Patrice Meynier
Publié le 27/10/2014

L'odyssée de Volaille Fourchaume #2


Journal de bord (suite)

Réveil brutal à 11 heures. On frappe à la porte de notre capsule. Bob demande qui c'est, et un homme répond avec un fort accent russe. Il s'appelle Mika Spotnik et fait partie de la Station internationale qu'est pas loin d'ici. Il nous invite à une petite sauterie.

J'appelle notre base à Conflans pour dire qu'on sort ce soir, mais Jérôme, le fils de Bob, me répond que maman est pas là.

Bob fait des prélèvements de poussière d'espace avec un aspirateur. La pression extérieure est de 12, ce qui paraît pas mal.

Soirée dans la Station. On dîne de poulets avec les cosmonautes Mika, Siraj et Ping-Ping. Ils nous asticotent toute la soirée pour connaître le but de notre mission.

Le lendemain on décide de tirer un bord vers Mars en lâchant du gaz. Alors que Bob lit un extrait de saint Augustin et que je fais des nouilles, la tête de Ping-Ping apparaît par le hublot. Il s'est fait la malle de la Station et demande l'asile diplomatique à la France.

Après avoir regardé ma montre je note que nous allons à la vitesse de la lumière et que nous sommes déjà la semaine prochaine.

Depuis peu les visages à Bob et moi se couvrent d'une légère teinte vert-de-gris, tandis que je fais des bulles par les oreilles et que les cheveux de Bob poussent. On en profite pour faire des selfies, mais le cœur n'y est pas.

Le 18 octobre 2014 nous sommes entrés dans un trou noir, puis ressortis d’après mes calculs le 13 juillet 1802, avant de réapparaître par un trou blanc en pleine vague hippie et revenir la veille du jour de notre départ.

Au bout de ce tunnel, nous découvrons un enfant qui nous menace d’un pistolet. C’est Ping-Ping qu’a pas trop supporté notre traversée de l’espace-temps. Je lui donne une bonne calotte, et le ligote dans une turbulette.

Ça y est. On arrive sur Galinae. On se pose sans encombre, et je plante le drapeau de Volaille Fourchaume.

Au loin, des poules de 15 mètres picorent tranquillos en pondant des œufs d’une tonne. « Amédée Fourchaume a dit vrai, crie Bob les larmes aux yeux : y a ici de quoi sauver la France agricole ! »

> première partie

Il m'arrive bien souvent de sortir de chez moi : pour travailler dans la presse, écrire, jouer au tennis - aussi souvent il m'arrive d'y rentrer pour jouer de l'accordéon ou dormir; tout cela plus ou moins volontairement. 

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Le 13 mai 2012 à 09:57

Entre ici, Michel Drucker

Figure emblématique des dimanches tristes à mourir, vétéran de la petite reine, sa passion éternelle, Michel Drucker s’est éteint ce matin des suites d’une chute, chute terrible à l’arrière du peloton.   « Putain de vélo, putain c’est trop con, je venais de refaire la peinture !», s’est exclamé l’automobiliste qui ce matin t’a renversé.   Michel, toute la famille de la télévision, ainsi que mes voisins de palier, portent aujourd’hui le deuil et ne cessent d’exprimer leur chagrin et leur immense tristesse. Qui, à présent, laissera chanter Michel Sardou sur un plateau de télévision ?   Tes débuts dans les années soixante à l’ORTF comme commentateur sportif furent remarqués par ta voix gutturale et ton accent calvadosien. Puis, las de commenter des matchs perdus à l’autre bout du monde, tu plaques le foot et ses écervelés pour un milieu plus intellect, celui de la variété française.   Tu honoreras la France toute entière en lançant sur ton plateau de futures vedettes : Michel Berger, Michel Boujenah, Michel Delpech, Michel Fugain, Michel Jonasz, Michel Leeb, Michel Polnareff, Michel Sardou, souvent, voire trop et, entorse à la règle, un certain Eddy Mitchell.   Ton nom restera à jamais célèbre puisqu’on lui doit le théorème du même nom : le théorème de Drucker. Théorème encore usité par la jeune génération de présentateurs télé, selon lequel tout nouveau roman ou nouveau film dépasse tout ce qu’on avait pu lire ou voir jusqu’à présent.   Que feront de leurs dimanches après-midi ces millions de téléspectateurs désœuvrés, une fois passé le temps des rétrospectives télévisées pour combler le vide de ta disparition et les grilles de programmes ? Que feront-ils Michel ? Coup dur également pour les maisons de retraite ou ta perte s’annonce aussi difficile à gérer qu’une canicule en plein été.   L’incarnation même du professionnalisme, voilà ce que tu étais Michel. Tout comme ton brushing, jamais un mot de travers à l’antenne. Toujours habillé impec, mis à part peut être ta période pulls Jacquart et col à tarte, ton sourire et ta délicatesse faisaient de toi l’un des présentateurs les plus appréciés. Fallait-il avoir un vélo dans la tête, Michel, pour devenir pilote d’hélicoptère ? Tu as fait fausse route ce matin comme moi en rêvant cette nuit que tu n’étais plus là.

