Jean-Michel Ribes
Publié le 04/11/2014

Qu'importe le flacon


Article paru conjointement dans Le 1 n°30


Hier, au comptoir d'un bistrot parisien quai des Célestins, un Américain, médecin de son état, amoureux de Paris et des vins français, m'expliquait avec un accent yankee que le chablis dont il s'abreuvait faisait chanter ; qu'il y a quinze ans, quand il venait à Paris, personne ne comprenait l'anglais et qu'aujourd'hui tout le monde le parle.

« Tu es content ou non ? ». A vrai dire, la langue m'importe peu, c'est ce qu'elle véhicule qui m'importe. Si parler anglais rend plus intelligent, parlons anglais. Si l'italien et l'espagnol, mêlant leur vocabulaire au nôtre, nous permettent de mieux dire l'amour de l'art ou l'amour tout court, accueillons-les à cœur ouvert. Si la grammaire allemande s'empare de la nôtre, nous permettant ainsi de mieux exprimer les tréfonds de notre âme, vive l'allemand.

Une langue, c'est d'abord l'esprit. Si une autre vient l'enrichir en pensée, l'échangisme me semble salutaire. Quelques mots d'arabe par exemple dans le dernier livre de monsieur Zemmour auraient rendu son français moins odieux. Pas d'inquiétude. Que les puristes, les intégristes du Littré se rassurent, notre langue dès qu'elle est lumière n'a besoin d'aucune frontière pour la protéger. Rabelais, Racine, Nerval, Queneau, Guyotat et quelques autres s'en chargent, rappelant à tous qu'elle aide à vivre les hommes.

Cet article est paru
dans le n°30 de l'hebdo Le 1
partenaire de ventscontraires
et du Théâtre du Rond-Point

Auteur dramatique, metteur en scène et cinéaste, Jean-Michel Ribes dirige le Théâtre du Rond-Point depuis 2002. Il écrit et met en scène une vingtaine de pièces, dont Les Fraises musclées (1970), Tout contre un petit bois (1976), Théâtre sans animaux (2001, recréation en 2012), Musée Haut, Musée Bas (2004) et René l'énervé – opéra bouffe et tumultueux (2011)

Récemment, il signe plusieurs mises en scène : Batailles (2008) co-écrit avec Roland Topor, Un garçon impossible (2009) de Petter S.Rosenlund, Les Diablogues (2009) de Roland Dubillard, Les Nouvelles Brèves de Comptoir (2010), adapté du recueil de Jean-Marie Gourio et L'Origine du monde (2013) de Sébastien Thiéry.

Il écrit et réalise des téléfilms, des séries cultes comme Merci Bernard (1982 à 1984) et Palace (à partir de 1988) ainsi que des films, Musée Haut, Musée Bas (2008) et Brèves de comptoir (2013) qu'il adapte avec Jean-Marie Gourio à partir de son oeuvre éponyme.

Parmi ses derniers ouvrages, citons Le Rire de résistance (2007, Tome I De Diogène à Charlie Hebdo - 2010, Tome II De Plaute à Reiser), un catalogue-manifeste d'insolence, de drôlerie et de liberté. En 2013, il publie chez Points dans la collection Le goût des mots dirigée par Philippe Delerm, Les mots que j'aime et quelques autres.

 

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Le 13 novembre 2014 à 14:19

Hervé Le Tellier : "Je me sens mal à l'aise dans ma langue"

Marcel Bénabou, Paul Fournel, Hervé Le Tellier, Olivier Salon, le quarteron d'attaque de l'OuLiPo, revient au Rond-Point le 20 novembre avec une conférence-performance gargantuesque : Dis-moi quelle langue tu manges – langue crue, langue cuite et recuite, tranches de littérature mangées vivantes, vieux boucanés, langue fumée, langue plagiée chère aux vautours et autres charognards…   Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ? Hervé Le Tellier – Jacques Lacan disait qu'il « n’y a pas de rapport sexuel » et Woody Allen que « la langue est un organe sexuel qui sert accessoirement à parler. » On voit que rapport et langue ont à voir avec le sexe, ce qui est dégoûtant, et pour ma part, par là, comme dirait l'autre, je n’entends rien. Par ailleurs, la réponse à votre question est Oui. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace la langue, c’est de la mépriser trop ou de la maîtriser pro. Ce qui la sauve, c’est qu’elle est bien plus forte que ce que chacun en fait. Par ailleurs, la réponse à votre question est un long rire sardonique, provoqué, comme nul ne le sait, par la renoncule de Sardaigne (trop rare tentative pour ranimer l’adjectif sardonique). – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Je me sens mal à l’aise dans ma langue, affirmation qui peut sembler une affèterie quand on a fait profession de son maniement. J’ai toujours une tournure anglo-saxonne en tête, reliquat d’une enfance londonienne, un doute sur l'ordre d’une phrase, et une insatisfaction du premier mot venu. J’ai la sensation que tous mes textes sont inachevés, presque abandonnés. Une espèce de doute d’autodidacte. Par ailleurs, la réponse à votre question est. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu’est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Oui-Oui et la voiture jaune, que j’ai relu récemment et ça ne résiste pas. Puis Rabelais, Gary, Vian, Queneau, dans le désordre. Par ailleurs, la réponse . – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue"... Comment allez-vous vous y prendre ?– Vous allez voir, vous allez en rester sur le cul. C’est du tizingue, comme on dit en français. Par ailleurs.

