Alban Orsini
Publié le 31/10/2014

Sylvette


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Né en 1980, écrivaillon de petites choses éparses de-ci de-là, ouvert à rien, décidé à tout, Alban Orsini n'aime pas parler de lui à la troisième personne mais adore les kebabs sur assiette, le son des fils en métal sur les mâts des bateaux amarrés, fumer ses cigarettes entre le pouce et l'index et le théâtre ce qui au final revient au même.
Pour l'instant publié en revue, Alban Orsini a pour ambition d'apprendre l'algorithme de résolution du Rubik's Cube pour rendre la vie meilleure et les moments plus doux... Il est également rédacteur pour le webzine Culturopoing.
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Le 10 avril 2015 à 09:09

L'OIM (Organisme Informatiquement Modifié)

ou Dieu prisonnier de sa propre création

Je suis mort il y a longtemps, très longtemps. A présent, je ne suis qu’un malheureux tas d’os jetés et oubliés à six pieds sous terre – la terre de ce que mon observateur et ses contemporains appellent le « vieux monde » (après de longues décennies de lutte écologique acharnée, celle que nous autres avions bravement entamée, l’homme en passe de devenir un OIM a fini par se dire que finalement il n’y avait nul besoin d’un environnement organique pour la survie de l’espèce humaine et qu’un écran suffisait pour contenir tout l’Univers).   Selon mon observateur, il est clair que je n’ai pas eu la chance qu’il a. Pour lui, bien que j’en eusse connu les débuts, j’ai manqué une grande étape de l’aventure technologique, son point culminant notamment – comme si on venait à mourir d’une maladie incurable dont le remède serait, ironiquement, découvert dès le lendemain de sa mort. Je ne doute pas de l’honnêteté de sa compassion mais la condescendance de son observation m’insupporte (en même temps je ne peux pas complètement lui en vouloir puisque moi aussi j’avais observé et jugé ceux qui m’ont précédé sans scrupules ni tendresse). Malgré les siècles qui nous séparent je peux presque sentir le poids de son regard compassionnel et entendre ses gloussements. Il se croit supérieur, le bougre, à m’examiner sous toutes les coutures, à étudier ma physionomie archaïque, à imaginer mes gestes les plus anodins comme moi en train de me curer le nez ou humer sur mon doigt la transpiration de mes fesses à la fin de la journée. Tout cela lui parait, à la fois, désuet, ridicule, attendrissant… et révoltant : il n’en revient pas par exemple qu’on puisse s’embarrasser de tant de chair et rester assis des heures, sans rien faire, devant un monde qui ne demande qu’à être exploré. Alors qu’il plaint ma pesanteur charnelle, il rêve de la légèreté mentale absolue dans laquelle il baignera dans quelques minutes. Mon observateur n’a pas de doigts, cela fait longtemps qu’il n’en fait plus usage. Il n’a pas de jambes non plus, il y a belle lurette qu’il n’éprouve plus le besoin de marcher – ne serait-ce que pour se rendre au boulanger du coin (à ce propos, tous les métiers qui, de mon temps, avaient trait à la nourriture ont disparu maintenant. Il est inutile donc de souligner que mon observateur n’a pas de bouche – pas d’anus non plus, ça va de soi). En gros, mon observateur n’a rien qui rappelle l’humain que je fus. En voyant son corps définitivement annihilé, à peine sera-t-il passé de l’autre côté, il n’aura plus d’âge et échappera à toute notion de race ou de nationalité. Mise à part « la vue » il se verra soudain dépourvu des quatre autres sens : il ne pourra ni toucher ni entendre ni goûter ni sentir. Bien que des émotions telles que la joie et la tristesse lui resteront parfaitement « intelligibles », il ne rira plus et pleurera encore moins. Instantanément, il sera débarrassé de toute faculté à éprouver des sentiments comme la haine et l’amour – et ce sera un grand soulagement. Mon observateur n’aura plus besoin de penser ; il sera, tout simplement. Il deviendra ce qu’on appelle un OIM, une pure prestation numérique. Les OIM vivent à travers le regard de l’internaute qui les sollicite. S’ils doivent mourir (expirer) c’est parce que ce dernier se sera désintéressé de leur contenu, ni plus ni moins. Qu’ils aient l’apparence d’une date historique ou d’une citation pénétrante, d’un tube d’été ou encore d’une vidéo pornographique, les OIM se ressemblent horriblement de par leur nature informatique. La seule chose qui les différencie c’est la durée de vie des uns et des autres. Aussi on pourrait les répartir en trois grandes catégories hiérarchiques : 1- Les « culex » dont la durée de vie ne dépasse pas les deux semaines (la dernière chanson des « Enfoirés » est une parfaite illustration de brièveté de vie d’un OIM « culex »). 2- Les « isoptères » qui peuvent atteindre l’âge respectable de 50 ans voire plus (pour rester dans la musique, on citera « Thriller » de Michael Jackson qui vécut 75 belles années depuis sa parution en 1982). 3- Les « koï » dont la durée de vie peut atteindre l’âge de 250 ans voire plus (les vidéos pornographiques sont, sans conteste, les OIM les plus consultés. Une vidéo pornographique extraite du sulfureux « Russian Institute 11 » de Marc Dorcel est morte à l’âge de 261 ans ! Si son instinct de survie est assez fort et qu’il a appris à lutter contre virus et bugs, un OMI fera partie des « koï » et logera dans un « site » digne de ce nom. Dans le cas contraire, il finira sous la forme d’un journal sur le « blog » d’une midinette sans ambition numérique aucune… Je peux très bien visualiser la tableau : le transfert numérique aura lieu dans quelques minutes. Mon observateur est posté devant son écran depuis au moins un siècle. Il achève de se dématérialiser complètement. De lui, il ne reste qu’une paire d’yeux nus scrutant fébrilement l’espace numérique qui s’ouvre à lui sur l’écran. Oh oui, qu’il est fin prêt pour le grand voyage. Dans quelques minutes, il pourra enfin jouir de son nouveau statut d’omniscience numérique. Si sa volonté s’amenuise ce n’est que pour qu’il devienne pure conscience. La machine hypnotico-aspiratoire se met en branle. Il n’a aucune envie de résister, loin de là. Toute son attention est dirigée vers la source de l’aspiration. Il s’abandonne à son sort. Il ne regrette rien. Ne plus penser. Juste se laisser aller.   Trois. Deux. Un... Ca y est : mon observateur est passé de l’autre côté. Il est désormais ce dont il a toujours rêvé : une vidéo pornographique hébergée par l’un des sites les plus prestigieux en la matière. Or ce que mon observateur ignore c’est qu’il a été le dernier des derniers des hommes à être passé de l’autre côté, et qu’il n’y a donc plus personne pour le solliciter. La suite, on la connaît.

