Pascal Hérault
Publié le 21/09/2014

Chouette, je redeviens un ado !


Ma lettre de démission de l'Ed' Nat'

Monsieur le Proviseur,

J'ai l'honneur de présenter ma démission pour la rentrée prochaine. Je ne veux plus être professeur ; je veux redevenir un élève. Merci de m'intégrer dans la classe de seconde de votre choix. Mais nous ne méprenons pas : je ne suis pas mu par le désir d'apprendre et d'enrichir ma culture générale. Cela, je l'ai fait pendant toute ma carrière ; j'ai envie de souffler comme on dit, j'ai envie de faire le con. A cinquante ans passés, voyez-vous, j'ai besoin de retrouver l'ado que j'étais. Mais avec un petit plus quand même, car les moeurs et la technologie ont bien évolué depuis. Donc, si vous me le permettez, je garderai mon smartphone en cours, histoire de bavasser avec mes potes et de filmer en live mes propres incartades (j'ai l'intention de filmer mon cul au fond de la classe : qu'en pensez-vous ?). Inutile de me demander d'apporter mes affaires, je ne les aurai pas. Par contre, faites en sorte de me mettre dans une classe pleine de filles afin que je retrouve les élans de ma jeunesse perdue. De même, pour bien m'intégrer dans le groupe, je pense qu'il est nécessaire de changer mon apparence. Vous serait-il possible de me faire crédit afin que je change mon pauvre costume contre des vêtements de grandes marques comme Nike, Adidas, Dolce & Gabana ? Un ado sans vêtements griffés, excusez-moi, c'est un pauvre qui s'ignore. Et même s'il est réellement pauvre, il se doit d'être richement pourvu, sinon on va croire que toute sa famille est au chômage. Bon, je passe sur les manuels scolaires ; je n'en aurai pas besoin. Ce qui m'intéressera en tant qu'ado, voyez-vous, ce ne sera pas l'Histoire de France ou la tragédie chez Racine (quel bouffon, celui-là !), mais l'actualité ; l'actualité des people, j'entends. Ceux qui ont la gagne, la niaque, le fric et la piscine qui va avec. Tout le reste est vanité, n'est-ce pas ? Du reste, je compte bien inviter en cours toute l'équipe de la Star Ac' pour montrer aux élèves soucieux de leur avenir comment on peut réussir dans la vie juste en passant à la télé, n'en déplaise à la conseillère d'orientation qui n'arrête pas de nous bassiner avec les études, alors qu'on sait bien que les études sont la première étape avant d'accéder à un ticket d'attente à Pôle Emploi. Enfin, concernant la cantine, vous pouvez refiler ma carte aux amateurs de poisson pané et de flamby. Ma cantine à moi, ce sera le MacDo situé juste en face du lycée. Le poisson pané, comprenez bien, ce n'est pas fun ! Et puis, j'ai envie d'être comme les autres : j'ai envie de grossir un peu et, peut-être, de passer sur un plateau télé pour parler de mes problèmes d'obésité. Voilà, Monsieur le Proviseur, ce que j'avais à vous dire pour motiver ma démission. Demain, waouh ! je redeviens un ado. A bientôt peut-être dans votre bureau, pour un prochain conseil de discipline !

Pascal Hérault.

Pascal Hérault est tombé dans la littérature quand il était tout petit et depuis il ne s’en est pas relevé. Auteur d’albums et de romans pour la jeunesse, il écrit aussi des polars, des chroniques pour le site K-libre et des textes inclassables où la logique se prend les pieds dans le tapis. Derniers ouvrages parus : Suzy a disparu !, éditions Les 400 CoupsL’Ile de la faim, éditions Oskar. A paraître : C’était comment avant ?,  essai humoristique et vaguement historique aux éditions Max Milo. On peut le retrouver sur son site : www.pascalherault.fr

 

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Le 27 juillet 2013 à 09:20

L'objet du délire #9

Malédiction, plus que deux minutes.

