Jorge Bernstein
Publié le 29/07/2014

C'est pas du boulot !


Assez peu doué en électronique moléculaire et en chirurgie orthopédique, Jorge Bernstein s’est orienté vers le rock’n’roll garage et l’écriture d’ouvrages majeurs de la littérature et de la bande-dessinée.
 
Constatant que cette orientation lui rapportait beaucoup moins d’argent que l’électronique moléculaire ou la chirurgie orthopédique, Jorge Bernstein s’est lancé à corps perdu dans des études de physique, de chimie, de science des matériaux et d’anatomie.
 
Deux jours plus tard, il écrivait finalement un nouveau tube de rock et un strip BD d’une incroyable drôlerie. Depuis, il attend tranquillement le succès et ses corollaires : drogues exotiques, filles de joie délurées, signature d’autographes sous les néons blafards de la FNAC, maisons avec piscine sur la côte, fondation à son nom pour la lutte contre l’illettrisme et collection de voitures de sport.

jorgebernstein.tumblr.com

 

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Le 20 juin 2014 à 08:28

Mon Lit

Et au lit, comment ça se passe ?

Mon lit, quand j’y suis allongé, je n’arrive pas à le considérer comme une chose. Il faudrait un grand effort, presque un coup de force, pour percevoir ce lit comme « une chose ». C'est une posture de l'espace. On peut l’appeler « allongement », « être-couché », comme on voudra, mais ce n’est pas un objet. La posture n’a ni lattes de bois ni cadre métallique. Le lit-en-tant-que-monde-couché n'est pas le matelas, ni la menuiserie qui le soutient. Tout change, quand vous envisagez le lit du dehors. Vous achetez un lit, vous le démontez, le réparez, le déménagez, le déplacez, l’emballez, le mesurez, le soupesez, le réinstallez (passe-t-il dans cette porte ? et dans le couloir ? dans cet angle exact ?), vous faites le ménage, vous changez les draps... chaque fois le lit vous apparaît comme chose, pas d’hésitation. Chose particulière, chargée de symboles, d’émotions, de souvenirs, d’avenirs : on y naît et meurt, on y fait l’amour, on y rêve, on y pleure, on s’y défait et s’y reconstitue. Tous les temps de l’existence tiennent au lit. Pourtant, dès qu’on la manipule et le regarde de l’extérieur, ce n’est qu’une chose. Et ce n’est plus une chose lorsqu’on s’y trouve allongé... Le lit n’a pas cessé d’exister mais je ne parviens plus, quand j’y suis allongé, à le considérer comme chose. Est-ce une chose à temps partiel ? Intermittente, incomplète, à éclipse ? Il se pourrait qu’une chose qui me porte ne m’apparaisse plus chose. Le lit, mais également la chaise, le fauteuil, le canapé, le tabouret, je les oublie dès que j’y suis allongé ou assis. Ils s’estompent en me soutenant, en portant mon poids, demeurant au-dessous, stables et secrets. Quand je quitte ma voiture, quand j’y reviens, je la vois comme une chose : boîte de tôles et de vitres, le long du trottoir. Mais dès que je conduis, c’est le prolongement de mon corps. Et le train ? Une chose sur le quai, pas une chose quand je suis passager. Et l’avion ! on est étonné, de le découvrir sur la piste si métallique et mécanique. Au-dedans, on est entraîné seulement dans la puissance pure de la vitesse. Dans le lit, tout le rapport à l’espace change. Et le rapport au temps ? Et les idées ? Est-ce qu’on a les mêmes convictions couché et debout ? Les mêmes sentiments ? Les mêmes raisonnements ? Personne ne peut être absolument assuré de pouvoir répondre « oui » ou « non » ! Tenez, dans l’endroit où vous travaillez habituellement, allongez-vous par terre. Contemplez le plafond, voyez le ras du sol. Est-ce vraiment le même monde que vous observez ? Que vous répondiez oui ou non, demandez-vous ce que signifie au juste le même monde ? Allongé, sur le lit ou le sol, ce que je vois de différent se raccorde-t-il à ce que je vois debout ? De quelle manière ? Où est le monde qui réunit les deux ? Est-il objet de croyance ou de perception ? Le lit, somme toute, c’est un vaisseau spatial. Il se tient entre deux mondes. (Extrait de Comment vont les choses ?)      

