Pénélope Bagieu
Publié le 29/09/2014

Too cool for school


Pénélope Bagieu est née à Paris en 1982 de parents corses et basques. Elle est auteur de BD (Joséphine, Cadavre exquis, La Page Blanche) et illustratrice pour la presse (Telerama, ELLE, Libération). Le reste du temps, elle joue de la batterie  dans un groupe de rock et regarde beaucoup de documentaires animaliers. 

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Le 22 septembre 2015 à 10:18

Juste un condensateur

C'est une pièce minuscule, quasiment nanométrique. Elle est issue d'un terminal mobile de dernière génération dont la caractéristique essentielle est l'émission et la réception (à très grande vitesse) d'ondes électromagnétiques. Ce terminal a été piétiné il y a quelques jours par Robert Gontran Mulligan, né à Falltown, Etats-Unis d'Amérique, le 11 mai 1979, lors d'une violente dispute en plein M Street à Falltown, USA, avec sa compagne Monica Li, née à Shanghai, République populaire de Chine, le 4 août 1985. M. Mulligan reprochait à Mlle Li une supposée liaison avec John Michael Collins, né à Falltown, Etat-Unis d'Amérique, le 31 juillet 1957, propriétaire et gérant de NeoSwin Inc., dont la fortune est évaluée à 17 millions de dollars. Il a donc saisi le terminal, le projetant contre le bitume du trottoir de M Street, à la hauteur du numéro 1244, le rendant dès lors inutilisable. Pour autant, il s'approcha de ce qu'il en restait pour l'écraser violemment sous son talon à coups répétés. Des éléments volèrent derechef, certains jusqu'au numéro 1248 de M Street, où ils demeurèrent trente-six heures, malgré le dense passage de population à cette hauteur de la rue (le 1248 M Street est l'adresse du Porfirio Club, l'établissement pour adultes le plus couru de Falltown, et par ailleurs le seul. Il se trouve que John Michael Collins en est un des actionnaires, minoritaires mais assidus). Le terminal mobile faisait partie du dernier lot importé par NeoSwin Inc. avant que Mr. Collins ne se convainque que le marché était sans perspective de nouvelle croissance conséquente, et qu'il se tourne vers le négoce de bassins de piscines pré-carrelés. Cette pièce minuscule, presque nanométique, est un bout de condensateur, qui contient du tantale, métal extrait de la colombo-tantalite, minerai dont la rareté et la demande provoquent des guerres en Afrique. Un jour il n'y en aura plus. Cette pièce minuscule, nanométrique ou peu s'en faut, est inutile en dehors de la coque d'un terminal mobile et du voisinage de nombreux autres composants. Elle continue pourtant d'exister, rare, précieuse, riche de qualités (elle ne rouille pas) : elle est en ce moment même collée à votre semelle. Le hasard a dû vous faire passer récemment devant le 1248 M Street. Vous allez l'emporter chez vous, sans y prendre garde, sans même en avoir conscience. Elle se glissera alors entre deux mailles de votre tapis et y restera plusieurs jours jusqu'au passage d'un aspirateur. Bien avant ça, Monica Li, folle de douleur, tentera de reconquérir le coeur de Robert Gontran Mulligan. Elle y réussira sans grande difficulté, la rage de Robert Gontran Mulligan n'ayant été qu'une expression de son amour proportionnel. Mais trois mois plus tard, Robert Gontran trouvera dans le nouveau terminal de son amie un message sans ambiguité signé des trois lettre JMC. Il se saisira alors de sa vieille carabine, visera la tête de Monica puis la sienne propre, non sans avoir placé une balle dans le nouveau terminal. On retrouvera des éléments de Mlle Li, de M. Mulligan et de la machine électronique jusqu'au 1252 M Street. Ce jour-là, vous jetterez le sac de l'aspirateur dans votre poubelle, au fond de laquelle disparaîtra alors cette minuscule pièce, pour ainsi dire microscopique.