Le 17 novembre 2014 à 09:41

Valérie Mréjen : "Des personnes qui parlent comme des robots"

Comment expliquer son travail d’artiste ? Auteure, plasticienne, vidéaste, Valérie Mréjen ne sait que dire quand on lui demande de communiquer sur son travail actuel ou à venir : De quoi ça parle ? C’est quel genre de vidéos ? Sur quel thème ? Comment parler d’une nouvelle série d’œuvres dans un communiqué de presse ? Elle viendra (ne pas) en parler le 29 janvier au Rond-Point... Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Valérie Mréjen – Notamment par la façon dont on a remplacé les standardistes par des boîtes vocales. Je me souviens de l'époque où on tombait sur des gens au téléphone. Aujourd'hui, il faut respirer profondément pour ne pas raccrocher dès qu'on entend ces phrases pré-formatées jusqu'à l'absurde. Il n'est plus possible de signaler un problème : les options proposées sont généralement positives. Tout est positif. Si quelque chose ne marche pas, c'est le client qui fait une mauvaise utilisation. Et, lorsqu'on a finalement pu avoir un conseiller, ces dernières phrases : Madame X aviez-vous une autre question? Très bien madame, en espérant avoir répondu à votre question au nom de toute l'équipe Z je vous souhaite une très bonne journée. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– 1. les formules apprises par coeur pour s'exprimer comme une boîte vocale. Il arrive quelquefois de tomber sur des personnes qui parlent réellement comme des robots.    2. la littérature, s'appuyer sur les mots des autres. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Il faut la trouver. C'est un jeu de piste. Je commence par mettre en quarantaine les formules préexistantes qui arrivent par réflexe. Mais ces formules constituent aussi ma langue. Une partie de mon travail consiste à essayer de les "adopter". – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Ce qui a façonné mon rapport à la langue : une mère psychanalyste fascinée par le poids de la parole, un père dans les affaires pour qui seul un contrat écrit a de la valeur. L'impossibilité, pendant quelques années, de pouvoir être dans une autre attitude que celle de l'observation et du mutisme. Ce qui me nourrit au quotidien sont les phrases qui sonnent juste et dont j'essaye de comprendre le mécanisme, autant dans les livres que dans les conversations. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue".... Comment allez-vous vous y prendre ?– Je vais essayer de parler de ce moment où quelque chose a commencé pendant mes études aux beaux-arts, et où il fallait déjà savoir pouvoir parler de ce qu'on faisait. Comment parler d'un travail artistique? Comment le décrire? Je ferai également un tour d'horizon du langage des communiqués de presse et ses "questionne", "interroge", "s'inspire du réel".      

Le 6 novembre 2014 à 07:02

Olivier Salon : "Il n'y a rien de secret à l'Oulipo"