Le 18 novembre 2013 à 08:31
Le 30 juillet 2015 à 09:20

Contre le viol conjugal, tout le monde ne fait pas front

Dans son premier discours de campagne pour l’investiture républicaine, le milliardaire américain Donald Trump avait défrayé la chronique en présentant les immigrants illégaux mexicains comme des violeurs. Ces dernières heures, la question du viol est une nouvelle fois centrale dans l’actualité du candidat puisqu’un site internet d’informations, the Daily Beast, est aujourd’hui  menacé de poursuites par l’avocat de Trump, Michael Cohen, pour avoir relayé des informations parues dans la biographie de son ex-femme Ivana, selon lesquelles elle aurait été victime de viol de la part de son ex-mari. L’argumentation du représentant de Trump est imparable : il est parfaitement impossible d’évoquer ce prétendu viol pour une simple raison : « par définition, on ne peut pas violer son épouse ». Au-delà des menaces de l’avocat, c’est évidemment la question du viol conjugal qui se pose. Avant 1984, dans l’état de New York comme dans plusieurs autres états américains, le viol conjugal était considéré comme légal mais cette époque est aujourd’hui révolue. Cela n’empêche manifestement l’avocat de Trump de nier la possibilité, l’idée même du viol conjugal. Qu’une épouse puisse avoir dû consentir un rapport sexuel sous la pression morale ou physique de son compagnon n’entre donc selon lui pas dans le cadre légal du viol. Une femme, c’est bien connu, se doit à son mari et souhaiter se soustraire au prétendu devoir conjugal relève alors sans doute bien plus d’une faute de l’épouse, d’un manquement au contrat initial. Des siècles de domination masculine ont posé des bases très simples à cette question : quand on est une femme, on se plie au désir de son compagnon, on serre les dents et on souffre en silence. Dans le même temps, le mari triomphant peut se flatter d’avoir « honoré » son épouse. Dans cette logique sordide, les femmes ne portent que très rarement plainte pour viol contre leur mari alors que c’est précisément dans le cadre domestique que se déroule la majeure partie de violences et des agressions. En 2011, le Collectif Féministe Contre le Viol avait lancé une campagne de sensibilisation à destination des femmes victimes de viol conjugal.  Ce spot choc salué par plusieurs prix n’a pourtant pas trouvé que des partisans. Ainsi, sur son blog, Bruno Gollnisch s’était alors, avec l’élégance qui le caractérise, fait un plaisir de pourfendre la campagne, jugeant de bon ton de critiquer d’emblée le physique de la comédienne : « d’un abord à rendre impuissant le célèbre érotomane Rocco Siffredi, on se dit cependant qu’elle, au moins, doit être immunisée contre ce risque. » Et de poursuivre en déplorant qu’après  le « tralala habituel », le film se termine en donnant « le numéro de téléphone de dénonciation à la Kommandantur du conjoint (jamais ce mot ne m’a semblé plus approprié) trop empressé ». Dans son billet plus efficace que le plus puissant des vomitifs, Bruno Gollnisch déplorait également l’évidente dérive civilisationnelle que représente à ses yeux l’évolution législative qui a, en 1991, reconnu le « viol entre époux » et a, en 1994, considéré la dimension conjugale d’un viol comme une circonstance aggravante. Invoquant « la sagesse traditionnelle  selon laquelle le mariage comportait en principe (…) une exclusivité donnée par chaque époux à l’autre sur son corps », celui qui est encore député européen s’offusquait qu’il soit désormais « plus grave (et plus lourdement condamné) pour un homme de « violer » sa femme dans le lit conjugal où elle est entrée volontairement que de violer  la femme d’un autre, inconnue agressée dans un parking ou un chemin sombre » Alors que le Front National se démène depuis quelques années pour se faire décerner des brevets de fréquentabilité et alors que son électorat semble se féminiser de plus en plus,  je ne peux que vous inviter à vous pencher sur la prose délicate de Bruno Gollnisch. Elle en dit long sur la place que certains leaders du FN envisagent pour les femmes dans le pays radieux qu’ils nous promettent.    Numéro vert "SOS Viols Femmes Informations" 0 800 05 95 95 / "Violences Conjugales Info" 39 19  