Le 16 janvier 2011 à 10:46

Le cercle des indignés

La deuxième décennie du nouveau siècle avait débuté avec un petit bouquin  de 24 pages d’un vieillard plus que digne qui enthousiasma tout le pays en même temps qu’était diffusé un énième sondage inepte classant ses habitants champions du monde des pessimistes. On aimait bien se distinguer dans l’hexagone et on accueillit ces deux nouvelles avec une jubilation blasée. Indignez-vous qu’il disait et tout le monde l’avait pris au mot. Le monde à feu et à sang n’intéressait pas vraiment ; on s’indignait surtout de ne pas être suffisamment pris en compte  dans l’échiquier de nos vies rétrécies, via les réseaux sociaux où chacun y allait de sa cause, en un clic sur une conscience en berne. Sur les lamelles molles d’un microscope daté, on plaçait ses mesquines préoccupations au centre des éternelles lamentations. « Je m’indigne donc je suis », formule typiquement française et purement rhétorique s’en tenait là. Peu importait la cause, il y en avait tant, disait le patriarche et comme cette fois on se devait de saluer avant l’issue fatale l’homme auréolé de la rumeur qu’il avait participé à l’élaboration de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme (excusez du peu) on ne pouvait raisonnablement pas passer à côté de cette aubaine là. Alors on s’indignait comme autrefois les Shadock pompaient, à hue et à dia. L’année se plaçait sous l’augure de débats creux et insipides annonçant une élection dont on se demandait à quoi elle pouvait bien rimer. Puisque l’ennemi avait été identifié, que l’on s’apercevait avec horreur de l’inutilité crasse des politiques face à ce monstre tentaculaire, on s’indignait. Puisqu’on avait maintenant un auditoire, certes illusoire, on se déplaçait de mur en mur pour annoncer la bonne nouvelle : indignez-vous ! 153 amis aimaient ça. Puisqu’on ne pouvait raisonnablement admettre nos solitudes emplies d’angoisse, on propageait la bonne parole : indignez-vous ! 168 amis aimaient ça. Puisque la promesse infâme de visibilité, d’ubiquité, d’universalité et toute autre tasse de thé semblaient à notre portée, on colportait cette parabole : indignez-vous ! 392 amis aimaient ça. Au même moment, à un jet de pierre de nos côtes méditerranéennes, personne ne s’indignait des massacres perpétrés contre des arabes affamés, des étudiants bâillonnés, des marchands ambulants n’ayant plus rien à vendre. On ménageait la susceptibilité des dirigeants installés en tenant discrètement une morbide comptabilité. Surtout, on s’en fichait royalement de ces basanés, on avait notre lot de haine ravalée. Alors on s’indignait comme on pissait quand Brel pleurait sur les femmes infidèles…Illustration : Nicolas Sarkozy et Zine El-Abidine Ben Ali