Marcel Bénabou, Paul Fournel, Hervé Le Tellier, Olivier Salon, le quarteron d'attaque de l'OuLiPo, revient au Rond-Point avec une conférence-performance gargantuesque : Dis-moi quelle langue tu manges – langue crue, langue cuite et recuite, tranches de littérature mangées vivantes, vieux boucanés, langue fumée, langue plagiée chère aux vautours et autres charognards… Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Olivier Salon – Notre langue est un muscle mobile, agile, fertile, en mouvement permanent. Il convient de l’entretenir, ce muscle, mais aussi de le retenir, car il aurait tendance à s’égarer dans tous les recoins que le journalisme, le langage rapide, l’écriture texto, la technologie détournent sans pudeur aucune. Restons explorateurs, certes, mais explorateurs avertis. Un explorateur averti en vaut deux. Buvons et voyons double. Fréquentons les lieux d’expression poétique ou artistique, lisons et relisons, car c’est en lisant qu’on devient liseron. – Selon vous, qu’est-ce qui menace la langue et qu’est-ce qui la « sauve » ?– L’une des menaces principales de la langue est la banalisation de mots importants, le dévoiement de concepts, l’oubli des origines et des valeurs des mots. Ainsi l’adjectif poétique est-il utilisé en lieu et place de émouvant, sans aucun rapport avec la poésie ; l’adjectif surréaliste remplace le mot extravagant, sans aucun rapport avec la révolution du surréalisme. Par ailleurs, de bien vilains mots issus en général de la technologie se sont imposés : le verbe impacter, par exemple, qu’on utilise à toute sauce, y compris vinaigrée ; ou bien générer en lieu et place d’engendrer.Mais ce qui sauve notre langue, c’est le plaisir toujours intact dans toutes les couches de la société de l’utiliser à des fins littéraires, la jouissance qu’elle procure à tant de ses utilisateurs. Il n’est qu’à voir le nombre considérable d’ateliers d’écriture, et le plaisir que ces derniers procurent au nombre toujours croissant de ses participants. L’écriture en atelier tisse un lien social, fondé sur ce partage de la langue et de l’expression.Vivent les écriverons et les liserons ! – Et votre propre langue, qu’avez-vous à en dire ?– Quant à ma propre langue, elle évolue également, mais reste constamment dans la recherche de constructions nouvelles, dans l’invention et l’utilisation de formes d’expression neuves ; elle reste sujette au plaisir des jeux de mots, des jeux de langage, de la connivence qu’elle permet d’établir avec l’interlocuteur, le lecteur, l’auditeur. Quel plaisir inouï que d’imaginer seulement un lecteur éventuel en train de comprendre un jeu de mots abandonné, hasardeux, inattendu, au fil des pages. Ce partage in absentia est l’un des miracles de la littérature. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu’est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Étant devenu membre de l’Oulipo en l’an 2000, cette cooptation m’a fait entièrement reconsidérer mon rapport à la langue. Je n’ai jamais été aussi sensible à l’alexandrin classique que depuis que je pratique l’écriture oulipienne. Car cette dernière, pour novatrice qu’elle soit, reste ancrée dans l’histoire de la littérature, dans l’aventure historique des formes littéraires, et me permet de jouir beaucoup plus qu’auparavant des grands poètes et écrivains du passé, d’admirer les formidables inventeurs, les façonneurs de notre langue. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point « rattraper la langue »… Comment allez-vous vous y prendre ?– Ne comptez pas sur moi pour dévoiler ici l’un quelconque de nos secrets. Au demeurant, il n’y a rien de secret à l’Oulipo : toute invention oulipienne appartient aussitôt à tous, à tous ceux qui souhaitent s’en emparer. Pas de copyright, pas de droit d’exploitation, mais bien au contraire, une libre circulation. Ce qui est sûr, c’est que la langue commune a du retard. Et ce retard, nous allons le rattraper le plus vite possible. Alors ce muscle bien vivant qu’elle la langue, et cette langue elle-même, nous allons l’accommoder vigoureusement, nous allons la saupoudrer de salpêtre et de jeux de mots, nous allons la laisser égorger sans rendre lame toutefois, pardon, dégorger sans rendre l’âme toutefois, et nous allons la déguster ensemble, accompagnée de cornichons, de lipogrammes, de câpres et de contrepets, le tout servi avec un petit vin blanc, je ne vous dis que cela : au fait, aimez-vous le goût du blanc ? > plus sur la conférence-performance de l'OuLiPo

Le 15 février 2016 à 17:14

Steven Berkoff : "Aujourd'hui les gens sont plus tourmentés que jamais"

