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Publié le 13/08/2014

Christophe Dejours : "On peut travailler autrement"


C'est pas du boulot ! #4

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En quête de sens

Dans des structures où le long-terme et le développement durable sont importants, on peut remanier l'organisation du travail. La pérennité de l'oeuvre, l'accomplissement de soi, la contribution à la culture et à la construction du vivre-ensemble sont des enjeux de société fondamentaux.. C'est dans cette quête de sens qu'on pourra réhabilite la valeur travail. Mais il faudra convaincre les politiques et oser déplaire aux multinationales.

Le Rond-Point est un rond-point où beaucoup de gens se croisent, se rencontrent, se mélangent, forment des molécules, de nouveaux matériaux, des tissus à motifs inédits. En voilà quelques uns, attrapés par le bras par la rédaction de ventscontraires.net, ils viennent faire un tour avec nous. 

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Christophe Dejours

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Le 11 juin 2014 à 15:11

LETTRE OUVERTE AU PUBLIC (TENTATIVE D'EXPLICATION)

Mesdames, mesdemoiselles, messieurs,Nous sommes des artistes, interprètes et techniciens. Nous sommes affiliés au régime particulier de l’assurance chômage des intermittents du spectacle, c'est-à-dire qu'il nous est possible, selon un certain nombre d'heures travaillées dans l’année, de percevoir une indemnité de chômage. C'est le droit de tout salarié. Il s'agit d’un régime spécifique, mais non d'un régime de « privilégiés ». Les professionnels du spectacle cotisent pour le régime général. Tout salarié doit pouvoir bénéficier des indemnités de chômage à partir d'un certain nombre d'heures travaillées. Pour les intermittents, ces heures travaillées sont discontinues. Il a fallu inventer un mode de calcul spécial. Les intermittents en majorité sont favorables à une réforme de leur système. Mais les propositions portées depuis 2003 par un comité de suivi composé de professionnels et de parlementaires n'ont pas été examinées. Certains abus constants d'employeurs comme les sociétés de production ou de diffusion audiovisuelles, notamment celles du service public, et nombre d'inégalités remarquables ont conduit à une réforme indispensable de ce statut. Mais l'accord dit du 22 mars, que le ministère du travail devrait signer à la fin du mois de juin, privilégierait s'il venait à voir le jour les intermittents qui travaillent beaucoup et pénaliserait les plus précaires. Le travail nécessairement discontinu des intermittents impose un régime mutualisé, il appelle une solidarité à laquelle le Medef et les syndicats non représentatifs des métiers de la culture s’opposent. C'est pourquoi les intermittents aujourd’hui se mobilisent, face au Medef principalement dont les calculs et les propositions restent étrangères en tous points aux préoccupations et aux pratiques de nos métiers, et aux intérêts fondamentaux de la politique culturelle de notre pays dont on sait la capacité de rayonnement international et les retombées économiques positives.Les intermittents exigent le non-agrément de l’accord du 22 mars. Aujourd'hui, nous ne nous exprimons pas par la grève car notre action ne connaîtrait pas l'impact de celles menées par nos camarades dans ces lieux de vastes rassemblements que sont les festivals. Mais nous sommes en tous points solidaires des grévistes et des manifestants, intermittents, artistes ou techniciens du spectacle, dont l'activité et l'existence professionnelle sont simplement menacées, et avec elles (comme on l'a compris en 2003 à la suite l'annulation du festival de Montpellier, des Francofolies, du festival d'Avignon et de multiples manifestations festives et culturelles, et puisque c'est l'argument qui compte), tout un secteur économique d'une importance exceptionnelle alors que la culture est une source d'enrichissement pour la France supérieure à celle de la mode, du luxe, de l'industrie automobile ou de celle de l'armement*. *Pour comparer les derniers chiffres connus, l'Etat aura dépensé en faveur de la culture en 2011, 14 milliards d’euros. Mais la culture aura apporté au produit intérieur brut (le PIB est la production de richesses par les acteurs économiques internes au pays) 57,8 milliards. Soit l'équivalent de l'industrie alimentaire et de l'agriculture réunies, deux fois les recettes des télécommunications, sept fois celles de l'industrie automobile. Le seul spectacle vivant a augmenté la richesse de la France de 8,6 milliards. Si comme l'écrivait Proust, les artistes, "cette famille magnifique et lamentable", sont "le sel de la terre", ils sont aussi la mine d'or des comptes nationaux. (Ces chiffres émanent d’une étude conjointe sur l'apport de la culture à l'économie menée par le ministère de l'Économie et des Finances et le ministère de la Culture et de la Communication.) Jean-Michel Ribes, Pierre Notte, le Théâtre du Rond-Point sources :http://culturecommunication.gouv.fr/Presse/Communiques-de-presse/Etude- conjointe-sur-l-apport-de-la-culture-a-notre-economie-confiee-a-l-inspection- generale-des-finances-et-a-l-inspection-generale-des-affaires-culturelles-par-Pierre- Moscovici-ministre-de-l-Economie-et-des-Finances-et-Aurelie-Filippetti-ministre-de- la-Culture-et-de-la-Communicationhttp://lexpansion.lexpress.fr/actualite-economique/la-culture-rapporte-sept-fois-plus- au-pib-de-la-france-que-l-automobile_1368593.htmlhttp://www.latribune.fr/actualites/economie/france/20140103trib000807739/la-culture- contribue-sept-fois-plus-au-pib-que-l-industrie-automobile.html