Le 2 avril 2013 à 10:32

Un enfant gravement malade réconforte un clown d'hôpital sur sa vie

La vie réserve parfois de touchants instants. Cette rencontre entre Jérémy Lachèze, 8 ans, et Fabrice Lecamp, 41 ans, fait partie de ces instants. Le premier est atteint de la mucoviscidose et le second travaille comme clown d’hôpital depuis 2003. Les deux garçons ont fait connaissance lors d’une intervention de Fabrice à l’hôpital Necker où Jérémy est alité depuis 1 mois. Une rencontre pleine de bienveillanceet de rire mais qui ne s’est pas déroulée comme on pourrait le penser puisque les gestes de réconfort et de compassion sont finalement venus du jeune garçon malade. Donner envie de s’accrocher « Je suis sorti de là, j’avais complètement rechargé les batteries. Ça m’a fait tellement de bien ! » nous confie Fabrice à la sortie de son numéro de clown auprès de Jérémy. Une prestation très vite interrompue par ce dernier qui a souhaité s’adresser au clown d’hôpital : « Il m’a dit d’arrêter ce que je faisais. De stopper les gags et le nez rouge. Que j’étais pas obligé de faire ça. Ensuite il m’a expliqué qu’il était déjà très heureux comme ça  et que ce qui l’inquiétait vraiment, ce n’était pas tant son état mais plutôt la tournure que prenait ma vie » raconte Fabrice, encore sous le coup de l’émotion après sa rencontre avec l’enfant. Jérémy de son côté a lui aussi trouvé cette rencontre enrichissante et reste content d’avoir pu apporter un peu de réconfort à un clown d’hôpital : « Si ma maladie me permet au moins de rencontrer des clowns d’hôpitaux et de les aider à comprendre que rien n’est perdu pour eux, alors c’est déjà ça. » et le tout jeune mourant de continuer : « Je sais que je ne pourrai pas faire de miracle et changer complètement leur vie. Mais si je peux juste les aider à s’accrocher, à les convaincre de changer de métier, parce qu’au fond je pense qu’ils méritent mieux, alors je continuerais de le faire jusqu’au bout. » Une course contre la montre Une ambition que le garçon malade a décidé de voir comme un challenge, le temps jouant de fait contre lui. Mais Jérémy Lachèze semble avoir fait au moins un nouveau converti après cette rencontre avec Fabrice, comme l’explique ce dernier : « Je pense que je vais arrêter de faire clown d’hôpital. Alors, ce qui m’attend après je sais pas trop. Soit je décide de persévérer en tant que comédien, peut-être intégrer une compagnie, soit je décide de faire carrément un autre métier. Peut-être cariste. A voir. » Le Gorafi Illustration: iStock / foto-rolf

Le 10 juillet 2010 à 12:03

Ramize Erer

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (5)

Elles ont de belles rondeurs, les héroïnes de Ramize Erer. Le visage, les seins qui tendent leur chemise et les fesses, toujours pommelées. Devisant sur un coin de bureau ou un carré de pelouse, affalées sur un canapé, ces délurées s’épilent, raillent les machos, fument et boivent en toute décontraction. Ces hédonistes en petite culotte goûtent leur liberté et les joies du sexe. La vie, quoi, allégée de l’oppression mortifère des barbus. Pour les intégristes, ce sont des parangons de « Mauvaise fille », titre de l’un des premiers albums de Ramize Erer paru en 1999 et inspiré d’un slogan entendu lors d’une manifestation à la fin des années 1970 alors qu’elle était lycéenne : « Les gentilles filles vont au paradis, les mauvaises filles vont partout !» En brossant avec férocité la chronique de la vie amoureuse de ses contemporains, la féministe Ramize Erer va aussi partout. Dans les bureaux, dans les foyers, dans l’intimité des couples, surtout là où les conservateurs grincent des dents. Fille d’un comptable et d’une mère au foyer, cette cousine de traits et d’inspiration de Wolinski, fut l’élève, à sa sortie de l'Académie des beaux-arts, du caricaturiste Oguz Aral alors qu’il dirigeait le célèbre hebdomadaire d'humour Gir-Gir. A Istanbul, cette belle blonde réputée pour son extrême timidité, a affermi l’originalité de son style et son audace dans un milieu très masculin où rares sont les dessinateurs osant évoquer les relations hommes-femmes pour critiquer le conformisme de la société turque. Las, les menaces des extrémistes qui la visaient ainsi que son mari, Tuncay Akgün, également dessinateur et patron du journal Leman, se sont multipliées. Il y a deux ans et demi, Ramize Erer a dû quitter la Turquie. Réfugiée en France avec ses enfants, elle poursuit de Paris sa collaboration avec le quotidien stambouliote Radikal. Et entretient sa notoriété par son trait léger, son humour mordant et ses jeunes femmes émancipées. Lors d’une audition publique le 17 mars 2010, Nimet Çubukçu, ministre turque chargée de la Famille et de la Condition féminine, a rappelé que les articles 9 et 10 de la Constitution établissaient l'égalité entre hommes et femmes mais a convenu des lenteurs législatives : « une loi adoptée en quinze minutes peut mettre quinze ans pour être mise en vigueur et il faut parfois cent cinquante ans pour qu'elle s'inscrive dans la réalité culturelle. » Avec Ramize Erer, elle s’inscrit en bulles tous les jours.

