Jean-Marie Gourio
Publié le 15/07/2012

Promenade à la campagne


(L'été au comptoir)

Je me suis promené à la campagne. J'ai vu des arbres. Un chien. Un vieux devant sa porte. Des pendules. Des vaches. Des chats. Des corbeaux. Des cochons. Des oeufs. Des lapins. Des routes. Des nuages. Des chaises. Des bols. Des tables en bois. Des jambons. Des tracteurs. Des vélos. Et puis le Pape, à pied, qui cherchait une boulangerie dans Villeneuve le Désert. En ville, j'avais vu Jésus qui cherchait un distributeur de billets. Au fond, je préfère la ville.
Il commence à écrire en 1976 dans le magazine Hara-Kiri, dont il devient bientôt rédacteur en chef adjoint. C'est là que paraissent ses premières "brèves de comptoir". Il écrit aussi pour la radio, la télévision, le cinéma et la bande dessinée. Et puis des romans, 9 à ce jour. Depuis 1987, il publie un recueil de Brèves de comptoir par an. Après ses Nouvelles Brèves de comptoir au Rond-Point avec Jean-Michel Ribes, il va lancer sur ventscontraire.net des Haïku de comptoir, des essais philosophiques épais comme un fil, des visions, des pensées en rond, des tribunes de stade...
 

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Le 12 juin 2010 à 17:39

Le sacrifice jurisprudentiel

Dieu bientôt de retour aux affaires ?

Christine Boutin, ex-ministre du Logement, vient d'inaugurer un nouveau genre d’esquive en politique : le sacrifice jurisprudentiel, par lequel un responsable politique pris la main dans le sac fait briller soudainement une auréole autour de sa tête, tout en détournant vers ses camarades les regards et les soupçons. C’est Jeanne d’Arc montant seule au bûcher et imposant le chemin de la sainteté à ses pairs : en renonçant à ses 9500 euros mensuels pour une mission que lui avait confiée l'Elysée, elle prévient : « Je suis en train de créer une jurisprudence avec cette décision. Parce qu'il y a beaucoup de gens qui sont dans cette situation et qui vont aujourd'hui ou demain être confrontés au même problème » – ce qui bien entendu reste à prouver. Bien mieux que le mea culpa du secrétaire d'état à la Coopération Alain Joyandet, pincé il y a peu pour avoir loué aux frais de l’Etat un Falcon privé pour se rendre à Haïti après le tremblement de terre. Si la même grâce l’avait lui aussi touché, qu’aurait-il fait, sinon doubler la mise en offrant de sa poche deux fois 116 000 euros aux sinistrés qu’il s'empressait de visiter ?Et Christian Estrosi, ministre de l'Industrie, accusé d’occuper deux logements de fonction ? Miracle, il déménage, offre les clefs à deux familles dans le besoin en proclamant : que tous ceux qui ont un logement de fonction suivent mon exemple !Imaginez le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, récemment condamné pour injure raciale, se jetant à terre et suppliant qu'on le pardonne, se dépouillant de ses vêtements avant de cheminer vers la Mecque pour y faire pénitence...