Le 31 mars 2015 à 04:40

Jérôme Rouger : "Je crois que l'humanité fait sa crise d'adolescence"

En spécialiste des allocutions détournées, Jérôme Rouger vient le 3 avril au Rond-Point défendre les droits de la poule et les conditions de vie de l’œuf en venant poser la question : mais pourquoi donc les poules préfèrent-elles être élevées en batterie et ressentent-elles le besoin de se coller les unes aux autres, dans des conditions qui paraissent pourtant peu enviables ? Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Jérôme Rouger – Et bien je dois dire que je m’estime parfaitement incompétent pour répondre à cette question. Et comme je pense régulièrement : si à chaque fois que quelqu’un d’incompétent qui a quelque chose de pas intéressant à dire quand on l’interroge sur un sujet, s’abstenait, la langue, la littérature et l’humanité ne s’en porteraient pas plus mal, aussi vous me permettrez donc de passer directement à la seconde question. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Mes grands-parents parlaient le patois là où ils vivaient, dans le nord des Deux-Sèvres. J'ai encore un oncle qui parle ce parlhange dans la vie de tous les jours. Mais au cours de mon existence, cette façon de parler aura disparu, du moins dans son usage par des gens au quotidien. Mes oreilles auront entendu une langue faire silence définitivement.Ma mère me racontait que quand elle était enfant, elle parlait ce patois à l’école, et on se moquait d’elle, alors elle a appris à parler toujours en français. Si je me réfère à cet exemple, qu’on considère ou pas que ce parlhange est une langue n’a à mon avis par d’importance, ce qui l’a menacée et tuée, c’est le fait d’être parlée uniquement par des « dominés », des gens qui n’avaient pas assez d’outils pour la défendre. Et on a donc réussi, par désir d’uniformisation, pour renforcer l’adhésion à la communauté nationale, non seulement à retirer aux gens toute fierté de la parler, mais même à leur en faire éprouver un sentiment de honte.A l’inverse, ce qui sauve une langue, ou la conserve, c’est qu’elle soit pratiquée, enseignée, c’est surtout qu’elle fasse communauté, qu’elle soit un objet de fierté pour ceux qui la parlent, voire un moyen de défendre la communauté, et qu’elle soit parlée par tous les corps, sans distinction sociale, de cette communauté.Même s’il y a certainement des « langues de résistance », il me semble que leur pérennité passe par là. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– En prolongement de ce que je viens de répondre à la question précédente, je dirai que ma langue est une langue qui parle de la domination et de la manipulation. Elle le fait de façon j’espère astucieuse, c'est-à-dire sans dire son nom, en cachette. C’est pour cela que j’en ai déjà trop dit et que je n’en dirai pas plus sur cet aspect.C’est aussi une langue du rire, et ce n’est pas ici que je vais faire la leçon sur la puissance du rire. C’est d’ailleurs bien pour cela qu’il est si souvent dénigré. Mon rire à moi joue plutôt avec la syntaxe, le rythme et le sens, qu’avec les jeux de mots. J’aime aussi le rire pour son aspect fédérateur, il ne laisse pas grand monde de côté.C'est souvent aussi une langue de l'oralité, écrite pour que ça coule, pour que ça donne comme l'impression de ne pas avoir été écrit. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Dans ma famille maternelle, il y a beaucoup de légèreté, ce qui pourrait s’apparenter à une espèce de sagesse populaire. Mon grand-père et ses enfants, particulièrement mon plus jeune oncle, font énormément de blagues aux autres dans la vie quotidienne, ils sont fantaisistes, et très certainement cela m’a marqué.J’ai aussi toujours été attiré par les gens décalés, les fous, je crois parce qu’ils nous interpellent sur notre propre condition et sur la relativité de toute chose... J’aime les gens qui ne font pas comme les autres, qui ne sont pas lisses, qui ne mettent pas leurs qualités au service de la domination de l’homme par l’homme ou d’une vie toute tracée.Ce qui nourrit ma langue au quotidien, c’est toute cette histoire et l’observation de l’autre. Je prends grand plaisir à observer comment les gens d’un même milieu épousent les mêmes codes, se