Le 12 mai 2011 à 13:32

Ce maudit orgasme

M le mot-dit

Racontez-nous votre M, votre mot-dit maudit du moment, justifiez votre haine et dépassez-la en détournant ou remplaçant le maudit… en maximum 2000 signes. Aujourd'hui Sophie Dulac déteste le mot "orgasme" :Avec son préfixe en or prétentieux et son final en consonance de maladie respiratoire, le mot fait pédant et dédaigneux. IL pue l’encyclopédie médicale bradée consultée à la va vite au fond d’une bibliothèque municipale poussiéreuse avec des sourires empruntés. IL s’imprègne des premières cigarettes, des petits émois d’adolescents amoureux qui s’instruisent en cachette avec les courriers du docteur Ruth. IL est le vilain point de mire des apprentis  libidineux. IL manque pourtant de dimension et la cible atteinte laisse un sentiment d’imperfection. La volupté est peut être ailleurs, dès les premiers effleurements, le froissement d’un déshabillé, un souffle sur l’oreiller, un corps à explorer, des murmures partagés. Lui le vaniteux de la jouissance transforme l’or en pacotille et  le trésor de se réduire en manifestation physiologique. Le mot plait pourtant, s’affiche, fait vendre. Entre le nouveau régime protéiné et les bons plans shopping, il conjugue les genres et  les styles. De la presse gay, économique, au glamour féminin ou plus populaire, on le décortique, on l’autopsie, passé au scalpel IL reste tout aussi laid comme un organe éclaté. Lui qui pourrait symboliser ce qu’il y a de plus beau n’évoque qu’un mécanisme, enterre la sensualité, allègue le sexe et oublie la chair. Sophie Dulac Vous désirez "mot-dire" à votre tour ? > c'est ici que ça se passe !

Le 2 décembre 2010 à 07:40

"On est quand même dans un monde de schtroumpfs!"

Vincent Peillon, Radio J, dimanche 28 novembre 2010.

Bienvenue chez les Schtroumpfs !  Peillon n’a pas tort d’invoquer Peyo. L’agitation du village socialiste fait penser aux petits lutins bleus de l’illustre auteur de BD, avec leurs fantasques querelles et leur langue codée. Vincent Peillon, député socialiste européen, c’est un peu lui même le Schtroumpf à lunettes (qu’il ne porte pas, mais ça doit être une ruse !), celui qui ramène toujours sa science (de philosophe en l’espèce) et agace tout le monde tout le temps. Mais il ne croyait pas si bien dire. Son ironie, ce jour-là, visait ceux qui voulaient pousser Dominique Strauss-Kahn (le Grand Schtroumpf caché) à précipiter sa candidature aux primaires socialistes alors qu’il a bien plus important à faire à la tête du FMI, que de venir batailler ici avec François Hollande (Le Schtroumpf Farceur), Arnaud Monteboug (Le Schtroumpf Frimeur) ou Manuel Valls (Le Schtroumpf Joueur). Or le lendemain, stupeur et tremblements dans la forêt, c’est la Schtroumpfette Ségolène Royal qui annonçait sa propre candidature, frôlant même l’outrage à Grand Schtroumpf caché en lui promettant un poste de premier ministre si elle devenait Présidente. Certes elle a nuancé ensuite, mais la zizanie régnait à nouveau dans le monde des Schtroumpfs roses. Et tout ça pour un mot malheureux de Martine Aubry (La Schtroumpftaine ?) laissant croire que les primaires étaient pliées d’avance avec la complicité de la Schtroumpfette. Schtroumpf qui pourra !  