Malédiction, plus que deux minutes, vite, courir, porter les enfants, les valises et le deuil de la voiture 3, pourquoi, pourquoi faut-il que ce soit toujours la voiture 19 et jamais la 3, pourquoi faut-il toujours galoper sur ce quai long comme une autoroute, charrier les choux et les sacs et le poids de la rage, toujours la voiture 19, toujours, pourquoi, pourquoi le serveur de la SNCF ne délivre-t-il que de la 19, jamais de 3, à la rigueur de la 4, pourquoi, pourquoi y a t-il quatre façons de glisser ses billets dans la machine à composter et pourquoi est-ce seulement la dernière qui fonctionne, toujours, pourquoi, et qui sont ces élus déjà assis à leur place en 2, 3 ou 4, que faut-il faire, avec qui faut-il coucher, faut-il toujours courir, encore, même en vacances, et dépasser les amoureux soudain esseulés sur le quai, les gens bien installés derrière le double-vitrage de leur condescendance, le regard en biais du contrôleur tandis que la trotteuse accélère sa course sur l'horloge suspendue, et ce pigeon qui s'en fout des trains et des montres, il picore de la merde en miettes et ne se demandera jamais pourquoi la voiture 19 est toujours au bout du bout du monde, et moi je cours, je cours sur un gigantesque point d'interrogation, pourquoi, pourquoi personne n'a jamais pensé à installer des putain de tapis roulants comme dans les aéroports, pourquoi on ne placerait pas une fois sur deux la voiture 19 en tête de train pour que ceux de la 3 découvrent les plaisirs du sprint, pourquoi faut-il toujours courir comme un dératé, porter les valises et ce sentiment de culpabilité ? Parce que t'es toujours à la bourre, crétin des Alpes.

Le 29 novembre 2011 à 18:22

Au pays des ours

J’ai entendu ce matin à la radio une information discrète mais qui a bien retenti à mes oreilles. Le maire de Ruffec, petite commune des Charentes, a mis en place des tableaux numériques pour désigner les bons et les mauvais payeurs à l’entrée des cantines d’écoles primaires. A-t-il voulu donner à ces écrans un aspect ludique pour les enfants ? Toujours est-il que la légende de l’écran est pour le moins originale. Les créditeurs et débiteurs sont représentés par des oursons de différentes couleurs. Les verts sont à jour dans leur paiement, les bleus sont bientôt à découvert et les rouges sont les parias qui n’ont pas payé la cantine. Je signale quand même qu’au pays des ours, qu’ils soient en forêt ou en peluche, l’argent n’existe pas. Je n’ai jamais compris Boucle d’or et des trois ours comme un ouvrage mercantile sur le modèle économique appliqué par les ours dans leur milieu naturel. Je propose alors à ce maire une autre légende oursonne. On peut dire simplement que l’ours brun est omnivore, tout comme l’ours noir. L’ours blanc, quant à lui, préfère un bon morceau de bidoche. Mais que ce soit dans la forêt ou sur la banquise, ils se servent sans payer. Dans une des écoles frappées par ce décret de « tu bouffes, tu paies, et si tu paies pas, on te montre du doigt », un enfant a pleuré en voyant à côté de son nom, le fameux ours rouge. C’est normal que le gosse soit traumatisé, les ours rouges ça n’existe pas.

