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Publié le 06/07/2011
 

Jean-Marie Gourio


Chroniqueur

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Promenade gourmande


(L'été au comptoir)

A ma droite s'élevait un tas de frites, à ma gauche, une grosse tomate, quand j'entrepris cette promenade gourmande dans mon assiette. Mathilde m'avait mis de mauvaise humeur, en me contrariant sur tout, la couleur des fraises et le goût du vent. J'avais besoin de marcher. J'escaladais le beefteack, contournais le beurre maître d'hôtel pour redescendre la pente opposée en direction d'une julienne de petits légumes. Un monticule de moutarde attira mon attention. Elle fumait, entre deux haricots vers à l'ail qui faisaient dans le paysage comme deux arbres abattus. Je montai jusqu'au rebord nord de l'assiette. Loin devant moi, de l'autre côté de la table, Mathilde boudait. Elle me jetta un regard mauvais. Las des ces jeux de couple usé, je décidai de rebrousser chemin en traversant le champ de petits pois. Laissant la tranche d'aubergine à ma gauche, je passai entre les oignons frits. L'air était doux. Je décidais de m'asseoir sur un cornichon. Puis, je m'allongeai dans le persil, la tête sur un tronçon d'échalotte. C'est là que je m'endormis. Pour me réveiller sur l'évier. La table avait été débarassée. La lumière avait été éteinte. Je trouvais un mot planté dans le beurre. Mathilde était partie. Je hais le dimanche. Je hais la tristesse de la vie.
 

Les temps modernes


Les nouvelles aventures de l'Histoire de France
N'importe quel petit crétin avec son tee-shirt "Nique ta mère" qui dévale les escaliers du Trocadéro sur son rolling-surf en beuglant du rap a l'impression d'être moderne : "Putain, il se dit souvent, la chance que ma mère m'ait dépoté dans les temps modernes ! Tu vois pas qu'elle ait fait ça sous Louis XIV, la meuf ! Surfer à Versailles avec une perruque, en chantant du Lully ! Je te dis pas la crise !" Ce petit con pense, comme la plupart d'entre vous, que les temps modernes, c'est aujourd'hui.
Pour vous, "moderne" ça signifie trouver Roselyne Bachelot sexy, vous habiller comme Besancenot, soigner vos déprimes au bio, ou lire la page culture de Libé sans rigoler. Ça me fait mal, vous êtes trop nuls. Ça fait des siècles que ça existe, les temps modernes, bandes de débiles ! La vieille Catherine de Médicis, la Montespan ou Mme de Sévigné, elles étaient déjà très in.
Et Le Nôtre, il ne les défendait pas, les arbres, peut-être ? Et les fringues de Richelieu, elles n'étaient pas plus marrantes que les robettes de Christian Lacroix ? Et Bossuet, "Madame se meurt, Madame est morte", ça ne swingue pas ? Et la Bastille, elle n'était pas plus difficile à démolir que le mur de Berlin ? Croyez-moi, on ne vous a pas attendus pour être moderne.
C'est très exactement le 1er janvier 1500 que l'on a commencé à être moderne en France. Dès 1495, l'ancien temps donna des signes de gâtisme. Il battait de l'aile, n'avançait plus et se répétait. On ne pouvait pas lui en vouloir, à ce bon vieux temps, il durait depuis l'Antiquité. Place aux jeunes.
A peine l'ancien temps enterré dans le passé, les temps nouveaux débarquèrent. Fringants, tout beaux, puisque tout nouveaux et les cheveux courts, on les appela les temps modernes. Ils durent encore et, si le pape, les ayatollahs, les évangélistes, le dalaï-lama, Krishna et l'Eglise de Scientologie se calment un peu, il ne sont pas près de disparaître.

© J'ai encore oublié Saint Louis, Actes Sud 2009
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