copient, s'imitent, bref, s’envoient des signes de reconnaissance, parfois jusqu’à la parodie d’eux-mêmes.La langue de la Culture par exemple, c’est quelque chose.C’est certainement pour cela que je m’intéresse aussi beaucoup à l’observation des différentes rhétoriques : celle de l'élu, celle du prof, celle du lobbyiste, celle du militant, celle du directeur de théâtre… Je m’intéresse à observer comment les gens parlent et comment cela indique ou pas leur place dans la société, ou la conditionne. Parce que si j’entends aussi par langue, une façon de l’utiliser, elle traduit une appartenance à un corps social, à des repères… bien observée, elle dit non seulement l’appartenance sociale de quelqu’un mais traduit aussi comment cette personne en est plus ou moins détachée.Après il y a toutes les "rencontres" avec l’art sous toutes ses formes : les lectures, les spectacles… et tous les gens que j’ai rencontrés en exerçant ce métier.Même si je crois que ça ne se voit pas du tout dans ce que je vais faire chez vous, j’ai été marqué par la rencontre avec la poésie (de Rimbaud à René Char). Tous ces textes qui vont vous chercher et vous trouver immédiatement, dans ce que vous considérez comme la partie la plus noble de votre être, qui raisonnent en vous, et sans que vous ne sachiez expliquer précisément pourquoi, sans que vous ne puissiez donner un sens précis à ce que vous lisez. « Nous ne pouvons comprendre toute la vérité : mais nous pouvons parfois comme la saisir sans la prendre, tendre nos mains mentales » dit si joliment Valère Novarina. C’est pour cela qu’il n’y a aucune vérité définitive dans ce que j’écris. Le théâtre ne trouve pas de réponses, il cherche des nouvelles questions, ou de nouvelles façons de se les poser.Autrement, ces dernières années, comme le milieu des arts de la parole a souhaité se développer au-delà du seul conte, j’ai souvent été invité dans des manifestations qui entendent « arts de la parole » au sens très large, et j’ai ainsi rencontré beaucoup de conteurs.J’ai ainsi pu prendre conscience que je ne me sentais pas du tout conteur. Je compte beaucoup d’amis conteurs, mais je dois dire que le conte et la diction du conteur m’ennuient souvent. C’est certainement pendant certains spectacles de conte que je me suis le plus ennuyé (et pourtant j’ai assisté à beaucoup de concerts de jazz expérimental !) Mais cela m’a aussi permis de comprendre ma différence, et peut-être ainsi de pouvoir la désigner.Je suis beaucoup plus marqué par le phrasé de gens comme Jacques Bonnaffé, Laurence Vielle, Bernard Lubat, Bernard Combi… des phrasés du rythme, de la syntaxe, de Jean-Quentin Châtelain, ou encore de Dominique Pinon dans « Pour Louis de Funès » de Novarina (mis en scène par Renaud Cojo).Et puis il y a aussi tous ces gens qui me font beaucoup rire, dans des genres très différents : Fred Toush, Albert Meslay, le Théâtre Group’, Nicolas Jules, même si c’est un chanteur la liste est longue. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue" avec votre performance : "Pourquoi les poules préfèrent-elles être élevées en batterie"? Est-ce à dire que notre part grégaire nous condamne au gloussement vain et à l'impuissance ?– Certes, si l’on se fait encore des illusions sur l’émancipation de la poule et le grand soir des gallinacées, il y a des raisons de désespérer. Mais aucun gloussement n’est vain, sauf si l’on pense sauver l’humanité avec un petit gloussement. C’est l’histoire du colibri de Pierre Rabhi. Car un peu partout naissent des initiatives passionnantes, des gens se fédèrent pour fonctionner autrement, en dehors des circuits traditionnels, inventent d’autres façon de vivre ensemble, de subvenir à leurs besoins,…Je crois que l’humanité fait sa crise d’adolescence. Elle a besoin d’expérimenter, de se faire mal, peut-être même très mal, elle a besoin de chercher ses limites.Mais je pense qu’elle s’en remettra. Et notamment grâce à tous ces gloussements qui ne sont pas vains.Il y a certes mille raisons de penser comme Einstein « deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. » Et quand on sort son nez de l’actualité quotidienne, et qu’on voit tous ces gens formidables qui nous entourent, il y a aussi mille raisons d’espérer.  