Le 3 décembre 2012 à 08:10

La lettre

Une virgule rouge et blanche, par l'arpenteur, nauséeux depuis 1971

Cher Virgile, J’avoue que ça m’a surpris de recevoir une lettre d’un type de ton âge (d’ailleurs tu aurais pu t’abstenir du petit dessin). Alors pour une fois, je prends la peine de répondre à mon courrier. Un cycliste en veste jaune (celui-ci ne se drogue pas) m’a livré ta lettre hier. Je l’ai presque manquée, car je venais de me blesser, et de dire des gros mots à base de femme à la cuisse légère et onéreuse, en ouvrant le courrier de Marie-Kelly qui voulait que je lui envoie un Monster-High-vibrant-2-vitesses. Oui, il n’y a plus de jeunesse. D’ailleurs lorsque je tripote un gamin dans un centre commercial pendant que sa mère nous prend en photo pour mettre sur Facebook, c’est lui qui m’apprend des trucs. C’est démoralisant. Pour en revenir à ta lettre, je vois que comme tous les autres, tu ne fais que demander. D’abord, pour la boîte de viagra, faut pas rêver. Pas question que je tape dans mon stock perso. Tu dis aussi que tu aimerais qu’il n’y ait plus de guerre ni de maladie, et que chacun mange à sa faim, puisqu’il y a bien assez sur cette planète pour nourrir tout le monde, surtout les banquiers. Là, je ferai deux remarques. Premièrement : que se passe-t-il ? Tu es candidat à Miss France ou quoi ? Deuxièmement : as-tu perdu la tête ? Plus de guerre, plus de maladie, plus de faim ? Tu veux ma mort ou quoi ? D’ailleurs mon facteur pense exactement comme moi, et j’ai pas envie de le voir se mettre en grève, alors pas question. Non seulement mieux répartir les richesses, et éviter que la plupart des enfants meurent avant d’avoir vu le moindre arbre et encore moins celui de Noël, ne ferait qu’augmenter mon boulot et mes frais fixes, et je sais pas si tu sais, mais c’est la crise, et moi je bosse à l’œil. En plus ça rallongerait terriblement ma tournée. On dirait que tu ne te rends pas compte le temps que ça prend déjà d’aller chez tous ces fils de pub en une seule nuit ! Alors tes vœux de Miss France, tu te les gardes. Tu me demandes ensuite de donner un cerveau aux humains, pour que par miracle ils se rendent compte qu’ils vont droit dans le mur, et qu’ils envisagent de peut-être essayer de changer de cap… Alors là je te rappelle que l’autre barbu, celui avec la robe blanche et le fils aux cheveux longs qui s’expose en slip un peu partout, il a déjà fait le nécessaire, à l’époque où il bossait. Un cerveau vous en avez un. Un cœur aussi. Si quasiment personne n’est capable de s’en servir correctement, ce n’est quand même pas sa faute, ni la mienne. Et je suis pas là pour réparer vos conneries moi. Alors permets-moi de te dire à toi et à tous les autres : dé-mer-dez-vous !! Tout est entre vos mains, à vous de savoir ce que vous voulez. Non mais oh ! Vous croyez au Père-Noël ou quoi ? Enfin, tu dis que tu aimerais qu’on arrête de te prendre pour un con… Là vraiment, il faut que je te le dise, et je sais que cela va être dur, mais je pense que tu es assez grand maintenant pour connaître la vérité : je ne peux rien y faire, car 1. Tu es un con et 2. Je n’existe pas…   Nulle part, le 3 décembre 2012.   Père Noël

