Stéphane Trapier
Publié le 29/07/2013

Bif le rien profite de l'été pour se refaire une santé


Né le 15 juillet 1790, Stéphane Trapier a toujours raté les rendez-vous de l’histoire. Ancien avant-centre de l’équipe de France, il n’a jamais gagné la coupe du Monde. Il collabore à Fluide Glacial (après le départ de Gotlib), au Monde (sans jamais croiser Beuve-Méry) ou encore à Télérama (dès la retraite de Jean-Claude Bourret). Il a illustré deux ouvrages de Jean-Michel Ribes, et son Rond-Point. Il ne connait pas personnellement Henri Guaino. 

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Le 30 octobre 2010 à 10:20

Pour votre sauvetage demandez un devis !

Conseil Citoyen 10

Un hasard malheureux et qui reste un mystère Te fait te retrouver bloqué cent pieds sous terre, Ne pouvant accuser que ta seule imprudence A vouloir pimenter un peu plus tes vacances. Le problème l’ami, ainsi enseveli, C’est que tu es français, on n’est pas au Chili, Et même dans le cas de ta prise en otageTu risques de payer les frais de sauvetage. Rappelle-toi le prix du baptême de l’air Offert à ta maman pour son anniversaire. Multiplie-le par cent ou, que dis-je, par mille, Compte les spéléos, les maîtres cynophiles… C’est à se demander s’il vaut mieux remonter Respirer, à l’air libre, à jamais endetté Ou finir, dans le fond, comme un aventurier, Toi qui n’étais, là-haut, qu’un blafard employé. Toi pour qui l’aventure était, assis peinard, De regarder des gens sauter du Fort Boyard.   Si malgré tout tu tiens à retrouver ta vie, Demande aux sauveteurs de te faire un devis. Comment le demander ? Mais en morse bien sûr ! En tapant quelque part avec une chaussure. Refuse absolument l’emploi d’hélicoptères ! Aucun professionnel, juste des volontaires Et un chien et demi : un berger, un caniche. Le premier pour trouver l’endroit où tu te niches L’autre pour la photo, car soyons réalistes Ceux qu’il te faut avoir, ce sont les journalistes. Si tu joues bien ton jeu, tu pourras faire en sorte Qu’au lieu de te coûter, tout cela te rapporte.   S’ils te trouvent trop tôt, planque-toi, fais le mort, Le temps que les médias s’installent au dehors. L’idéal, il est vrai, pourquoi te le cacher, Ce serait d’être deux et que l’autre amoché Périsse à tes côtés. Tu en manges un morceau, Tu deviens nécrophage et là c’est le grand saut. Avec une bouchée, un peu de peau de coude, Tu vendras ton histoire aux studios d’Hollywood. Signe-toi en sortant ! Ça fera le spectacle. Les médias relaieront en parlant de miracle.   Quand enfin tombera, de là haut, la facture Fais valoir l’audimat de ta mésaventure, L’argent qu’ont rapporté, chaque jour, tes tracas Et comment, en soudant le pays sur ton cas L’info s’est détournée de dossiers plus sensibles. Ne cesse plus jamais de rester bien visible.

