Romain Monnery
Publié le 28/08/2014

Conditions de travail


Cher DRH,

Rien sur le papier ne laissait augurer que les choses durent entre nous. Du temps partiel, une pointeuse, un salaire de tapis de sol ; toutes – je dis bien toutes – les conditions étaient réunies pour que je vous plaque au bout d’une semaine.

Mais voilà, peut-être est-ce la faute des barres chocolatées de votre distributeur qu’on ne trouve nulle part ailleurs ; ou peut-être faut-il blâmer l’éclairage tamisé de vos toilettes si paisibles et confortables qu’on les prendrait pour un spa – je ne sais pas. Toujours est-il que j’ai fini par m’attacher…

C’est peut-être un détail pour vous, mais sachez que je ne suis pas du genre à me contenter d’aussi peu dans une relation – qu’elle soit professionnelle ou amoureuse. D’habitude, je ne reste pas : j’ai la phobie de l’engagement. Alors quand vous avez cru bon répondre à ma demande d’augmentation par «  et puis quoi encore ? » et un fou rire, j’ai senti qu’il était temps de vous donner une leçon.

Cette fois, c’est bon.

Vous, moi, nous : c’est terminé.

Je suis venu vous dire que je m’en vais, vos comités d’entreprise et tickets restaurant n’y pourront rien changer.

Aime empiler les siestes les unes par-dessus les autres dans l'espoir d'atteindre le lendemain. Avance à reculons. Sourit à heures fixes. S'ennuie la bouche pleine. Collectionne les non-dits. Ne sait jamais quoi mettre dans les bio si ce n'est des trucs qui ne veulent pas dire grand chose. Vous salue comme il faut. 

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Le 11 janvier 2011 à 08:00

Au secours les mots : Alice de Poncheville défend le mot "transparence"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici."Il faut accroître la transparence des politiques financières et monétaires." Rapport FMI 29 septembre 2010.Un peu comme avec un de mes amis qui a le sens inverse de l’orientation — il faut aller à gauche quand il tourne spontanément à droite —, je sais qu’un homme politique ou qu’une organisation qui parle de transparence a toujours quelque chose à cacher. Le mot transparence a la puissance des formules magiques. Entendez-le prononcé et la volonté d’aller vérifier par vous-même s’évanouit."Tout est transparent dans notre organisation, nos évaluations, notre stratégie, notre management. Nous sommes des êtres de verre, pas fragiles pour autant, car par l’augmentation de notre masse, nous créons de la solidité. Faites-nous confiance." Mais les employés sont fabriqués dans une silice de moins bonne qualité, ils s’effritent, se fendillent, se jettent par les fenêtres et se fracassent sur le sol en mille morceaux. "Nos comptes sont clairs, venez y mettre votre nez." Mais le nez s’écrase contre la vitre de l’immeuble moderne derrière laquelle s’active le grand corps complexe de l’entreprise ou du pouvoir.Rien n’est transparent. Une analyse ne rend pas le patient transparent. L’amour ne rend pas l’amoureux transparent, même s’il peut le rendre lumineux. La création n’est pas transparente, même si elle peut être limpide. La sexualité n’est pas transparente, même pratiquée en pleine lumière. Le mot transparence, utilisé comme il l’est aujourd’hui, m’évoque la pornographie. Comme si en montrant ce qui entre dans les corps, de très près, on pouvait voir autre chose que la mort sinistre de l’imaginaire et de la liberté.Je pense au travail de la femme qui s’extasie devant la transparence de ses vitres pour laquelle elle s’est donnée tant de peine. Au raisonnement alambiqué et pourtant si transparent de mon petit garçon quand il veut obtenir quelque chose de moi. A l’écrivain qui cherche à rendre compte d’une sensation et qui hésite entre les mots éblouissement et transparence qui paraissent opposés. Il choisira les deux, militant pour l’oxymore qui est, au fond, la figure qu’il préfère. La transparence est fragile comme les images qu’elle fait naître. Et je regarde, fascinée, la transparence de ces grains de raisins aperçus sur la toile d’un maître obscur, au détour des pages feuilletées d’un magazine, un soir où tout est beau et sombre.  Alice de Poncheville a été comédienne, elle est devenue réalisatrice de films courts. Elle écrit aussi des romans pour la jeunesse (Ed. de l'Olivier) et son seul livre pour les adultes est un recueil de nouvelles, La Martre, est paru aux éditions de l'Olivier. Elle pratique également la menuiserie.