Le 16 juin 2012 à 09:07

Pour Marlène Saldana

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 9

> premier épisode   Je ne vais pas trop m’énerver parce que dans La Dispute, sur France Culture, globalement, ils ont dit beaucoup de bien du spectacle d’Yves-Noël Genod, Je m’occupe de vous personnellement. Mais ils ont dit une énorme connerie, aussi grosse que la maison de la radio -je crois me rappeler que le « coupable » est Arnaud Laporte- ils ont dit que Marlène Saldana était peut-être sous-employée, juste montrée pour sa nudité, grosse comme grosse qu’elle est. Déjà, j’insiste, Marlène Saldana n’est pas plus grosse que Audrey Bonnet est maigre, pas plus brune que Dominique Uber est blonde, pas plus silencieuse que Valérie Dréville est « sonore ». Le poids de Marlène Saldana, ses formes généreuses, c’est son plus petit dénominateur commun. Quelle connerie de faire remarquer cela. Quel degré zéro de la critique. Bref, passons. Passons sur le brin de misogynie que telle remarque suppose. Passons sur la grosseur (qui n'est qu'un effet d'optique bien relatif) pour parler de cette notion "d’emploi", très intéressante sur ce qu'elle révèle comme malentendu.  Quelle merde dans les yeux que de dire que Marlène Saldada serait sous-employée ! Parce que, sans doute, « employer » Marlène Saldana ça veut peut-être dire lui mettre une plume dans le cul, lui faire dire Phèdre avec l’accent martiniquais pendant une heure trente. Ah oui, ce serait génial, je vois déjà le succès, moi j’y resterais, de rire j’en crèverais. Mais bon, est-ce seulement ça que « d’employer » Marlène Saldana ? Ne peut-on pas avoir pour elle plus d’ambition, de désir, d’imagination voire de tendresse ? Dans Je m’occupe de vous personnellement, justement, Yves-Noël Genod n’emploie pas Marlène Saldana. Il la déploie, il la laisse se déployer. Elle en ferait peu ? Sans doute pourrait-elle en faire plus, mais le peu qu’elle fait n’est-il pas déjà la démonstration éclatante de toute la délicatesse dont elle est capable ? Car Marlène Saldana c’est avant tout la finesse d’une actrice qui ne joue pas de textes parce qu’elle ne parle pas la bouche pleine, elle est bien élevée Marlène Saldana. Elle ne va pas vous cracher une partition à la gueule, elle a mieux à faire, elle a mieux à être. Et là où l'on pourrait croire qu'elle s'exhibe, en fait elle s'offre. C'est triste de ne pas savoir faire la différence. Mais bon...  « Quand Polyphème le cyclope demande à Ulysse son nom, la réponse est Outis, personne. Cette réponse va le sauver. Le Je n’est pas quelqu’un, il n’a pas de carte d’identité. Et pourtant c’est en me désignant comme Outis que je me rends unique, différent de tous les autres et d’abord de moi-même. »  J-B Pontalis. Marlène Saldana n’est pas sous-employée, elle joue Personne, son nom est personne, c’est à dire qu’elle joue tout le monde, elle joue « n’importe qui ». Elle joue la Californie et la Franche-Comté en même temps. Et franchement, le rôle est aussi grand que Phèdre, Médée, etc. Marlène est Outis, elle est vachement bien « employée ». Meuhhhh.