Le 24 juin 2015 à 12:07
Le 2 mai 2012 à 08:44
Le 16 avril 2011 à 01:07

Raymond Borde (1926-2006)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Beaucoup de cinéphiles ignorent que le fameux conservateur de la Cinémathèque de Toulouse Raymond Borde, éminence grise de la revue Positif première cuvée, coauteur de brillants ouvrages sur le néoréalisme italien et le film noir américain, et ressusciteur d’un des principaux acteurs-réalisateurs de l’âge d’or du slapstick muet qui était totalement passé à l’oubli, le très siphonné comique US Charley Bowers, alias Bricolo, que l’abîme d’érudition cinématographique Borde fut aussi un des pamphlétaires burlesques les plus scabreux que la France ait connus. En témoigne son féroce brûlot L’Extricable lancé intrépidement à la mer par Éric Losfeld en 1964 et réédité presque en catimini par sa fille Joëlle trente-deux ans plus tard.Le moins qu’on puisse dire effectivement, c’est que, rappelant les outrageants crachats loufoques anarcho-surréalistes sur les conventions et les institutions du Benjamin Péret de Je ne mange pas de ce pain-là – « J’ai failli incendier le ministère de la Marine. Comme un kiosque à journaux. Dommage que les pissotières ne brûlent pas. » –, le réquisitoire de Raymond Borde contre « l’armée et les valeurs capitalistes, la croyance en Dieu, à la bêtise familiale, aux chienneries moralisatrices » dépasse vraiment toute mesure.« La patrie est un torche-cul. », « Dissolution immédiate de l’armée ! », « Tout ce qui ressemble au bonheur passe par l’oisiveté dont le sens populaire fait avec à-propos la mère de tous les vices. », « Cassez la gueule aux chronométreurs ! »Ou alors « Aujourd’hui, je propose que les municipalités donnent vingt francs par tête de touriste abattu. À condition de se poster aux bons endroits, le touriste est plus facile à exterminer que la vipère. Je conseille le fusil, mais la grenade lancée dans le pare-brise, en haut d’une côte, a le double avantage d’aller vite en besogne et de bloquer la circulation des autres touristes. D’ailleurs, on repère l’animal en question avec la plus extrême simplicité. Il se déplace en voiture, s’agglutine à d’autres voitures et reste en bande. Il porte en lui le besoin de la foule. Il s’interne volontairement dans les routes nationales qui sont des camps de concentration mobiles, ou dans les campings qui sont des concentrations fixes. »Certes, les appels de Borde à la chasse aux touristes, ses hymnes à la paresse crasse, ses mots de désordre gratinés – « Mettons en panique la surface des choses ! » – réjouissent bien de mauvais esprits. Mais ce n’est pas du tout le cas de ses exhortations au cochonnage des icônes – « Que les monuments aux morts servent d’urinoirs ! » – et à la masturbation collective en plein Paris (« Que les 3000 manifestants s’accroupissant sur la chaussée du boulevard Saint-Germain se débraguettent et se masturbent ! »). Ni de ses diatribes paroxystiques contre les mères de famille qui continuent de choquer à peu près tout le monde. (« Athée ou poujadiste, curé ou vieux noceur, inspecteur des finances ou truand aux Assises, tout le monde respecte au moins cela : la pure figure de la mère. »)« Je demande que l’on en finisse avec la poésie florale de la naissance. Du calendrier des postes aux allocations familiales, tout exalte la maternité. Elle fait tellement partie du décor quotidien que l’on a peine à discerner ce qui se cache d’interdits derrière ces landaus, ces jacinthes, ces langes. Un bouquet de marmots et une femme enceinte, quel plus joli tableau dans les rues de nos villes ? Ça ne se discute pas. C’est le fruit conjugué de la morale chrétienne et du patriotisme. » Pourtant, pourtant, « la pornographie commence avec la grossesse. Avant, tout est merveilleux : baiser, branler, sucer, rêver. Après, tout est sale. Un ignoble cancer dévore le ventre de la femme. L’être aimé se dégrade, il s’alourdit comme une vache, suinte les eaux, fait un gosse comme on fait un pot, et il atteint les limites de l’horreur : il devient une mère ! »

Le 14 avril 2014 à 08:47

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Est-il facile d'être dictateur?

NON. Etre dictateur, c’est un dur métier, on ne rigole pas tous les jours, on doit se raser tous les matins pour passer à la télévision d’Etat. En plus de ça, il faut briller dans toutes les matières : histoire-géo, économie, police politique, plomberie, torture. Et la liste est loin d’être close, car si on veut être un bon dictateur, il faut savoir tout sur tout, et même ce qui est connu de Dieu seul. C’est pourquoi les dictateurs sont très attentifs à ce qui se publie sur le web : ils veulent tout savoir, tout apprendre, tout contrôler. Ce sont de vieux enfants un peu envahissants qui aiment se cultiver. N’empêche, il y a des moments où c’est particulièrement difficile d’être dictateur. Un exemple : supposons que le pays se trouve mis en crise à cause d’un problème de plomberie. Les canalisations de la capitale ont sauté. Les bidets fuient. Les opposants s’enfuient. Tout va à vau-l’eau. Eh bien, en tant que dictateur, et comme vous craignez la concurrence des plombiers, vous les accusez d’avoir fomenté un complot, vous les mettez en prison, au pain sec et à l’eau, et il ne vous reste plus qu’à régler le problème TOUT SEUL. Et c’est bien là le problème. Le dictateur est un homme seul, snif. Il ne peut pas tout résoudre, sauf les grilles de mots croisés de force 2. On le voit par cet exemple : le métier de dictateur a ses limites, sinon on tombe très vite dans l’amateurisme. C’est pourquoi, quand la plomberie pète les plombs, il vaut mieux faire appel aux professionnels.

