Tieren aller länder, vereinigt euch !
A mon frère, chien de traîneau désenchainé
La
ligne 9 n’est pas électrifiée. Elle fonctionnait, jusqu’à hier, grâce à des
chiens de traîneau venus d’Alaska qui tiraient les rames du matin au soir à la
force de leurs muscles, du matin au soir dans l’obscurité humide et
malodorante. Un chien blessé à la patte
à cause d’un morceau de verre sur la voie : incident technique. Un chien
satisfaisant à quelque naturel besoin : régulation. Voilà pourquoi nous
subissions tant d’incidents sur cette ligne ! Et plus nous récriminions,
nous usagers excédés, plus ces pauvres bêtes étaient battues, maltraitées en
représailles… Lorsque nous avons compris, nous avons tout accepté : les
arrêts de 5 minutes entre chaque station, le largage intempestif à Nation, le
trafic perturbé, le trafic interrompu, le trafic trafiqué. Tout. Mais, bon
quand même, on ne pouvait plus ignorer le sort de ces chiens esclaves !
Alors, avec quelques amis, nous avons décidé de libérer les chiens. J’avais
repéré, à la station République, un homme transportant des os, des boites de
nourriture, des laisses et autres indices. Cet homme à la mine de damné de la
terre était le soigneur des chiens. Il s’engouffrait toutes les nuits, après le
dernier métro, dans un couloir d’accès interdit au public. Hier soir, nous l’avons
attendu et suivi. Derrière une porte dérobée, nous avons découvert l’immense
chenil où le soigneur leur distribuait leur pitance, pansait leurs plaies et
les laissait dormir pour une courte nuit. « Nous ne vous ferons aucun mal !
Fuyez ! » Il a fui, presque soulagé. Les chiens hurlaient au loup. Nous
avons ouvert la porte en grand. « Fuyez, vous aussi ! Vous êtes
libres ! » Ah, le bonheur de ces animaux, retrouvant la perspective
du jour, les chemins de traverse et l’air de dehors !
Ce matin, ils ont
remplacé les chiens par des chômeurs. Au noir !