Le 5 avril 2012 à 08:15

La hausse du prix du tabac, c'est tabou !

Me serait-il possible d'ouvrir une parenthèse pour déchaîner avec véhémence mon courroux sur la seule cause qui me soit apparue comme étant digne d'un accès d'humeur aujourd'hui, j'ai nommé le prix du tabac ? Si oui, alors merde ! Qui a le droit, je vous pose la question, mes bien chers frères, qui a le droit de me forcer à la longévité ? La hausse du prix du tabac, ça en incite certains à arrêter, certes, mais qui ? Les pauvres ! Salauds de pauvres ! Traîtres ! On ne dira jamais assez de mal des pauvres, c'est vrai, et, croyez-moi sur parole, dans ce domaine ma faconde est intarissable, notamment quand je prends part à des dîners mondains où je me goberge allègrement. Mais il y a autre chose. Que les fabricants de tabac soient des crapules sans scrupules qui nous enfument, soit, mais que les présidents d'associations contre le tabagisme soient cancérologues ou pneumologues ! Ça peut se comprendre, oui mais. Que ces gens fassent pression sur l'État, qui n'attend que ça pour renflouer ses caisses, pour augmenter le prix des clopes, je dis non ! Non, messieurs-dames, non ! Ces gens-là n'ont pas à nous faire payer à nous, innocentes victimes de nos suicides à petits feux de briquet, ces taxes injustes. Injustes ! Devrions-nous payer deux fois, par notre mort et par nos thunes, le prix de leur incompétence ? Non ! Moi je pétune, et j'en suis fier ! C'est le torse bombé que je glaviotte, même en été. D'ailleurs, si vous me permettez, je vais fermer la parenthèse, je voudrais pas faire empirer ma bronchite chronique.

