La crise du travail
Publié le 14/08/2014

Bernard Stiegler : Serons-nous plutôt fourmi ou plutôt abeille ?


Travailler demain #6

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Autres épisodes :

Sortir du rêve du retour de la croissance en allant vers une "économie pollen"

On a pu comparer nos relations faites de tweets et de réseaux sociaux aux phéronomes – ces marqueurs chimiques que s'échangent les fourmis par la salive afin d'organiser leur société. Suivre nos traces est devenu un sport très rentable sur lequel des milliards sont investis, le scandale de la NSA est là pour nous en convaincre. Le type de système économique en cours de construction, basé sur la traçabilité universelle de tout et de tous, conduit à une perte de décision monstrueuse des individus. Voulons-nous être organisés comme des fourmis ?

L'alternative qui préserverait nos libertés consiste selon Bernard Stiegler dans une "économie pollen" collaborative, qui se consacre à la redistribution du savoir comme l'économie fordo-keynesienne redistribuait des points de croissance aux travailleurs. Car nous sommes entrés dans une économie de contribution où les usagers sont les créateurs des contenus redistribués par de gros opérateurs. Elle sera horrible, toxique et esclavagiste si nous nous laissons déposséder de ce que nous créons. Et positive si elle préside au développement de la capabilité, c'est-à-dire si elle contribue à féconder l'esprit à travers la technologie. Songeons aux "bots" de Wikipédia, c'est robots qui aident les contributeurs à mettre en commun leurs savoirs et rendent possible le développement d'une nouvelle intelligence collective.

Trousses de secours 2e saison : conférences-performances autour de la crise du travail

Formation ouverte à tous : soyez encore plus flexibles, plus compétitifs, plus « zéro défaut » qu’on vous le demande… mais autrement ! Les écrivains, chercheurs, artistes des conférences-performances du Théâtre du Rond-Point renversent perspectives et idées reçues, croient au partage horizontal des savoirs, déboulonnent férocement les piliers de la pensée dominante.

> le programme complet

 

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Le 4 juillet 2014 à 15:28

Bernard Stiegler : "Dans 20 ans l'emploi aura disparu, tout le monde sera intermittent"

Travailler demain #1

Dans ce premier épisodeLa crise des intermittents ne doit pas nous cacher une crise généralisée de l'emploi, qui est amené à disparaître avec le développement universel de l'automation. Mais travail n'est pas emploi : et si le modèle de l'intermittence était appelé à devenir le régime de tous ? À l’époque de l’automatisation généralisée Le siècle dernier était celui du consumer capitalism, produit dérivé du taylorisme : produire à la chaîne et consommer comme le marketing le dicte. On a parlé du keynésianisme et du welfare state de Roosevelt. Mais aujourd’hui, ce modèle semble s’écrouler sous la pression de ses propres contradictions, cependant que se planétarisait la mise en réseau numérique. Celle-ci va provoquer dans les années qui viennent un processus d’automatisation généralisée où l’emploi salarié deviendra exceptionnel : les robots se substitueront massivement aux employés humains. Cette nouvelle époque industrielle ne sera viable que si elle consiste en une renaissance du travail dans une société de contribution où les gains de temps issus de l’automatisation seront massivement réinvestis dans la capacitation et la déprolétarisation du travail : les robots sont des machines qui n’ont pas besoin des esclaves humains pour fonctionner. > écouter le podcast audio complet Enregistré le 20 mars 2014 dans la salle Roland Topor Théâtre du Rond-Point. En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89      