Le 28 décembre 2014 à 08:26
Le 9 novembre 2012 à 08:50

Le paléontologue qui rêvait d'être roi

Histoires d'os 35

Ethnologue, paléontologue et espion, le Baron Franz Nopcsa von Felsö-Szilvàs appartenait à une vieille famille aristocratique d’origine hongroise installée en Transylvanie. Laquelle avait compté dans la galerie  de ses ancêtres, quelques notables aventuriers qui attaquèrent des diligences ou exercèrent de hautes fonctions à la cour de l’impératrice Sissi. A leur image, lui-même devait connaître une existence hors du commun, loin des violons de Mayerlink.   Parce que sa jeune sœur Ilona dénicha un jour par hasard quelques ossements de dinosaures dans le parc familial, le jeune baron Ferenc, alors âgé de 18 ans, entreprit de brillantes études de paléontologie et de géologie. On lui doit notamment la description de l’Hadrosaure, le fameux dinosaure dit à bec de canard  ainsi que la première étude de paléo-écologie, appliquée au nanisme du Magyasaurus : nain parmi les poids lourds de l’ère mésozoïque.   Mais la curiosité scientifique du savant ne s’arrêtait pas aux vieux os reptiliens,  elle devait également se pencher sur les coutumes locales de sa Transylvanie natale, justifiant la publication de plus d’une cinquantaine d’ouvrages ethnographiques abondamment illustrés de photos. En tant qu’agent secret au service de l’empire autro-hongrois, le savant baron devait également contribuer à la proclamation de l’indépendance de l’Albanie, pays dont il caressa quelques temps le grand rêve de devenir le roi.   Mais la chute de l’empire et le rattachement de la Transylvanie à la Roumanie mirent fin à ses illusions royales. Refugié à Vienne, accablé de dettes, il mit fin à ses jours en 1933, non sans avoir au préalable tiré une balle de revolver sur son secrétaire et amant. Renouant ainsi avec le romanesque et les violons de Mayerlink. 

Le 12 septembre 2011 à 08:34

Pique-nique avec hippopotame sur le chemin de Compostelle.

Histoires d'os 18

Au siècle des Lumières, Voltaire passait pour un homme éclairé. Il l’était, sans nul doute, en matière de philosophie et de littérature. Il l’était beaucoup moins dans le domaine de la paléontologie, science qui n’existait pas encore. Ayant eu connaissance qu’on avait découvert dans une gravière d’Etampes, des ossements d’hippopotames associés à des bois de rennes, le caustique philosophe ironisait avec dédain sur le fait que le Nil et la Laponie devaient autrefois se trouver entre Paris et Orléans. Avec la même malice, il allait même jusqu’à écrire que les coquillages pétrifiés qu’on ramassait parfois à plus de cent milles des rivages, étaient des restes de pique-nique abandonnés par les pèlerins sur le chemin de Compostelle. Vraisemblablement, l’homme de lettres n’en croyait pas un traître mot en dépit de son scepticisme. Il ne faisait que parodier, pour les tourner en ridicule, les interprétations fantaisistes de certains naturalistes. Au risque d’être mal compris et de susciter des réponses également sarcastiques. A l’exemple de celle de Buffon, homme de sciences éclairé, qui à son tour caricaturait les arguments du philosophe en suggérant que les fossiles auraient bien pu être transportés par de facétieux petits singes, à l’image de ceux que le diplomate La Loubère avait décrits dans la région du Cap de Bonne-Espérance. Voltaire aurait pu rétorquer (mais il ne l’a pas fait) qu’il voyait assez mal quel type de petit singe aurait pu déplacer dans le centre de la France, un lourd cadavre d’hippopotame ramassé sur le bord du Nil où, de notoriété publique, il n’y a plus de crocodiles. Pas plus qu’à Compostelle d’ailleurs !

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