Le 21 décembre 2014 à 09:18

Alerte : le pape chez les Sims

Les grands bugs du XXIe siècle

Un virus est signalé aux amateurs du jeu de gestion à échelle humaine « Les Sims » : méfiez-vous des haies de thuyas made in Vatican ! Parfois, avec ces nouvelles haies, une papemobile se gare devant la maison de vos Sims… et là un pape rouge sort en tremblotant de son véhicule et ding dong ! il sonne à la porte. Il s’agit sans doute d’une nouvelle attaque du Vatican en vue de réévangéliser l’occident matérialiste. Chez mes Sims il y a même eu deux papes d’un seul coup : un rouge (tak!) et un blanc (jawohl!). Ding dong ding dong ! À partir de là, rien à faire : les Sims ouvrent et invitent les papes à boire un drink, ils entraînent les deux papes à danser. C’est lourd un pape finissant, on voit à quoi pensent les Sims qui se dandinent en les soutenant : à leur lit, au frigo, au canapé de la salle de bain, au hamac dans le jardin près de la piscine… Penser à la piscine les excite, les Sims se déshabillent et déshabillent les papes à l’abri de la haute haie de thuyas. Les deux papes flottent heureux avec leurs kipas qui font deux pastilles rouge et blanche sur le bleu chloré. En quelques minutes, mes deux papes sont parfaitement intégrés à la vie des Sims, désormais impossible de les effacer, il faudra vivre avec ! À présent le pape rouge joue avec eux au Monopoly du XXe siècle sur le canapé de la salle de bain. À l’étage, le pape blanc fouille dans les tiroirs et sous les lits, puis descend jeter toutes les capotes qu’il a trouvées dans le compacteur à ordures de la cuisine. Le pape rouge triche aux dés pour retomber toujours sur la case « Auschwitz », où il a déjà pu déposer deux carmels et trois grandes croix papales. Le pape blanc adore voir les petits garçons se déshabiller. Mes Sims s’en foutent, ils aiment surtout bouffer, danser, copuler, déféquer et dormir. Le saint père en djellaba blanche fait ses ablutions avec de l’eau bénite, distribue des chapelets pour un karaoké marial : « Like a Prayer », de Madonna.Pape rouge tombe sur une boîte de Viagra dans la salle de bain, avale trois gélules, la bouilloire siffle en vain dans la cuisine. Tiens mes Sims marchent à genou, mangent à genou, dorment à genou, forniquent à genou. C'est bien sûr à cause des papes. Ah le rouge crache la sainte glaire. Les Sims lèchent ses mules papales pendant que le blanc le canonise. Je passe en accéléré : paperouge agonise pape blanc se frotte les mains fumée noire dans la cuisine Sims-nouveaux-nés pullulent à genoux fumée blanche Sims prêtres Sims évêques tous à quatre pattes flammes enfer attention Ding dong ding dong papemobile devant maison en sort un pape gaucho (Si!) qui embrasse Sims-nouveaux-nés-autistes (Si!) et lèche stigmates Sims lépreux (Si!)

Le 20 octobre 2015 à 10:20

Fausto Coppi c'est moi !

Croyez moi ou non, je suis Fausto Coppi. Je suis né le 4 janvier 1960, date de la mort officielle du campionissimo. Je suis brun, chauve, petit et grassouillet, et à vélo je souffre le martyre dès que la route s’élève. C’est dire mon calvaire d’être Coppi, mais je ne dis pas cela pour me défiler. Je devine à votre sourire un brin d’incrédulité, peut-être même de l’agacement, à moins que ce ne soit de l’indignation. Peu m’importe, je sais ce que je sais, y compris les circonstances de la mort du champion puisque c’était un malentendu, d’où ma présence ici. Pensez-vous sérieusement que le grand Fausto aurait succombé à une crise de malaria contactée en Afrique, qu’une fièvre l’aurait emporté, lui qui n’aimait que la chaleur ? A son palmarès je vous serais reconnaissant d’ajouter les grands prix cadet de Saint-Symphorien (Deux-Sèvres), de Nieul-le-Dolent (Vendée), le prix des médaillés sportifs de la Ville d’Etaules (Charente-Maritime), puis en catégorie junior la course de Côtes de la Chapelle des Pots (idem), les kermesses de Villiers-en-Plaine (Deux-Sèvres), Angoulins-sur-mer (Charente-Maritime encore) et de Sigournais (Vendée), marquée par une péripétie avec une vipère prise dans ma roue arrière. Je conçois que ces victoires n’ont pas le prestige d’un Giro ou d’une Flèche Wallonne, mais j’ai fait ce que je pouvais avec mes modestes moyens pour honorer le nom de Fausto dont je suis, si vous me passez l’expression, une manière de réincarnation. J’y reviendrai si vous m’accordez un peu de votre temps. Officiellement Fausto a été emporté par une maladie exotique contractée avec son ami Geminiani, alias Gem ou le Grand Fusil, lors d’un critérium disputé fin 1959 au Burkina-Faso. Il se raconte que Gem survécut au prix d’un traitement de cheval prodigué dans le bon hôpital de Clermont-Ferrand. Alors que Coppi, soigné à tort pour une grippe, fut emporté illico presto. La presse de l’époque tira quelques conclusions sévères sur l’état de la Faculté transalpine, sur le diagnostic de ses médecins, et sur les vengeances possibles d’un bon dieu que le champion n’avait pas ménagé de son vivant, allant même jusqu’à lui disputer son rang, surtout en haut des cols pentus. Ce qu’il ne faut pas entendre ! Je n’aime guère parler de moi mais puisque vous m’y poussez (discrètement tout de même, les commissaires de course sanctionnent sévèrement les poussettes aux coureurs), je vais vous dire ce que je sais des temps reculés où j’étais Coppi. Ce n’est pas pour rien qu’à ma naissance mes parents m’ont appelé Fausto. Un Fausto de seconde main, je vous l’accorde, encore que les mains soient des outils mineurs dans l’art de pédaler. S’accrocher au guidon ou se pendre à la potence est à la portée du premier empoté venu. Pour faire de plus amples présentations, permettez-moi de vous en dire davantage sur l’authentique Fausto qui sortait de la cuisse de Jupiter. Je me tais car le voici qui s’avance et si l’envie vous vient de l’applaudir, n’hésitez pas, un champion même disparu est toujours une vieille coquette. De loin la silhouette est effilée. Aérienne et légère. Un Giacometti de chair et d’os qui frôle le ciel comme une catastrophe. Le coureur fait corps avec sa bicyclette qui lui tient lieu de squelette. Dressé sur les pédales, il se joue de la pente. C’est à se demander s’il peine pour monter. Il donne une sensation d’apesanteur. Ses boyaux lisses et minces ressemblent à de jeunes orvets dont la peau vert pâle se marbre au contact du goudron. Il grimpe en danseuse, coupe les virages au plus près selon une trajectoire parfaite. Ses jambes de feu tournent sans accroc dans un va-et-vient harmonieux semblable au mouvement perpétuel. Le coureur abolit le temps, aplanit la montagne, défie en souplesse les lois de la gravité. Il avale le goudron que le soleil liquéfie. La sueur forme un film liquide sur sa peau. Parfois il secoue la tête et des gouttes fusent de toute part, son corps est une masse d’eau salée. Il a le visage creusé du Christ. Le teint have d’un supplicié. On l’appelle Fausto, la terre entière l’appelle Fausto. Son premier prénom, celui que prononce sa mère la désormais vieille dona Maria avec son chignon blanc serré comme un poing transpercé par une aiguille de buis, celui qui figure sur sa feuille d’état civil établie le 15 septembre 1919 à Castellania, dans le Piémont, son prénom devant Dieu c’est Angelo. Le petit ange, le messager. Il n’est pas l’ange de la montagne. Il a laissé l’appellation au luxembourgeois Charly Gaul qui n’aime les cols que sous la pluie. Lui porte le soleil et l’ombre en lui. Il est Fausto. Faust dort dans son nom. Parfois il se réveille et Fausto est le jouet du diable. Au bout de Fausto roule le o de Méphisto.  