Le 26 février 2013 à 12:07
Le 22 février 2013 à 11:21

Jean-Charles Massera

Trousses de secours en période de crise

Samedi 23 février, l'écrivain Jean-Charles Massera est sur la scène de la salle Roland Topor et ouvre pour nous sa trousse de secours en période de crise. Pour ventscontraires.net, il accepte de répondre à quelques questions. La crise, c'est quoi ?C'est de ne pas trop savoir où on se projette, de ne pas savoir ce qu'on peut faire (éventuellement ensemble) pour être un peu plus et sous-vivre un peu moins… Si mes souvenirs sont bons ça s'appelle une crise de sens. Est-ce notre monde qui "part en sucette" ? Pour devenir quoi ? Pour aller où ?Disons qu'il ne cesse de s'améliorer depuis le Moyen Âge, mais qu'il a encore quelques problèmes dès qu'il s'agit de faire la différence entre la fin et les moyens. Il devient donc meilleur, mais a un peu de mal à passer l'âge de raison pragmatique. Cela dit, le fait de ne pas savoir où il va est plutôt une bonne chose, ça laisse la porte ouverte au travail. Dans "La Sorcière", Michelet disait que lutins et  fées n'étaient autres que les dieux de l'Antiquité réfugiés au Moyen Âge sous la jupe des bergères... Sommes-nous comme ces bergères, incrustés de grands idéaux du passé réduits à l'échelle de simples biens de consommation ?L'avantage des biens de consommation, c'est qu'apparemment ils nous occupent à autre chose qu'à faire la guerre. Là où la consommation n'est pas encore arrivée à notre stade, la guerre menace souvent. Donc gardons la consommation et les corps seront bien gardés. Reste que c'est pas avec ça qu'on va s'épanouir. Pas plus qu'avec des idéaux d'ailleurs (les idéaux ça nous rend trop petit(e)s). N'avons-nous d'autre horizon que d'être héroïquement lâches ?Esthétiquement, certainement (si l'art pouvait changer le monde, ça se saurait). Nous autres, "petits blancs hétéro occidentaux" comme vous l'écrivez, avons-nous encore envie de rire de nous-même ?Disons qu'après une journée de travail, ça détend, mais c'est un peu juste pour s'en sortir. Ce qu'il faudrait surtout là, c'est travailler à autre chose qu'à cette complaisance vis-à-vis de notre supposée incapacité à imaginer un autrement. Ce qui n'exclut pas le rire hein… Vous écrivez des livres, vous êtes en clip sur Internet, vos textes et votre voix sortent des hauts parleur radio, vous commencez à exposer dans des centres d'art et à réaliser des films. Qu'attendez-vous particulièrement de la scène de théâtre ?Des spectateurs (à qui Benoît Lambert et moi-même pourront refiler l'envie de s'inventer un peu de mieux-être et l'énergie nécessaire pour se bricoler les bons logiciels). Le théâtre ça permet de discuter de deux ou trois trucs assez urgents, de manière directe. Le but c'est qu'ensuite on rentre chez soi avec une furieuse envie de vivre mieux et la conviction que c'est possible en bossant un peu. Si vous deviez proposer une trousse de secours pour l'Europe, qu'y aurait-il dedans ?Beaucoup moins de mecs et beaucoup plus de nanas… surtout dans les programmations culturelles. Et tant que là-dessus on ne bougera pas, on ne pourra pas trop se la ramener en tant qu'outil critique du monde. > http://www.jean-charles-massera.com