Le 19 mai 2015 à 09:30

L'ouroboros de la douleur

Le problème de l’argent, c’est que tout est fait pour qu’on n’y comprenne rien. Tout ce qu’on y comprend, c’est qu’on a beau faire tout ce qui est en notre pouvoir pour gagner un tout petit peu plus, à la fin, on perd toujours beaucoup plus que ce qu’on gagne. Comprendre l’argent est une activité à plein temps : il faudrait être payé pour ça ! D’où l’aplomb des économistes médiatisés, des experts en science du fric, des spécialistes des gros sous, des professeurs de pognonlogie : ils savent que nous ne comprenons jamais rien à ce qu’ils disent. Ou si peu. Tout ce qu’on comprend, et c’est pas une nouveauté, c’est que nos poches sont toujours un peu plus vides et celles de nos chefs toujours beaucoup plus pleines. Tout ce qu’on comprend, c’est que l’inégalité a atteint des proportions hyperboliques, stratosphériques, cosmiques. Et que tout, mais alors absolument tout, est fait pour qu’elle continue à s’accroître. Leur travail, leur mission, c’est l’accroissement de notre misère et le plaidoyer en faveur de nos chefs. Leur travail, leur mission, ce n’est pas de nous faire aimer cette situation, encore moins de nous la faire comprendre, mais de nous gronder pour nos tentatives de mutinerie, et de nous rappeler, gentiment mais fermement, à l’ordre. Et nous, notre épuisant travail, notre impossible mission, c’est d’appliquer à la lettre la chanson que Serge Gainsbourg avait écrit pour Régine : « Ouvre la bouche, ferme les yeux, tu verras ça passera mieux. Si les mouches entrent un peu, t’en fais donc pas pour si peu : ouvre la bouche, ferme les yeux. »  Il faut dire que c’est si pénible de réussir à être payé aujourd’hui. C’est presque un autre travail. Il y a d’un côté notre travail, et, de l’autre, il y a le travail d’être payé pour notre travail ! Remplir des formulaires, signer des contrats, produire des documents, renvoyer des mails, attendre trois mois, écrire, rappeler, insister. La mauvaise volonté est devenue une des stratégies les plus payantes de nos chefs : laisser traîner, ne pas répondre aux mails, faire le mort, tout faire pour qu’on oublie, pour qu’on se décourage, qu’on s’épuise… On est devant l’imminence de notre chèque comme devant la porte de la Loi dans la parabole kafkaïenne. On cherche en vain à comprendre ce qu’on doit faire pour l’obtenir. On présente nos numéros de Siret, compte en banque, sécurité sociale, Agessa, etc. On finit par mourir d’épuisement devant le gérant qui nous explique : « Ce chèque n’avait été signé que pour toi, mais maintenant c’est trop tard, et je vais le déchirer. » Qui veut gagner sa vie la perdra. Après L’Amérique, Le Procès, Le Château, il faudrait que Kafka revienne d’entre les morts et écrive un quatrième roman métaphysique inachevé qui s’appellerait La Banque.  Il y a pire que notre misère, il y a l’humiliation permanente que nous devons subir de la part de nos chefs. Ils n’en ont pas assez de nous voir pauvres ; ils voudraient nous voir à genoux, honteux, leur demandant pardon pour toutes nos croyances ridicules, toutes nos espérances idiotes et nos stupides chagrins. C’est déjà assez pénible de savoir que nous trimons essentiellement pour qu’une poignée de sales types engraisse comme des porcs. Il faut en plus qu’ils nous fassent honte. C’est déjà assez pénible de vivre selon les règles d’un jeu que nous n’avons pas choisi. Il faut en plus que ceux à qui ces saletés profitent nous fassent des émissions de télévision et des livres pour nous expliquer l’excellence de leur âme et la médiocrité de nos esprits. Pourtant ça se lit sur leur corps, qu’ils ont depuis longtemps quitté les verdoyantes vallées de la joie de vivre, et qu’ils s’épuisent en vain à grimper les arides montagnes de la fortune et du pouvoir. Et on leur laisserait volontiers le monde, « tous les royaumes et leur gloire », si la condition de leur folie n’était pas l’accroissement de notre misère. S’ils n’avaient pas besoin de mettre en pièces tout ce qui est beau et juste pour arriver à leurs fins.  On en arrive toujours au même point : la richesse est l’ouroboros de la douleur. L’argent fait souffrir tout le monde. Il fait souffrir ceux qui n’en ont pas et ceux qui en ont. L’argent fait souffrir ceux qui n’en ont pas en les séparant de ce qu’ils pourraient avoir, et en leur faisant honte de ne pas l’avoir. Et il fait souffrir ceux qui en ont en leur faisant craindre qu’ils pourraient venir à en manquer, et en les enjoignant à s’en préoccuper. L’argent est la pire des drogues. Dès qu’on commence à faire un peu d’argent, on veut toujours en faire un peu plus. Dès qu’on en fait beaucoup, on a l’impression de ne jamais en faire assez.  La solution n’est pas dans la création de richesses, mais dans l’organisation du pessimisme en matière d’argent. Ce qu’il faut, c’est tout faire pour que l’argent n’ait plus aucune valeur. Savoir que nous vivrons pauvres et mourrons misérables – mais tout faire pour que cette pauvreté soit la fenêtre vers des rapports plus justes, des relations plus belles, et cette misère la porte vers des combats plus intenses et des amours plus nobles. Se battre, non pour nous enrichir à la place de nos chefs, mais pour que ceux-ci ne détruisent pas davantage la nature, les animaux et les hommes dans leur voyage aller simple vers l’Enfer sur Terre. Se battre, parce que nous ne voulons pas de ce monde illusoire : né de l’intérêt, vivant par la corruption, crevant dans la solitude. Se battre, parce que c’est la seule façon d’accéder à quelque chose qui ressemble à un destin collectif. Se battre, parce que ce combat est la seule chose qu’ils ne peuvent pas nous prendre et, partant, la seule chose qui ne puisse pas être négociée.

