Fanch Ravenelle
Publié le 16/07/2010

Programme-toi dans le off en hiver


Conseil Citoyen 8

Te voici reparti avec tes compagnons
Comme chaque juillet faire votre Avignon.
Vous pensiez en jouant de jour en extérieur
Faire l’économie d’un jeu de projecteurs,
Mais faisant profession que rien ne vous encombre,
Vous optez cette année pour du Théâtre d’ombres.

Vous avez donc loué en vous pliant en quatre
Ce que seul Avignon veut appeler Théâtre.
Ça ne coûte pas plus qu’à d’autres leurs cigares,
Mais pour vous quatre c’est onze mois sans écart
Pour avoir le loisir de déplier un drap
Et le tenir tendu une heure à bout de bras.
Ainsi vous allez donc, tractant et paradant,
Pliant et dépliant, heureux et nonchalants,
D’autant que cette année tu sens le bon karma
Qui vous fera sortir de votre anonymat ;
Tu viens de rencontrer un gars qui t’a promis
De te faire connaître un de ses vieux amis
Qui peut te présenter la fameuse Corinne
Qui travaillait, un temps, au restaurant du « in ».

Elle cherche un spectacle où les gens ne vont pas
Jouant comme le tient à l’heure des repas
Car avec son amant, sur la rangée du fond,
Ils peuvent sans témoin s’envoyer au plafond.
Mais cela, t’a-t-on dit, pourrait-être ta chance
Car l’homme est groniqueur au journal « La Provence ».  
Puis-je sans te fâcher avancer un conseil
Qui n’a d’autre ambition que sonner ton réveil.

Puisque pour Avignon sans fin tu persévères,
Pourquoi ne pas aller y jouer en hiver ?
Imagine un instant cent mille âmes recluses
S’emmerdant sous la neige en plein cœur du Vaucluse.
Les hôteliers, pour vous, ouvriront grands leurs draps
Et vous feront goûter à leurs prix les plus bas.
Et si pour vous sentir encore festivaliers
Vous préférez aller à plus simple taulier,
Le camping est à vous. Avec le reliquat
Vous pourrez vous offrir un vrai pontificat :
Un théâtre à vous seul, une scène et des loges,
Les copains de Corinne abondant en éloges,
Un vrai pot de première ; canapés et gratin
Et un portrait couleur dans Vaucluse Matin.
En plus, l’ombre chinoise au cœur de la Provence
Ne souffre, à mon avis, d’aucune concurrence.
Comédien, chanteur, fleuriste et géniteur,
Il incline aujourd’hui à faire aussi l’auteur.
Sa prose est assumée sous son vrai patronyme,
Mais c’est sous un pseudo qu’il aligne les rimes.
Pater familias, téléphobe avéré,
Heureux dans les cuisines et les vieux cabarets,
Il aime, sans témoin, prendre ses douze pieds,
Manie moins l’écran plat que les bouts de papier,
Milite volontiers au parti des terriens
Et tâche que sa vie ne rime pas à rien. 

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À voir aussi

Le 5 février 2012 à 09:21
Le 1 septembre 2010 à 11:11

"Je subis depuis deux, trois mois une sorte de lapidation médiatique assez impressionnante"

Eric Woerth, ministre du Travail, interview dans Le Parisien/Aujourd?hui, lundi 30 août 2010

C’est sans doute sa contribution personnelle à la campagne de solidarité en faveur de Sakineh Mohammadi-Ashtiani, cette iranienne condamnée à la lapidation pour un adultère dont l’aveu lui a été arraché – dans les divers sens du terme – par ses bourreaux islamistes. Plus que de la sympathie, de l’empathie. Ceux qu’un tel parallèle révolte n’ont pas dû prendre la mesure de l’extrème gravité du sort particulier d’Eric Woerth. Au moment où il s’exprime Sakineh attend, dans sa cellule de la prison de Tabriz, confirmation de la sentence par un tribunal islamique, alors que lui est en cours d’exécution, sans aucun sursis du tribunal médiatique. Une crauté sans nom. En Iran, le supplicié a le corps demi-enseveli exposé aux lanceurs de pierres, mais au moins on lui recouvre le visage. En France, au lieu d’objets contendants – ni trop petits, ni trop gros pour faire durer l’agonie – on arrose de « papiers » confondants – ni trop courts, ni trop longs – on bombarde de sons et d’images à heures fixes, sans que le malheureux puisse y échapper, faute d’avoir été rendu sourd et aveugle par une toile serrée autour de son cou. Et tout ça pour quoi ? Pas même un adultère, il aurait juste été trop attentif au sort de son épouse, et peut-être trop attentionné envers un bienfaiteur de son parti, décoré de la légion d’honneur. Que de la générosité. C’est ainsi que cet homme est grand.