Le 28 novembre 2013 à 10:52

Jean-Michel Espitallier : "Les loisirs, quel boulot !"

Trousses de secours : la crise du travail

Entre rire jaune et émerveillement toponymique, le poète-batteur Jean-Michel Espitallier (il tient la batterie dans un groupe rock) nous invite à une performance loufoque sur le contraire du travail : les loisirs et les vacances. Avant sa venue au Rond-Point, une batterie de questions ventscontraires : – Quel rôle joue la scène dans votre trajet d'écrivain ?La scène est une autre façon de faire vivre ses textes, elle permet une publication dans un autre espace, celui de l’oralité et du son, lequel en éprouver la texture, les subtilités, les forces ou les faiblesses. S’y opère la « sortie du livre » chère aux poètes sonores, et aussi, c’est très important, un retour immédiat du public, en temps réel. C’est aussi, bien souvent en ce qui me concerne, un banc d’essai. En même temps, monter sur scène pour y lire ou y performer ses textes, parfois écrits pour la scène, c’est aussi apparaître avec son corps. Le corps de l’écrivain qui est, dans une sorte d’inconscient collectif, un personnage qu’habituellement l’on ne voit pas (cliché romantique de l’écrivain retranché dans sa chambre, solitaire, cf Proust, par exemple, dans sa chambre capitonnée du boulevard Haussmann, Rimbaud écrivant dans la grange de la maison familiale, etc.), ce corps qui soudain apparaît surexposé. Le texte n’est plus une marqueterie typographique rangée dans un livre, destiné à une lecture silencieuse, intérieure. Il sort du corps de son auteur, en direct. Et puis, la dimension scénique de l’écriture implique toujours aussi une sorte de réécriture, par la bouche. Mes textes n’ont pas le même statut quand ils sont imprimés ou oralisés, ce sont parfois deux histoires différentes, deux moments d’une même bouture. Deux formes plastiques d’un même projet, deux idylles d’un même amour. Qui se complètent et se nourrissent. Sans compter que l’oralité, et le son, permettent de faire dériver le sens d’un texte, ce qui est d’ailleurs assez extraordinaire.– Qu'il s'agisse de la vie ou de la mort, des célébrités célèbres ou oubliées, vous marquez une certaine prédilection pour l'écriture par listes ou catalogues. Pourquoi ?J’adore les listes, et les listes sont partout dans la littérature, classique et moderne, à commencer par la Bible ! La liste appelle le monde à soi, accumule des traces, et le listeur est un peu comme le fétichiste ou le collectionneur, il cherche le mot idéal, celui qui résumerait tout et qui, bien sûr, n’existe pas. La liste est un objet tellement simple, banal, qu’elle en devient saugrenue, étrange dès lors qu’on l’importe dans l’espace littéraire. La liste est aussi un geste littéral, qui pose et expose des mots sans passer par la syntaxe, sans commentaire. Et puis lister c’est aussi faire se côtoyer des mots qui n’étaient pas forcément faits pour se rencontrer… Soudures ou juxtaposition contre-nature dont le frottement, les collisions produisent du sens, d’autres moyens de faire sens. La fameuse rencontre de la machine à coudre et du parapluie. C’est assez magique. Et puis, bien entendu, la liste est également le terrain du rythme, de la répétition, de la scansion, de la frappe, de la vitesse et de ses modulations.– Cherchez-vous une poésie à hauteur du "magasin de couleurs" qu'est devenu le monde d'aujourd'hui, pour citer Nietzsche ?Puisque vous citez Nietzsche, je dois dire que c’est l’une de mes grandes références, à commencer par l’élégance de son style (et aussi par son attention portée au style, cet « aristocratisme »). Etre à hauteur du monde oui, mais une hauteur critique, qui peut certes aussi passer par l’émerveillement. Il s’agit de mettre son grain de sel et de créer des bugs dans la langue, de la mettre à nu, pour la révéler dans ses potentialités, ses leurres, ses violences ou son inanité. Parce que l’état de la langue dit d’abord l’état du monde.– Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point avec une conférence-performance sur le travail. Vous allez nous parler des loisirs. Pourquoi ?Les loisirs sont généralement opposés au travail, comme si l’un et l’autre devaient s’exclure. Cette exclusion forme couple. Voilà qui dit bien l’état dans lequel se trouve le travail, aujourd’hui où le métier est devenu un emploi. Quel mot terrible ! Nous sommes arrivés à un tel état d’aliénation que le loisir agit comme une sorte de petite revanche, de consolation, de bouffée d’air pur. En même temps, les vacances, les loisirs au sens large sont eux aussi minés par l’ultralibéralisme qui s’en est emparé pour les transformer en produits marchands et donc, aussi, les contrôler. Le temps libre est en réalité un temps de liberté surveillée, parcimonieuse, strictement encadrée. Mais il ne s’agira pas de développer cette idée dans ma performance, en tout cas pas de manière frontale. Je m’attache plutôt aux rêveries sur les toponymes (rêveries gratuites, qui n’ont donc pas de prix !), à une interrogation sur le statut de lieux touristiques qui masquent parfois des réalités tragiques (c’est l’objet de mon détournement des fameuses cartes postales de Georges Perec) et au-delà sur le sens des mots et aussi sur le tragique qui court sous des formes comiques dans tous mes livres. Et bien, sûr, je réinterroge ce lieu de tous les phantasmes qu’est le show-business et la pop culture au sens large. Mais je présenterai aussi quelques courtes pièces qui n’ont pas de rapport direct avec ce thème, je veux dire que je m’en donne le loisir…– Où partez-vous pour vos prochaines vacances ?Je suis tout le temps en vacances puisque je suis tout le temps au travail… Donc, toujours parti (je n’en reviens pas !).