Le 11 septembre 2010 à 09:47
Le 25 avril 2015 à 08:34

Pas si Net

Une nouvelle religion est née...de «relié», nous sommes passés à «connecté». Smartphone, tablette et ordinateur. Drôle de Trinité ! J'en connais qui ont les trois... si si j'vous assure! Plus smart que jamais le «phone» est devenu sans que l'on s'en aperçoive une sorte de fil à la patte. Son intelligence n'est hélas pas contagieuse et on ne peut rien lui cacher. Il sait tout de nous étant très à l'écoute. On pourrait l'appréhender comme un fil d'Ariane, ou une laisse invisible très lâche qui malgré la sensation de liberté et de légèreté qu'elle procure pourrait un jour se raccourcir et réduire notre espace. Peut-être même que dans le dédale de notre existence virtuelle, des applications, de Facebook, Twitter, Google et autres moteurs de recherches, on sera amenés à se retrouver sur la toile, non pas face à un cheval de Troie, mais au Minotaure. Extension de nous-mêmes le smartphone nous permet de rester en contact avec le monde entier. On ne pourrait plus s'en passer ! C'est un ami qui nous veut du bien. Capable du meilleur, il peut même sauver des vies. C'est parfois aussi simple qu'un coup de fil. Il peut aussi nous pousser à boire jusqu'à la lie le poison et l'antidote réunis de la connexion. Objet du désir polymorphe qui dans sa version sombre peut dans le meilleur des cas, rendre con, voyeur ou dépendant, voire les trois à la fois. Ne sous-estimons pas notre meilleur copain qui n'a pas une tête de noeud lui ! Bientôt, une micro puce obligatoire, nous sera implantée sous la peau...et tout en nous sera connecté. Ringards les smartphones, tablettes et compagnie ! Plus besoin de prothèses extérieures. Inter et intraconnectés, nous serons des balises vivantes... quoique « vivantes » ne sera plus le mot adéquat. J'en connais qui ont passé l'âge mais qui dorment avec leur portable, sorte de doudou nouvelle génération, sous l'oreiller... non loin d'eux, un ordinateur veille... Peut-être feraient-ils bien de croire à nouveau à la Petite Souris car qui nous dit qu'après plusieurs années d'un sommeil connecté, sans lâcher prise, ils ne perdront pas leurs dents.... et que l'on ne va pas se prendre un jour les pieds dans la toile... c'est vrai, on ne sait pas. On n'a pas assez de recul... normal, on est toujours un peu dans le flou quant au Net !

Le 2 juin 2012 à 07:51

Chronique rurale

Dixième jour : le « plan », un concept flou.

> premier épisode   Je dois maintenant vous avouer qu'en fait de plan, et de phase décisive, je n'en ai pas. Si vous voulez, le « plan », c'est une sorte de concept flou, une sorte de programme du Parti Socialiste, mais en pire. Avoir un plan, c'est comme avoir faim, ça tient éveillé. Quand j'étais petit, j'avais toujours un plan secret à refourguer quelque part, une idée vague de truc à faire, de mur à escalader, ou d'endroit à explorer pour épater les copains. Le « plan », c'est une sorte d'Absolu abstrait, en fait. Je m'en aperçois seulement maintenant, parce que jusqu'à hier, je pensais vraiment que j'en avais un. Mais qu'est-ce que je cherche, en vrai ? Je cherche à comprendre, et surtout je cherche une issue, une possibilité de construction et de mutation. Nous sommes dans un monde en mutation, sur un territoire en mutation, et je suis moi-même une espèce de mutant. Tous les repères sont tombés, comment voulez-vous que je me positionne ? Il faut bien que je mute, que je trouve autre chose ! Nos parents, en 1968, ils n'avaient qu'à choisir entre l'Eglise ou Jean-Paul Sartre, entre De Gaule ou Mao. Les filles, elles avaient les mains douces et voulaient qu'on les considère, les garçons s'en fichaient pas mal ou alors s'efforçaient de jouer leur rôle de garçon qui considère la fille. Bref, tout était simple. On pouvait travailler pour gagner du fric et acheter des bagnoles, ou alors rien foutre en vendant du fromage non- pasteurisé dans une communauté lozérienne pratiquant le communisme sexuel et économique. Moi, en 2017, je bosse 65 heures par semaine et j'ai dû payer ma caisse avec un crédit revolving qui va bientôt me révolver en pleine face comme la crise des subprimes. Je gagne 1300 euro par mois et le président de la République 21000 ! Ca fait réfléchir? Ici, dans le monde néo-rural, nous sommes au milieu d'un paysage en pleine mutation. Ca se voit au premier coup d'oeil. Alors oui, les églises sont vides, les villages sont déserts, il n'y a plus personne, les agriculteurs sont ruinés, les vaches sont radioactives, il n'y a plus d'industries, il n'y a plus rien. Mais ce n'est pas une raison pour désespérer : nous sommes au début de quelque chose, j'en suis sûr, ça ne fait pas l'ombre d'un doute. Voilà 72 heures que je suis dans la Zone et Nadine ne m'a toujours pas téléphoné. Ma mère est enfin morte. Mon père, je n'en ai pas encore parlé. Le Curé est sans doute poursuivi par la Justice pour pédophilie à l'Abbaye Blanche, ou quelque chose dans ce goût-là. Soudain, dans le milieu de mes introspections compulsives, je visualise une abstraction dans le fond de l'horizon : comme un tableau de Delacroix, comme un Saint Sébastien de la peinture flamande, Nadine, MA Nadine, celle de la caisse N°4, est elle là, elle est en face de moi. Absolument nue, cloutée sur une gigantesque croix de bronze qui signale le carrefour à la sortie de Gouville- Sur- Mer. C'est tout simplement hallucinant. Le ciel est embrasé de rouge et de jaune, comme si le peintre avait un peu trop appuyé sur son tube de gouache. Elle est superbe, elle est belle comme le Mont St Michel dans le lointain, et je me sens moi aussi pleinement femme en la regardant, je me sens maintenant et soudainement épanouie, déployée, sous le soleil froid de novembre. Nadine, je t'aime, je marche la gorge en avant, je laisse à terre ma veste de velours trempée, je chante, je suis heureux, je suis heureuse ! Merci Nadine ! Attends-moi, j'arrive, je suis Elisabeth, ta cousine, je suis comme une Visitation ténébreuse !    