Le 15 décembre 2010 à 12:13
Le 14 octobre 2011 à 08:44

On s'en fout!

Quoi de plus banal que de faire un enfant! C'est à la portée de n'importe quel homo sapiens... On met le papa dans la maman, on s'active... Quelques  acrobaties pour pimenter son ennui, on râle, on crie... Puis on fume une cigarette pour vraiment se décontracter et on s'endort. Alors le résultat de l'union physique entre ce mâle et cette femelle devrait être le cadet de nos soucis. Mais les médias supputent, parlent et écrivent pour ne rien dire, toujours. A la clinique de la Muette, c'est l'effervescence depuis une semaine. Dehors surtout. Les rues adjacentes sont fermées aux voitures et aux passants,  des journalistes armés d'appareils photos et de caméras font le pied de grue pour saisir du vide, de l'inintéressant, du rien. Quel beau métier que d'informer les gens d'inutile et de futile! Surtout en cette période difficile. Ça ne fait même pas rêver...ou alors, la misère s'est définitivement immiscée partout! Et puis que de minauderies insupportables dans le soi-disant non communication de l'évènement. Parce-que "c'est du domaine du privé et de l'intime!" Qu'est-ce qui ne faut pas entendre ! Mais qui peut gober de telles conneries ! Une stratégie qui se cache très mal sous le manteau de la véritable stratégie...allons circulons, il n'y a rien à voir! Ce qui pourrait être intéressant, c'est si le bébé ne voulait pas sortir. Une invitation à la lecture du livre "le divin enfant" de Pascal Bruckner. Drôle, terrifiant, pas politiquement correct, cruel...un régal quoi!

Le 29 avril 2015 à 10:13

Willem est grand !

Famine en Afrique, terrorisme, naufrages de migrants en méditerranée, montée du FN, crise de la zone euro, conflit israëlo-palestinien, chômage, faits divers sordides, djihadisme, guerre en Syrie, obscurantisme religieux, attentats contre Charlie Hebdo... Avouez qu'une telle liste a tout pour vous donner envie de vous exiler sur une autre planète voire de vérifier par vous-même le bon fonctionnement de votre gazinière en y plongeant la tête. Tous ces drames qui ponctuent nos journaux télévisés et hantent nos cauchemars ne nous incitent guère à nous fendre la poire. Pourtant un homme réussit l'exploit d'aborder ces sujets tout en nous redonnant un peu de ce sourire qui nous a tellement manqué ces derniers mois, depuis que des crétins surarmés ont décidé de venger une hypothèse en assassinant des symboles. Et c'est homme c'est Willem. Ces dessinateurs, Willem les a côtoyés pendant de longues années au sein de la rédaction de Charlie Hebdo et s'il ne fait partie de la liste des victimes, il ne le doit qu'à son peu de goût pour les conférences de rédaction. Contre cette chape de tristesse qui s'est abattue sur nous le 7 janvier, il se lève pour scander un tonitruant « même pas mort », un geste de vie avec ce Willem Akbar qu'il publie chez les Requins Marteaux. Près de 100 dessins initialement publiés dans Libération et dans Charlie, comme autant de refus de se taire face à toutes les tragédies du monde. La justesse et la sincérité de son propos, sa sensibilité et l'acuité de son trait font de ce livre une œuvre aussi puissante qu'élégante, pleine de poésie et de lucidité. Quand beaucoup d'entre nous détournent la tête pour préserver la sérénité de leur sommeil, Willem ouvre grands ses yeux sur la planète et ne baisse pas le regard face aux atrocités du quotidien. Et si ce livre réunit tous les malheurs du monde ce n'est pas jamais par goût de la noirceur ou du cynisme : Willem ne fait que rendre ses coups à cette saloperie ambiante qui tente de nous faire abdiquer. Willem est un puncher et il frappe fort. Sans concessions, sans jamais baisser la garde. Jusqu'à la victoire, toujours !  

Le 27 juin 2010 à 16:36

Laissez Noël en paix

Conseil Citoyen 6

Nous ne sommes qu’en juin et ton moral en berne Face au jeu malicieux de ceux qui nous gouvernent Te fait déjà penser que pour le réveillon Tes rejetons n’auront ni cadeau ni bonbon, Que seuls de pauvres trous rempliront leurs chaussettes, Que tu n’auras pour feu que quelques allumettes Et que le seul sapin restant à décorer Ce sera ton cercueil et ses quatre poignées.   Arrête-là, veux-tu  et redresse la tête Surtout pour ce qui est de préparer les fêtes. Ne sais-tu pas, l’ami, que la nuit de Noël, Avec tous ses présents et sa bonne nouvelle, C’est l’arnaque du siècle et le baise couillon Le plus élaboré pour prendre ton pognon ? Si tu crains de sombrer au cœur de la tourmente Ne va pas te mêler aux masses consommantes. Il y a des moyens pour remplir une hotte Qui ne coûtent pas plus qu’une boite de crottes.   Surtout pour ce qui est des tout petits enfants, Je veux parler de ceux qui ont moins de trois ans. Dis-toi bien que ceux-là ne savent pas du tout Si Noël est en mai, en décembre ou en août. C’est donc quand tu le veux, si tu veux bien le faire Et il en va de même à leur anniversaire. Et si pour eux quelqu’un te donne des étrennes Tu les mets dans ta poche et puis tu les fais tiennes.   A partir de trois ans et disons jusqu’à sept Si tu ne donnes rien, ils te feront la tête. Alors n’hésite-pas, vas-y le cœur en liesse, Rends leurs allègrement le menu de leur pièce ; Tableaux de grains de riz, cendriers de Saint-Jacques Poupées de mie de pain ou colliers de pâtes.   Pour les plus grands, ma foi, tout est dans l’emballage Et dans la marque aussi. Ce qu’il faut pour leur âge, C’est un logo connu qu’ils pourront exhiber. Dans ce goût tout est bon et rien n’est prohibé. Passe chez Emmaüs et pique une étiquette Recouds là bien en vue sur une autre liquette Et ne t’affole pas à cacher l’origine Grande marque ou chiffon tout est cousu en Chine.

Le 19 novembre 2011 à 09:00
Le 15 octobre 2010 à 08:00

Au secours les mots : Thierry Illouz défend le mot "cité"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.Les enjeux du langage dépassent largement la constatation objective d’une évolution, d’un simple glissement sémantique, ainsi ils incorporent tous les mécanismes de la désignation, de la stigmatisation de la disqualification.J’aimerais prendre pour exemple le mot magnifique de "cité". Son sens premier que je découvrais avec passion dans mes livres d’histoire est celui de la réunion, de ce tout qui englobe, qui tisse entre les gens un lien de coïncidence, non seulement géographique mais aussi moral et politique. La cité c’est le lieu où s’accomplit et s’épanouit l’idéal démocratique, c’est le lieu de la parole commune, de la parole entendue.
 Et pourtant par une forme d’intention sociale, médiatique ou politique le mot s’est chargé d’une connotation, d’un poids, d’un sens qui non seulement diffèrent de son sens premier mais en véhiculent littéralement le contraire. Etre un jeune des cités, c’est en effet porter le poids d’une rupture d’avec le groupe, d’une mise hors du collectif, une relégation, une défiance, un rejet.Habiter les cités ne signifie plus en rien aujourd’hui participer de la démocratie d’un espace commun structuré et attentif aux attentes de ses acteurs mais simplement vivre dans de vastes ensembles architecturaux où sont parquées ce que l’on peut appeler sans risquer d’être contredit "les classes dominées".Que ce terme noble, exigeant, philosophique depuis la Grèce antique soit devenu le symbole de ce mépris de cette distance dans tous les sens du terme mérite l’examen, ne pensez-vous pas ?Et peut-être surtout parce que le reproche permanent adressé aux habitants des « cités » consiste, on se pince pour le croire, dans l’absence de sens "citoyen", de sens "civique" tandis que ces populations comparaissent dans les tribunaux comme à la une des journaux au titre de toutes les "incivilités".Il faut commencer par s’occuper des mots, je le crois, ce sont les indicateurs et les indices de tous les mauvais virages et ce sont aussi souvent les protections, les parapets, les remparts.Je voudrais si j’en avais seul le pouvoir remettre le mot "cité" sur son pied, d’égalité s’entend, de respect, de considération, c’est cela la cité que je veux, la vraie et dont je fais partie.Le sort des mots est parfois un combat et sur ce terrain comme sur bien d’autres, comme le disait Brecht : "Si tu ne participes pas à la lutte, tu participes à la défaite."  Thierry Illouz est avocat et écrivain. Le 20 octobre 2010 à 19h30, il plaidera pour la défense des monstres dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point. (voir lien ci-dessous)

Le 13 janvier 2015 à 08:40

L'Histoire et l'Histoire de l'Art à la rescousse pour la Liberté de la Presse

La France s’est toujours battue pour sa liberté d’expression. L’histoire nous rappelle que le chemin fut long et à plusieurs reprises, le droit, la politique, l’actualité, les intellectuels se sont affrontés pour acquérir, mettre en place et imposer cette liberté fondamentale… Au XVIIe siècle La presse se met en place progressivement à partir du début du XVIIème siècle. Gutenberg a joué un rôle déterminant dans la diffusion des textes et du savoir en révolutionnant l’imprimerie à partir de 1450 : invention du caractère d’impression mobile, presse à bras et encre d’impression. A cette époque, une partie de l’information était manuscrite, notamment dans la presse clandestine. Des ateliers fabriquaient en série des copies de journaux appelés « nouvelles à la main », puis des petites brochures (« occasionnels »), des libelles, des placards et des almanachs. Au XVIIIe siècle Essai de David Hume intitulé, Essai sur la liberté de la presse, 1752 : Le livre en format Word 2001 à télécharger Discours de Mirabeau pour la Liberté de la presse (1788) : « Tuer un homme c’est détruire une créature raisonnable, mais étouffer un bon livre c’est tuer la raison elle-même ». Rappelons-nous que la révolution française supprima la censure dont l’abolition avait été souhaitée dans les cahiers de doléances de 1789. Robespierre, discours à la Constituante, le 24 août 1789 : « Vous ne devez pas balancer de déclarer franchement la liberté de la presse. Il n'est jamais permis à des hommes libres de prononcer leurs droits d'une manière ambiguë. Le despotisme seul a imaginé des restrictions: c'est ainsi qu'il est parvenu à atténuer tous les droits. » Dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, l’article 11 institue la Liberté de la presse :« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » Le Chevalier Louis de Jaucourt (1704-1780), médecin et homme de lettres, est avec d'Alembert l'un des principaux collaborateurs de Diderot dans le projet de l'Encyclopédie : « Presse, (Droit polit.) on demande si la liberté de la presse est avantageuse ou préjudiciable à un état. La réponse n'est pas difficile. Il est de la plus grande importance de conserver cet usage dans tous les états fondés sur la liberté […]. »  Pendant la Terreur (1792-1794) La loi des Suspects (septembre 1793) rend impossible la liberté d’expression et donc de la presse. Sont jugés « suspects » d’après l’article 2 : « Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté […]. » Après le coup d'État du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799), tous les journaux hostiles sont supprimés… En 1803, un censeur est imposé à chaque journal. « Réprimez un peu les journaux, faites-y mettre de bons articles, faites comprendre aux rédacteurs des Débats et du Publiciste que le temps n’est pas éloigné où, m’apercevant qu’ils ne me sont pas utiles, je les supprimerai avec tous les autres et je n’en conserverai qu’un seul ; ... que le temps de la Révolution est fini et qu’il n’y a plus en France qu’un parti ; ... que je ne souffrirai jamais que les journaux disent ni fassent rien contre mes intérêts. » Napoléon Bonaparte, Lettre à son Ministre de la Police Joseph Fouché, le 22 Avril 1804. Au XIXe siècle Sous la Restauration (1815-1830) Le 25 juillet 1830, Charles X signe quatre ordonnances, rédigées par le ministère Polignac. Elles suspendent la liberté de la presse, prononcent la dissolution de la Chambre qui vient d'être élue, fixent la date de nouvelles élections et modifient le calcul du cens. Elles provoquent la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, les Trois Glorieuses. Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848) Dès 1832, des procès concernent des articles et caricatures jugés trop critiques vis-à-vis du roi Louis-Philippe. Le directeur du journal satirique La Caricature, Charles Philipon, puis le caricaturiste Honoré Daumier (Gargantua) sont incarcérés pour six mois en janvier 1832, en prison puis dans un asile d’aliénés. Gargantua Lithographie, 2e état sur 2, avec la lettre. 1831. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 21,4 x 30,5 cm. Delteil 34. Publiée dans La Caricature, le 16 décembre 1831. BnF, Estampes et Photographie, Rés. Dc-180b (1)-Fol. Louis-Philippe en Gargantua dévore les écus arrachés au peuple miséreux, ce dont quelques élus, proches du trône, profitent également. Cette lithographie a entraîné la condamnation par le gouvernement de Daumier, de Delaporte, l'imprimeur, et d'Aubert, le marchand d'estampes, pour "excitation à la haine et au mépris du gouvernement du Roi, et offenses à la personne du Roi". En même temps qu'elle valut à son auteur un séjour de six mois en prison, elle lui assura un début de notoriété. Liberté de la presse, Honoré Daumier Lithographie, état unique, avec la lettre, 1834 1834. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 30,7 x 43,1 cm. Delteil 133. Publiée dans L'Association mensuelle de mars 1834 (20e planche et 2e de Daumier). BnF, Estampes et Photographie, Rés. AA3 (DAUMIER) Dans cette planche qui reprend sur un mode plus solennel, le thème de la lithographie Ah ! Tu veux te frotter à la presse, parue dans La Caricature, Daumier parvient à réaliser, selon Philipon, "un des meilleurs croquis politiques faits en France". Un vigoureux ouvrier imprimeur, sculpturalement dessiné au premier plan, attend de pied ferme Louis-Philippe, entouré de Jean-Charles Persil et Odilon Barrot (à l'arrière-plan gauche), alors que le sort de Charles X, secouru par les monarques étrangers (à droite), laisse présager celui qui sera réservé à Louis-Philippe s'il s'oppose à cette figure populaire de la liberté de presse. Durcissement de la censure en 1835 sur tous les dessins. Le délit d’opinion réapparaît. Les taxes sur les journaux augmentent. Texte de Victor Hugo (1848), sur la liberté de la presse : «[…] Le droit de suspension des journaux ! Mais, messieurs réfléchissez-y, ce droit participe de la censure par l'intimidation, et de la confiscation par l'atteinte à la propriété. La censure et la confiscation sont deux abus monstrueux que votre droit public a rejetés ! et je ne doute pas que le droit de suspension des journaux qui, je le répète, se compose de ces deux éléments abolis et détestables, confiscation et censure, ne soit jugé et prochainement condamné par la conscience publique. […] […] Eh bien, toutes les fois que ce grand principe sera menacé, il ne manquera pas, sur tous ces bancs, d'orateurs de tous les partis pour se lever et pour protester comme je le fais aujourd'hui. La liberté de la presse, c'est la raison de tous cherchant à guider le pouvoir dans les voies de la justice et de la vérité. (Sensations diverses). Favorisez, messieurs, favorisez cette grande liberté, ne lui faites pas obstacle ; songez que le jour où, après trente années de développement intellectuel et d'initiative par la pensée, on verrait ce principe sacré, ce principe lumineux, la liberté de la presse, s'amoindrir au milieu de nous, ce serait en France, ce serait en Europe, ce serait dans la civilisation tout entière l'effet d'un flambeau qui s'éteint ! […] » Sous la Seconde République (1848-1851) La Seconde république rétablit la liberté de la presse. Mais, avec le succès des conservateurs, une loi de juillet 1850 réduit à nouveau la liberté de la presse. Le 2 décembre 1851, les imprimeries furent occupées militairement, les journaux ne purent paraître sans autorisation préalable. Sous le Second Empire (1852-1870) Le décret de février 1852 emprunta à l'arsenal de la Restauration presque toutes ses mesures préventives contre les journaux. Le nom de censure n'était pourtant pas prononcé. Le caricaturiste André Gill, donnait une caricature par semaine au journal de F. Polo, La Lune, quand la censure en interdit la publication, au mois de décembre 1867. «La Lune devra subir une éclipse», dit un homme de loi. Il venait de donner, sans l'avoir voulu, son titre au journal qui allait succéder à La Lune, disparue, en effet, le 17 janvier 1868. Le 9 août 1868, apparition, si l'on peut dire, de L'Éclipse. Ce journal combatif tirant à 40 000 exemplaires est l’objet de 22 saisies, il disparaît en 1876 pour laisser place à la Lune rousse (1876-1879). La loi du 29 juillet 1881 : «  L’imprimerie et la librairie sont libres », la loi est adoptée à la chambre des Députés par 444 voix pour et 4 contre. « Tout journal ou écrit périodique peut être publié sans autorisation préalable et sans dépôt de cautionnement… » Au XXe siècle : des acquis mais la vigilance reste de mise… Albert Londres, journaliste, 1929 : « Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » Albert Camus, éditorial de Combat, le 31 août 1944 : « Notre désir, d'autant plus profond qu'il était souvent muet, était de libérer les journaux de l'argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu'il y a de meilleur en lui. Nous pensions alors qu'un pays vaut souvent ce que vaut sa presse. Et s'il est vrai que les journaux sont la voix d'une nation, nous étions décidés, à notre place et pour notre faible part, à élever ce pays en élevant son langage. » 1945, Fédération nationale de la presse, issue de la Résistance : projet de déclaration des droits et des devoirs de la presse libre Article 1er : La presse n'est pas un instrument de profit commercial. C'est un instrument de culture, sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain. Article 2 : La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté. Article 3 : La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs. Paul Ricœur, philosophe, dans sa préface au livre de Jean Schwœbel, La presse, le pouvoir et l'argent (1968) : « La lutte pour l'indépendance des rédacteurs de presse, face au Pouvoir et à l'Argent, est un combat avec et contre le reste des mass media. Ceux-ci ont deux pentes: descendante et montante. La pente descendante, c'est celle de la presse commercialisée, pour qui l'information est une marchandise. Soumise aux impératifs de la publicité et des gros tirages, livrée à la recherche du sensationnel, elle amplifie les préjugés et les haines, et entretient l'égoïsme collectif des nations nanties, le chauvinisme instinctif et le racisme latent de la population. La presse de qualité est alors responsable, non seulement d'informer sur les faits et les événements, non seulement d'expliquer les tendances profondes de la société, mais encore de "parler contre" les préjugés de la foule. Ce que le public doit réclamer, ce dont il doit avoir l'appétit, c'est d'une presse qui résiste à cette pesanteur des mass media et lutte contre la tentation de manipuler, de dégrader, et parfois d'avilir, qui est celle de la presse commercialisée. » 1971 : déclaration des droits et des devoirs des journalistes, adoptée à Munich par les syndicats et les fédérations de journalistes des six pays constituant la Communauté européenne d'alors : « Le droit à l'information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain. De ce droit du public à connaître les faits et les opinions procède l'ensemble des devoirs et des droits des journalistes. La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l'égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics. » 7 janvier 2015 : fusillade lors de la Réunion de Rédaction de Charlie hebdo, 12 morts dont quelques uns des plus grands dessinateurs français : Charb, Cabu, Wolinski, Tignous et Honoré. Représailles des islamistes contre le journal satirique qui avait publié des caricatures de Mahomet en soutien au journal danois Jyllands-Posten auteur d’une série de 12 caricatures du prophète parue le 30 septembre 2005. La Liberté de la presse est mise à mal une nouvelle fois dans l’histoire. Mais l’histoire nous enseigne également que la France s’est toujours battue pour sa Liberté de la presse. Le combat continue…

Le 12 juillet 2011 à 16:13

La radio d'info Klubradio résiste en chantant

Carte postale de Hongrie

En Hongrie l'autocrate Viktor Orban a muselé la presse d'une manière radicale : désormais journaux, télévisions et radios devront présenter un point de vue univoque, décalqué sur celui de l'agence de presse centrale – à sa botte.Mais Klubradio, une station d'info et de débats indépendante et très écoutée, résiste. Pour la museler, L'Autorité de répartition des fréquences vient de la contraindre à devenir musicale. Réplique immédiate de la station : les news en chantant.C'est la proposition qu'a faite à l'antenne Gyuri Kozma, caricaturiste politique, auteur d'une anthologie des cabarets hongrois, professeur de philosophie à l'université juive et vice-cantor dans une synagogue de Budapest.Klubradio : Tu proposes qu'on chante les news ?Gyuri Kozma (il chante) : Oui, il faut s'adapter à la situation politique Et si le gouvernement veut que Klubradio Devienne une station musicaleAlors il faut chanter au lieu de parler :Dans ce pays joyeuxLes membres de l'opposition joyeuseVont chanter joyeusementA l'heure des infos joyeusesKlubradio :Le pouvoir espère que Klubradio ne parviendra pas à respecter ces nouveaux quotas et qu'ensuite ils pourront fermer la station…Gyuri Kozma (chante) :Justement nous voilàOn va respecter leurs quotas!On peut très bien s'il le fautSe mettre à chanter les infos :Les Grecs vont se ramasser.Les Allemands seront détestés.Mais personne cette annéeNe quittera la zone Euro.Klubradio :Gyuri, peux-tu chanter la visite en Hongrie du chef du gouvernement chinois ?Gyuri Kozma (chante) :Josef Szajer et Gergely GulyasDeux députés membres de la majoritéOnt jugé inacceptable que l'OfficeDe l'immigration et de l'Identité NationaleAit convoqué tous les Tibétains de HongrieAvant la visite de la délégation de Pékin."La liberté de rassemblement est un droit primordial",Ont protesté les deux députés de la majoritéJosef Sajer et Gergely Gulyas.Klubradio :Et quelle a été la réaction de Viktor Orban après ça ?Gyuri Kozma (chante) :Viktor Orban a dit : "Bien sûr on peut manifester,  Mais je compte sur…"Klubradio :Attends tu ne changes pas de mélodie ? C'est quand même Orban qui parle !Gyuri Kozma (chante) :Est-ce que les présentateurs changent de ton quand ils citent des points de vue différents ? Moi je ne sais pas d'avance ce que je vais lire ! Mais bon pour toi je vais changer de tonalité…(il chante)"Bien sûr on peut manifester, Mais je compte sur les manifestantsLes objectifs de notre diplomatieNe doivent pas être compromis!"A dit au Parlement Viktor Orban Avant de la visite de la délégation de Pékin"On peut exprimer ses opinionsSans faire de scandale ni mettre le boxonCar la Hongrie a besoin de ces relations"A dit au Parlement Viktor Orban"Ces rencontres au sommetNe peuvent en aucun cas être dérangées"En collaboration avec notre chroniqueur de Gyugy (Hongrie) Janos Xantus

Le 30 octobre 2010 à 10:20

Pour votre sauvetage demandez un devis !

Conseil Citoyen 10

Un hasard malheureux et qui reste un mystère Te fait te retrouver bloqué cent pieds sous terre, Ne pouvant accuser que ta seule imprudence A vouloir pimenter un peu plus tes vacances. Le problème l’ami, ainsi enseveli, C’est que tu es français, on n’est pas au Chili, Et même dans le cas de ta prise en otageTu risques de payer les frais de sauvetage. Rappelle-toi le prix du baptême de l’air Offert à ta maman pour son anniversaire. Multiplie-le par cent ou, que dis-je, par mille, Compte les spéléos, les maîtres cynophiles… C’est à se demander s’il vaut mieux remonter Respirer, à l’air libre, à jamais endetté Ou finir, dans le fond, comme un aventurier, Toi qui n’étais, là-haut, qu’un blafard employé. Toi pour qui l’aventure était, assis peinard, De regarder des gens sauter du Fort Boyard.   Si malgré tout tu tiens à retrouver ta vie, Demande aux sauveteurs de te faire un devis. Comment le demander ? Mais en morse bien sûr ! En tapant quelque part avec une chaussure. Refuse absolument l’emploi d’hélicoptères ! Aucun professionnel, juste des volontaires Et un chien et demi : un berger, un caniche. Le premier pour trouver l’endroit où tu te niches L’autre pour la photo, car soyons réalistes Ceux qu’il te faut avoir, ce sont les journalistes. Si tu joues bien ton jeu, tu pourras faire en sorte Qu’au lieu de te coûter, tout cela te rapporte.   S’ils te trouvent trop tôt, planque-toi, fais le mort, Le temps que les médias s’installent au dehors. L’idéal, il est vrai, pourquoi te le cacher, Ce serait d’être deux et que l’autre amoché Périsse à tes côtés. Tu en manges un morceau, Tu deviens nécrophage et là c’est le grand saut. Avec une bouchée, un peu de peau de coude, Tu vendras ton histoire aux studios d’Hollywood. Signe-toi en sortant ! Ça fera le spectacle. Les médias relaieront en parlant de miracle.   Quand enfin tombera, de là haut, la facture Fais valoir l’audimat de ta mésaventure, L’argent qu’ont rapporté, chaque jour, tes tracas Et comment, en soudant le pays sur ton cas L’info s’est détournée de dossiers plus sensibles. Ne cesse plus jamais de rester bien visible.

Le 23 avril 2010 à 16:12

Conseil Citoyen 3

Diérèse de bon aloi soulignée!

Tu exhibes partout et partout tu débites Ce que fait ton IPhone, comme on branle une bite. Tu le tiens par la main dans un geste branché, Mais sa vocation est de rester caché. Laisse-moi te guider sur le correct usage De ce petit outil dont tu fais grand tapage.   Mais commençons d’abord par ce qu’il faut avoir Dans tous les bons dîners. Le suprême accessoire Qu’il te faut posséder. Le must aujourd’hui. Je le nomme en un mot : La POLLAKIURIE. Ah ! Ça t’en bouche un coin ! Oui c’est un mot français. Tripote ton IPhone et cherche ce que c’est. MICTION EXCESSIVE ! Eh bien voilà, poussin! Tu comprends maintenant ou tu veux un dessin. La Pollakiurie est donc, en résumé, L’envie incontrôlée d’aller aux cabinets ! C’est ça le grand atout, l’avantage notable Si tu veux aujourd’hui briller à une table. Tu fuis les intellos par peur qu’ils te la coupent Mais il ne tient qu’à toi de leur servir la soupe. La Pollakiurie est le mal élégant Pour être remarqué des cercles influents.   Annonce la couleur dès les apéritifs, Cette sincérité est un point décisif. « Je souffre sachez-le d’une maladie rare…» Résume l’exposé, ne sois pas trop bavard. Ainsi à chaque fois que tu sens le débat Tourner sur un sujet que tu ne connais pas, Tu quittes la tablée, demandes les latrines Et là, seulement là, assis dans la cabine, Tu saisis ton IPhone et son écran tactile. Trouve d’un doigt concis quelques propos subtils Et retourne t’asseoir en parfait prosélyte. Voilà comment gagner l’oreille de l’élite.

Le 9 juillet 2010 à 12:44

En Avignon fais du pognon

Conseil Citoyen 7

Ton père, m’écris-tu, te laisse en héritage Avec un potager,  un très joli garage Aligné parmi d’autres au cœur d’une cité Et c’est dans cet endroit que tu vas habiter. Fermant par une porte de bois coulissante, Une autre porte arrière, et c’est ce qui t’enchante, Donne sur le jardin aligné lui aussi Avec ceux des voisins. De plus un établi Solide, tout en bois et de largeur notable Pourrais, racontes-tu, faire office de table. Tout cela est charmant, pourquoi pas après tout, Toi qui a tant de mal à joindre les deux bouts. Mais dans un post scriptum, ai-je là bien compris ? Ce garage n’est pas en banlieue de Paris, Mais en Avignon même, à deux pas des remparts ?Alors là, mon ami, c’est un nouveau départ. Sache qu’en Avignon, même un fond de soupente Rapporte du pognon plus qu’un remonte-pente. Tu tiens là ta revanche et mon esprit s’emballe. Avec jardin en fond, c’est Bussang, c’est royal ! Tu vas être patron, écoute je t’explique : Moi mon rôle sera Directeur Artistique. La cabane à outils fera le foyer bar, L’établi ; le plateau. C’est l’enfance de l’art ! Les compagnies que nous auront sélectionnées Camperont au jardin moyennant un loyer. Reste à trouver un nom de théâtre et ça coince. « Le Garage » ça fait discothèque en province. Il faut tirer un nom de l’histoire du lieu, Un nom qui rende hommage à l’esprit de ton vieux. D’ailleurs à ce propos, il a fini comment ? Suicidé ?! Asphyxié au gaz d’échappement …?! Le nom est tout trouvé : Théâtre Suce Idée. Ça tourne bien en bouche et fait subventionné..

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