Le 6 juillet 2015 à 08:30
Le 15 juillet 2015 à 07:22

Il n'arrête pas de dire « Il fait chaud, non ? », ses collègues de bureau tentent de l'étrangler

Créteil – Il s’en est fallu de peu pour que la canicule ne fasse sa première victime aujourd’hui. Un jeune homme qui, par humour, ne cessait de répéter à chaque fois qu’il entrait dans le bureau « Il fait chaud, non ? »a bien failli être étranglé par ses propres collègues. Ceux-ci ne supportaient plus les traits d’humour à répétition de leur camarade, la chaleur leur aurait fait perdre toute lucidité. Reportage. Comme des bêtes féroces Comment un groupe collègues de travail a-t-il  pu se transformer en bêtes féroces ? C’est la question à laquelle les enquêteurs devront répondre après ce drame intervenu dans une petite entreprise de Créteil. Julien, un jeune cadre sans histoires de 27 ans, a été violemment agressé par plusieurs de ses collègues. En cause, ses blagues à répétitions sur le beau temps et la chaleur en ce moment sur la France. « À chaque fois c’était pareil, il entrait dans le bureau. Au début il disait rien puis par surprise, il lançait un ‘Il fait fait chaud, non ?’ » raconte Carine, une collègue. Selon les premières informations, le jeune homme aurait fait cette blague plus d’une vingtaine de fois rien que au cours de la matinée, mais aussi par mail ainsi que sur les réseaux sociaux. « Les gens étaient à bout. Les bureaux ne sont pas climatisés. Il a joué avec leurs nerfs. C’était suicidaire » explique un enquêteur. « Oui on a tous perdu les pédales mais essayez de comprendre ce qu’on a vécu avant de juger » témoigne Jorge, encore sous le choc et qui affirme n’avoir que très peu de souvenirs de la scène. « Tout allait bien, j’étais devant mon écran. Puis il est entré, il a sorti sa blague et c’est le trou » dit l’homme qui tient encore dans ses mains des lambeaux de chemise ensanglantés de la victime. Selon les premiers éléments de l’enquête, plusieurs collègues auraient bondi sur le jeune homme, le ceinturant et le maintenant au sol. Un ou plusieurs autres auraient alors tenté de l’étrangler. « C’était extrêmement violent. Mais au fond il l’a bien cherché » souligne Sonia qui devrait être mise en examen pour coups et blessures à l’issue de sa garde à vue. Le jeune homme n’a dû sa survie qu’à l’intervention d’un autre collègue qui a réussi à le séparer de la meute en usant d’un extincteur. Selon la police, ses jours ne seraient pas en danger. « Nous lui avons conseillé de ne pas faire ces blagues à l’hôpital. Les infirmiers sont, eux aussi, soumis à rude épreuve en ce moment et ils ne pardonnent pas » a commenté le capitaine de police. Et de rappeler des règles élémentaires à suivre en cas de canicule : « La chaleur accentue les comportements. Avec cette température, les gens deviennent plus agressifs. Le moindre pas de côté ou allusion peut être pris pour une provocation » explique la police qui rappelle à tous l’usage strict et limité de plaisanteries liées à la météo en milieu professionnel. Le Gorafi

