Le Gorafi
Publié le 30/09/2014

Il ne se souvient plus de ce qu'il était venu faire dans cette pièce


Melun – Étrange histoire que celle de ce jeune homme qui s’est retrouvé seul chez lui, dans l’impossibilité de se souvenir pourquoi il venait de se lever de son canapé pour aller dans sa cuisine. Une histoire toujours inexpliquée au moment où nous écrivons cet article, mais qui heureusement se termine bien. Reportage

Le trou noir

Il est 16h38 quand Giovanni, étudiant en lettres décide d’arrêter son activité pour se rendre dans sa cuisine. Problème : une fois qu’il pénètre dans la pièce, il ne souvient plus du tout pourquoi il y est venu. De terribles minutes pendant lesquelles « Gio » comme le surnomment ses amis, est pris au dépourvu et ne sait pas comment réagir. « Je me suis retrouvé comme paralysé. Ça faisait comme un trou noir dans ma tête, mais tout petit » confie-t-il lors d’un point presse improvisé dans son salon.

Le jeune homme va alors utiliser une technique, celle de revenir sur ses pas et de refaire exactement ses mouvements. Sans succès. Il s’inquiète, commence à respirer de plus en plus vite. Soudain, tout lui revient, comme une fulgurance. Il cherchait ses lunettes. Machinalement, il passe la main dans ses cheveux, pour justement les y trouver. Tout est bien qui finit bien. Mais l’instant de panique intérieure aura cependant duré plus de 3 minutes 12.

Giovanni affirme ne plus courir aujourd’hui derrière sa mémoire perdue. « Parfois, je me dis que je suis pas loin d’être passé à coté de quelque chose » dit le jeune homme, expliquant qu’il aurait pu ne pas réaliser une action qui aurait pu influencer le reste sa vie. Mais le jeune homme promet qu’on ne l’y reprendra plus. « Depuis cet incident, je note chaque chose que je m’apprête à faire juste avant de les faire » ajoute-t-il en nous montrant un petit carnet qu’il garde toujours sur lui.

Le Gorafi » est créé en1826 par Jean-René Buissière, journaliste dyslexique. « Le Gorafi » c’est l’assurance d’une information libre et d’une presse vraiment indépendante.  Au fil des années, Le Gorafi est devenu une référence pour des millions de Français qui le plébiscitent pour la qualité et la rigueur de son information de sources contradictoires. 

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Le 12 août 2011 à 08:45

Toujours regarde le brillant côté de la vie

« Plus optimiste, ton prochain billet », m'a-t-on prié. C'est vrai que l'actualité actuelle n'est pas des plus réjouissantes. Mais chaque revers a sa médaille et avec un peu de bonne volonté, on finit par trouver des raisons de se réjouir dans les plus inquiétantes des nouvelles. Alors bien sûr, l'Angleterre est secouée par de terribles émeutes, et on ne sait même pas s'il s'agit d'un cri d'alarme lancé par des jeunes sans avenir, ou juste de mecs qui volent des télés. Mais le bon côté des choses, c'est que les éditorialistes finissent forcément par citer les Clash, ce qui est nettement mieux que Colonel Reyel. Alors bien sûr, la note des Etats-Unis a été abaissée, la France tremble pour la sienne et les marchés financiers, par compassion, n'en finissent pas de paniquer comme des pucelles effarouchées. Mais ce n'est pas si grave, une mauvaise note : je me rappelle, en primaire, je m'étais planté à une interro sur le passé simple et aujourd'hui, plus personne ne l'utilise, c'est bien la preuve. Alors bien sûr, on a un été pourri, ma bonne dame et franchement, il n'y a plus de saisons, plus d'été, plus de Printemps arabe, mais c'est excellent pour la relance économique des vendeurs de parapluies et de bateaux à rames. Alors bien sûr, la Somalie meurt peu à peu, mais peut-être que quelqu'un va avoir l'idée de faire un disque pour la sauver. C'est bien, les disques. Alors bien sûr, Carla B-S est toujours enceinte, mais du coup elle ne sera pas sur le disque pour la Somalie.