Le 24 octobre 2014 à 14:45
Le 20 septembre 2014 à 08:38

Conseil d'orientation

Pousse bouton. Thaumaturge. Gratte copie. Répondeur automatique. Promeneur de chien. Torche marmot. Panse plaie. Mange merde. Gardien du non. Vigile pirate. Voleur d'enfant. Arracheur de dent(s). Souillure de drap. Déclencheur d'alerte. Veilleur de nuit. Veilleur de jour. Souteneur de thèse. Comburant. Procédurier. Rouleur de gras. Agent d'ambiance. Pisse-vinaigre. Plagiste. Masturbateur. Petite mainterchangeable. Animal de foire. Pousse caddie. Mégère de moins de cinquante ans. Huissier de justice. Commis fier de police. Arab'du coin. Lampiste. Esthéticienne trépaneuse. Président d'association loi 1901. Garde chiourme. Délateur officiel. Montreur d'ours. Dresseur d'enfant. Rat d'hôtel. Déclencheur d'achat. Traîne savate. Thanatopracteur. Écrivain pudique. Masseuse thaïlandaise. Gendarmette. Colleuse d'ongles. Paysagiste péagiste. Conseiller technique. Blanchisseur de dents. Amaigrisseur de gros. Faux prophète. Peintre au mètre. Marabout. Grue de chantier. Assistant d'assisté. Stagiaire perpétuel. Père Noël en décembre. Plongeur en bassin de vingt cinq mètres. Importateur. Escort girl. Ventre mou. Chefaillon. Dresseur de rat. Empêcheur de tourner rond ou mal. Molosoïde. Truquiste. Tueur sans gages. Équarrisseur de chèvres. Obsédé sexuel. Graveur de plaque. Pion à vie. Designer de god. Opérateur tertiaire. Improductif réel. Panel qualitatif. Chef de produit. Presse purée. Journaliste. Tire jus. Chasseur de pétouille(s). Contrôleur. Racoleur de pigeons. Cible. Colleur d'affiche. Accordeur de piano. Témoins de Jéhovah. Technicien de surface. Saucier. Nez. Trafiquant de drogue. Bignole. Vendeur de sang. Faussaire. Moucheuse de frère et de chandelle. Avocat pas d'affaire. Banque du sperme. Mickey dans un attrape couillon clôturé. Dame pipi. Vendeur d'armes. Evêque. Trafiqueur d'influence. Coiffeuse. Dresseur de blanc bec. Bourrique. Bouc émissaire. Footballeur. Plombier. Fleuriste. Caissier. Mécaniqu'auto. Habilleuse. Gogo danseur. Pas clerc de notaire. Ambassadrice Avon. Rabbin. Videuse de truite. Réducteur de tête. Gentil Organisateur. Traiteur de déchet. Casseur. Chair à canon. Charcutier traiteur. Ténor ou Soprano. Joconde pour touriste. Coach. Siffleuse de flûte. Doublure. Employé de banque. Guide touristique. Chauffeur livreur. Pâtissier. Sans domicile fixe. Tirailleur. Pistachier. Gourou. Nageuse. Enfant de la balle. Balle d'enfant. Parent terrible. Enfant terreur. Catcheur. Mère Théresa. Inséminateur bovin. Opticien. Inspecteur des travaux finis. Pousse bouchon. Faire valoir. Pécheresse. Hooligan. Croupier. Gratte papier. Mâche buvard. Torche nez. Penseur de Rodin. Gardien de cimetière. Cimetière de gardien. Pirate informatique. Moniteur. Monte en l'air. Joueur de poker. Fumeuse invétérée. Gratte pied. Pianiste de bar. Masseur thaïlandais. Bison futé. Porte clés. Gnafron de Guignol. Guignol soi-même. Harangueur de rue. Faux cul. Guide touristique bilingue. Objet sexuel. Faux témoin. Veilleur de jour. Traîne con. Sage femme. Plaideur. Mère Noël de strip-tease en boîte. Thermomètre. Pousse-pousse. Recordman de quelconque. Aquarelliste. Moine copiste. Animateur sociocu. Répondeur téléphonique. Cableur. Pète couille. Pense bête. Pèse lettre. Mange poussière. Gardien de musée. Muse de gardien. Voleur de sac. Arrache cœur. Tripier volailler. Croque mort. Tumeur. Déclencheur d'alerte. Night. Veilleur de mort. Souteneur de thèse. Combustible. Procédurier. Proctologue. Procureur. Agent d'accueil. Vinaigrier. Proviseur. Plaquiste. Chauffeur de pied. Fort des Halles. Pousse-crotte dit aussi Bousier. Harpie. Rabibocheur de couple. Lusophone. Laborantin. Assistante sociale. Garde barrière. Dernier rempart Regarde derrière. Délateur officieux. Montreur de z'gueg. Hardeur. Tenancier. Producteur. Reproducteur. Choufeur. Photocopieur. Homme de paille. Copieur. Ramasse copie. Presse bouton. Dresseur de fauves. Gaveur d'oie. Cornac. Cuisto. Eleveur. Masseur thaïlandais. Colleuse d'ongles. Chef de rayon. Gastro-entérologue. Blanchisseur d'argent. Obèse. Égoutier. Staffeur. Grue. Assistant stagiaire. Stagiaire. Guide touristique trilingue. Imam. Plongeur. Explorateur. Escort boy. Dresseur de foule(s). Sondeur. Flic. Cryptozoologue. Créateur de rumeurs. Irresponsable de service. Média planeur. Attaché de fesse. Tic et Tac pour cochon de payant. Plaquiste. Vénus de Milo. Compteur. Tailleur de pierre. Bonze. Conducteur de grue. Mécanicien naviguant. Bagagiste. Éclusier. Clitoridienne. Cadreur. Exécuteur testamentaire. Censeur. Pigeon. Potiche. Prêcheur. Hôtesse de l'air. Pêcheur au gros. Schizophrène. Maton. Réveil matin. Balayeur de rue. Intermittent. Mi temps. Mitron. Quart de temps. Trafiquant d'organes. Coq de combat. Pigeon voyageur. Conseiller d'orientation. Voilà ton avenir.