Le 23 mai 2015 à 08:11

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Les riches sont-ils à plaindre?

OUI. Non seulement les riches sont à plaindre, mais il faut absolument les aider à repousser le triste sort qui les accable. Etre riche, vous savez, ce n'est pas drôle tous les jours. Quand on a tout, on ne fait pas grand-chose ; on glande. On glande chez Fauchon, Hermès, Louis Vuitton. On déprime un peu. On se mouche dans des billets de 200 euros. On achète ceci ou cela, mais on n'en a pas vraiment envie, parce que de toute façon, en tant qu'actionnaire majoritaire, on est quasiment propriétaire du magasin. En plus de ça, en tant qu'actionnaire, il faut veiller à ce que l'argent rentre bien tous les jours et qu'il n'aille pas se perdre dans des investissements stupides qui feraient baisser la courbe du chômage. Créer des emplois, c'est bien joli, mais trop de gens qui travaillent c'est autant de grévistes potentiels et de candidats à l'assistanat. Si on est riche, ce n'est quand même pas pour faire plaisir aux autres ! L'argent doit rester là où il est, entre gens bien nés qui savent jouer au bridge et apprécier un Dom Perignon. Oui, les riches sont bien à plaindre, d'autant que, s'ils jouent au bridge, c'est parce qu'ils ne peuvent pas jouer au Millionnaire, vu qu'ils sont déjà bien pourvus de ce côté-là. Et s'il leur arrive parfois de jouer au Loto, c'est juste pour voir à quoi peut bien ressembler ce rêve de pauvre qui consiste à cocher des grilles à la con avec un stylo offert par la Française des jeux. Le stylo fuit affreusement. Le bar-tabac sent l'anisette et le vieux manteau humide. Bonjour l'ambiance ! Tout ça ne vaut pas une coupe au Fouquet's, encore que les Champs ne sont plus ce qu'ils étaient, avec tous ces jeunes de banlieue qui déboulent le ouikend et qui posent leurs pattes sales sur les vitrines de luxe. Eh oui, eux aussi ils aimeraient être riches. Les pauvres ! Les inconscients ! Ils ne savent pas combien il est difficile de conserver sa fortune sans se faire spolier par l’État, combien l'exil fiscal relève aujourd'hui du parcours du combattant ! A ce prix-là, il vaut mieux être pauvre et y rester. Les soucis sont moindres et l'avenir se décline au présent.