Le 3 avril 2015 à 14:34

Clic

ça permet ça n'est-ce pas ?la pluie bat les toits, une pensée me traversetout de suite je te le disça permet ça n'est-ce pas tout de suite diretout de suite la pensée traduite en mots écrits sur papier qui existe même pas,écran où s'alignent lettresque doigts frappent sans encreet tout de suite chez toi ta boîte aux lettres sans enveloppes, sans timbresça permet ça n'est-ce pas ?ma pensée tout de suite chez toi t'attends même pasça arrive à peine j'ai poussé sur envoyer clic ça arriveça permet ça permet ça çatout de suite chez toi clicassise dans ton salon mais pas là clicbavarde pas là clicparlante pas là clicbabeleuse pas là clicmême pas l'odeur du papiermême pas la lettre à tenir en doigtsça permet ça n'est-ce pas tout de suite de suite là instantané chez toilà tout de suitelà attrape allez lis t'as pas lu ? allez dis lis allez allezc'est pas possible que t'aies pas lu là le tout de suiteça se lit vite clique et lis clique et lis le tout de suite làtout de suite là clique dessus puis renvoie l'impression qu't'asça vite l'impression sans penser vite l'impression dis vite j'attends derrière l'écrança permet ça permet ça permet ça permet ça permet ça ça ça ça ça çatu vois ? peux même me voir si t'veux si t'veux clique ailleurs et tu m'voishé c'est moi t'as vu tout d'suite làt'as vu ?sans odeur sans texture suis làj'te souris j't'écrisallez ça permet ça disle tout possible tout de suite clicsatellite dans l'espacem'installe chez toisans corpssatellite dans l'espaceclicme fait voir ta maisonme fait voir planète marsclicme fait voir lune étoiles astéroïdesclicj'y suis pas mais j'y suis et j'te voisça permet ça le tout possible tout de suiteet quand tu m'parlesvraiment là à mon oreillej'y suis pas.

Le 22 novembre 2014 à 08:33
Le 20 mai 2011 à 08:55

Nous avons remplacé notre mémoire par l'image

Restons vieux jeu

L’image omniprésente au XXIe siècle a immortalisé ce que l’Homme a déjà : le regard et la mémoire. Cette parodie est révélatrice: les gens ne cessent de se prendre et de prendre à tout va en photos. Pourquoi un arrêt sur image ? L’Homme aurait-il peur d’oublier le présent ? Notre appareil remplace notre cerveau mémoriel. L’instantanéité remplace le temps du récit, le temps de l’orateur. Voler ces instants et les publier pour que tout le monde voie ce que vous avez vu. Partager l’illusion d’être ailleurs, alors que vous êtes devant votre écran à lire. Mais nous ne voyons pas plus. Nous restons coincés entre une machine photographique, nos souvenirs et un écran. Pourtant ces instants peuvent être racontés, partagés   Une amie me racontait ces voyages passés des années 80 en Russie et en Birmanie. Les tensions dans ces pays lors de ses séjours l’empêchaient de prendre des photos. Mais son regard sur place ne l’empêchait pas de mémoriser ses événements. Elle peut vous les raconter en détails comme si c’était hier. Aujourd’hui nous croyons pouvoir tout dire, tout faire derrière notre écran. L’image tant modifiable, « photoshopée » en perd sa vérité. Nous voulons montrer quelque chose qui n’existe pas.   La mémoire est donc l’outil le plus précieux. La mémoire conserve les images, les odeurs, les sensations vécues. L’Histoire ne s’oublie pas. Le passé raconté est riche d’images. Cela s’efface avec le temps ou se déforme, mais cela garde une authenticité humaine.