Le 29 décembre 2014 à 09:08

L'Ampère éternel

Tout le monde connaît, croit connaître La Création de l’homme peinte par Michel-Ange sur la voûte de la chapelle Sixtine. Or voici que les toutes dernières avancées de l’imagerie scientifique – infrarouges, réflectographie, spectrométrie etc. – viennent de débusquer les dessous anatomiques de la fresque admirable. Le sulfureux dossier allait plonger à tout jamais dans les caves du Vatican quand l’info fuita, comme l’atteste le document sensationnel que nous sommes heureux de révéler au public. Non seulement l’étincelle créatrice y jaillit visiblement, mais son éclat nous éblouit, qui procède du câblage génial que l’autre créateur : le peintre, avait secrètement ourdi sous l’épiderme et le derme des deux partenaires. Que voyons-nous, en effet ? Non pas de banals métacarpes, de quelconques osselets articulés, mais un beau bouquet de gaines gaiement colorées au sortir desquelles s’élancent de fines torsades cuivrées … Plusieurs siècles avant Volta, Edison, Nikola Tesla, le grand Michelangelo avait donc doublé son œuvre picturale, en quelque sorte exotérique, d’un prodigieux ouvrage ésotérique. Sous couvert de montrer La Création de l’homme, il représentait L’Invention de l’électricité ! Reste cette anomalie du doigt surnuméraire, puisque les cinq doigts de chair enveloppent … six doigts de cuivre ! Mais on aura déjà compris que ce sixième doigt, présent chez les deux personnages, ne saurait être qu’un doigt d’honneur, du créateur à sa créature, et vice-versa.

Le 14 novembre 2013 à 09:09

La Transat de «Coiffure Bergnol»

Journal de bord 1

Bob et moi avons pris jeudi le départ de la Transat en double Jacques Vabre. Notre monocoque de 40 pieds s’appelle Coiffure Bergnol. On a fière allure avec nos barbes de vieux loups de mer et nos maillots siglés d’un peigne et d’une brosse. Ca y est, il est 13 h et tout le monde est parti – sauf nous. Problème technique. Un enfant habillé en marin nous a indiqué qu’une ficelle retenait notre navire au quai. A la sortie du Havre un panneau indique Atlantique Sud : nous faisons route toutes voiles dehors. Le challenge n’est pas pour nous seulement sportif : il est aussi industriel. Notre sponsor souhaite que nous testions en conditions extrêmes des brushings haute résistance et des laques imperméables. « La France est dans la brume ! » a crié Bob. Peut-être que ce voyage a aussi une dimension spirituelle et politique : s’éloigner pour prendre de la hauteur, et mieux réfléchir à tout un tas de choses. De là où nous sommes, peut-être éclairerons-nous la France. Nous doublons notre premier concurrent, il est 17h. Bob a cru reconnaître Michel Desjoyeaux – même si moi, je doute qu’il traîne avec lui des filets de pêche. Nous avons couru à l’arrière pour lui faire des bras d’honneur et lui envoyer nos tubes de vieux shampoings vides. Le soir, premier repas frugal à bord. Bob a préparé des mignonnettes de saumon à la sauce béchamel avec leurs pommes de terre en robe de chambre ; en dessert, un baba et sa farandole d’éclairs. Puis nous avons fumé la pipe sur le pont en discutant tactique de course : Bob est pour se laisser porter par les vents, moi aussi, ce qui devrait en surprendre plus d’un. 21h, extinction des feux et dodo. Classement provisoire : 1er  GDF-Suez  (…) 27e Coiffure Bergnol à 2 jours.

Le 16 novembre 2011 à 08:20
Le 12 décembre 2015 à 10:06
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