Sophie Guerrive
Publié le 30/07/2014

Une bonne nouvelle pour Tulipe ?


Sophie Guerrive est née à la fin du XXe siècle entre Hong-Kong et Périgueux. Elle obtient sans tarder un flocon en ski alpin, une ceinture jaune en judo et gagne le premier prix de dessin du centre aéré de son quartier.

Estimant avoir suffisamment travaillé comme ça, elle produit maintenant des bandes dessinées et des illustrations qui sont parfois publiées et parfois non.

 

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Le 18 août 2014 à 08:14
Le 20 janvier 2012 à 08:25

Robert

Y’a des fois où Cupidon il a juste pas envie. Il va chez Burger King et il se descend une mauvaise bière en format maxi dans un gobelet en carton. Parfois plusieurs. Il fait des concours de rots avec des potes, mais sinon il est bien souvent seul alors il finit la tête dans la cuvette des toilettes parce qu’il est pété comme un coing et le serveur de chez Burger King doit le mettre dehors à grand renfort de coups de balai et de « Bon et bien maintenant ça suffit hein ». Cupidon, il s’appelle Robert Jourdheuil-Chaussy et il habite à Bastille dans un 22m². Il est au chômage et il est un peu alcoolique. Il ne se rase pas. Il ressemble à Gainsbourg, le talent en moins : il est donc très banal. Il est bordélique : son appartement pue. Robert joue au Loto tous les deux jours dans l’espoir de pouvoir s’offrir la nouvelle enceinte panoramique pour iPod dessinée et pensée par Jean-Michel Jarre, parce que Robert, il a toujours été fan de Jean-Michel. Avant, il aimait lire Rainer Maria Rilke, mais ça fait longtemps qu’il ne lit plus Rainer Maria Rilke : il préfère regarder Plus Belle la Vie sur France 3 parce qu’au final, Rainer Maria Rilke, Robert il trouve ça un peu chiant. Robert a une relation suivie avec Marinette Concrat qui habite à Saint-Denis. Ils ne sont pas attachés l’un à l’autre plus que ça, mais il est vrai qu’au lit, c’est plutôt pas mal : cette Marinette, c’est un peu une vraie cochonne. Marinette elle trompe Robert avec François Quanterin et Philibert Jançay, tout ça en même temps. Robert le sait bien, alors pour se venger, il voit régulièrement Ghislaine Vernot de Montmartre. Ghislaine Vernot, c’est l’ancienne égérie de Fabien Carnaudie, le peintre qui s’est suicidé il y’a trois ans et qu’on a enterré au Père-Lachaise parce qu’il était célèbre. Fabien Carnaudie, comme tout bon peintre, avait la syphilis, ce qui veut dire que Ghislaine Vernot, François Quanterin, Philippe Jançay, Marinette Concrat et Robert l’ont également. Robert sait tout ça : il est Cupidon et de ce fait, même s’il n’est plus le petit angelot tout mignon des représentations, il a accès à des informations très secrètes de ce type. Robert ne croit plus au romantisme qui était pourtant le pilier fondateur de son activité. Robert ne croit plus en rien : il a rangé son petit arc et ses petites flèches depuis bien longtemps et ils prennent la poussière dans un coin de son 22m². Désormais les gens font semblant de s’aimer, juste par habitude, et nostalgie : ça ne dure pas, mais ce n’est pas de la faute à Robert. Robert, il est pas responsable si les gens savent plus vraiment comment faire. Hier Marinette a dit : « Robert, je crois bien que je t’aime. » Robert, il a répondu : « Ouais, ouais ». Elle avait besoin de pognon alors Robert va lui en donner et ne jouera pas au Loto cette semaine. Par amour. Tant pis pour l’enceinte à Jean-Michel Jarre.

Le 8 juillet 2011 à 08:54

Huile de coude, ou comment la cruciale question de l'emploi trouve des solutions simples et élégantes.

Cornegidouille ! Si la question de l’emploi est prépondérante, (je n’oserais dire incontournable, afin de ne pas empiéter sur le lexique journalistique), c’est que nous avons négligé les débouchés physiques de certaines formes de travail, peut-être même les plus attrayantes. C’est une anecdote qui m’a mis la puce à l’oreille : il y a peu de temps, un des mes amis s’est vu demander par un client de l’huile de coude. Il y avait certainement de la malice dans cette demande aux allures excentriques. Mon ami, loin de se décontenancer pour si peu, s’est évertué à satisfaire l’acheteur. Mais du rayon lingerie fine au service après-vente du rayon électroménager, ladite huile est restée introuvable. Diable !     Pensons bien, chers humanoïdes et ceux qui s’en rapprochent, combien nous pourrions subvenir aux besoins de nombre de nos semblables, en réhabilitant l’honorable tâche de producteur d’huile de coude !     Vous sentez une grande fatigue s’abattre sur vous ? Vous avez la démarche morne et lente ? Construire un nichoir vous demande un effort désespéré ? Problèmes Ô combien quotidiens, handicaps sociaux véritables ! Mais voilà, les producteurs d’huile de coude, organisés en une S.A. des plus dynamiques, recrutent avec force bonne volonté. Point d’expérience exigée, CDI à la pelle physique. Juré. Jeunes bienvenus, mais point trop jeunes non plus. Car voyez-vous, l’huile de coude est une denrée dont on ne saurait se passer. Elle vous accompagnera toute votre vie, sous forme de spray, de pastille, de gel, d’infusion, de patch. Et ce n’est qu’un début !   Voilà chers jurés, satrapes, ministres, amoureux du genre humain et ceux qui l’honnissent, quelles sont les mesures, simples et révolutionnaires à la fois, que je propose en vue de donner un second souffle au marché de l’emploi. Vous aussi, pariez sur l’huile de coude !