Le 29 décembre 2011 à 09:04
Le 19 mai 2015 à 06:27

La Pitié ou la Potence

Le Pauvre est décevant

Le Pauvre, ailleurs, est un calendrier d'ONG. Le Pauvre, ailleurs, est un sujet photographique. Ses oripeaux bariolés, ses activités étranges, ses sourires caressants, ses élans affectifs, ses danses, ses artisanats de bouts de ficelle. Le Pauvre, ailleurs, lorsqu'il n'est pas trop insistant, est une composante agréable du voyage. Il vous reconnaît, vous ouvre les portes de la réalité de son pays. Il chante pour vous, vous enseigne les rudiments de sa langue et rit si vos chorégraphies manquent de grâce. Certes il exagère parfois un peu les prix et tente de vous prendre vos lunettes de soleil mais vous savez vous montrer ferme.Son charme principal réside dans son immobilité : sa vocation est de rester là où il est né et de n'en point bouger. Il ne vous suit pas dans l'avion et vous n'emportez que des images qui feront de très beaux fonds d'écran, un diaporama pour les amis ou le sujet d'un blog qui confirmera vos talents de voyageurs.Mais le Pauvre, ici, est décevant. Lorsque l'on est friand d'humanitaire à l'étranger, il est difficile moralement d'adopter une posture de rejet du Pauvre du bas de chez soi. Cela nécessite la construction d'un discours imparable, humaniste et étayé. Ce racisme  ne peut s'affirmer comme tel par quelqu'un comme vous qui pense être imprégné des valeurs de la gauche. Parce que, comme le rappelle Jérôme Valluy : « du fait de la mémoire de la Shoah et de ses soubassements racistes (…) le racisme se trouve disqualifié tant comme théorie scientifique que comme discours politique. (...) De ce fait, la xénophobie se substitue parfois au racisme d'antan, en introduisant plus de précautions dans la désignation des stigmates de l'altérité honnie »1. Il s'agit donc de prouver ce que Pierre Bourdieu2 résumait en une phrase :  « ils n'ont que ce qu'ils méritent » et ainsi de vous protéger de toute culpabilité d'être un xénophobe social. Dès l'occupation d'un terrain par des Pauvres, vous vous présentez à eux. Vous sentez l'urgence humanitaire à portée de main. Poussé par une recherche affective et par votre goût de l'altérité, convaincu que vous serez reconnu, remercié et adopté, vous vous imaginez déjà racontant à vos amis des anecdotes concernant X ou Y ou sur l'enfant à naître qui portera sans doute votre prénom. Vous amenez des vêtements et des chaussures, ceux qui attendaient depuis des mois que vous alliez les déposer dans une association de recyclage. Parfois vous amenez de la nourriture que vous achetez dans un magasin discount dans lequel vous n'allez jamais pour vous-même.Mais très vite vous êtes déçu : les femmes trient les vêtements, rejettent ce qui ne correspond pas à la saison et refusent  les pantalons. Tout le monde  boude vos tenues indiennes. Face à  la nourriture, votre incompréhension s'accentue : les mères vous rendent les ingrédients inconnus dont elles ne peuvent lire le mode d'emploi ainsi que les préparations culinaires dont elles ne connaissent pas la composition. Vous vous effrayez de l'accumulation d'aliments gras dans le menu des enfants qui se déroule comme un apéro sans fin. Vous cherchez les 5 fruits et légumes par jour. Vous peinez à comprendre l'impossibilité de stockage dans l'exiguïté des espaces de vie, l'envie de suivre la mode dans un tel contexte et l'existence de goûts et de couleurs chez le Pauvre.Puis vous surprenez le retour des mères de leur activité de mendicité. Pourquoi emmener les bébés  avec elles ? Il serait tellement plus sain de les déposer à la crèche ou chez l'assistante maternelle plutôt que d'exciter la pitié des passants avec leurs visages joufflus. Vous interprétez avec horreur ces carences éducatives sans vous poser la question de la faisabilité. Vous qui savez gérer vos enfants, qui les levez tous les matins dans une maison chauffée et éclairée pour les emmener à l'école, vous demandez poliment mais agacé pourquoi les sauvageons qui farfouillent dans votre sac ne sont pas en classe à apprendre votre belle langue. Vous êtes gêné par les miroirs argentés qui dissimulent les regards des jeunes. Leurs déplacements en meute vous mettent mal à l'aise. Vous cherchez votre sac à main du regard. Vous vous sentez visé par leur potentiel d'incivilités. Vous en oubliez la définition de l'adolescence et ne décodez plus les comportements.Et puis, cerise sur le gâteau bien roboratif, voici la valse des grosses berlines et des beaux habits. La Mafia ! Vous avez enfin la preuve d'une  fortune illégale donc cachée et la misère devient un décor. Ces « crasseux, méchants clowns » comme les appelait Louis Ferdinand Céline3, vous jouent, vous en êtes sûr, la comédie de la misère. Vous ne voyez plus les mains rougies des femmes qui lavent le linge dans les bassines d'eau froide. Vous ne voyez plus les gazinières allumées pour réchauffer les tôles. Vous ne voyez plus les stigmates de la fatigue sur les visages des enfants. Et vous niez les mouvements des nuisibles sous les détritus. Vous ne voyez que des individus fainéants et menteurs. L'urgence humanitaire n'est plus. Leurs atavismes immoraux sont indubitables. Et si votre cœur est toujours soulevé, c'est par les remugles de la benne ouverte en plein ciel ainsi que par la vue des ruisseaux de fange qui coulent derrière les grillages. On peut aborder la pauvreté de deux manières : en mettant en cause le système injuste qui la produit ou en accusant les déficits moraux des individus. Il s'agit bien ici d'un symptôme de ce que Ruwen Ogien4 définit comme la préoccupation actuelle des plus nantis : leur peur de « l'effondrement d'un certain ordre moral fondé sur le goût de l'effort, le sens de la hiérarchie, le respect de la discipline et le contrôle des désirs » entre autres. Vous trouviez les hommes beaux et les femmes altières, vous pensez maintenant qu'un peu plus de discrétion et de modestie siéraient mieux à leur position. Nous sommes très loin de l'injonction de Baudelaire5 « assommons les pauvres ». Celui-ci souhaitait réveiller le mendiant silencieux, docile et honteux en le rouant de coups : « Par mon énergique médication, je lui avais donc rendu l'orgueil et la vie. » Il s'agit aujourd'hui de blâmer les victimes, pas de compatir.  Alors la bascule peut s'effectuer dans votre tête telle qu'elle s'est déjà effectuée au sein des ministères dans son accompagnement des plus défavorisés : de l'Etat maternant à l'Etat paternaliste qui contrôle, punit et redresse6. Gentil voyageur plein de pitié pour les Pauvres que vous croisez lorsque vous « faites» le Burkina Faso, vous réclamez « la potence » pour ceux d'ici. Vous avez décillé les yeux : il faut qu'ils partent,  ceux qui ont pris la route pour venir s'échouer sur nos rivages et qui ne comprennent pas qu'ils sont seuls responsables de leur vie misérable. Ils sont le miroir de notre impuissance à modifier la société injuste dans laquelle nous nous faufilons. Ils sont  la limite de nos convictions et de nos capacités compassionnelles et de solidarité. Aurons-nous honte un jour de notre inaction et de nos discours pour la justifier comme nous avons eu honte hier devant les morsures infligées par les rats sur les visages des bébés des bidonvilles de Saint Denis et de Nanterre7 ? ________________________________________________________________________________Le titre de ce billet fait référence au livre de Bronislaw Geremek La potence ou la pitié, l'Europe et les pauvres du Moyen Age à nos jours.  Gallimard, 1987.1 Jérôme Valluy, Immigration et xénophobie d'état, In Les métamorphoses du contrôle social. Sous la direction de Romuald Bodin, La Dispute, 20122 Pierre Bourdieu, La distinction- Critique sociale du jugement, Les Editions de Minuit, 1979.3 Louis-Ferdinand Céline, Correspondance avec Roger Nimier, 23 juillet 19594 Ruwen Ogien, La guerre aux pauvres commence à l'école, Grasset, 2013.5 Charles Baudelaire, Assommons les pauvres ! In Le spleen de Paris, Michel Levy, 1869.6 Loïc Wacquant, La fabrique de l'état néolibéral : insécurité sociale et politique punitive, In Les métamorphoses du contrôle social. Sous la direction de Romuald Bodin, La Dispute, 20127 Robert Bozzi, Les gens des baraques, Arte France, 2004.