Le 20 septembre 2014 à 08:38

Conseil d'orientation

Pousse bouton. Thaumaturge. Gratte copie. Répondeur automatique. Promeneur de chien. Torche marmot. Panse plaie. Mange merde. Gardien du non. Vigile pirate. Voleur d'enfant. Arracheur de dent(s). Souillure de drap. Déclencheur d'alerte. Veilleur de nuit. Veilleur de jour. Souteneur de thèse. Comburant. Procédurier. Rouleur de gras. Agent d'ambiance. Pisse-vinaigre. Plagiste. Masturbateur. Petite mainterchangeable. Animal de foire. Pousse caddie. Mégère de moins de cinquante ans. Huissier de justice. Commis fier de police. Arab'du coin. Lampiste. Esthéticienne trépaneuse. Président d'association loi 1901. Garde chiourme. Délateur officiel. Montreur d'ours. Dresseur d'enfant. Rat d'hôtel. Déclencheur d'achat. Traîne savate. Thanatopracteur. Écrivain pudique. Masseuse thaïlandaise. Gendarmette. Colleuse d'ongles. Paysagiste péagiste. Conseiller technique. Blanchisseur de dents. Amaigrisseur de gros. Faux prophète. Peintre au mètre. Marabout. Grue de chantier. Assistant d'assisté. Stagiaire perpétuel. Père Noël en décembre. Plongeur en bassin de vingt cinq mètres. Importateur. Escort girl. Ventre mou. Chefaillon. Dresseur de rat. Empêcheur de tourner rond ou mal. Molosoïde. Truquiste. Tueur sans gages. Équarrisseur de chèvres. Obsédé sexuel. Graveur de plaque. Pion à vie. Designer de god. Opérateur tertiaire. Improductif réel. Panel qualitatif. Chef de produit. Presse purée. Journaliste. Tire jus. Chasseur de pétouille(s). Contrôleur. Racoleur de pigeons. Cible. Colleur d'affiche. Accordeur de piano. Témoins de Jéhovah. Technicien de surface. Saucier. Nez. Trafiquant de drogue. Bignole. Vendeur de sang. Faussaire. Moucheuse de frère et de chandelle. Avocat pas d'affaire. Banque du sperme. Mickey dans un attrape couillon clôturé. Dame pipi. Vendeur d'armes. Evêque. Trafiqueur d'influence. Coiffeuse. Dresseur de blanc bec. Bourrique. Bouc émissaire. Footballeur. Plombier. Fleuriste. Caissier. Mécaniqu'auto. Habilleuse. Gogo danseur. Pas clerc de notaire. Ambassadrice Avon. Rabbin. Videuse de truite. Réducteur de tête. Gentil Organisateur. Traiteur de déchet. Casseur. Chair à canon. Charcutier traiteur. Ténor ou Soprano. Joconde pour touriste. Coach. Siffleuse de flûte. Doublure. Employé de banque. Guide touristique. Chauffeur livreur. Pâtissier. Sans domicile fixe. Tirailleur. Pistachier. Gourou. Nageuse. Enfant de la balle. Balle d'enfant. Parent terrible. Enfant terreur. Catcheur. Mère Théresa. Inséminateur bovin. Opticien. Inspecteur des travaux finis. Pousse bouchon. Faire valoir. Pécheresse. Hooligan. Croupier. Gratte papier. Mâche buvard. Torche nez. Penseur de Rodin. Gardien de cimetière. Cimetière de gardien. Pirate informatique. Moniteur. Monte en l'air. Joueur de poker. Fumeuse invétérée. Gratte pied. Pianiste de bar. Masseur thaïlandais. Bison futé. Porte clés. Gnafron de Guignol. Guignol soi-même. Harangueur de rue. Faux cul. Guide touristique bilingue. Objet sexuel. Faux témoin. Veilleur de jour. Traîne con. Sage femme. Plaideur. Mère Noël de strip-tease en boîte. Thermomètre. Pousse-pousse. Recordman de quelconque. Aquarelliste. Moine copiste. Animateur sociocu. Répondeur téléphonique. Cableur. Pète couille. Pense bête. Pèse lettre. Mange poussière. Gardien de musée. Muse de gardien. Voleur de sac. Arrache cœur. Tripier volailler. Croque mort. Tumeur. Déclencheur d'alerte. Night. Veilleur de mort. Souteneur de thèse. Combustible. Procédurier. Proctologue. Procureur. Agent d'accueil. Vinaigrier. Proviseur. Plaquiste. Chauffeur de pied. Fort des Halles. Pousse-crotte dit aussi Bousier. Harpie. Rabibocheur de couple. Lusophone. Laborantin. Assistante sociale. Garde barrière. Dernier rempart Regarde derrière. Délateur officieux. Montreur de z'gueg. Hardeur. Tenancier. Producteur. Reproducteur. Choufeur. Photocopieur. Homme de paille. Copieur. Ramasse copie. Presse bouton. Dresseur de fauves. Gaveur d'oie. Cornac. Cuisto. Eleveur. Masseur thaïlandais. Colleuse d'ongles. Chef de rayon. Gastro-entérologue. Blanchisseur d'argent. Obèse. Égoutier. Staffeur. Grue. Assistant stagiaire. Stagiaire. Guide touristique trilingue. Imam. Plongeur. Explorateur. Escort boy. Dresseur de foule(s). Sondeur. Flic. Cryptozoologue. Créateur de rumeurs. Irresponsable de service. Média planeur. Attaché de fesse. Tic et Tac pour cochon de payant. Plaquiste. Vénus de Milo. Compteur. Tailleur de pierre. Bonze. Conducteur de grue. Mécanicien naviguant. Bagagiste. Éclusier. Clitoridienne. Cadreur. Exécuteur testamentaire. Censeur. Pigeon. Potiche. Prêcheur. Hôtesse de l'air. Pêcheur au gros. Schizophrène. Maton. Réveil matin. Balayeur de rue. Intermittent. Mi temps. Mitron. Quart de temps. Trafiquant d'organes. Coq de combat. Pigeon voyageur. Conseiller d'orientation. Voilà ton avenir.