Jean-Daniel Magnin – Vous avez écrit Kvetch il y a trente ans. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur vos pièces de cette période ?Steven Berkoff – Je pense qu’elles ont saisi l’esprit du temps, et l’anxiété de personnes qu’on n’avait pas encore vraiment vues dans des pièces de théâtre, en particulier en traitant du stress qui est un manque d’ego, une marque d’orgueil ou de l’ambition contrariée, un sentiment d’infériorité — et de tourner ce stress en comédie. – Que dire des kvetchs d’aujourd’hui ? Sont-ils pareils à ceux d’il y a trente ans ? – Oui ce sont exactement les mêmes, en fait ils sont peut-être même pires quand on considère les kvetchs comme la différence entre ce que vous imaginez de vous-même, dans l’idéal, et ce que vous êtes vraiment, car aujourd’hui, avec encore plus de choix dans tous les sens, les gens sont encore plus tourmentés que jamais. – Qu’écrivez-vous en ce moment ? Qu’êtes-vous en train de chercher ? – Je viens de terminer une série de pièces racontant des vies d’acteurs. L’une d’elles est intitulée Six acteurs en quête d’un metteur en scène, une autre Lamentations d’acteurs, et ensuite viendra Cadavre.  Elles sonneraient formidablement en français car elles jouent avec le style de Molière. – Est-ce différent pour vous de jouer dans vos propres pièces et de jouer dans la pièce d’un autre auteur ? Et de les mettre en scène ?– J’aime de temps à autre être acteur dans d’autres écritures car je peux y affronter toutes sortes de problématiques inédites pour moi. – Vous avez dit dans une interview que vous avez commencé à écrire du théâtre parce que vous ne trouviez pas de pièces anglaises qui vous donnent envie de les mettre en scène. Est-ce différent aujourd’hui ? – J’aime écrire pour exprimer tant de choses personnelles et importantes à mes yeux. Et parfois je tombe sur une pièce avec laquelle je les retrouve vraiment toutes – c’est le cas avec la Salomé d’Oscar Wilde, que je viens de mettre en scène et que j’adorerais monter en français.    

Le 4 mars 2013 à 19:38

Christian Salmon : Ces histoires qui nous gouvernent #2

George W Bush et Ashley Faulkner / L'étreinte

> Premier épisode                   > Episode suivant Dans sa conférence-performance "Ces histoires qui nous gouvernent", l'écrivain et journaliste Christian Salmon poursuit son salutaire travail d'analyse du story-telling. Dans cet extrait, il revient sur un récit édifiant mais fictif qui a joué un rôle décisif dans l'intervention américaine en Afghanistan et même au-delà. "Quoi de plus innocent et charmant qu’une histoire bien tournée ? Les histoires nous distraient et nous instruisent en nous faisant rêver. Désormais, avec la technique du storytelling, elles nous gouvernent et sont devenues un instrument de contrôle des opinions, une « arme de distraction massive ».L’entrée en guerre préventive contre l’Irak, le reality show au début du mandat de Sarkozy, sa métamorphose en capitaine courage face à la crise financière, l’épopée victorieuse de Barack Obama… Autant de fictions préparées dans le secret de war rooms où s’élabore le storytelling intégré. Christian Salmon nous propose un voyage dans les démocraties contaminées par l’hypermédiatisation, une exploration des mythes politiques à l’âge du néolibéralisme. Une traversée de la crédulité contemporaine. " Enregistré le 30 novembre 2012 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89 Vous pouvez également retrouver le podcast audio complet de cette conférence-performance.

Le 25 mars 2015 à 12:46

Yannick Jaulin : "Faire quelques estafilades à une langue liposucée"