Le 9 novembre 2013 à 08:29
Le 20 août 2011 à 08:58

Marche à l'ombre

Il y a différentes méthodes pour ausculter la célébrité chronique d’un écrivain : un éditorial dans un grand hebdomadaire saluant chaque nouvelle parution, le score des ventes en poche de ses romans, leurs traductions à l’étranger, la faveur des jurés littéraires en automne, l’engouement des plagistes en été, une notice dans les dictionnaires, la curiosité des thésards… et l’inscription de son nom sur une plaque en émail accrochée au coin d’une rue. La voirie parisienne qui trace, indifférente, son bonhomme de chemin, ne suit pas toujours cette logique. La postérité n’est pas fille de la Poste. Sade ? Aux oubliettes de la toponymie. Sartre ? Inconnu au cadastre. Kafka, Shakespeare ? A la trappe. Georges Bataille et Alfred Jarry errent aussi dans le no man’s land des âmes perdues. Lot de consolation, leurs homonymes sont honorés : Henry Bataille (1872-1922), dramaturge nîmois, et Jarry, le calligraphe de Louis XIV. Le palmarès de Voltaire qui appelait à cultiver notre jardin est en béton : un boulevard parmi les plus longs de la capitale, une cité, une rue, une impasse, un quai, une station de métro. De quoi rendre asthmatique ses lecteurs piétonniers. Stendhal, qui dispose d’un passage, d’une villa, d’une rue est le seul à se voir décerner une plaque pour l’un de ses personnages, en l’occurrence Lucien Leuwen. La circulation parmi nos grandes plumes n’est pas exempte d’embouteillages et de fulgurants raccourcis. Siècles et mouvements esthétiques se carambolent allègrement. La rue Cazotte prend sa source rue Charles-Nodier et se jette rue Ronsard. La rue Albert-Camus s’accoude à la place Robert-Desnos. Lord-Byron fait la liaison entre Chateaubriand et Arsène-Houssaye. L’avenue Molière meurt impasse Racine tandis que Gérard-de-Nerval débouche sur le boulevard périphérique. Les surréalistes auraient gouté ce jeu des cimaises, cousin du cadavre exquis.