Le 4 octobre 2010 à 11:00

Le Libanais Stavro Jabra

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (6)

Sur la couverture de l’ouvrage La caricature au risque des autorités politiques et religieuses (Ed. Presses universitaires de Rennes) qui vient de paraître, figure un dessin de Stavro Jabra. A l'évidence, ce caricaturiste libanais n’a cure des risques, comme en témoigne ce dessin du 3 octobre où les présidents syrien et iranien, Bachar el-Assad et Mahmoud Ahmadinejad, tirent les ailes d’une colombe de la paix afin de saper les efforts de Washington pour favoriser le dialogue israélo-palestinien. Collaborant aujourd’hui à deux revues et deux quotidiens, ce dessinateur âgé de 63 ans, véritable star dans son pays, "gratte et critique" qui il veut. Et cela, depuis plus de quarante ans. "Mes autres collègues qui exercent leur métier dans les vingt et un autres pays de la Ligue arabe n'ont pas le droit de dessiner émir, roi, leaders religieux, ministres...", confie-t-il. Lui ne s’en prive pas. Il s’est arrogé ce privilège à vingt ans et personne, depuis, ne l’en a dépossédé, y compris pendant la guerre civile qui déchira le Liban de 1975 à 1990. Sa carrière de photographe-reporter de guerre (il fut notamment correspondant de Paris-Match) conjuguée à celle de dessinateur se confond avec l’histoire de sang et de larmes de son pays, et au-delà, du Moyen-Orient. "ll vaut mieux en rire plutôt que d'en pleurer. Voilà comment, en quelques lignes — ou plutôt en quelques dessins —, Stavro nous a exposé la situation dans laquelle se débat le Liban. Du Cactus au jeu des Pyramides, toute l'histoire d'un peuple en butte à l'hostilité du monde, celui qui l'entoure et l'autre, essayant en vain de démêler leurs inextricables intrigues. Stavro sait cependant que sa cause est celle de la Justice, et que son combat ne pourra que vaincre", écrivit le président Amine Gemayel en préface à un recueil de dessins en 1978. Au physique, Stavro, longues bacchantes, crinière fournie, a quelque chose de léonin. Un fauve qui s'attaquerait aux prédateurs de la paix, aux dépeceurs de la tolérance. Cet homme qui a photographié au Festival de Cannes les plus grandes stars de cinéma, sait détrousser les apparences d'un coup de crayon et rendre accessible par le rire les enjeux et tensions géopolitiques.A son trait féroce, Stavro ajoute le sens de la formule. Pour preuve, les titres de ses livres : Dollarmes (1985), Souriez à la Syrie noire et Sam suffit la Syrie, sur l'accord américano-syrien en 1989), Les Saigneurs de la guerre où la région du Golfe est qualifiée de "Coran à haute tension" en 1991, L'an pire 92, etc. > voir sa page : http://www.stavrotoons.com/main.asp

