Alban Orsini
Publié le 31/10/2014

Sylvette


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Né en 1980, écrivaillon de petites choses éparses de-ci de-là, ouvert à rien, décidé à tout, Alban Orsini n'aime pas parler de lui à la troisième personne mais adore les kebabs sur assiette, le son des fils en métal sur les mâts des bateaux amarrés, fumer ses cigarettes entre le pouce et l'index et le théâtre ce qui au final revient au même.
Pour l'instant publié en revue, Alban Orsini a pour ambition d'apprendre l'algorithme de résolution du Rubik's Cube pour rendre la vie meilleure et les moments plus doux... Il est également rédacteur pour le webzine Culturopoing.
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Le 22 mai 2013 à 07:48

Barbares fourmis

Mon arrière-grand-mère n'aimait pas les fourmis. Elle se livrait souvent à des massacres spectaculaires sur ces insectes, mais comme elle était très âgée, je trouvais ceci très sage. Dans ses vêtements noirs d'un interminable deuil, elle faisait chauffer de grandes casseroles d'eau, puis à pas lents, elle sortait péniblement afin de déverser le liquide bouillant sur la fourmilière qu'elle avait repérée. Cela lui prenait du temps, occupait une bonne partie de sa rustre après-midi. Puis elle retournait à ses crochets pour poursuivre un napperon, en silence. Comme nous étions à la campagne, je pensais que ce geste était une pratique ancestrale pleine de bon sens, visant à protéger les pommes de terre qui poussaient ou les poules, d'une barbare attaque de fourmis. Les insectes mouraient tous d'un coup, assez logiquement. Imaginez un tsunami d'eau bouillante sur nos petites villes : nous n'y survivrions pas. Alors j'allais inspecter ce qui restait, un peu comme un Pompéi de fourmis. Elles étaient toutes figées dans leur industrieuse procession. Dans ces vestiges soudain de civilisations, il n'y avait pas beaucoup de surprises, car ces civilisations de fourmis étaient toutes les mêmes, comme si pour survivre, elles avaient dupliqué leur glorieuse mais modeste Histoire de France de fourmis. Je regardais ces désastres miniatures et imaginais avec effroi leurs dernières pensées, sans doute : « transporter pain » . Je me félicitais à chaque fois de ne pas être une fourmi, et de ne pas risquer l'ébouillantement surprise par ma sévère bisaïeule, notamment pendant mon sommeil. Un jour mon arrière-grand-mère est morte. Depuis cette terrible page tournée, les fourmis continuent leur civilisation abondamment distribuée, sans rancune, ni joie, ni mémoire, les poules sont toutes mortes, les pommes de terre toutes mangées.

Le 14 septembre 2015 à 08:56
Le 21 mai 2013 à 10:08

Météo France confirme que la météo sera le sujet principal de discussion au moins jusqu'à fin mai

France - Alors que Météo France a annoncé qu’il n’y aurait pas d’amélioration de la météo, une autre prévision est venue s’ajouter, comme une conséquence quasi implacable. Il semble aujourd’hui évident et certain que la météo médiocre sera aussi le principal sujet de discussion de nombreux Français et des médias, et ce jusqu’à fin mai. Analyse. « Quel temps de chien ! », « Un temps d’escargot », « On dirait la Toussaint ». On dit souvent que c’est l’angoisse du temps qui passe nous fait parler du temps qu’il fait. Et cette situation est loin d’être terminée. Pire, elle devrait durer. Selon Météo France qui a rendu publiques ses prévisions aujourd’hui, on devrait parler encore de la météo pourrie dans les médias et dans les cercles familiers au moins jusqu’à fin mai. « Les Français vont continuer à parler du temps, encore et encore. Ils vont se plaindre de leur week-end raté, de leur barbecue annulé » a expliqué Michel Roin, prévisionniste à Météo-France. Des discussions qui auront lieu n’importe où,  en priorité sur les réseaux sociaux mais aussi lors de rencontres fortuites à la machine à café. « Et comme il y a pas grand chose d’intéressant à causer en ce moment, ils ne parlent que de ça. » rajoute t-il. Selon les experts, l’autre conséquence logique est une forte présence de sujets d’actualité liés à la météo. « On va sans doute avoir des interviews, presse et télé, de personnes directement confrontées à la météo, suivi de sujets sur l’absence de soleil ou de températures printanières » commentent-ils. Selon eux, ce processus pourrait devenir un cercle très vicieux. « Ces mêmes reportages sur la météo seront ensuite au cœur des discussions sur la météo. Cela va créer un cercle vicieux dont il sera très difficile de sortir. La seule option qu’il nous reste est les médias se mettent à parler brutalement de Roland-Garros, du Festival de Cannes ou du Tour de France » explique-t-on. De super cellules très instables Mais là aussi, cette possibilité soulève plusieurs inquiétudes. « Et encore, ce sont des événements très exposés à la météo : la crainte est que les deux types d’événements ne se rejoignent et que leurs force se combinent avec le courant-jet médiatique. Cela pourrait créer de super cellules très instables de discussions ennuyeuses comme ‘Le Tour de France victime de la météo’ ou ‘Quelle météo pour Roland-Garros’ » . Et dans ce cas de figure, cela pourrait alors durer tout l’été. Le Gorafi Photo : iStock/sack

Le 4 mai 2011 à 14:53
Le 10 février 2014 à 09:19
Le 20 décembre 2011 à 11:22

« Je peux vous dire que je débloquerai la bombe atomique. »

Christine Boutin, 13 décembre 2011, Public-Sénat.