Le 7 juin 2014 à 08:55

Glenn

Glenn dort parfois nu même souvent, mais le lundi surtout ou bien encore les jours de pluie. L'homme a inventé le sexe sur le lit pour oublier que Dieu avait mis des monstres dessous, très serrés les uns contre les autres. L'intimité dans un lit occulte un peu facilement les 2 millions d'acariens qui l'occupent aussi. Comme on fait son lit, on se couche, oui, mais lequel ? Il y a cette scène dans Freddy les Griffes de la Nuit, celle de la mort de Glenn (Johnny Depp), durant laquelle le jeune homme est aspiré par le lit (avec la télévision d'ailleurs, tiens) puis recraché en un impressionnant geyser de sang. Ce n'est pas anodin tant le sommeil est sans doute l'événement quotidien le plus perturbant qui soit puisqu'il nous voit chaque jour inexorablement perdre conscience. Le lit est cet endroit dans lequel nous perdons pied, physiologiquement parlant. Seul notre subconscient survit dans cette expérience qui met nos hormones sens dessus dessous, ce qui en fait un évènement encore moins rassurant tant l'homme aime tout contrôler. Alors le corps a inventé le rêve comme pour enfoncer le clou encore plus loin : il est la superstar de la nuit au grand dam de l'homme. Il n'est guère étonnant que ce dernier ait d'ailleurs bien souvent cantonné le sexe au même endroit. Quand on y pense, le sexe est également une perte de conscience. On meurt dans un lit bien souvent aussi. Avec des draps blancs immaculés comme un jour de mariage : ça fait réfléchir. Le lit est, avec les WC, l'endroit où l'homme se résigne à admettre qu'il n'est qu'un animal comme un autre. En 2145 nous dormirons dans des lits verticaux en compagnie de poules qui donneront du lait lorsqu'on leur pressera les crêtes. Nous serons dirigés par un état totalitaire qui enverra des sous-marins sur Mars pour exploiter le peuple étranger avant de l'éradiquer. Le sexe sera prohibé et l'homosexualité cantonnée à un couple étalon élevé en Argentine pour des études financées par le Nouveau Planning Familial. Le racisme sera cloné et la peur de l'autre deviendra une religion à part entière : on crucifiera des Chinois autant que les gousses de vanille qui seront jugées trop exotiques. Une grosse pastèque sera pape. La Kaaba abritera une baby carotte que tout l'islam vénèrera comme s'il était le Prophète même. L'homme aura rationalisé le sommeil, le lit deviendra un objet de controverse que quelques artistes engagés dresseront comme étendard (du côté hiver seulement, faut pas pousser) mais sans grand succès. Même Lady Gaga XIV s'y cassera les dents. Glenn sera recraché par un Freddy bionique tous les premiers dimanches du mois après le porno kabbalistique en hébreu diffusé sur Canal ++. Les censeurs seront vénérés comme des saints alors que les bouddhistes remettront au goût du jour la Macarena. Réveil chassieux, réveil heureux. Mais avant tout, mon lit restera à jamais cet endroit où nous ne dormirons plus jamais ensemble, Glenn.

Le 19 septembre 2011 à 08:38
Le 7 juin 2012 à 09:24

Comment j'ai loupé mon entretien d'embauche

Chronique d'un non recrutement annoncé

La responsable des ressources humaines ouvrit le feu :  «  Comment vous imaginez-vous dans cinq ans ? —Hum…je pense que je serai enceinte de mon troisième enfant répondis-je. » Interloquée, elle ajouta : —Ah… à ce propos… vous avez déjà des enfants peut-être ? —Absolument pas non. Mais je compte bien me mettre à l’ouvrage dès cette année. » Là, il me sembla qu’elle était à deux doigts de s’étouffer. Le petit homme chauve à son côté me regardait avec un air amusé. « Bien, reprit-elle. Je…je suis un peu surprise. Poursuivons ! Pourriez-vous me citer trois défauts et trois qualités qui sont les vôtres ? —Commençons par les qualités, c’est plus positif. Eh bien, voilà la première. Je suis quelqu’un de positif. Je suis également très spontanée et intègre. Quant à mes défauts, on me dit imprévisible, assez indisciplinée et parfois un peu trop radicale. » A cet instant c’est le directeur financier que je vis changer de couleur passant du vert pâle au blanc transparent. « Ce sont des défauts assez… comment pourrait-on dire… ? hésita t-elle —Chiants ! Ce sont des défauts assez chiants pourrait-on dire répondis-je avec la spontanéité que j’évoquais un instant plus tôt.   Un long silence plana alors au-dessus de nos têtes. Silence au terme duquel elle reprit l’entretien avec un détachement significatif. Cinq minutes plus tard j’étais dehors, déambulant sous les arbres qui bordaient l’allée et desquels s’envolaient en bouquets odorants les pétales blancs de cette fin de printemps.