Le conteur Yannick Jaulin est parti 10 ans durant collecter « la culture des gens de la vie » (contes et chants compris) chez les vieux du pays. Il devient porte-parole militant (d’un monde paysan) avant de s'imposer comme l'un des plus importants conteurs de par chez nous. Il vient le 4 avril au Rond-Point porter quelques estafilades à une langue française bien trop homogénéisée, bien trop lisse, bien trop "liposucée" : "Ah ce français, ce véhicule des cours d'Europe, "la langue des rois"... Cette langue de pouvoir et de domination fait moins la maline, assteur!" Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Yannick Jaulin – Il y a 30 ans quand j’ai commencé à parler en public, je justifiais l’intrusion de mots de mon patois par la nécessité de défatiguer la langue française. Je la sentais déjà épuisée. Il me semblait qu’elle se rabousinait sur elle-même en même temps que disparaissait la diversité francophone.Je suis sûr aujourd’hui d’un repli de la langue.Il me semble que cette fatigue est devenue lassitude. Elle est lessivée. C’est particulièrement sensible sur BFM qui annonce sans doute l’arrivée des intelligences artificielles remplaçant allégrement les tristes présentateurs comme on a remplacé les caissières de supermarché.Du côté des politiques, la langue de bois claque comme jamais dans les voûtes du palais. Le jargon religieux de l’économie et tout son clergé servile occupe le terrain en distillant ce venin pernicieux de la peur. Et les artistes font ce que je fais. Ils donnent leur avis sur tout comme s’ils étaient compétents pour cela.Ça ne rit pas franchement dans le ventre. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– La résistance à la langue majoritaire est un exercice d’émancipation. La langue étant un outil exceptionnel d’exercice du pouvoir. Faire fleurir la langue dans une région ou une corporation est une façon de se mettre debout, devant la langue première qui est forcément celle du pouvoir. Aujourd’hui, il n’y a guère que la « banlieue » qui génère une langue colorée et violente. Mais comment faire autrement ? Frantz Fanon disait « l’homme se libère dans et par la violence », une violence qui « désintoxique » et « débarrasse le colonisé de son complexe d’infériorité. »Je pourrais faire mienne cette violence, cette « ardeur » qui me prend quand on me dit que continuer à utiliser mes mots « maternels » c’est du passéisme.Ce qui menace la langue est d’abord le manque de curiosité sur les autres langues. Dans notre pays des dizaines de langues sont utilisées au quotidien et on fait mettre des sous-titres aux films québécois parce que notre oreille n’est plus capable d’entendre la diversité.On braille comme des veaux à la liberté d’expression et on n’échange plus rien ou des lieux communs ou ce qui ne nous déséquilibre pas. Pourtant il n’y a que le déséquilibre pour se mettre en marche. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– Ma langue maternelle est une langue minoritaire, un patois. Je me suis beaucoup battu pour lui redonner de la dignité. Il me semblait que l’utiliser était un acte politique dans la mesure où il me permettait de désaxer la langue des dominants.J’ai même joué au Rond-Point un spectacle sur la domination culturelle. Ce spectacle, j’ai su que j’avais eu raison de le faire en le jouant à la Réunion. Tout à coup là-bas, ils « entendaient » ce dont je parlais. Le pire sans doute « chez nous » c’est le peu de conscience que nous avons en général sur les mécanismes de domination, en particulier liés à la langue.C’est aussi pour cela que j’aime tant Frantz Fanon, le philosophe de la domination. Pour Fanon, le colonisé finit par intégrer ces discours de stigmatisation, le sentiment d’être inférieur, il finit par mépriser sa culture, sa langue, son peuple, il ne veut plus alors qu’imiter, ressembler au colonisateur.  – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Ma famille tribale d’abord a été fondamentale (et l’est toujours puisque je parle toujours ma langue avec mes parents). Puis il y a eu les humiliations, à propos de cette langue. Elles ont été déterminantes.Puis, à 16 ans, alors que j’étais un petit belou de campagne,  je me suis retrouvé dans un grand mouvement d’éducation populaire. Je suis parti avec des dizaines d’autres collecter les anciens de mon pays pour sauver ce qui pouvait l’être d’une histoire et d’un savoir méprisés par les élites du pays depuis toujours. Nous étions encadrés par des gens de « jeunesse et sports » une antiquité mon cher !Un lieu de formation à l’esprit critique, au regard, un apprentissage de la liberté et de la responsabilité.Chaque jour de ma vie et de mon engagement dans la vie associative, le développement culturel, je suis le fils de cette éducation populaire qui me semble toujours aussi fondamentale. Regardez donc en politique, les partis sans cette dimension-là ne génèrent plus de militants, que des apparatchiks, avec leur parole pathétique et prévisible.J’aime les mots, leur histoire, leur origine. J’aurais aimé en être un savant, je n’en suis qu’un disant. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue"... Comment allez-vous vous y prendre ?– Je n’en sais fichtre rien. Ça m’est toujours aussi difficile « d’écrire » sur la langue. Alors de là à la rattraper !Je suis un fils de l’oralité et ma langue se déplie quand le monde s’installe en face.Il me semble que j’irai m’épouverter comme une poule folle dans les joies du déjouqueur de mots. Que je pourrai tenter quelques expériences pour redonner du mordant à des lieux communs ne générant plus que l’ennui.J’aimerais m’amuser, taquiner ma muse pour qu’au moins à l’arrière du troupeau communiquant, je me dise qu’il reste quelques ânes à mots qui pourraient faire à l’occasion quelques estafilades à une langue bien trop lisse.