Le 4 juillet 2014 à 15:28

Bernard Stiegler : "Dans 20 ans l'emploi aura disparu, tout le monde sera intermittent"

Travailler demain #1

Dans ce premier épisodeLa crise des intermittents ne doit pas nous cacher une crise généralisée de l'emploi, qui est amené à disparaître avec le développement universel de l'automation. Mais travail n'est pas emploi : et si le modèle de l'intermittence était appelé à devenir le régime de tous ? À l’époque de l’automatisation généralisée Le siècle dernier était celui du consumer capitalism, produit dérivé du taylorisme : produire à la chaîne et consommer comme le marketing le dicte. On a parlé du keynésianisme et du welfare state de Roosevelt. Mais aujourd’hui, ce modèle semble s’écrouler sous la pression de ses propres contradictions, cependant que se planétarisait la mise en réseau numérique. Celle-ci va provoquer dans les années qui viennent un processus d’automatisation généralisée où l’emploi salarié deviendra exceptionnel : les robots se substitueront massivement aux employés humains. Cette nouvelle époque industrielle ne sera viable que si elle consiste en une renaissance du travail dans une société de contribution où les gains de temps issus de l’automatisation seront massivement réinvestis dans la capacitation et la déprolétarisation du travail : les robots sont des machines qui n’ont pas besoin des esclaves humains pour fonctionner. > écouter le podcast audio complet Enregistré le 20 mars 2014 dans la salle Roland Topor Théâtre du Rond-Point. En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89      

Le 11 août 2014 à 08:07

Dominique Méda : "Nous devons sortir de la logique de compétition et de financiarisation"