Le 10 février 2012 à 08:13
Le 10 janvier 2013 à 08:18
Le 20 septembre 2011 à 08:39

Alexis Jenni : l'Art français de la guerre

Son pavé troue l'hypocrisie nationale

Quelques mois avant de sombrer dans la folie, Nietzsche avait été estomaqué en découvrant les romans de Dostoïevski : « le seul psychologue dont, soit dit en passant, j'ai eu quelque chose à apprendre. – Je le compte au nombre des plus belles aubaines de ma vie. » Il ne faudrait pas oublier que le romancier – le romancier digne de ce nom – embrasse plus large et plus profondément que le philosophe, l'essayiste ou l'historien réunis. L'Art français de la guerre est bien sûr un premier roman. Mais il est psychologue au sens où l'entendait Nietzsche : en mêlant notre présent mou à celui, froid, de l'Occupation, en suivant le destin de Victorien Salagnon qui se battra contre les Allemands, puis en Indochine et en Algérie, Alexis Jenni fait un trou dans la vitre blindée de notre conscience française si sûre d'elle-même. Il plonge dans le trou, fouille, suit les filaments darwiniens de nos certitudes de gauche ou de droite. Et là dessous, boudin, gargouillis, tripes de coq et têtes de mouton braisées, massacres coloniaux encore tièdes, humiliations, défaites, défaites,  Waterloo, 1870, 1940, Setif, Diên Biên Phu, Vaux-en-Velin. Dessous, c'est la guerre, et personne n'en veut, de la guerre : « Le corps social est malade. Alité il grelotte. Il ne veut plus rien entendre. Il garde le lit, rideaux tirés. Il ne veut plus rien savoir de sa totalité. » Alexis Jenni s'enfonce jusqu'à la Guerre des Gaules et revient à la surface avec le placenta moisi qui envenime le débat de la France avec elle-même. Ne ratez pas cette aubaine, il y a là beaucoup de choses à apprendre. Jean-Daniel Magnin Alexis Jenni, L'Art français de la guerre, éditions Gallimard