Le 16 mai 2015 à 11:09

Bernard Pivot : "Au secours! les mots m'ont mangé"

Bernard Pivot revient "rattraper la langue" au Rond-Point. Ce sera du 19 au 23 mai, avec sa conférence-performance où il raconte la vie improbable d'un homme mangé par les mots. Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Bernard Pivot - Notre rapport à la langue est moqueur si la langue est tirée, gourmand si la langue sait claquer, et amoureux si la langue établit un contact avec une autre langue. – Selon vous, qu’est-ce qui menace la langue et qu’est-ce qui la « sauve » ?– Ce qui menace la langue française est le pidgin anglo-américano-techno-intello-bobo-twitto-mcDo-imbroglio. Ce qui sauve la langue est notre amour des mots, de la littérature et des écrivains, d’hier et d’aujourd’hui. – Et votre propre langue, qu’avez-vous à en dire ?– Je dis de ma langue que je suis son humble serviteur et aussi son amant de jour et de nuit. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu’est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Un professeur du Centre de Formation des Journalistes, Michel Chrestien, m’a rendu exigeant et enjoué dans l’usage de la langue et le choix des mots. Il n’y a pas de jour que je ne consulte un dictionnaire. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point « rattraper la langue »… Comment allez-vous vous y prendre ?– Je ne rattraperai pas la langue, elle va trop vite. Je me contenterai de l’attraper en jouant avec les mots comme un enfant, comme un jongleur, comme un fou. Au secours ! les mots m’ont mangé. > plus sur la conférence-performance de Bernard Pivot

Le 21 mars 2015 à 09:39

Comme un poisson dans l'autre

On dit, en musique, qu’il y a deux voies pour la jouer. Apollon ou Dionysos. Il semble que j’ai choisi l’autre… J’habite le temps à Nay, piémont pyrénéen. A côté de Lourdes.8 Mars 2015. Je suis à Tokyo, Japon depuis cinq jours. J’essaye de faire comprendre ce que je veux au monsieur en face de moi qui ne parle ni l’anglais. Comme moi.J’ai pour habitude de dire « My english is titanic » Glou, glou glou.. Ah ah ah.. Bon. Oui je suis au Japon avec ma Dada et Tomoko. On devise sur l’écriture et la cuisine et soudain :  « Flash back »… Fin des années quatre vingt.  Grand festival de jazz en Suisse.C’est ma première apparition officielle avec la  Compagnie Lubat  dé Gasconha.Nous passons en première partie d’une troupe de musique traditionnelle japonaise.« Les tambours Kodo ». Impressionnante de bout en bout. La geste, le son, la discipline.  Des tambours immenses frappés par des hommes mi danseurs mi athlètes équipés de bâtons comme des gourdins. Enorme. Arts marteaux. Plus tard un groupe d’une douzaine de percussionnistes assis tailleurs en un côte à côte rectangulaire. Façon jardin japonais. Zen et nez.  Phrasés vertigineux, silences abyssaux. Réglé comme une horloge. Aucun chef d’orchestre pour faire jouer la partition d’une précision diabolique. Je me souviens leur avoir demandé en anglogascofrançais, gestuelle à l’appui, comment tout ça était possible. Un des leurs m’a alors raconté (je ne sais si c’est vrai – m’en fous) que chaque matin ils parcouraient ensemble un même trajet avec obstacles et que ces obstacles représentaient leur phrases rythmiques. Entre les deux, continuum et silence !Nous, avec la Cie, nous préparions nos concerts avec Dionysos dans les loges et sur scène avec l’autre. Maquillage à l’emporte pièce pour prendre le maquis.  L’art de la conversation. Barricade de l’improvisation.  Pas de thèmes en commun. Ni chansons. Rien. « Free ! » Un de mes premiers chaos collectif. Trouille, état de guerre intérieur. Oreilles incandescentes. Instinct de survie. Sortie de scène. Haie d’honneur des Japonais. Tout de même, sale impression d’après « match »… Mais voilà que quelques heures plus tard j’entends sur la radio suisse ce concert mémorable fraîchement enregistré. Et  je m’entends jouer, parmi les autres, d’un tout autre sentiment que ce que j’avais senti ou ouï sur scène. Certes des moments « dur à cuire », mais aussi du neuf et de la vie par dessus tout. Pour ma part j’entendais un autre moi que je ne connaissais pas…  Je ne sais depuis, s’il faut écrire « jeu » ou « je » est un autre… Trente ans plus tard, sur la scène de la cave poésie de Toulouse dirigée par le génial René Gouzenne aujourd’hui disparu, un homme de théâtre improvise à partir des propositions du public. Après quelques propositions de mes voisins, je lance « altérité ». L’acteur me répond : « Vous pouvez préciser ? ».Silence. «  Vous êtes cruel. » Silence.« Bon, très bien... je ferais altruisme… » Micro déception de votre narrateur. Pas facile de s’altérer. J’aurais aimé plus d’audace quitte à la perdition. Mais il s’agit des mots, du sens et pas des sons. Et les mots dits sont de mille malentendus, sens de mille maux, émaux. Oh ! Ghérasim Luca. Oh Bernard Heidsiek. Oh ! les autres. Tant d’autres ! Je cherche parmi les uns et les autres, les champs et contre champs de la voc’alchimie..   Comme un poisson dans l’OH ! d’ici ou là.

