqué, The marquess non pas leaved mais left the house at five.  À mon goût, il y a trop de marquises dans le passé simple, et dans Proust. J’intègre la langue française post-Seconde Guerre, post-Nouveau Roman, sautant à pieds joints dans Sarraute, Duras, Beckett, Camus (quatre auteurs ayant grandi loin de l’Hexagone, entourés d’une langue autre que la française). « Je vais le leur arranger, leur charabia », promet Beckett dans L’Innommable… et il tient largement sa promesse.  Le mieux qui puisse arriver à la langue française aujourd’hui, c’est qu’elle se laisse irriguer, assouplir, « arranger » par des rythmes et syntaxes venus d’ailleurs, qu’elle cesse de se comporter en reine agacée et se mette à l’écoute de ses peuples.  Nancy Huston Née en 1953 à Calgary, dans le Canada anglophone, la romancière et essayiste est arrivée en France à l’âge de 20 ans pour poursuivre des études de linguistique. Elle écrit ses premiers romans en français, puis commence à pratiquer des allers-retours entre sa langue maternelle et sa langue d’adoption, notamment en traduisant elle-même ses romans. Prix Femina 2006 pour Lignes de faille, elle vient de publier Bad Girl, Classes de littérature aux éditions Acte Sud. Illustration Stéphane Trapier > l'hebdo Le 1

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