Le 3 mai 2014 à 15:07

Appel à la défamiliarisation

Playdoyer pour l'éradication des familles Assez curieusement, trois des principales clés de voûte du système autoritaire-marchand bénéficient d’une fantastique indulgence de la part de ses critiques actuels les plus démonstratifs : le goût du sacrifice enjoué, le fanatisme sportif et l’abêtissement familial. On sait que la mise au pilori de la famille bourge, conservatoire des plus gluants réflexes conditionnés au même titre que la religion, fut pourtant l’un des axes insurrectionnels de mai 68. Peu de brûlots du jour en tiennent compte. Ou alors d’une manière plutôt météorique. D’où l’intérêt du Plaidoyer pour l’éradication des familles (éd. Inculte fiction) de Stéphane Legrand, auteur chez le même éditeur de l’égayant Dictionnaire du pire, assez roboratif malgré de multiples échappées indigestes.   « La famille telle que nous la connaissons et l’avons connue est le résultat d’un processus de rétrécissement dont la base objective est la multitude dispersée et la forme la plus primitive la horde. Elle est un traquenard qui s’est progressivement refermé sur nous comme les mâchoires d’un piège à ours. (…) De la horde où chacun appartenait à chacun (c’est-à-dire ne s’appartenait déjà plus tout à fait) est née – par raréfaction du possible, du jeu et de la joie – la famille consanguine qui engendra à son tour la famille punualuenne puis la famille appariée qui de proche en proche produit la conjugalité moderne – c’est-à-dire la monogamie – dont Marx nous apprend qu’elle « contient en germe non seulement l’esclavage (servitus) mais aussi le servage. Elle contient en miniature tous les antagonismes qui, par la suite, se développeront largement dans la société et dans son État ». Pas mal comme survol historique. Se référant à la coqueluche des formalistes russes, Chklovski, Legrand, avec un sens assez cocasse des glissements de sens bénéfiques, propose alors à ses lecteurs non la défamiliarisation mais la défamilialisation méthodique consistant à « développer progressivement en soi l’aptitude à trouver étranges les choses qui nous sont si banales, si « normales », si profondément incrustées dans la machinerie de nos jours et les appareils collectifs d’abrutissement », les choses « qui ne se donnent à nous ordinairement que sous la forme de l’évidence inquestionnable, du « c’est-ainsi-en-raison-du-fait-que-c’est-ainsi », de l’indépassable roc de réalité tautologique du dépourvu de sens ». Les meilleurs pourfendeurs de la vie de famille visqueuse Les appels quelque peu pataphysiques de Stéphane Legrand à une défamilialisation du monde méritent en tout cas d’être pris à la lettre. Et ne nous empêchent aucunement de prôner des formes de guérilla autrement carabinées contre la crétinisation familiale, celles exaltées par les meilleurs pourfendeurs de la vie de famille visqueuse, les Benjamin Péret, Wilhelm Reich, Raoul Vaneigem, WC Fields, René Crevel, Jean Genet, Claude Faraldo, Valérie Solanas, Raymond Borde, Albert Libertad ou l’anti-éducastreur Jules Celma. Aux bachi-bouzouks me serinant que la famille, ça peut parfois avoir du bon, je rétorquerai volontiers que je leur donne raison. Mais seulement dans certains cas bien précis. Viva, par exemple, la famille fouriériste, celle qui s’éclate dans les familistères du Nouveau Monde amoureux, le chef-d’œuvre de Charles Fourier réédité fin 2013 par les Presses du réel. On y apprend, par exemple, ce que deviendront dans l’ordre social harmonieux préconisé par l’utopiste les mères de familles dites indignes, celles qui délaissent leurs lardons parce que leurs attractions passionnelles les disposent à d’autres voluptés. « C’est une prétention très mal fondée que celle des femmes qui se croient des modèles de vertus républicains parce qu’elles ont le goût de soigner les petits enfants, femmes très intolérantes qui diffament et damnent celles qui, ayant des goûts très différents, abandonnent les marmots pour aller à des réunions de plaisir. Lesdites réunions étant très utiles en association harmonienne, où les sept-huitième deviennent parties de plaisir, une femme sera jugée aussi utile et aussi vertueuse en allant aux parties de plaisir qu’en s’occupant aux soins des petits enfants, service dont la durée sera assez limitée pour qu’une Bonne puisse vaquer à vingt autres plaisirs également utiles et juge elle-même qu’elle n’est pas plus vertueuse au séristère des poupons qu’au colombier, à l’abeillerie, à la buanderie, à l’opéra. » Pour en savoir plus sur les plans harmoniens enivrants de réinvention jouissive du concept-même de la famille, mettre la main sur Charles Fourier ou la pensée en contre-marche de Chantal Guillaume (éd. Le Passager clandestin) dont il faudrait lire à sons de trompe certains passages dans les colloques de l’Éducation nationale.

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