Le 25 janvier 2011 à 08:18

Fils de, encore un !

Jules Gabot est en retard au rendez-vous. Il a eu une fuite en urgence. Il me retrouve au Stella, la brasserie hype de la ville. Il est tel qu'en lui-même, nature, une clope à l'oreille, cheveux ébouriffés. Il a commencé sa carrière de plombier en 2008, et sa première intervention eut lieu à sa mairie.– J'ai été gâté. Peu de jeunes plombiers peuvent en dire autant.– Votre nom, déjà…– Au contraire! L'employé voulait éviter un "fils à papa" (Jules mime les guillemets) et s’est trompé. Du coup, il m'a traité comme un simple pékin et j'ai donné tout ce que j'avais. Il a apprécié et a fait le buzz. Ça a été très vite !– Etre le fils de Philippe Gabot influe forcément !– Non. Si je me plante, terminé. On n'attend pas après moi! Vous savez, c'est "pénible" (même geste) d'être toujours soupçonné de devoir sa carrière à son père. Prenez les chanteurs : qui va leur reprocher ça ? Arthur H, M, David Hallyday et bien d'autres, on ne fait jamais référence à leurs pères ! Pourquoi nous, les plombiers, boulangers, maçons, on nous le reproche ?– C'est plus facile d'entrer dans la carrière.– Disons qu’on connaît mieux le milieu, mais après ? Tu loupes un joint et terminé ! On ne dira jamais assez l'amertume de ces jeunes loups fils de, comme Cédric Donzère, charcutier fils de, Jean Thomas, agriculteur fils de, et Céline Barbe, coiffeuse fille de. Et on comprend que pour être crédibles, ils doivent faire leurs preuves deux fois plus que n'importe qui. dessin © dominiquecozette