Le 31 août 2010

Libertude, égalitude, fraternitude

L'autre feuilleton de l'été - 29

En exclusivité pour les aficionados de ventscontraires.net,  voici les meilleures feuilles du livre que Christophe Alévêque publie avec Hugues Leroy chez Nova Editions.dimanche 1er juillet 2007 Référendum sur la banque. « Bon repas du dimanche, brossez-vous bien les dents et n’oubliez pas d’aller voter ! » a rappelé la présidente en conclusion de son émission dominicale Vous avez la parole. Cette nouvelle consultation nationale se  consacre aux Français et à leur banque. La question du jour est : « Diriez-vous que vous entretenez une relation d’amitié, de confiance et de partenariat avec votre banquier ? » A la vive surprise des représentants du monde bancaire, c’est un quasi-plébiscite pour le « non ». Beaucoup de bulletins seront déclarés nuls en raison des insultes que certains électeurs n’ont pu s’empêcher d’y inscrire ; Bernard Tapie est arrêté pour avoir voulu voter deux fois. « C’est inexplicable, commente le président de la Société Générale Daniel Bouton. On leur donne des coups de pouce, ils vous rendent des coups de pied. » Le lendemain, la présidente se présente devant une banque tirée au sort, suivie par une armée de caméras et de journalistes, à l’heure précise d’ouverture des guichets. Après un petit quart d’heure, les portes s’ouvrent en effet et elle entre, munie d’une pancarte où s’affiche, en rouge sur fond noir, le verdict du référendum : « NON 92 % » Elle se plante devant le directeur de l’agence, lui colle le panneau dans les mains et lui adresse ces propos sévères, mais justes : « Le pouvoir de dire non, c’est ça ! Attention ! »   Beaucoup de cameramen n’ayant pas eu le temps d’appuyer sur « record », la présidente se prêtera de bonne grâce à une seconde priseLa suite demain...

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