Le 20 juillet 2011 à 09:14

Les quatre saisons

mais sans anchois, s'il vous plaît

J’aimerais m’excuser publiquement. Souffrant de procrastination tenace et d’inspiration volage, je nourris le rêve secret d’être un jour choisi comme mascotte de l’Amicale internationale du syndrôme de la page blanche. Si l’inaction devenait sport olympique, je pourrais facilement prétendre à une médaille, si je n’avais pas bêtement loupé le délai limite d’inscription. Je suis prêt à saisir n’importe quel prétexte pour ne pas m’y mettre. Avant Internet, déjà, je préférais réactualiser cent fois ma boîte aux lettres et mon quotidien préféré plutôt que de me mettre à bosser. Il est des jours où je m’ennuie tellement que j’ai l’impression d’entendre mon cerveau fondre, où je m’ennuie tellement que je regarde les étapes de plat du Tour de France en entier,… Tiens, je suis tellement accro à la procrastination que j’ai même un compte Google+, c’est dire ! Google +, ça ressemble un peu au croisement de Twitter et de Facebook, c’est-à-dire qu’on y parle essentiellement de la météo, comme sur Twitter, et du temps qu’il fait, comme sur Facebook. Et justement, c’est pour ça que j’aimerais m’excuser publiquement. L’autre jour, on m’a demandé « plus estival, ton prochain article ». Je me voyais déjà me rouler nu dans le sable fin, rire en courant, échevelé et exubérant, dans les embruns mordorés, et des glaces aussi, c'est important, les glaces, mais encore cinq minutes, il y a un coureur mexicain en échappée, il a quarante-deux secondes d’avance sur le peloton et il va aborder une côte de quatrième catégorie, ça a l’air important et... Ah ben tiens, l’été est fini, dirait-on. Quand je te disais que j'étais prêt à n'importe quoi pour remettre à plus tard !

Le 10 février 2014 à 09:19
Le 19 juillet 2013 à 08:22

Cet été, j'ai fait un échange d'appartements...

« Cher monsieur Robertson, Si vous lisez ces lignes, c'est que la gardienne vous a remis les clés et que vous êtes installé dans notre appartement. Bienvenue à Paris ! Nous vous souhaitons un agréable séjour. Merci d'arroser les plantes vertes tous les deux jours. Le liseria scapulata du salon est particulièrement fragile. Si vous constatez qu'il perd ses feuilles, rajoutez dans l'eau d'arrosage une mesure et demi du produit phytosanitaire (emballage marron) qui se trouve en bas à droite dans le placard de la cuisine. Pour le chat, c'est une demie boîte le matin, une demie boîte le soir et une poignée de croquettes tous les trois jours. Veillez à ne pas dépasser ces quantités, c'est un animal qui a tendance à prendre du poids depuis qu'il a été opéré d'un fibrome. Le numéro du vétérinaire figure dans la liste affichée dans l'entrée. N'hésitez pas à consulter en cas de vomissements ou de diarrhée. Et pensez à vider régulièrement sa litière (celle du chat ! ?) c'est un animal très maniaque capable de vengeances inattendues. La porte de la chambre du fond est fermée à clé. Ne vous inquiétez pas si vous entendez des bruits, ce n'est pas un fantôme ( ? ), c'est ma belle-mère impotente qui habite cette pièce. Soyez tranquille, elle dispose de tout ce qui lui est nécessaire en terme de confort et d'hygiène : toilettes, eau courante, stock de conserves et de surgelés qu'elle peut réchauffer avec son micro-ondes. Elle ne vous dérangera pas, nous lui avons fait la leçon. Si toutefois, vous l'entendiez crier ou gémir, ignorez-là, elle est très comédienne. De toute manière elle ne comprend pas votre langue. »

Le 2 septembre 2010 à 11:25

"Seul l'avenir est un pays supportable" 3

Un film cadavre-exquis inauguré par Régis Jauffret

Mon plan pour le film en cours de montage : Jón Fejoz, glacier des Grands-Montets, Août 2010 (Aiguille verte – les Drus)Les glaciers, qu’ils stagnent, avancent, grincent ou explosent, me dérangent de plus en plus. Les glaciers, c’est du temps contenu, concentré, du temps qui nous pète à la gueule sans qu’on ne puisse rien y faire, du temps qui nous renvoie à nos incapacités, à nos limites humaines.Trente-cinq, c’était il y a trente-cinq ans pendant l’ascension de l’Aiguille Verte par le glacier des Grands-Montets. Trente-cinq ans, une broutille. Le 27 août 1975, après quatre heures d’escalade, j’ai coupé la corde. Au bout de la corde, il y avait Jón. Je vous le dis à vous parce qu’aujourd’hui, plus personne ne s’y intéresse. Jón était suspendu dans le vide, les jambes broyées, sans casque. Son bras droit n’était retenu que par son anorak, son corps semblait dispersé autour de la colonne vertébrale retenue au niveau des reins par le baudrier. J’ai coupé la corde, Jón est tombé directement dans la rimaye, dans la zone de fracture du glacier, dans la première crevasse, une crevasse de soixante mètres.Les glaciers, c’est du temps en mouvement, du temps sinueux et perfide, du temps qui nous néglige. Depuis 35 ans, la zone de fracture du glacier se déplace, se contracte, s’agrandit. Elle ne me lâche jamais, je lui appartiens. Même quand je m’éloigne, quand je sors de la vallée, elle vient me chercher. Parfois, en hivers, elle s’efface derrière d’épaisses couches de neige. Alors seulement, je peux penser, au moins un instant, que les glaces n’en ont rien à faire de moi.

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