Le 27 novembre 2010 à 09:38

Petite résistance ordinaire

Il se servit un autre café. Il savait pourtant que cela n’arrangerait rien. La peur avait pris totale possession de son être et les tremblements qui l’agitaient ne se contrôlaient qu’au prix d’une crispation épuisante. Ses mains moites gouttaient sur le sol et l’encre du message qu’elles tenaient se diluait, rendant le texte illisible et donnant au papier l’aspect sale et torchonneux d’un vieux brouillon à jeter. Il aggravait son cas. Qu’importe ! Il écarta toutes les cogitations résultant de cette auto-observation. Spectacle navrant. Fermons les yeux ! Il n’arrivait cependant pas à évacuer la douleur, douleur sourde et multiforme qui semblait, elle-même, se moquer de lui. Elle grignotait son cerveau, par petits morceaux mais en prenant soin de frapper en tous points, plantant ses dents acérées dans la gélatine flasque. Elle grignotait ses boyaux, entremêlant toute sa tripaille, faisant des nœuds et des boucles avec. Elle grignotait ses articulations, en essayant de les scier comme avec une grande scie qui grince en râpant l’os. De guerre lasse, il desserra à nouveau son esprit qui se remit à errer dans les sombres territoires de l’angoisse. Il envisageait les conséquences possibles de l’acte qu’il allait commettre : le ridicule et la raillerie, le bannissement et la déchéance, la vengeance et la persécution. Il imaginait sa chef esquissant un petit sourire cruel après qu’il ait bu un café par elle servi : « Vous venez d’avaler une dose mortelle de poison, mon cher ». Quand soudain la porte s’ouvrit. – Que me voulez-vous ? dragonna-t-elle. – Juste vous dire que votre décision de virer Alain est totalement injuste et injustifiée…

Le 31 octobre 2013 à 14:27
Le 12 octobre 2014 à 09:41

SOS Kivik

"Depuis quand les coussins nous espionnent-ils ?" se demanda Paul Portier. Il avait été alerté par un message codé envoyé à tous les acheteurs, que les coussins vendus avec le canapé IVAR n'étaient pas ordinaires, mais probablement des messagers transmettant des informations ultra-privées (conversations, programmes TV, historique du smartphone) à des commanditaires dont on ignorait les objectifs. "On est plus tranquille chez soi" avait réagi Irène, la femme de Paul, tandis que Lina, leur ado accro aux widgets, pianotait sur son Galaxy S4, assise sur la lunette refermée des toilettes. Quelques jours après cette mise en garde, Paul était couché avec Irène. Des jeux érotiques se profilant sous les draps, il se demanda soudain si les oreillers n'étaient pas en train d'espionner leur vie sexuelle, leurs mouvements de tête durant le sommeil, la mécanique de leurs rêves. Si tout cela n'allait pas quelque part au loin, dans une autre galaxie, où des créatures accumulaient ces informations en vue d'une prochaine invasion, voire d'un possible remplacement du genre humain. Cette pensée interrompit leur moment d'intimité, qu'ils poursuivirent dans la salle de bains. C'est là qu'ils décidèrent de combattre les envahisseurs : si les extra-terrestres étaient des coussins, alors ils allaient apprendre de quel bois on se chauffe chez les Portier. Dès le lendemain, les coussins subirent un tabassage continuel, des lavages en machine répétés, froids, brûlants, javellisés à outrance, des teintures contradictoires. Lina prit l'habitude de se masturber avec un coussin qu'elle insultait et accablait de son mépris, tandis que l'orgasme montait. Paul et Irène se lançaient dans des disputes infernales où les coussins volaient, brisant lampes, vases et sous verres. En quelques jours, non seulement les coussins furent ruinés, mais aussi tout leur intérieur. C'est alors que Paul reçut un SMS rectificatif lui annonçant que les coussins incriminés n'étaient pas ceux du modèle IVAR, mais ceux de la nouvelle collection en cuir KIVIK.(Coussins et photo Marie Beauchesne)

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