Philippe Mouchès
Publié le 30/07/2014

La Laitière : Entretien d'embauche


Peintre
Fondateur et théoricien du Divisionnisme Périgourdin
Membre de l'Oupeinpo

http://doublevue-mouches.blogspot.fr/

 

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Le 3 juin 2012 à 09:04

La rayure et le grain de sable

Daniel Buren est un créateur estimable, qui incarne depuis des années et dans le monde entier, la figure de l’artiste géomètre et bâtisseur : objectif, pragmatique, sourd aux voix des émotions et de l’inconscient. Il arrive cependant que la belle apparence se fissure, et c’est le cas en ce moment où l’on entend Buren (notamment dans les dernières secondes de l’émission d'Arte 28 minutes du 10 mai 2012) asséner, avec l’aplomb d’un maçon, que la longueur des cartes bleues coïncide exactement avec la fameuse unité de mesure qui gouverne son travail depuis près d'un demi-siècle, soit 8,7 cm. Or non seulement cela est une impardonnable erreur de mesure, (chacun pouvant le vérifier, les cartes bleues ont une longueur de 8,56 cm : standard défini par la norme ISO 7810/ID-1 !) mais c’est surtout une grave faute de goût ! En effet, en soulignant une possible coïncidence entre une mesure dont on veut bien lui laisser la propriété, et celle qui se rencontre dans les poches d’une bonne moitié de nos contemporains, il réagit un peu comme le petit enfant qui s’émerveille d’être né le même jour que son idole, ou comme cet homme qui croyant aux astres, lit dans l’immensité cosmique un signe à lui seul adressé. Or Buren n’est ni un enfant, ni un crédule, et loin de lui, au contraire, la naïveté ou l’idéalisme.   Alors, que penser de cet écart, de cette approximation ? Qu’il serait devenu naïf ou crédule en vieillissant et perdrait de surcroît sa légendaire exactitude (N’oublions pas que cet homme aima tant la géométrie qu’il daigna se préoccuper du sort de quelques pauvres carrés Hermès…) ? Ou bien, à l’inverse, qu’il serait en train de lancer une opération visant à réclamer des royalties sur toutes les cartes bleues éditées (Mais alors ne risque-t-on pas de voir surgir le fantôme d’Yves Klein, ou au pire ses ayants droit, invoquant la propriété morale du bleu des susdites cartes) ?   Dans tous les cas, l’écart de 1,4 mm infligé à la vérité par Buren claque comme un avertissement : « Ne foutons plus les pieds à proximité des colonnes, arches, parasols, murs et autres empilements calculés par un individu qui s’accommode d’une telle marge d’erreur » : TOUT POURRAIT S’ECROULER !

Le 12 septembre 2015 à 09:38
Le 11 avril 2012 à 13:00

L'inique de la Forêt Noire...

- Bonjour Marcel. Bienvenu dans notre clinique. Me dit ce grand monsieur allemand, dans un français parfait.   - Hein ?... (répondis-je, dans un français parfait, là-aussi)   - Oui, je vous explique : puisque la mode est indubitablement au rétro, nous avons décidé de produire un "reboot" de notre légendaire feuilleton à succès "La Clinique de la Forêt Noire" ! - Ah... - Bien sûr, nous désirons engager de beaux et talentueux acteurs, et c'est pour ça que nous avons pensé à vous. - C'est bien aimable, mais pourquoi m'avoir lâchement enlevé, enfin ?! Ce ne sont pas des manières, mon cher ! - Je sais, et nous vous prions de nous en excuser. mais nous avions peur que vous refusiez... - Ah, voilà. Alors que je m'apprêtais à prendre mes jambes à mon cou, deux molosses entrèrent à leur tour, et, au son de la dernière phrase émise par le grand allemand francophile avant de quitter ma chambre ("Reposez-vous bien Marcel, nous tournons la première scène dans quelques heures..."), m'attachèrent à mon lit, les salauds ! Enfin seul, je tentais désespérément de m'échapper par la seule force de ma pensée, quand le grand teuton revint m'annoncer que j'avais beaucoup de chance : les autres acteurs étaient arrivés, et l'on allait pouvoir tourner la première scène plus tôt que prévu. "Super !" feins-je de m'enthousiasmer. Je fis nettement moins le malin lorsque l'équipe de tournage arriva, escortée de quatre gros balaises sapés comme dans un épisode d'Urgences. L'un d'eux, armé d'un scalpel, m'expliqua qu'il allait "m'ouvrir". -Mais heu... Vous ne voulez pas plutôt vous lancer dans un "reboot" de L'inspecteur Derrick ? C'était sympa, aussi, comme série (et un brin plus calme)... Rudi, le grand de tout à l'heure, accouru alors pour justifier l'intervention de ce pseudo-chirurgien :  - Mais enfin, Marcel, nous sommes en 2012, les fictions d'aujourd'hui ambitionnent un certain réalisme ! Et ne vous inquiétez pas, Detleff est un excellent acteur. Et puis, prenons l'exemple d'un film à caractère pornographique : avez-vous l'impression que les membres du casting jouent "pour de semblant" ?! - Heu... Je n'sais pas, j'n'en ai jamais vu. Puis, le trou noir... A mon réveil, on m'expliqua que l'opération s'était très bien passée, et les techniciens crurent bon de m'applaudir tous en choeur, prétextant le naturel impressionnant de ma prestation. Soudain terrifié, je palpai un à un mes membres, afin de définir lequel de ceux-ci avait été bouché-charcuté... Mais ô joie, ces sots venaient de m'opérer de mon épaule droite, justement en attente d'intervention chirurgicale après avoir choisi pour hobby la fâcheuse habitude de se luxer environ tous les 6 mois. "Un mal pour un bien", donc. Par contre, mon projet secret de réécrire un à un certains grands romans français (les virgules y sont parfois mal placées, je trouve...) allait, du coup, être sacrément retardé...  Mais cet handicap momentané constituait également une excellente excuse pour justifier de mon assiduité des plus défaillantes par ici ! N'empêche, avouez je ne suis pas verni : j'avais déjà perdu l'inspiration, voilà qu'on me retirait (pour un temps, tout au moins) l'usage d'un bras. Qu'importe : tel ce valeureux chevalier à qui l'on tranche un à un tous les membres dans Sacré Graal des Monty Python, il en faudra plus pour totalement m'annihiler ! Je reviendrai !