Le 6 octobre 2014 à 09:53

13,7 Milliards d'années de solitude

« Au fond Dieu n’aurait voulu être qu’une déité parmi d’autres »chantent les Residents sur God Song. Nous en sommes tous là. A l’instar du démiurge, nous sommes devenus ces individus singuliers qui aimeraient découvrir un ou plusieurs autres de la même espèce pour partager les choses de la vie. A l’instar du démiurge, nous sommes sombres, plein de pièges et d’intentions masqués. Nous n’aimons pas tellement les autres, mais si, par miracle, nous les aimions, nous voudrions être tout pour eux, ce qui semble un peu plus difficile chaque jour. Nous nous approfondissons de toutes nos rencontres et ruptures successives. Notre caractère nous isole, nous complexifie et nous rend, à nous-mêmes, énigmatiques. A l’instar du démiurge, nous ne sommes pas seulement devenus étrangers aux autres mais à nous-mêmes : de vrais sphinx. A l’instar du démiurge, nous avons découvert la solitude. Pas forcément la solitude morale proprement dite – les hommes et les femmes d’autrefois, fruits de mariages arrangés et membres de familles hasardeuses, étaient, à leur manière, bien aussi seuls que nous. Nous avons découvert l’esseulement concret, la carence affective, le fait de s’endormir seuls presque tous les soirs. A l’instar du démiurge, nous vivons seuls, nous vieillissons seuls, et nous mourrons seuls. Nous avons découvert le célibat. Mais le plus seul de tous, c’est encore notre Univers. Seul avec ses 13,7 milliards d’années d’existence depuis la première lumière émise par le Big Bang. Seul avec ses 100 milliards d’années-lumière de diamètre et ses 7x1022 étoiles. Seul avec ses 25% de matière noire, ses 70% d’énergie noire. Seul à être fini sans pour autant posséder de frontières spatiales. Seul à se refermer sur lui-même comme un hérisson – tant et si bien qu’il ressemble désormais à Spiny Norman, le gigantesque Erinaceus qui poursuit Dinsdale dans un épisode fameux du Monty Python’s Flying Circus. Seul avec toutes ces dimensions que personne n’est capable de percevoir – plus complexe encore que Shakespeare, Finnegans Wake et Laura Palmer réunis ! Seul à être viscéralement, définitivement seul. Et si mélancolique que tout y est fait pour mourir inexorablement. L’Univers a planifié son suicide – et nous n’y pouvons rien. Nous n’avons pas beaucoup de réalité pour lui. Nous n’avons pas plus de réalité que des petits « J’aime » sur son Wall pachydermique de super-starlette des réseaux stellaires. L’Univers a planifié son suicide comme un crime parfait. Si nous survivons au réchauffement climatique et à la guerre civile mondiale, la mort thermique de l’Univers nous pend au nez. Le Soleil a posé sa démission à 7 milliards d’années maximum, et, dans 20 milliards d’années, aucun astre n’aura assez de combustible pour continuer à parader dans le tric-trac du ciel. Ce sera un univers d’étoiles éteintes, comme un réseau social définitivement déserté… Et les scénarios des physiciens ne diffèrent que sur le modus operandi du suicide planifié de Monsieur : Un Big Crunch, si l’expansion se ralentit et s’inverse ; un Big Chill si les astres éteints s’agglutinent en trous noirs, et l’Univers se dissout en un bain de photons froids ; un Big Rip si l’Univers continue son expansion pour exploser, laissant la matière qui le compose se déchirer par dilatation dans l’espace. Rip, Chill & Crunch sont les Pieds Nickelés qui tiennent entre leurs mains le dernier tour de cochon de notre Very Big Boss. Les réseaux sociaux ont transformé notre monde affectif en galaxie. Tous nos amis Facebook, ce sont de petites lumières dans la nuit. Il y a qui s’éteignent, d’autres qui s’allument, mais tous nous menacent d’une extinction progressive de nos derniers remparts contre la solitude. Mark Zuckerberg, glacial prophète de notre apocalypse intime, nous a transformé en frères Ubu de l’amitié – tyrans boulimiques d’un cosmos de stimulations affectives de faible intensité, où le nombre compense la distance, et où la rareté fait la préciosité. Un « like » de la femme qu’on aime, c’est une lueur lointaine venue de la planète Mars ; un ancien amour qui nous bloque, et c’est un trou noir ou une déflagration. C’est pareil pour l’Univers. Nous n’avons pas plus de réalité pour lui que les petits « J’aime » sur notre Wall, mais nous n’en avons pas moins. Dans notre cœur, nous avons la force de le constituer. Dans notre cœur, nous avons les armes pour le convaincre de notre réalité. Et il craint notre mépris plus encore que nous ne redoutons son indifférence. Embrasse-nous, idiot ! Ce sont les derviches tourneurs qui peuvent nous apprendre comment amadouer l’Univers. En imitant la danse des planètes, les disciples de Rûmî abandonnent leur égo et tournoient à l’unisson avec les planètes comme si chaque âme pouvait atteindre la mélodie du Grand Tout. Ils font le pari que le tourbillon dansé de quelques êtres suffit à atténuer le chagrin du grand solitaire, comme un seul sourire peut parfois sauver une journée. Nous devrions tout apprendre à faire comme des soufis : écrire, aimer, travailler, vivre. Nous ne sommes pas seulement étrangers, mais reliés à la totalité de l’Univers. Nous ne sommes pas seulement seuls, mais mariés à tous les êtres. Nous ne sommes pas seulement singuliers, mais nous pouvons continuer à danser.  

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