Le 23 juin 2014 à 08:39

À Elia Kazan : Sur les couettes

Sous ma couvrante, tout dépend du livre que je me farcis Comment ça se passe sous ma couvrante ? En fait, ça dépend essentiellement du livre que je me farcis peu avant ou peu après avoir pénétré dans le pagnot. Ou alors dans le Pagnol. Il m’est en effet arrivé pendant la crémaillère d’un poteau bouquiniste de souffler mes clairs sur les piles des œuvres complètes de Marcel Pagnol que j’avais préférées à celles d’André Gide ou à celles, moins dodues il est vrai, de l’apôtre des résignations fétides Cioran. Je me dois de préciser encore que je ne fais pas pipi au lit chez les amis. Sinon c’est certainement dans le coin Philippe Sollers que j’aurais choisi de coincer la bulle. Voici les parutions récentes que j’ai examinées ces jours derniers dans les bannes. Elles ont toutes un petit côté libidinal. Car on commence à comprendre que c’est là que Jean-Michel Ribes et Jean-Daniel Magnin désirent en venir, que les larrons, en effet, ont de plus en plus en tête de refiler du rond-point à leur public. Ce qui impliquerait si l’on se réfère aux recherches langagières de leur vieil acolyte polygraphe, le regretté François Caradec, qu’ils mijotent vraiment, avec la distance philosophique qui s’impose, de lui faire subir à ce public un « coït anal » cathartique Trêve de jacasseries, il faut que je prouve à présent que je sais causer livres et cul à la fois au cas où François Busnel serait à la recherche d’un documentologue particulier. Quelques mots donc sur les ouvrages plastronnant sur ma tablette de nuit en rêvant de se plumarder bientôt avec vous. Livre et cul : parutions récentes sur ma tablette de nuit Par exemple Emeuta Erotika (éditions Sao Maï), six nouvelles de Lilith Jaywalker, une féerique sorcière aimantée par « l’étrange, la révolte, le dérèglement » qui sait fort bien, telle la Nelly Kaplan du Réservoir des sens, comment convier en même temps à toutes les espèces de transgressions toniques pimentées en entrelaçant les plaisirs du déchaînement sexuel sans freins avec ceux du déchaînement insurrectionnel anti-marchand à la Black Block. Autre recueil de nouvelles perturbantes (cette fois, y en a une cinquantaine), à lire pour bien faire avec un balconnet sur le thorax, La Plus Belle Paire des seins du monde (Wombat) de l’irremplaçable Topor qui nous explique comment rendre aujourd’hui hommage à Dada en se passant du centre Pompidou et des omniscients époux Virmaux. « Jetez un œuf contre le mur.Crevez une toile qui s’y trouve accrochée.Effeuillez les pages d’un livre pris au hasard dans votre bibliothèque.Mouchez-vous dans votre moquette.Jetez vos souliers par la fenêtre.Pissez dans votre frigo.Chiez sur votre télé.Au nom de Dada, merci. » Le troisième livre de ma pile est plutôt à brandir qu’à éplucher. C’est  le Nouveau Moyen de bannir l’ennui du ménage ou les 20 épouses des 20 associés (Finitude), fricassé en 1781 par Rétif de la Bretonne, qui propose aux jeunes mariés menacés par la routine de s’associer avec dix-neuf autres couples dans des communautés prônant l’égalité et l’entraide. Mais le texte du précurseur de la science-fiction Rétif restant curieusement pondéré et moraliste et allant jusqu’à réprouver tout « désordre avec les épouses les uns des autres », il vaut mieux le réinventer dans sa tête ou en polissonne compagnie. Ce qu’il n’y a pas lieu par contre de réinventer, c’est le somptueux « hymne à la lubricité » de l’éducatrice dépravée Delphine Solère qui, dans son premier roman, Le Goût du désamour (La Musardine), nous convainc sans peine que, expérience oblige, le meilleur endroit de Paris pour se branler l’un l’autre amoureusement, ce sont les chiottes du Fouquet’s. Il n’y a pas non plus à réinventer les deux récits historiques fort bien torchés appelant à la liberté sexuelle explosive qui ont tellement aimé faire dodo avec moi ces dernières semaines. Le Sylvia Bataille d’Angie David (Léo Scheer) qui n’a pu s’écrire qu’à partir des souvenirs des proches de la pétroleuse, cette dernière ayant détruit ses principales archives, est passionnant. Il nous montre à quel point la femme de Georges (Bataille), avant de devenir celle de Jacques (Lacan !), personnifia l’amour libre irréductible pendant l’entre-deux-guerres. La subjuguante Sylvia ne se laisse pas encager par sa mère possessive, sèche les cours du collège Sévigné, a le bon goût d’être fort vite déçue par la compagnie d’André Gide (dormez plutôt sur Marcel Pagnol), expérimente à dix-sept ans la formule du ménage à trois enjoué, refuse les avances de Guy de Rothschild pour convoler avec Georges Bataille qu’elle trouve aussi fédérateur que transgressif, cautionne les frasques incessantes de son mari dans les bordels, fait du théâtre d’avant-garde, est adoptée par la bande à Prévert, perd tous ses sous au casino avant qu’un mystérieux inconnu (Jules Berry !) ne les lui regagne, devient vedette de cinéma (Topaze, Jenny, Le Crime de M. Lange, Une partie de campagne…), s’acoquine avec le groupe révolutionnaire Contre-Attaque et avec la société secrète dionysiaque Acéphale. Sur la couverture du livre, et sur la mienne quand je lis au lit : une incandescente photo de Sylvia Bataille, les rebelles dénudés, prise par Denise Bellon. L’autre traité d’histoire ayant bercé mes nuits est frigoussé également par une tigresse érudite, Linda Williams, une prof de Berkeley connue pour ses études sur le ciné porno démontrant que le plaisir sexuel y est systématiquement filmé d’un point de vue phallo-macho. Dans Screening Sex (Capricci), Linda cherche à comprendre pourquoi, au fil du temps, certaines images à caractère sexuel, initialement considérées comme « ob/scènes » sont vues à présent comme étant « en/scènes ». Comment se fait-il que tout à coup Elizabeth Taylor s’est mise à balancer à ses partenaires des mots orduriers jusqu’alors interdits ou que les cow-boys de Brokeback Mountain s’empapaoutent soudain extatiquement. Pour nous sortir les bonnes réponses, la sociologue se fait épauler futefutement par Freud, Benjamin, Foucault et le docteur J. B. Pontalis. Heureusement que j’ai un grand plumard !