Le 26 mai 2012 à 16:09

Le problème avec Secret Story

Le problème avec Secret Story 6 qui a commencé hier soir c’est que quoi que tout ait déjà été dit sur le degré profond de débilité d’une émission qui tendrait en comparaison à donner un air intelligent à Nadine Morano, il arrive un moment où tu réalises que dans quelques années arriveront sur le marché du travail de jeunes gens qui jamais n’auront connu le monde sans qu’il soit rythmé par une de ces annuelles Foires du Néant, du Bikini et du Grammaticide reines des prime-time et qu’en posant ton café deux secondes pour imaginer à quoi ce futur pourrait ressembler tu réalises que tu pourrais un jour hériter d’un collègue qui, balayant ta citation de Desproges d’un méprisant revers de la main déclamerait fièrement au pot de départ de Jean-Louis une des plus belles citations philosophiques de Benjamin Castaldi, jetterait au feu les poèmes de Victor Hugo que ses enfants ramèneraient de l’école pour leur faire étudier un recueil des plus beaux tweets de Mickael Vendetta, garderait en évidence sur son bureau un portrait de Moundir dont il s’inspirait largement pour conquérir de jeunes femmes qui céderaient facilement à ses désirs, immédiatement conquises par son sens de l’humour ravageur savamment acquis depuis le berceau grâce à l’écoute appliquée d’un hilarant Christophe Dechavanne qu’il considérerait comme un génie contemporain, t’offrirait un sourire dédaigneux lorsqu’à la cantine tu avoueras n’avoir jamais lu « Miette », premier chef d’œuvre poignant d’une Loana ayant détrôné Anne Frank au rayon des légendaires martyrs féminines, devenant peut être même un jour ton supérieur hiérarchique et te mettant à la porte pour faute professionnelle suite à une sombre histoire d’inversion de deux mots dans une citation de Steevy Boulay, t’obligeant alors à quitter ton bel appartement de la rue Bataille et Fontaine devenu hors de prix, et te présentant pour une demande d’HLM à la Mairie, mais que c’est au moment où ton cerveau commence à se demander si le buste de Marianne sous tes yeux est réellement moulé sur le modèle de Vincent MacDoom que tu réalises que, merde, ton café est déjà froid, et que le café froid, honnêtement, c’est dégueulasse. C’est ça le problème avec Secret Story 6.

Le 27 avril 2011 à 15:13

Restons soudés

(Comme titre, j'avais aussi "caustique dans les prés")

On m'a dit « Pas mal, ta première chronique, mais la prochaine fois, il faudrait être plus caustique. » « Super », j'ai répondu, parce que j'ai des lettres. Avant de faire une semaine d'angoisse de la page blanche aiguë (j'ai essayé d'écrire en vert sur fond mauve, ça n'a pas aidé et j'ai eu un peu mal au coeur). Parce que pour un Suisse (je suis suisse, je ne sais pas si j'en avais parlé), ce n'est pas si évident d'être caustique, à cause de la neutralité, du calvinisme et des erreurs de traduction. En France, c'est beaucoup plus facile : on te refile une chronique et hop, tu parles de politique, tu balances tes vannes caustiques avec la verve d'un chacal et la faconde d'un narval, « Nicolas Sarkozy est petit », « Marine Le Pen est la fille de Jean-Marie Le Pen, qui est borgne », « Nicolas Hulot a présenté Ushuaia, comme le savon », c'est drôle, c'est efficace et avec un peu de chance, tu te fais renvoyer ou insulter par un autre chroniqueur et là, c'est le succès garanti. En Suisse, c'est plus compliqué, parce qu'avec la présidence tournante (oui, oui, comme le ping-pong), personne ne sait jamais trop qui est le Chef d'état. Le temps qu'on fasse une blague sur sa taille, ses dents ou ses cheveux (nous aussi, on a de fins analystes de la chose publique, tu crois quoi?), il a déjà cédé sa place. Et puis de toutes façons, le caustique, j'y touche pas trop, à cause de mon hypocondrie.

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