Tous aux abris ! Elle n’est pas encore élue présidente de la République, la Madone des autels, qu’elle a déjà le doigt sur le bouton de la force de frappe.  Mais pas de panique : ce n’est pas un crime contre l’Humanité qu’elle serait prête à commettre, plutôt un sarkocide pour cause d’obstacles élyséens à sa collecte de parrainages. Si d’ici février elle n’atteint pas les 500 signatures de maires requises pour se présenter, elle actionnera donc l’arme fatale.  Bien sûr chacun s’interroge : une excommunication vaticane ? Un ralliement à Hollande ? Une dénonciation d’affaires pas très claires ? Sa détermination est telle, qu’on en arriverait à imaginer qu’elle va se faire sauter avec sa bombe. Une sorte de sainte kamikaze, effacant par son sacrifice tous les péchés du quinquennat.Ce n’est encore qu’une menace. Pas besoin d’avoir fait Saint-Cyr pour savoir que l’arme nucléaire, c’est d’abord la dissuasion. De Gaulle avait théorisé la dissuasion du faible au fort, les évolutions ont conduit à l’envisager du fort au fou, Christine Boutin n’est pas forte, mais pas folle non plus. Elle sait que pour se faire entendre un peu il faut « débloquer » beaucoup. On la croyait « bonne fille », on se trompait. On se trompe d’ailleurs souvent sur elle. Certes elle est anti-avortement, anti-PACS, anti-mariages homosexuels, anti-euthanasie, elle n’est cependant pas anti-liberté d’aller au théâtre voir les pièces de son choix. C’est au moins ça.

Le 21 mars 2015 à 09:24

Je ne suis pas Julien Alpern

Je me suis déjà pris pour mon voisin. Un jour, je rentrais du travail, et je me suis retrouvé sur mon palier. Mais plutôt que de me diriger vers la porte de droite, celle de mon appartement, je me suis dirigé vers la porte de gauche,  celle de mon voisin. J'ai mis la clé dans la serrure, et la porte s'est ouverte. Si la clé n'avait pas correspondu à la serrure, comme ça aurait dû être le cas, tout serait rentré dans l'ordre, j'aurais fini par ouvrir la porte de droite, comme tous les jours, comme tous les soirs en revenant du travail. Oui mais voilà, la porte de gauche s'est ouverte. Et je suis entré chez mon voisin. Je suis resté dans le vestibule, incrédule, pendant quelques secondes. Je n'avais jamais pénétré chez lui. C'était exactement le même appartement que le mien, la même distribution des pièces, le murs de la même couleur crème, exposition sud-ouest comme chez moi, baie vitrée dans le salon et une petit fuite dans les toilettes, on entendait le même plic-plic-plic... Tout était pareil, mais le plan de l'appartement était inversé. Après un long moment de silence, j'ai fini par dire, assez fort : "C'est moi, chérie !", comme je l'entends faire parfois à travers la cloison. Surpris par ma propre voix, j'ai répété : "Chérie, c'est moi !". Et là, une voix de femme que je ne connaissais pas m'a répondu du fond de l'appartement : "Je me doute que c'est toi, Julien, qui veux-tu que ce soit d'autre ?". Je restais pétrifié. Je m'appelle Stéphane. Mes voisins ont un énorme rottweiler. Il a surgi d'une pièce voisine... et il m'a fait la fête !Finalement la voisine a fini par apparaître et elle est venue m'embrasser dans le cou. Je me suis retrouvé à table, au milieu du salon, avec une blanquette de veau dans mon assiette. J'ai fait la vaisselle, puis je me suis retrouvé au lit avec la voisine, nous avons fait l'amour, elle me murmurait "Julien, Julien"... C'était démobilisant. D'autant que je ne connaissais pas son prénom à elle. Je l'appelle toujours "Madame Alpern" quand je la croise dans l'ascenseur. Alors là, je lui disais : "Madame Alpern, Madame Alpern", je n'avais pas d'autre choix... Et manifestement, ça ne lui a pas déplu. J'étais au milieu d'un quiproquo de plus en plus indémêlable.Je suis resté quinze jours chez mon voisin. Je guettais la porte, je tendais le dos, je m'attendais à être démasqué. Mais personne, rien. Dans le même temps, je n'avais plus de nouvelles de ma propre épouse, alors même qu'elle habitait de l'autre côté de la cloison. Chez moi, quoi. Alors un matin, alors que je partais travailler à la SNCF, place de la gare, bureau 5146, là où travaille mon voisin, un matin, avant de descendre l'escalier, eh bien un matin... j'ai sonné chez moi. Pour retrouver mes marques à l'endroit. Et pour revoir un peu ma femme, à laquelle je suis attaché. Alors j'ai glissé la clé dans la serrure.  J'ai trouvé mon voisin chez moi, avec ma femme, mes chaussures, mon chien. Et avec un enfant,  un petit garçon de sept-huit ans. Alors que nous, nous avons une fille, déjà ado. Et le papier peint était nettement plus clair que dans mon souvenir. Mon chien m'a mordu. Ma femme a fait un pas en arrière et m'a appelé monsieur. Elle était blonde, alors qu'à l'ordinaire elle est châtain, avec des reflets roux. Le voisin lui était bien le voisin. Pas de doute. Il a claqué la porte sur moi. J'ai pensé appeler la police, expliquer qu'il y avait usurpation d'identité caractérisée. Et puis j'ai reconsidéré la situation. Je ne partais pas gagnant, je vivais moi-même depuis quinze jours la porte à côté, difficile d'expliquer ça aux autorités. J'ai préféré battre en retraite, pour prendre du temps, établir une tactique, y aller pas à pas, étape par étape. Ce jour-là, je ne me suis pas rendu au travail du voisin. Ni au mien. Je suis revenu dans l'appartement – du voisin. J'ai sorti le rottweiler. Et j'ai appris que Madame Alpern se prénomme Sophie.

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