Le 20 septembre 2014 à 08:38

Conseil d'orientation

Pousse bouton. Thaumaturge. Gratte copie. Répondeur automatique. Promeneur de chien. Torche marmot. Panse plaie. Mange merde. Gardien du non. Vigile pirate. Voleur d'enfant. Arracheur de dent(s). Souillure de drap. Déclencheur d'alerte. Veilleur de nuit. Veilleur de jour. Souteneur de thèse. Comburant. Procédurier. Rouleur de gras. Agent d'ambiance. Pisse-vinaigre. Plagiste. Masturbateur. Petite mainterchangeable. Animal de foire. Pousse caddie. Mégère de moins de cinquante ans. Huissier de justice. Commis fier de police. Arab'du coin. Lampiste. Esthéticienne trépaneuse. Président d'association loi 1901. Garde chiourme. Délateur officiel. Montreur d'ours. Dresseur d'enfant. Rat d'hôtel. Déclencheur d'achat. Traîne savate. Thanatopracteur. Écrivain pudique. Masseuse thaïlandaise. Gendarmette. Colleuse d'ongles. Paysagiste péagiste. Conseiller technique. Blanchisseur de dents. Amaigrisseur de gros. Faux prophète. Peintre au mètre. Marabout. Grue de chantier. Assistant d'assisté. Stagiaire perpétuel. Père Noël en décembre. Plongeur en bassin de vingt cinq mètres. Importateur. Escort girl. Ventre mou. Chefaillon. Dresseur de rat. Empêcheur de tourner rond ou mal. Molosoïde. Truquiste. Tueur sans gages. Équarrisseur de chèvres. Obsédé sexuel. Graveur de plaque. Pion à vie. Designer de god. Opérateur tertiaire. Improductif réel. Panel qualitatif. Chef de produit. Presse purée. Journaliste. Tire jus. Chasseur de pétouille(s). Contrôleur. Racoleur de pigeons. Cible. Colleur d'affiche. Accordeur de piano. Témoins de Jéhovah. Technicien de surface. Saucier. Nez. Trafiquant de drogue. Bignole. Vendeur de sang. Faussaire. Moucheuse de frère et de chandelle. Avocat pas d'affaire. Banque du sperme. Mickey dans un attrape couillon clôturé. Dame pipi. Vendeur d'armes. Evêque. Trafiqueur d'influence. Coiffeuse. Dresseur de blanc bec. Bourrique. Bouc émissaire. Footballeur. Plombier. Fleuriste. Caissier. Mécaniqu'auto. Habilleuse. Gogo danseur. Pas clerc de notaire. Ambassadrice Avon. Rabbin. Videuse de truite. Réducteur de tête. Gentil Organisateur. Traiteur de déchet. Casseur. Chair à canon. Charcutier traiteur. Ténor ou Soprano. Joconde pour touriste. Coach. Siffleuse de flûte. Doublure. Employé de banque. Guide touristique. Chauffeur livreur. Pâtissier. Sans domicile fixe. Tirailleur. Pistachier. Gourou. Nageuse. Enfant de la balle. Balle d'enfant. Parent terrible. Enfant terreur. Catcheur. Mère Théresa. Inséminateur bovin. Opticien. Inspecteur des travaux finis. Pousse bouchon. Faire valoir. Pécheresse. Hooligan. Croupier. Gratte papier. Mâche buvard. Torche nez. Penseur de Rodin. Gardien de cimetière. Cimetière de gardien. Pirate informatique. Moniteur. Monte en l'air. Joueur de poker. Fumeuse invétérée. Gratte pied. Pianiste de bar. Masseur thaïlandais. Bison futé. Porte clés. Gnafron de Guignol. Guignol soi-même. Harangueur de rue. Faux cul. Guide touristique bilingue. Objet sexuel. Faux témoin. Veilleur de jour. Traîne con. Sage femme. Plaideur. Mère Noël de strip-tease en boîte. Thermomètre. Pousse-pousse. Recordman de quelconque. Aquarelliste. Moine copiste. Animateur sociocu. Répondeur téléphonique. Cableur. Pète couille. Pense bête. Pèse lettre. Mange poussière. Gardien de musée. Muse de gardien. Voleur de sac. Arrache cœur. Tripier volailler. Croque mort. Tumeur. Déclencheur d'alerte. Night. Veilleur de mort. Souteneur de thèse. Combustible. Procédurier. Proctologue. Procureur. Agent d'accueil. Vinaigrier. Proviseur. Plaquiste. Chauffeur de pied. Fort des Halles. Pousse-crotte dit aussi Bousier. Harpie. Rabibocheur de couple. Lusophone. Laborantin. Assistante sociale. Garde barrière. Dernier rempart Regarde derrière. Délateur officieux. Montreur de z'gueg. Hardeur. Tenancier. Producteur. Reproducteur. Choufeur. Photocopieur. Homme de paille. Copieur. Ramasse copie. Presse bouton. Dresseur de fauves. Gaveur d'oie. Cornac. Cuisto. Eleveur. Masseur thaïlandais. Colleuse d'ongles. Chef de rayon. Gastro-entérologue. Blanchisseur d'argent. Obèse. Égoutier. Staffeur. Grue. Assistant stagiaire. Stagiaire. Guide touristique trilingue. Imam. Plongeur. Explorateur. Escort boy. Dresseur de foule(s). Sondeur. Flic. Cryptozoologue. Créateur de rumeurs. Irresponsable de service. Média planeur. Attaché de fesse. Tic et Tac pour cochon de payant. Plaquiste. Vénus de Milo. Compteur. Tailleur de pierre. Bonze. Conducteur de grue. Mécanicien naviguant. Bagagiste. Éclusier. Clitoridienne. Cadreur. Exécuteur testamentaire. Censeur. Pigeon. Potiche. Prêcheur. Hôtesse de l'air. Pêcheur au gros. Schizophrène. Maton. Réveil matin. Balayeur de rue. Intermittent. Mi temps. Mitron. Quart de temps. Trafiquant d'organes. Coq de combat. Pigeon voyageur. Conseiller d'orientation. Voilà ton avenir.