Le 31 mars 2015 à 04:40

Jérôme Rouger : "Je crois que l'humanité fait sa crise d'adolescence"

En spécialiste des allocutions détournées, Jérôme Rouger vient le 3 avril au Rond-Point défendre les droits de la poule et les conditions de vie de l’œuf en venant poser la question : mais pourquoi donc les poules préfèrent-elles être élevées en batterie et ressentent-elles le besoin de se coller les unes aux autres, dans des conditions qui paraissent pourtant peu enviables ? Ventscontraires – On dit souvent que chaque époque a ses usages propres de la langue. Comment caractérisez-vous notre rapport à la langue aujourd’hui ?Jérôme Rouger – Et bien je dois dire que je m’estime parfaitement incompétent pour répondre à cette question. Et comme je pense régulièrement : si à chaque fois que quelqu’un d’incompétent qui a quelque chose de pas intéressant à dire quand on l’interroge sur un sujet, s’abstenait, la langue, la littérature et l’humanité ne s’en porteraient pas plus mal, aussi vous me permettrez donc de passer directement à la seconde question. – Selon-vous qu'est-ce qui menace la langue et qu'est-ce qui la « sauve » ?– Mes grands-parents parlaient le patois là où ils vivaient, dans le nord des Deux-Sèvres. J'ai encore un oncle qui parle ce parlhange dans la vie de tous les jours. Mais au cours de mon existence, cette façon de parler aura disparu, du moins dans son usage par des gens au quotidien. Mes oreilles auront entendu une langue faire silence définitivement.Ma mère me racontait que quand elle était enfant, elle parlait ce patois à l’école, et on se moquait d’elle, alors elle a appris à parler toujours en français. Si je me réfère à cet exemple, qu’on considère ou pas que ce parlhange est une langue n’a à mon avis par d’importance, ce qui l’a menacée et tuée, c’est le fait d’être parlée uniquement par des « dominés », des gens qui n’avaient pas assez d’outils pour la défendre. Et on a donc réussi, par désir d’uniformisation, pour renforcer l’adhésion à la communauté nationale, non seulement à retirer aux gens toute fierté de la parler, mais même à leur en faire éprouver un sentiment de honte.A l’inverse, ce qui sauve une langue, ou la conserve, c’est qu’elle soit pratiquée, enseignée, c’est surtout qu’elle fasse communauté, qu’elle soit un objet de fierté pour ceux qui la parlent, voire un moyen de défendre la communauté, et qu’elle soit parlée par tous les corps, sans distinction sociale, de cette communauté.Même s’il y a certainement des « langues de résistance », il me semble que leur pérennité passe par là. – Et votre propre langue, qu'avez-vous à en dire ?– En prolongement de ce que je viens de répondre à la question précédente, je dirai que ma langue est une langue qui parle de la domination et de la manipulation. Elle le fait de façon j’espère astucieuse, c'est-à-dire sans dire son nom, en cachette. C’est pour cela que j’en ai déjà trop dit et que je n’en dirai pas plus sur cet aspect.C’est aussi une langue du rire, et ce n’est pas ici que je vais faire la leçon sur la puissance du rire. C’est d’ailleurs bien pour cela qu’il est si souvent dénigré. Mon rire à moi joue plutôt avec la syntaxe, le rythme et le sens, qu’avec les jeux de mots. J’aime aussi le rire pour son aspect fédérateur, il ne laisse pas grand monde de côté.C'est souvent aussi une langue de l'oralité, écrite pour que ça coule, pour que ça donne comme l'impression de ne pas avoir été écrit. – Quel événement et/ou quelles rencontres ont façonné votre langue et qu'est-ce qui la nourrit au quotidien ?