Le 8 août 2014 à 08:08

Au secours les mots : Stéphanie Hochet défend le mot "flexibilité"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici. La modernité a commencé avec le caoutchouc qui, après avoir rendu des services à l’homme a pris l’homme à son service ; si une matière peut être à ce point malléable, pourquoi l’homme ne le serait-il pas aussi ? On a utilisé des élastiques avant d’inventer les horaires élastiques. Vous n’êtes pas prêt à travailler à cinq cents km de chez vous ? Vous n’acceptez pas de bosser la nuit alors que vous avez une famille et que (sans vous offenser) vous n’avez plus vingt ans ? Une entreprise délocalise et s’installe dans un pays où la main-d’œuvre ne va pas manifester de si tôt pour obtenir un salaire décent. C’est la sainte flexibilité du travail. On aime tellement notre économie qu’on lui prête des qualités de gymnaste. Qui n’a pas admiré la souplesse insolente de ces athlètes défiant les lois de la pesanteur, jouant de l’équilibre avec leur corps ? Les beaux jeunes hommes pendus aux anneaux, biceps tendus. Et les saltos des gamines roumaines. Dans hévéa, il y a Ève. Ce qui s’impose à l’homme s’impose encore plus à la femme. De la ductilité à la docilité, il n’y a qu’un pas. Des femmes, on attend non seulement qu’elles se coulent dans le moule, mais aussi qu’elles deviennent le moule : assez solides pour contenir l’ordre, assez souples pour s’y conformer. Le social a contaminé la flexibilité, au point que le mot a cessé d’être beau. Même le joli terme souplesse est en train de devenir suspect. On apprécierait que la politique cesse de rendre inutilisables les vocables les plus purs. Il est urgent pour les chômeurs de regarder la télévision quand les prochaines compétitions de gymnastique auront lieu. Extension des muscles, souplesse du mouvement, réactions précises. Un exemple de flexibilité. L’énergie alliée à la légèreté. Femmes au foyer, chômeurs, râleurs patentés, inadaptés de la croissance, soyez flexibles ! Et puis non, ne le soyez pas. Soyez paresseux et jouisseurs comme les chats voluptueux, doux, souples, flexibles eux aussi… Stéphanie Hochet est l'auteur de six romans, dont Combat de l'amour et de la faim, Prix Lilas 2009. La distribution des lumières est sorti pour la rentrée littéraire 2010 chez Flammarion. Elle collabore au Magazine des livres, à BSC News et à Libération. En savoir plus : http://stephanie.hochet.over-blog.com/ Illustration : Dupont&Barbier www.dupont-barbier.com       

Le 12 mai 2015 à 07:21

Dictionnaire Français-Leïla, mot du jour : « Oseille »