C'est pas du boulot ! #3

Dominique Méda est professeure de sociologie à l'Université Paris-Dauphine, titulaire de la chaire Reconversion écologique, travail, emploi, politiques sociales au Collège d’études mondiales. En 2013, elle a publié La Mystique de la croissance. Comment s’en libérer chez Flammarion et Réinventer le travail avec Patricia Vendramin aux PUF. Troisième et dernière partie de l'entretien qu'elle a accordé à ventscontraires.net   Est-il possible d'enrayer l'augmentation constante du chômage ? Comment ? D’une part, en prenant soin de répartir en permanence sur l’ensemble de la population active le volume de travail disponible et en régulant le travail, notamment la durée du travail à temps plein. Le chômage doit absolument être combattu non seulement parce qu’il détruit les personnes mais également parce qu’il facilite la dégradation des conditions de travail des travailleurs en place. Ensuite, en favorisant le passage à une société de post-croissance ou d’a-croissance c’est-à-dire une société où l’objectif poursuivi n’est pas la croissance mais la préservation du patrimoine naturel, de la cohésion sociale, de la qualité de l’emploi…La reconversion écologique dans laquelle nos sociétés doivent s’engager le plus vite possible si nous voulons éviter un dérèglement climatique, un épuisement des ressources naturelles, des guerres consécutives à des pénuries, des pollutions et des atteintes graves à la santé devrait, comme je l’indiquais plus haut, générer un plus grand volume de travail. Nous devrons à la fois travailler plus collectivement et en préservant la qualité du travail donc en contrecarrant la tendance à la dégradation des conditions de travail dont nous parlions au début de notre entretien et qui a commencé dans les années 1980.   Devons-nous nous résoudre à une société post-travail ? Faut-il s'en inquiéter ou s'en réjouir ? Que signifie une société post-travail ? Cela peut vouloir dire une société où il n’y a plus de travail et où certains en ont alors que des parties de plus en plus grandes de la population n’en n’ont pas. Cela peut signifier aussi que chacun travaille moins et que le travail est mieux réparti. Il y a une triple question : quel volume global de travail ? Quelle répartition sur l’ensemble de la population active ? Quelle qualité du travail ? De très nombreux scénarios sont possibles Je pense essentiel d’éviter tout déterminisme technologique ou économique qui nous « dicterait » l’unique réponse à ces questions. Je crois au contraire qu’il s’agit de questions profondément démocratiques, qui doivent faire l’objet de délibérations publiques approfondies. Nous pouvons être plus ou moins favorables au libre échange, protéger plus ou moins nos industries, organiser de façon plus ou moins réussies des alliances transnationales pour décider du type de société que nous voulons. Pour ma part, si vous m’interrogez sur mon idéal, c’est une société où chacun accède à la gamme entière des activités humaines, donc où chacun, homme et femme, accède à l’emploi, à du temps pour la famille et les amis, à du temps pour les activités politiques et citoyennes, à du temps pour les activités de soin de soi (culture, physique et spirituelle). Cela suppose de sortir de la logique de compétition et de financiarisation dans laquelle nous sommes plongés, le développement de nouveaux indicateurs pour guider nos actions, publiques et privées, une redistribution massive des revenus et des accès.   Les multinationales et leurs actionnaires réclament des taux de productivité sans cesse plus importants. Cette aspiration vous semble-t-elle inéluctable ? Soutenable ? Il est rare que la modération prévale spontanément et on ne voit guère pourquoi le processus engagé à la fin des années 70 et la financiarisation outrancière du monde s’apaiserait. Sauf si les profits ne suivaient plus, si la dynamique était cassée. Schumpeter n’imaginait pas d’autre issue que fatale pour le capitalisme, même s’il le déplorait, parce qu’il pensait que la concentration du capital était inéluctable. Il me semble que deux éléments sont de nature à stopper cette tendance : une chute de la rentabilité, un peu comme ce qui s’est passé à la fin des années soixante dix et suscite un changement de régime – ce qui peut se passer si par exemple il n’y a plus personne pour consommer les biens et services produits ; ou bien, à la suite de révolutions.   Pensez-vous que les politiques réussiront à apporter des réponses et des solutions ou les changements devront-ils passer par le rapport de force et éventuellement la violence ? L’histoire montre que le rapport de force est essentiel. Regardez par exemple la manière dont les conditions de travail ont évolué après la seconde guerre mondiale, sous l’égide du BIT. Bien qu’il s’agisse d’une organisation tripartite, où les employeurs sont présents, l’existence d’un autre modèle a obligé les pays occidentaux à soutenir des améliorations qui ne sont plus acceptées aujourd’hui. Sans la résistance et l’organisation de ceux qui n’ont que leur travail on peut penser que la logique qui prévaut aujourd’hui, et qui consiste à faire du coût du travail la variable essentielle d’ajustement, ne cessera pas.

Le 28 août 2015 à 08:04

Blandine Pélissier : "Si une femme a plusieurs talents, on dit qu'elle s'éparpille"