Le 25 mai 2011 à 15:00
Le 11 juillet 2014 à 09:35

Les portes coulissantes

Pour circuler sur mon lieu de travail, je devais me munir d’un badge en plastique, afin d’ouvrir des portes en verre, fermées pour cause de sécurité. Le badge était grand comme une carte bancaire, on le glissait dans son portefeuille, et lorsqu’on rencontrait une porte automatique nous refusant le passage, nous devions sortir cette carte, effleurer un oeil magnétique, qui produisait un bref bip comme seuls les yeux magnétiques en sont capables. Alors coulissaient les deux pans de vitre avec une furtive élégance. Il nous semblait ainsi pénétrer un couloir de modernité, le coeur chauffé par un sentiment d’exquise appartenance, de studieuse protection.Je me demandai parfois ce que Louis XVI aurait pensé de ces étranges serrures, les clefs devenues des rectangles mous, débloquant le verrou par la force des ondes, ces portes si transparentes, et lavées avec tant de diligence chaque jour qu’il avait fallu faire machine arrière et apposer de grands cercles rouges au niveau du nez, afin d’éviter les collisions accidentelles dans la solitude des corridors. Le temps a fait cependant son oeuvre, en consacrant un peu de lui même à ruiner la jeunesse des portes automatiques, et l’enthousiasme logistique à les entretenir. Il a dû y avoir un rongeur ou un chat trouvant la mort dans les longs conduits peuplant les murs, et les ouvertures avaient dû être bloquées pour aérer les aérations. Ou bien, il s’est sans doute agi de portes simplement en panne, du fait de la vie brève de toutes choses complexes, laissées, en attente d’un formulaire de réparation ou d’un budget, ouvertes plutôt que fermées, décision prise en comité de direction ayant constaté pendant quelques temps un chômage technique chez les employés du fait de l’issue bloquée. Ainsi, ces portes, jadis à la pointe du progrès en matière de fermeture, sont peu à peu restées tristement béantes comme les années qui passent. On a donc pu circuler dans les bureaux comme dans un musée du moulin, malgré la résistance opiniâtre de quelques portails vigoureux. Jouxtant ces bijoux technologiques et transparents, des ouvertures sont demeurées permanentes, la vie a continué ainsi dans notre bâtiment à la sécurité borgne ; les gens, les employés, les coursiers, les consultants bien habillés et les stagiaires chevelus se sont accommodés de ce manque d’entraves, et les badges ont décliné dans leur règne ondulatoire.La seule porte semblant tenir bon fut celle qui conduisait à mon bureau. Elle se dressait devant moi, cerbère cristallin, cyclope à l’oeil adhésif, me barrant le passage, tandis qu’un habile détour m’aurait rendu à mon poste sans dégainer le moindre sésame en plastique. Une relation ambiguë s’est installée avec cette porte automatique, petit vestige de modernité dans ce labyrinthe de bureaux. A mon arrivée dans ces locaux, pourtant, quelques années auparavant,  j’avais trouvé ces portes automatiques assez exaltantes, voire romanesques. J’avais eu l’impression pour tout dire, ainsi empêché dans mes moindres démarches, d’être quelque peu important, puisque un dispositif me barrait l’accès pour d’obscures raisons de confidentialité, contrairement à la Gare Saint-Lazare par exemple. Je pouvais débloquer cette situation à l’aide d’un pass magnétique dont j’étais l’un des rares propriétaires dans le monde entier, travaillant en effet à cet endroit, contrairement au reste de l'humanité, travaillant ailleurs, ou pas du tout du fait de la Crise. Cela me faisait un point commun avec ces agents du FBI écumants soucieux des souterrains secrets, ou bien avec l’équipage de