Leila. La fille de l’auteur. Née le 14 février 2010 à Alger. Soit un peu plus de 5 ans, ce jeudi. 5 ans et déjà qu’elle songe à écrire le premier tome de ses mémoires. Mais elle n’a pas suffisamment de mots sur elle, croit-elle, pour dire la grâce, les frémissements, ses premiers émois, les petits et grands frissons de sa vie sociale bien pleine. En attendant,  l’auteur lui sert de nègre. Transcrit méticuleusement ses rites et ses rires qui se gaussent de tout, du travail à l’argent, en passant par la vie. Consigne ses petites et grandes questions (en bégayant et buguant le plus souvent au chapitre des réponses). L’auteur, ébaubi chaque fois que sa fée lâche un quelconque baragouin, note fiévreusement tout. Tout, tout, absolument tout, y compris ses infimes sternutations (un autre mot à prévoir pour les prochains épisodes, tiens!). Tout ce qu’elle nomme, touche avec sa bouche, devient perle, pépite, ravissement. La poésie sort de la bouche des enfants, se dit-il un matin qu'il a pleuvé, et qu'elle le pressait de questions sur le sens des averses.Oui, la poésie sort de la bouche des enfants.La poésie sort de la bouche de Leïla.Et ça, ça n’a pas de prix, ma fille.Ça n’a pas de prix.Qu’est-ce qui n’a pas de prix, papa ?Non, rien.Tu veux dire rien n’a pas de prix ?C’est sans importance, je me parlais tout seul.La poésie sort de la bouche des enfants.Du rouge, du vert, du papa, et du mamanOndées, tristesse du ciel et LeïlaPapa, il pleure aujourd'hui.Oui, j’ai vu.Papa, la pluie va laver la mer ?Euh…je suppose que oui, ma fille.Papa, pourquoi tu m'emmènes jamais à la mer ?Parce qu'à Alger, la mer est un trompe-l'œil ma fille.Alors il faut réparer la mer papa.Oui, ma fille. Ou bien mon œil.Le remplacer par ton œil enchanté.Tu es toc-toc papa.Et toi, tu es ploupla. Attends, je vais te faire un guili-guili.HI HI HI NOOOON !ça chapouille?Pourquoi tu me parles en bébé, papa?S'il te plaît, maintenant, laisse-moi me concentrer, j'ai beaucoup de travail ma puce.Encore le travail ! J’ai le besoin de toi et toi travail travail travail!!!Je suis obligé ma fille, sinon, je serai puni, j'irai en prison.Alors je viens avec toi en prison papa! Tu leur dis j'ai une petite fille, je dois l'aider une seule fois. Après tu travailles demain et demain et demain et tous les jours, tout, tout, tout, gentil, février, mars…Attends, tu me déconcertes, euh, tu me déconcentres.Et moi je suis décontente ! Moi je te parle en gentil et toi tu me parles en méchant. Alors la prochaine fois c'est Messi mon papa ! Et j'efface ton bisou !Mais c’est pour toi, l'amour de ma fille, que je le fais, pour avoir les gagas, pour avoir le mnamna, pour payer tes jouets…Je veux que tu joues avec moi ! Si tu joues avec moi, je te donne les gagas coooommmme ça ! Tu connais compter jusqu'à 100?1, 2… 100.Alors je te donne 100 gagas, comme ça, tu viendre avec moi à la mer.Elle ne travaille pas, aujourd'hui, la mer.Elle n'ira pas en prison, la mer ?("Si la mer était libre, l'Algérie serait riche", songe l'auteur, une phrase de Kateb Yacine qui traînait là, dans sa tête, à cet instant du dialogue).Papa, tu sais ? Je t'aime jusqu'à Marseille sans avion.Et moi je t'aime jusqu'à Tamanrasset à pied.Alors tu m'achètes un pareil photo ? Comme ça je te pareil en photo avec le nez de le clown.Mais j’ai le besoin les gagas pour acheter le pareil photo, alors, laisse-moi finir ce puuuut…réfaction de texte s’il te plaît ! Après, je t’achète tout ce que tu veux, cromis !Non, je veux tout de suite le pareil photo après je te parle plus jusqu’à demain, cromis cromis cromis !D’accord. Mais attends, je passe à la banque d'abord pour chercher les gagas.C’est quoi la banque, papa ?Euh…la banque, c’est… c’est là où on planque l’argent.C’est quoi "planque" ?C’est là qu’on cache, qu’on cache l’argent.Pourquoi le cacher ? Il a peur ?>A cause des voleurs. Pour le mettre à l’abri des petits voleurs, on le met carrément dans les poches des grands voleurs, comme ça, on est bien couil... euh... carrottt..euh, tranquille, après, enfin, je ne sais pas, je…Hum. D’accord. Mais... euh… qu’est-ce qu’ils font, les voleurs, papa ?Oh, tu demandes trop les questions, Leïla !C'est des gens qui volent dans le ciel qui est là haut de la banque?Si tu veux tout savoir, les voleurs, c'est des gens qui n’arrivent pas à voler de leur propre oseille. Maintenant, laisse-moi finir ce texte s'il te plaît.Pourquoi ?C'est mon travail.Non, pourquoi ils arrivent pas à voler de leur cropre zeille?Bof… parce que c'est tous des requins.Papa, viens, je te montre mon dessin. C'est moi que je l'ai accroché.Qu'est-ce que c'est?C'est un requin, non, c'est une requine, parce que c'est une fille. Elle est rose, elle parle en gentil et elle vole dans la mer. © dessin Leila Benfodil

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