Dans la culture comme ailleurs, les jeunes femmes pensent au début qu'elles arrivent dans un monde égalitaire Les jeunes talents féminins sont très présents dans les festivals. Idem dans les écoles d'art où les femmes sont majoritaires. Puis, après 5, 10 ans, elles sont surprises par un très fort phénomène d'évaporation. Elles pensaient qu'elles vivaient dans un monde égalitaire, et peu à peu quand il s'agit de monter en responsabilité ou en grade, elles se font couper la tête les unes après les autres. C'est vrai pour les metteuses en scène, les autrices, celles qui se présentent à la direction de théâtre. Pour les actrices il y a aussi le fait que le répertoire dramatique offre des rôles majoritairement masculins et blancs. Les anglo-saxons n'ont pas peur de faire jouer un rôle de blanc à des acteurs non blancs, voire des rôles d'hommes à des femmes. Là-bas il y a des quotas et des statistiques ethniques, ce qui reste un tabou en France. Dans le monde de l'art comme ailleurs, une femme doit toujours prouver, elle a moins droit à l'erreur que les hommes. Si elle a plusieurs casquettes, on ne dira pas d'elle qu'elle a de multiples talents, mais qu'elle "s'éparpille". Si elle a de l'autorité, on ne dira pas qu'elle a de la poigne, mais qu'elle est "autoritaire"... Pour arriver à la parité dans le domaine culturel, il faut une vraie politique avec des objectifs chiffrés. Dans les établissements culturels publics, la parité pourrait être inscrite parmi d'autres principes dans le cahier des charges, avec des sanctions financières si ces objectifs ne sont  pas atteints. Blandine Pélissier est comédienne, metteuse en scène et traductrice du théatre contemporain anglo-saxon vers le français. Depuis plusieurs années elle milite avec le collectif H/F pour une véritable parité dans le monde du spectacle. Un milieu que l'on pense a prioiri émancipé et où pourtant il y a énormément à faire.

Le 11 mars 2013 à 14:34

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #3

La révolution de la subjectivité

> Premier épisode                > Episode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 2 juin 2014 à 07:00

Et au lit, comment ça se passe ?

l'Edito

Le sexe. Marronnier des marronniers pour une presse en panique de lecteurs : « sexe chez les ados », « sexe et politique », « comment être un bon coup », « tendances et nouvelles pratiques »… Notre intimité fait vendre, comme si le voyeurisme des médias venait redoubler notre curiosité pour une guerre sans précédent menée contre le plus secret des continents, peut-être le dernier : notre fort intérieur. La traçabilité des vies, des désirs et des âmes est en cours. Et tout se met en place pour qu’il ne soit même pas nécessaire de faire voler des drones à taille de moustiques au-dessus de nos alcôves : les corps iront gentiment se publier eux-mêmes, les pratiques sexuelles s’homogénéiseront autour du scénario standard élaboré par une pornindustrie qui se rêve d’être considérée comme l’accomplissement mondial des philosophies libertaires. Jouissance obligatoire pour tous. Voilà le décor, version film catastrophe. Sauf que nos vies se foutent d’être ou non dans la bible de la série, vous ne croyez pas ? Au lit ça me regarde. Et je t’y regarde. Je bois ta tendresse et les mots qui vont avec. Je crève d’en manquer. Au lit, j’y meurs souvent comme une viande lourde écrasée par la journée. Je m’y consume aussi, offert aux petites morts de l’amour, du sommeil et des rêves. Mon lit est le dernier carré de forêt libre où rester magicien. Il n’est pas à vendre. Il est à partager.

Le 5 septembre 2011 à 09:33

"René l'énervé", facétie musicale et opéra tumultueux

Entretien avec Jean-Michel Ribes #2

"Depuis 2007, j'éprouve un malaise qui ne diminue pas" dit Jean-Michel Ribes en parlant de notre gouvernement. Pour en finir avec cette nausée, il a décidé de la transformer en farce joyeuse : un opéra bouffe mis en musique par Reinhardt Wagner, qui débute le 7 septembre prochain au Théâtre du Rond-Point. Un éclat de rire de résistance "face à l'affaissement du langage, au dénigrement de l'esprit, à cette agitation immobile dont la médiocrité nous étouffe". René l’énervé est une pièce politique ? Quelle pièce ne l’est pas ! C’est une banalité de dire qu’il n’y a pas d’art sans subversion, ni de théâtre sans désir de chambardement. René, dans ce sens, est bien une pièce politique. C’est la réponse du berger à la bergère ! Puisque les politiques font du spectacle, il est bien normal que les hommes de spectacle fassent de la politique… Reconnaissez que depuis quelque temps, ils n’y vont pas de main morte ! Ils méritaient bien René l’énervé ! C’est un minimum !   Le poétique peut-être une voie de rédemption pour la politique ? René l’énervé n’est en rien une oeuvre documentaire, ni une tentative de reproduction exacte de notre actualité, c’est une bouffonnerie coloriée librement avec bonne et mauvaise foi, un conte sur le pouvoir et les clowneries de l’homme qui devient providentiel. Une sorte de ras-le-bol en chansons… Fable en rien manichéenne, puisqu’on y découvrira le double de René : deuxième lui-même, adversaire obstiné et résolu du premier.   Propos recueillis par Pierre Notte