l’Enterprise dans Star Trek, toutes ces fictions américaines où les actions intrépides sont martialement ponctuées par des sas qui s’ouvrent en cadence, ou parfois, suprême opprobre pour les méchants : qui restent obstinément fermés.L’oubli de mon badge provoquait chez moi un délicieux embarras. Victime des règles strictes d’un jeu insensé, j’acceptais de perdre parfois pour que mes triomphes habituels n’en soient que plus forts. Je dérangeai, gêné, le gardien, et celui-ci m’ouvrait d’un air las, car il m’avait reconnu et mon appartenance à ces lieux verrouillés allait au-delà du seul principe de badge, j’étais inclus dans ce travail comme dans un système mû par une horlogerie morale infaillible. Parfois il n’y avait personne pour m’ouvrir. J’attendais alors de façon bien morne, minotaure maussade parmi les colonnes de ramettes et les ossements de photocopieuses, quelques minutes, à contempler un poster triste de motivation.  Un jour pourtant, comment est-ce venu, la porte automatique a commencé à me fatiguer. Je ne sais pas comment ce phénomène se produit en général, il semble que nos illusions soient comme un parterre de pigeons, il suffit d’un mouvement brusque, d’un passant distrait ou d’un enfant taquin, pour qu’elles s’envolent, prises de peur panique, et partent peupler un parterre étranger plus accueillant. Un jour je me suis présenté devant la porte automatique et l’envie n’y était plus. J’ai pensé aux autres entrées possibles, les entrées faciles, pour les emprunter normalement sans subir ce rite du badge à passer, ce petit bip arrogant de petites-portes comme il y a des petits-chefs. Je me suis senti étranger à cet univers réglementé par de longs objets plats. J’ai pensé qu’on ne travaillait tout de même pas dans une centrale nucléaire, et que le souci de certaines personnes hantant ces lieux était plutôt de les quitter rapidement plutôt que d’y entrer à tout prix.Mes badgeages multiples sont devenus ironiques, au fil du temps. Cela n’était pas perceptible par tous, mais la principale intéressée, la porte, subissait bien tout le dédain dont j’étais capable quand je présentais mon sésame. J’ai commencé à utiliser mon portefeuille entier devant l’oeil magnétique, pour voir s’il était capable de renifler ses informations requises. Puis, décidant de ne plus sortir le portefeuille de ma poche de blouson pour circuler, j’ai frotté l’obstacle de mon torse, ou parfois, lorsque le portefeuille demeurait à l’arrière de mon pantalon, de mes fesses, m’infligeant par cette contorsion une étrange danse nuptiale avec une porte coulissante. J’imaginais par ailleurs, parallèlement à la désillusion me rongeant, dans les coulisses de toutes ces fictions américaines la terrible lassitude se propager dans les souterrains du FBI, ou les allées étroites du vaisseau spatial “L’Enterprise”, devant ces insupportables portes automatiques méprisant la propension si naturelle de l’Homme à circuler. Je sentais le découragement s’installer, les hommes examinant leurs cartes multiples au format uniforme, sources de déconvenues au coeur de notre cosmologie administrative, faite de découverts, d’autorisations, de points, de notre moi compilé ; je voyais les meurtres en série refleurir, et tous les extraterrestres, les vilains, toutes ces créatures agiles, souples, libres et joyeuses triompher des tristes sas de nos existences. Cela m’a fait frémir, et j’ai pensé à Louis XVI maniant ses petites serrures inoffensives dénuées de toute porte, et j’ai trouvé soudain sa décapitation au moyen d’un objet mécanique coulissant, le même type de système me décapitant un peu tous les jours, quelque peu ironique.

