Stéphane Trapier
Publié le 12/09/2014

Pulsion


Né le 15 juillet 1790, Stéphane Trapier a toujours raté les rendez-vous de l’histoire. Ancien avant-centre de l’équipe de France, il n’a jamais gagné la coupe du Monde. Il collabore à Fluide Glacial (après le départ de Gotlib), au Monde (sans jamais croiser Beuve-Méry) ou encore à Télérama (dès la retraite de Jean-Claude Bourret). Il a illustré deux ouvrages de Jean-Michel Ribes, et son Rond-Point. Il ne connait pas personnellement Henri Guaino. 

Plus de...

Stéphane Trapier

 ! 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 15 octobre 2010 à 08:00

Au secours les mots : Thierry Illouz défend le mot "cité"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.Les enjeux du langage dépassent largement la constatation objective d’une évolution, d’un simple glissement sémantique, ainsi ils incorporent tous les mécanismes de la désignation, de la stigmatisation de la disqualification.J’aimerais prendre pour exemple le mot magnifique de "cité". Son sens premier que je découvrais avec passion dans mes livres d’histoire est celui de la réunion, de ce tout qui englobe, qui tisse entre les gens un lien de coïncidence, non seulement géographique mais aussi moral et politique. La cité c’est le lieu où s’accomplit et s’épanouit l’idéal démocratique, c’est le lieu de la parole commune, de la parole entendue.
 Et pourtant par une forme d’intention sociale, médiatique ou politique le mot s’est chargé d’une connotation, d’un poids, d’un sens qui non seulement diffèrent de son sens premier mais en véhiculent littéralement le contraire. Etre un jeune des cités, c’est en effet porter le poids d’une rupture d’avec le groupe, d’une mise hors du collectif, une relégation, une défiance, un rejet.Habiter les cités ne signifie plus en rien aujourd’hui participer de la démocratie d’un espace commun structuré et attentif aux attentes de ses acteurs mais simplement vivre dans de vastes ensembles architecturaux où sont parquées ce que l’on peut appeler sans risquer d’être contredit "les classes dominées".Que ce terme noble, exigeant, philosophique depuis la Grèce antique soit devenu le symbole de ce mépris de cette distance dans tous les sens du terme mérite l’examen, ne pensez-vous pas ?Et peut-être surtout parce que le reproche permanent adressé aux habitants des « cités » consiste, on se pince pour le croire, dans l’absence de sens "citoyen", de sens "civique" tandis que ces populations comparaissent dans les tribunaux comme à la une des journaux au titre de toutes les "incivilités".Il faut commencer par s’occuper des mots, je le crois, ce sont les indicateurs et les indices de tous les mauvais virages et ce sont aussi souvent les protections, les parapets, les remparts.Je voudrais si j’en avais seul le pouvoir remettre le mot "cité" sur son pied, d’égalité s’entend, de respect, de considération, c’est cela la cité que je veux, la vraie et dont je fais partie.Le sort des mots est parfois un combat et sur ce terrain comme sur bien d’autres, comme le disait Brecht : "Si tu ne participes pas à la lutte, tu participes à la défaite."  Thierry Illouz est avocat et écrivain. Le 20 octobre 2010 à 19h30, il plaidera pour la défense des monstres dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point. (voir lien ci-dessous)

Le 9 septembre 2014 à 11:14
Le 29 novembre 2011 à 18:22

Au pays des ours

J’ai entendu ce matin à la radio une information discrète mais qui a bien retenti à mes oreilles. Le maire de Ruffec, petite commune des Charentes, a mis en place des tableaux numériques pour désigner les bons et les mauvais payeurs à l’entrée des cantines d’écoles primaires. A-t-il voulu donner à ces écrans un aspect ludique pour les enfants ? Toujours est-il que la légende de l’écran est pour le moins originale. Les créditeurs et débiteurs sont représentés par des oursons de différentes couleurs. Les verts sont à jour dans leur paiement, les bleus sont bientôt à découvert et les rouges sont les parias qui n’ont pas payé la cantine. Je signale quand même qu’au pays des ours, qu’ils soient en forêt ou en peluche, l’argent n’existe pas. Je n’ai jamais compris Boucle d’or et des trois ours comme un ouvrage mercantile sur le modèle économique appliqué par les ours dans leur milieu naturel. Je propose alors à ce maire une autre légende oursonne. On peut dire simplement que l’ours brun est omnivore, tout comme l’ours noir. L’ours blanc, quant à lui, préfère un bon morceau de bidoche. Mais que ce soit dans la forêt ou sur la banquise, ils se servent sans payer. Dans une des écoles frappées par ce décret de « tu bouffes, tu paies, et si tu paies pas, on te montre du doigt », un enfant a pleuré en voyant à côté de son nom, le fameux ours rouge. C’est normal que le gosse soit traumatisé, les ours rouges ça n’existe pas.