Le 30 novembre 2013 à 13:02

Yves Pagès : "Nous pourrions tous être des chômeurs heureux"

Trousses de secours : la crise du travail

L'écrivain-éditeur-performeur-blogueur Yves Pagès revient au Rond-Point avec une nouvelle conférence-dérive. La saison dernière il explosait à tout jamais la bêtise des présentations PowerPoint. Aujourd'hui c'est notre rapport paradoxal au labeur qu'll explore - "depuis l'homme préhistorique (l'âge de pierre) jusqu'au télévigile (l'âge du drone). – Depuis plusieurs années tu blogues sur www.archyves.net. Existe-t-il selon toi une écriture spécifiquement numérique ?– On écrit toujours en fonction du support. Pour tenir un blog ou nourrir un site, on s’adapte aux contraintes du Net, en l’occurrence d’un lieu de lecture rapide, zappeuse, à mi-chemin de l’oral et du écrit-relu-corrigé. Donc, il faut s’en tenir à un état de semi-brouillon, d’inachèvement partiel. D’autre part, sur ce support, on peut alterner l’écrit et l’image (le son aussi mais techniquement ça me dépasse), et cette navette entre bloc de texte et pavé photographique dépasse le simple jeu de l’illustration et du commentaire iconographique, ça s’éclaire dans les deux sens et permet certains raccourcis, certaines ellipses, puisque l’image parle aussi d’elle-même.– Ta conférence-performance est-elle la suite de ton livre Petites Natures mortes, où tu croquais en deux coups de crayon le destin de ceux qui cherchent dans les emplois précaires un peu d'oxygène pour leur survie ?– Ce faux-cours de psycho-physiologie du travail tient à une approche forcément différente, puisqu’elle s’inscrit dans un registre: le cours magistral (avec diapos projetées). C’est une parole dominante, un discours d’autorité, qui n’est donc pas dénonciateur, ni ironique par rapport aux arbitraires sociaux. Mais au sein de cet esprit de sérieux (tous les faits et documents que je vais présenter étant a priori), ma parole pseudo-pédagogique va finir par dévoiler une mutation du rapport au travail dont les précaires ont déjà fait les frais et dans le même temps éprouvé le potentiel libérateur. Bref, je vais montrer (par une démonstration abusive sans doute, mais non dépourvue de réalité) comment le travail humain n’est plus là où l’on continue à le faire croire, bref comment nous pourrions tous être des chômeurs heureux (à deux tiers temps). – Le pilotage de drones ouvre-t-il une nouvelle étape dans notre rapport au travail ?C’est un cas exemplaire de travail qui apparaît vers la fin de mon cours/démonstration. En l’occurrence piloter un drone, c’est jouer sur une console vidéo, où il ne se passe quasiment rien, et puis tuer à distance tel ou tel suspect à raison de trois secondes d’activité pour une semaine de télé-surveillance du néant. Un peu comme les traders devant leurs huit écrans d’ordinateur qui déroulent les encéphalogrammes de l’économie de marché. Bref, tous ces métiers sont à la fois du farniente forcé (ce qui ne va pas sans stress) et de la télésurveillance, au même titre qu’un vigile qui surveille sur son écran les 7% de comportements suspects des passants dans tel parking, tel sas de banque ou telle rue piétonne aux abords d’un centre commercial.– Le travail c’est la santé ?Le travail en français mélange toutes les activités (rémunérées, domestiques, sans oublier le travail du deuil, le travail de l’accouchée et… c’est l’objet de la fin de ma conférence, le travail de l’inconscient au cours du rêve). Or ce qui rend malade, ce n’est pas d’activer ses neurones ou ses muscles, mais de le faire inutilement, d’œuvrer pour des choses qui nous dégoûtent, de justifier par notre présence un organigramme hiérarchique sans objet, de répondre à des cadences productives inhumaines (alors que des machines s'en chargeraient bien mieux toutes seules)… bref, de dépenser son énergie le plus souvent à contre-emploi pour un salaire qui ne permet même plus de se loger, nourrir et festoyer dignement. Par contre, s’il y a un travail au sens neuro-physiologique qui sert à quelque chose et qui fait du bien à notre santé, c’est celui du sommeil paradoxal, ce temps nocturne où nous rêvons, inventons des idées, arpentons d’autres mondes possible… que le nôtre.

Le 4 novembre 2010 à 18:46
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