Le 27 août 2014 à 08:01

Calvin

Entretien annuel

« Bon, bienvenue Calvin pour votre entretien annuel. Avez-vous passé une bonne année en notre compagnie ? Oui ? Et bien comme à chaque fois que nous nous voyons, vos paupières vont devenir lourdes, vos membres lentement s’engourdir, vous allez être bercé par le doux son mélodieux de ma voix et lorsque je compterai jusqu’à dix, à dix très exactement, vous serez totalement réceptif et votre volonté totalement soumise à la mienne. Alors on y va ! 1-2-3-4-5-6-7-8-9… 10 ! Bon et bien Calvin, comme chaque année, on va partir de la même base, hein, il n’y a aucune raison d’altérer les fondamentaux qui constituent la chair même de cette entreprise. Voici donc les clés de votre reprogrammation : _ Soyez efficace. _ Abattez un travail monstre. _ Ne râlez jamais. _ Ne demandez aucune augmentation. _ Sachez vous satisfaire du peu que l'on vous donne avec mansuétude. _ N’essayez pas de comprendre la logique de votre direction. _ Soyez ponctuel. _ Investissez dans des parts de votre société. _ Sachez faire des heures supplémentaires sans réclamer rétribution. _ Aimez votre travail au-delà de toute raison. _ Respectez les délais. _ Ayez une attitude positive. _ Souriez constamment béatement. _ Soumettez-vous à nos décisions / à mes décisions. _ Ne remettez jamais en cause nos / mes prérogatives. _ Ne faites preuve d’aucun esprit d’initiative. _ Ne sortez pas du moule. _ Sachez vous comporter comme un mouton. _ Rapportez-nous du pognon. _ Ne remettez pas en cause le fait que nous nous sucrons sur votre dos. _ Baissez la tête. _ Courbez l’échine. _ Restez malléable et flexible. _ Faites l’amour à votre patronne une fois par semaine. _ Consommez. _ Partez en vacances dans des complexes touristiques bon marché. _ Faites des enfants. _ Votez connement. _ Vivez de divertissements. _ Vivez à crédit. _ Achetez-vous un nouvel écran plasma. _ Enviez notre / mon pouvoir d’achat. _ N’ayez aucune ambition. _ Ne soyez pas déterminé. _ Portez des vêtements ternes. _ N'allez jamais au théâtre, ne lisez pas. _ N'essayez pas de comprendre quoi que ce soit à la politique. _ Créez-vous des addictions. _ Devenez alcoolique. _ Trompez votre femme. _ Divorcez. _ Compensez votre mal de vivre en travaillant plus. _ Offrez-vous les services d’une prostituée pour évacuer votre stress. _ Poignardez un SDF de temps en temps pour passer le temps. _ Et si ça ne va vraiment pas, par pitié ne vous suicidez pas avant d’avoir clos vos dossiers en cours et ne nous incriminez pas dans une lettre d’adieu ! Bon et bien voilà Calvin, vous pouvez vous réveiller. Une fois de plus et cela comme chaque année, cet entretien fut hautement constructif ne trouvez-vous pas ? Et je suis contente que vous ayez compris qu’à cause de la conjoncture actuelle de notre société nous ne pouvons vous augmenter. Oh, avez-vous vu ma nouvelle et exceptionnelle voiture de fonction ? ».

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