Le 7 février 2012 à 08:49
Le 5 septembre 2014 à 09:50
Le 28 septembre 2014 à 09:19

Ghislain l'effaceur

Portraits crachés #9

Quand il sera grand, Ghislain veut être Batman. Mais ça fait rire tout le monde car il est taillé comme un haricot vert. Puis Ghislain grandit et, donnant raison aux rieurs, il ne devient pas Batman. Mais il parvient à devenir redresseur de torts. Au petit matin, quand la cloche finit de sonner, Ghislain, allongé dans la trousse, attend son heure. Souvent, c'est long mais, concentré, il est prêt à bondir à tout moment. Quand on l'interroge sur son métier, Ghislain se compare à un gardien de but : il faut réagir en un clin d'oeil car il est le dernier rempart avant la catastrophe. Et aussi il arbore une magnifique tenue à rayures torsadées ; il est beau comme un sucre d'orge. Ça y est, l'erreur est là, on l'appelle ! Comme un prédateur, il saute sur la faute et, de sa pointe blanche, la dissout et l'absorbe en un clin d'oeil. Puis il se retourne avec agilité et, sortant sa pointe bleue, corrige sans discussion. Puis il retourne dans la trousse et reprend son affût. La journée se passe ainsi, dans une attente ponctuée d'interventions de la dernière chance. La tension ne retombe qu'à la nuit tombée. Alors il repose. Pourtant, une chose taraude Ghislain : il sait qu'il n'est pas éternel ; quand il sera sec, il mourra. C'est son destin de s'effacer devant son successeur, quand la performance ne sera plus au rendez-vous. Mais il sait que le maintien de l'ordre est un sacrifice. Tout ça lui trotte dans la tête tandis qu'il regarde le bellâtre à l'origine de toutes ces erreurs enlever le bas, évacuer sa cartouche usagée et s'en fourrer une nouvelle dans le croupion. Et après on dit que le stylo-plume, c'est classe.

Le 24 janvier 2013 à 10:51

Un papa, une maman, trois possibilités

Je dis pas ça pour râler mais au début, le mariage pour tous, j'étais plutôt contre : je suis un farouche partisan du mariage pour personne. Je veux dire, je n'ai rien contre les buffets de dessert et les oncles saouls, mais si ça implique de sacrifier à des traditions archaïques et patriarcales, autant aller directement au stand de tir. Seulement, il paraît que c'est pas ça, la contre-proposition. Je dis pas ça pour râler, mais en revanche, l'adoption pour tous, au début, j'étais plutôt pour, même si j'ai mal saisi le glissement sémantique qui fait invariablement passer à l'un quand on parle de l'autre et inversement. Mais comme je suis un garçon instruit, j'ai quand même lu les arguments des opposants, pour pouvoir me moquer. Il ne faut jamais faire ça. J'ai failli changer d'avis. A cause de cet argument si pertinent : oui mais après, à l'école, les autres enfants se moqueront. Car c'est bien connu, les enfants dont on se moque finissent très mal, il paraît que certains sont même chroniqueurs pour Ventscontraires, la revue participative du théâtre du rond-point, terrible repaire de gauchistes et, pire, d'artistes, c'est dire s'il y a danger. Donc, oui, aujourd'hui, je le clame, supprimons la moquerie, ce si terrible fléau. Et pour cela, la solution la plus évidente est évidemment de supprimer toutes les possibilités de se moquer. Commençons par prohiber la rousseur. Et dans la foulée, interdisons aux gens d'être petits (quelle idée saugrenue!), grands, gros, maigres ou suisses allemands. Plus jamais de Bouboule qui va toujours au but quand on fait du foot, plus jamais ! Et combien de temps devrons-nous encore tolérer les premiers de classe, ces gens si quolibetogènes ? Puis nous nous attaquerons aux défauts de prononciation. A la maladresse et à la nullité en sport. Puis, enfin, nous fermerons nos écoles à tous ceux qui aiment les épinards.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
La masterclass d'Elise Noiraud
Live • 16/04/2021
La masterclass de Patrick Timsit
Live • 16/04/2021
La masterclass de Lolita Chammah
Live • 16/04/2021
La masterclass de Tania de Montaigne
Live • 08/03/2021
La masterclass de Sara Giraudeau
Live • 08/03/2021
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication