Micaël
Publié le 16/09/2014

Obstination


Micaël naît à Paris en 1982. Après avoir passé 20 ans à Buenos Aires, il revient à Paris, la ville où il vit et travaille actuellement. Droitier sur le terrain de foot et gaucher pour le dessin, il décide sa vocation à l’âge de 5 ans, lorsque sa maîtresse remarque qu’il est le seul de la classe capable de dessiner des visages de trois-quarts. Ses deux ouvrages en France "Un Argentin à Paris" et "L'Air du Temps" ont été publiés dans la collection Les Cahiers Dessinés.

 

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Le 3 septembre 2011 à 08:17

Rire sous la terreur

Aussi surprenant que cela paraisse, la terreur nazie n’a pas tué le goût des blagues. Au début des années 1930, celles qui circulaient à Berlin tournaient en dérision l’hypocrisie du nouveau régime et son clientélisme. Exemples : « Dieu, faites que je sois aveugle afin que je puisse dire que Goebbels est aryen. » ; « Qu’est-ce qu’un réactionnaire ? Quelqu’un qui occupe un emploi bien rémunéré convoité par les nazis. » On se gaussait d’Hitler dont le salut le faisait ressembler à un serveur portant un plateau, de Goering réputé pour garder ses médailles en prenant son bain, ou du pied bot de Goebbels. Pareilles plaisanteries étaient contées sous le manteau. Si leurs auteurs étaient surpris par un zélote du IIIe Reich, ils en étaient quittes pour un sérieux coup de semonce. Quelques-uns ont cependant été guillotinés, tel Joseph Müller, curé d’une paroisse au Nord de l’Allemagne. Sa faute ? Avoir raconté à un vieil homme malade cette plaisanterie : « Un soldat se meurt. On lui demande quel est son dernier souhait. Il répond : ‘’voir ceux pour qui je meurs.’’ On lui apporte donc une photo d’Hitler, une de Goering qu’on dispose de part et d’autre de son lit. ‘’Ainsi je meurs comme Jésus : entre deux criminels.’’ » Dessinatrice dans une usine d’armement de Berlin, Marianne Elise K. fut condamnée à mort le 26 juin 1943 pour avoir également attenté à l’honneur du Führer. Telles sont quelques-unes des histoires rapportées par Rudolph Herzog dans une étude documentée, consacrée à l’humour sous l’Allemagne nazie. Avis aux éditeurs français. Paru d’abord en Allemagne puis en juin en Angleterre, le court essai de ce documentariste, fils du cinéaste Werner Herzog, n’est toujours pas annoncé en France.

Le 20 décembre 2012 à 13:37
Le 24 septembre 2014 à 09:45

Cahier

C’est un objet daté, enfant de l’âge industriel. Rien à voir avec les tablettes de cire, les parchemins, rien à voir non plus avec les écrans et les claviers. Sa singularité : constituer un ensemble de feuilles vierges reliées. C’est une chose réceptacle, destinée à conserver en ordre des traces manuscrites. Chose archaïque, donc, et même doublement. Dans l’histoire des techniques d’écriture : même s’il persiste encore longtemps, le cahier appartient au passé. L’ordinateur le concurrence, l’électronique de poche commence à le narguer. Dans l’histoire de l’individu : le cahier entretient presque partout, aujourd’hui encore, un lien indéfectible à l’enfance. Le cahier sent l’école. Les lignes, les carreaux, la marge, le souci de s’appliquer, la crainte de l’erreur, du désordre, des taches, des traits de travers. C’est l’un des principaux instruments de contrainte, contention et discipline ensemble, dans l’apprentissage des normes sociales relatives au maniement explicite et codé du symbolique. Ne pas négliger l’ensemble relié de feuilles vierges. Cousues ou collées, ou les deux, ou spiralées. Quadrillées ou lignées ou blanches. Le format varie, le nombre de pages également. Demeure toujours cet ensemble relié offert à l’inscription. Différent de la feuille volante, distinct du bloc, destiné, lui, à voir ses feuilles dispersées. Le cahier recueille et conserve un parcours, une série de traces disséminées dans la succession du temps. Calepins, registres, livres de comptes ont pour même fonction de rassembler les traces en ordre réglé. L’épaisseur du cahier : celle du livre et du temps. Comme eux, il ne peut se donner tout entier d’un seul coup. Il se découvre successivement, page à page, voire ligne à ligne. D’où la fascination et le vertige que suscitent les cahiers neufs, sur lesquels rien n’est encore inscrit. Tant de possibles en réserve, plus nombreux qu’on n’en peut même rêver. Avancer dans l’écriture d’un cahier, c’est voir à mesure s’écarter une multitude de possibles. S’inscrit ligne à ligne un seul texte, aussi pluriel qu’on voudra, un seul malgré tout. Je déteste les scènes en abîme - cinéma dans le cinéma, théâtre dans le théâtre, roman sur le roman, vache qui rit sur la vache qui rit - je passe donc sous silence la chose où j’écris ces lignes. Il y a encore pas mal de blanc. Tant mieux. (extrait de Dernières nouvelles des choses, Odile Jacob, 2003)

Le 5 décembre 2011 à 07:32

Habemus papam

Hier soir le pape m'a appelé pour benoîtement m'informer qu'il songeait à moi pour sa succession. Comme je lui disais mais, Majesté, pas Majesté, me reprend-il sèchement, pas Majesté pour qui occupe le trône de Pierre! – A la pierre du trône papal je préfèrerais, osai-je, un siège plus moelleux – Si tu joues sur les mots tu ne seras pas pape – C'est un alexandrin! m'écriai-je, tout heureux, et lui de raccrocher aussi sec et, depuis, je m'interroge sur le pourquoi de ce congédiement. Le Saint Père s'est-il mépris, a-t-il vu dans ce mot d'alexandrin une allusion à ce fameux prédécesseur, Alexandre VI Borgia, lequel, dit-on, couchait avec sa fille? En tout cas je suis sûr que Sa Sainteté, voilà, c'est comme ça qu'on dit, si Elle a pensé à moi, qui ne suis qu'un petit employé de bureau et n'ai pas mis les pieds à l'église depuis je ne sais quand, c'est en considération de mes vertus. Jamais l'on ne m'a vu lorgner les fesses d'une femme, je ne bois que de l'eau, plate, je vis chichement dans mon une pièce, mon seul loisir est d'envoyer des mots brefs aux puissants pour, tel Bossuet, les avertir qu'eux aussi la mort les attend. Aucun ne m'a jamais répondu, et le seul, peut-être, auquel je n'ai pas écrit, c'est lui qui m'appelle, sur mon téléphone qui ne sonne jamais, pour me faire cette offre mirobolante. Je vais m'acheter une mitre, non, une tiare, je vais la porter du matin au soir, je coucherai avec, un matin je me réveillerai pape!

Le 3 août 2011 à 12:23

« Je serai la présidente des solutions »

Ségolène Royal, Europe 1, mardi 2 août 2011.

La ci-devante candidate présidentielle n’est peut-être pas une idéologue, mais comme tautologue elle assure. A la tête d’un pays mieux vaut  en effet lui apporter des solutions que se noyer dans ses problèmes. Dès à présent, elle ne se repose pas Ségolène Royal et laisse les vacances à ses rivaux de la primaire socialiste. C’est qu’elle ne manque pas d’idées, mais qui ont souvent l’inconvénient de pécher dans le suivi. Alors aidons-la à former le gouvernement d’une présidente des « Solutions ». Quitte à chambouler les étiquettes. A Matignon, un Premier ministre des « Exécutions » s’imposerait, poste où un bourreau de travail est requis, ça va sans dire. Au Budget un simple secrétaire d’Etat aux « Equations » suffirait ( Bac S exigé), alors qu’à l’Economie le portefeuille des « Hypothèses » est justifié tant les indices sont précaires, les cours instables et les échanges irréguliers. A l’Intérieur un ministre des « Elucidations » nous changerait de prédécesseurs en charge des horions, privations et autres stigmatisations. Aux Affaires étrangères, pleine compétence pour les « Complications » sachant que l’Occident n’est pas moins compliqué que l’Orient et que l’Europe est un sac de nœuds. Pourquoi du coup ne pas nommer à ce poste un ex-belge : en l’occurrence un Wallon « rattaché » à la France ? Il est probable que lorsque Ségolène sera présidente,  les Flamands auront bien fini pas déployer les ailes de leur indépendance. Et c’est ainsi que la France serait (encore plus) grande !

Le 12 décembre 2013 à 08:48
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