Le 2 décembre 2011 à 08:49

Henri

Dans son petit appartement du bourg de Saint Honoré des Agios, le jeune Henri fume une cigarette. Il est blond comme le blé qui refuse de pousser dans son champ des possibles. Il s'est inscrit au Pôle Emploi du coin. Ponctuellement, on l'y convoque. Quand il réclame un salaire, on lui répond RSA, quand il demande un emploi, on lui répond RAS. « Enfer et Dame Nature, s'écrie-t-il en bon chrétien scientiste, serais-je un éternel insatisfait ? Quand je travaillais, j'avais de l'argent et je n'avais pas le temps de le dépenser, et maintenant que je suis au chômedu, j'ai tout mon temps, mais j'ai plus d'argent. C'est fâcheux. » Son licenciement économique a été pour lui une vraie blessure, il faut l'avouer. Maintenant, chaque fois qu'on lui demande : « Quoi de neuf ? », c'est comme si on remuait le couteau dans la plaie. Du coup, il voudrait la gagner, sa croûte, juste pour ne pas avoir l'impression qu'on le juge. Parfois, en allumant la télévision, il est vert de rage. Mais, quelque part, le vert reste la couleur de l'espoir. D'ailleurs, il n'en veut à personne. Il est de ceux qui considèrent que la vengeance est un plat où il ne faut pas mettre les pieds. D'autres fois, devant la télévision, il rit jaune. Mais, quelque part, le jaune reste la couleur de ses cheveux. Comme un bon rire vaut un steak, il a acheté le livre de Bruno Lemaire, Nourrir la planète, pour tromper sa faim. Il sait, Henri, que tout vient à point à qui sait attendre. Sauf le steak, qui calcine.

Le 2 septembre 2014 à 09:54

Au secours les mots : Nathalie Kuperman défend "chômeuse"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.Nathalie Kuperman défend le mot "chômeuse".Je suis, depuis peu, chômeuse. Je deviens le mot, long et majestueux. Chô, je suis un accent qui me hisse vers le haut, meuse, je ne suis que langueur et, en gros, je vous emmerde. Parce que, bien sûr, quand on est affublé de ce mot-là, on peut devenir agressif. Parions que c’est idiot et qu’on va se calmer. Je me calme, voilà, j’explique.Chômeuse, je suis. Je ne suis pas une demandeuse d’emploi. Moi, je ne veux rien demander à personne. Le Pôle Emploi épaule avec son « ô » ô combien poétique les chômeurs, ces êtres étranges qui, semble-t-on nous dire, n’ont pas été capables de préserver leur travail. Car il y a toujours suspicion sur ceux qui ne font rien. Pardon, je parlais des chômeurs, alors que les demandeurs d’emploi se cassent la tête pour retrouver un but dans la vie : se lever tôt (encore un bel accent), s’engouffrer dans le métro (tiens, ce mot n’en possède pas, et pourtant, il le mériterait bien), et prouver du matin au soir qu’ils sont utiles à la société.Chômeuse. Ce mot, je n’y peux vraiment rien, me donne envie de m’étirer comme un chat. Je repense à une vieille pub vantant le fondant du Chaumes, un fromage très apprécié par les français.À ma fille de sept ans, je dis : « Maman travaille à la maison ». Devant ma fille de sept ans, jamais je ne me vanterai d’être chômeuse. Je ne m’étire pas, je ne bâille pas, je fais semblant de m’habiller le matin. Et je remercie le ciel (qui peine à être bleu en cette année 2010) de faire en sorte que ma fille ne connaisse pas mon mot : chômeuse. Je vous le livre ici comme un mot que je revendique et qui m’entoure avec son « ô » et son « euse », mais le défendre m’évite simplement de pleurer, d’éprouver de la honte, de me sentir finie.A lire, de Nathalie Kuperman :  Rue Jean-Dolent et J’ai renvoyé Marta aux éditions Gallimard et Petit déjeuner avec Mick Jagger aux éditions de l’Olivier, Hannah ou l'instant mort aux éditions Noviny 44, Nous étions des êtres vivants, Gallimard, La Loi sauvage, Gallimard.

Le 19 septembre 2011 à 08:38
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