Le 19 septembre 2011 à 08:38
Le 29 juin 2014 à 11:07

Premières fois...

Et au lit, comment ça se passe ? C'est à peu près la question que j'avais posée à une quarantaine de personnes lors d'entretiens anonymes qui avaient nourri Sous ma peau, mon précédent spectacle. Je poursuis cette plongée dans l'intime en m'entretenant à présent avec des adolescents. Ils me confient leur "première fois".  Charlotte (15ans)– Moi je croyais que j’allais avoir un feu d’artifice à l’intérieur, alors j’ai pensé : Je suis infirme...! je ne trouve pas le plaisir …Anna (18ans)– Je ne lui ai pas dit que j'étais vierge ... On parlait pas la même langue, il était Libanais. Déjà c'est pas des sujets faciles à aborder, mais en plus dans une autre langue... Ça a été atroce parce que j'ai eu super mal. Mais ce qui était trop cool, c'est que quand il s'en est rendu compte, Il m'a dit : « Eh ben, eh ben... mais pourquoi tu me l'as pas dit ? »Il était très touché, il a fait vachement gaffe après. Comme il y avait du sang, il m'a emmenée à la salle de bain, il m'a lavée.... il m'a habillée… il m'a pris dans ses bras… il m’a câliné… C'était très joli...Joe (16ans)– Moi la première fois que j’ai failli réussir à ne plus être puceau, j'étais avec un pote à moi, Victor et sa copine et il y avait aussi une très jolie fille blonde, Clémence : des gros seins, un beau cul, une danseuse, cool... On buvait... on parlait cul.Victor, il paie pas de mine, hein, il est moche. C'est mon pote mais il est moche, il est petit et gros mais il se tapait des boulets de canon.A un moment il a dit : « Bon ben nous, on va baiser. » Ils y vont.Clémence et moi on se regarde et on monte aussi dans la chambre.« – On va essayer de faire l'amour aussi. »  Ah ! ben oui, d’acc ! Faites l'amour. »Ils étaient là, nous on était là. J'ai la trique, tout va bien. J'enfile la capote, on commence à s'embrasser, j'entendais l'autre jouir derrière, c'était énorme . Putain, ça va le faire ! Et là elle me regarde dans les yeux et elle me dit : « C'est ma première fois, donc t'y vas doucement. »Euh !!!! Bon d'accord, OK. J'essaie de rentrer, j'arrive pas à rentrer. Beppp je débande. Victor et sa copine, ils arrêtent :« Qu'est ce que t'as mon pote ? T'arrives pas à bander ? »Clémence elle dit : « – Tu veux te regarder un film de cul, Joe ? Peut être ça va te redonner la trique. »« – Oh…!!! Ben non, t'es là à côté de moi, t'es magnifique, je vais pas regarder un film de cul! »Je me souviendrais toute ma vie de ce jour-là, toute ma vie... Illustration : Sous ma peau, Geneviève de Kermabon DR

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