– Dans ma famille maternelle, il y a beaucoup de légèreté, ce qui pourrait s’apparenter à une espèce de sagesse populaire. Mon grand-père et ses enfants, particulièrement mon plus jeune oncle, font énormément de blagues aux autres dans la vie quotidienne, ils sont fantaisistes, et très certainement cela m’a marqué.J’ai aussi toujours été attiré par les gens décalés, les fous, je crois parce qu’ils nous interpellent sur notre propre condition et sur la relativité de toute chose... J’aime les gens qui ne font pas comme les autres, qui ne sont pas lisses, qui ne mettent pas leurs qualités au service de la domination de l’homme par l’homme ou d’une vie toute tracée.Ce qui nourrit ma langue au quotidien, c’est toute cette histoire et l’observation de l’autre. Je prends grand plaisir à observer comment les gens d’un même milieu épousent les mêmes codes, se copient, s'imitent, bref, s’envoient des signes de reconnaissance, parfois jusqu’à la parodie d’eux-mêmes.La langue de la Culture par exemple, c’est quelque chose.C’est certainement pour cela que je m’intéresse aussi beaucoup à l’observation des différentes rhétoriques : celle de l'élu, celle du prof, celle du lobbyiste, celle du militant, celle du directeur de théâtre… Je m’intéresse à observer comment les gens parlent et comment cela indique ou pas leur place dans la société, ou la conditionne. Parce que si j’entends aussi par langue, une façon de l’utiliser, elle traduit une appartenance à un corps social, à des repères… bien observée, elle dit non seulement l’appartenance sociale de quelqu’un mais traduit aussi comment cette personne en est plus ou moins détachée.Après il y a toutes les "rencontres" avec l’art sous toutes ses formes : les lectures, les spectacles… et tous les gens que j’ai rencontrés en exerçant ce métier.Même si je crois que ça ne se voit pas du tout dans ce que je vais faire chez vous, j’ai été marqué par la rencontre avec la poésie (de Rimbaud à René Char). Tous ces textes qui vont vous chercher et vous trouver immédiatement, dans ce que vous considérez comme la partie la plus noble de votre être, qui raisonnent en vous, et sans que vous ne sachiez expliquer précisément pourquoi, sans que vous ne puissiez donner un sens précis à ce que vous lisez. « Nous ne pouvons comprendre toute la vérité : mais nous pouvons parfois comme la saisir sans la prendre, tendre nos mains mentales » dit si joliment Valère Novarina. C’est pour cela qu’il n’y a aucune vérité définitive dans ce que j’écris. Le théâtre ne trouve pas de réponses, il cherche des nouvelles questions, ou de nouvelles façons de se les poser.Autrement, ces dernières années, comme le milieu des arts de la parole a souhaité se développer au-delà du seul conte, j’ai souvent été invité dans des manifestations qui entendent « arts de la parole » au sens très large, et j’ai ainsi rencontré beaucoup de conteurs.J’ai ainsi pu prendre conscience que je ne me sentais pas du tout conteur. Je compte beaucoup d’amis conteurs, mais je dois dire que le conte et la diction du conteur m’ennuient souvent. C’est certainement pendant certains spectacles de conte que je me suis le plus ennuyé (et pourtant j’ai assisté à beaucoup de concerts de jazz expérimental !) Mais cela m’a aussi permis de comprendre ma différence, et peut-être ainsi de pouvoir la désigner.Je suis beaucoup plus marqué par le phrasé de gens comme Jacques Bonnaffé, Laurence Vielle, Bernard Lubat, Bernard Combi… des phrasés du rythme, de la syntaxe, de Jean-Quentin Châtelain, ou encore de Dominique Pinon dans « Pour Louis de Funès » de Novarina (mis en scène par Renaud Cojo).Et puis il y a aussi tous ces gens qui me font beaucoup rire, dans des genres très différents : Fred Toush, Albert Meslay, le Théâtre Group’, Nicolas Jules, même si c’est un chanteur la liste est longue. – Nous vous avons proposé de venir au Rond-Point "rattraper la langue" avec votre performance : "Pourquoi les poules préfèrent-elles être élevées en batterie"? Est-ce à dire que notre part grégaire nous condamne au gloussement vain et à l'impuissance ?– Certes, si l’on se fait encore des illusions sur l’émancipation de la poule et le grand soir des gallinacées, il y a des raisons de désespérer. Mais aucun gloussement n’est vain, sauf si l’on pense sauver l’humanité avec un petit gloussement. C’est l’histoire du colibri de Pierre Rabhi. Car un peu partout naissent des initiatives passionnantes, des gens se fédèrent pour fonctionner autrement, en dehors des circuits traditionnels, inventent d’autres façon de vivre ensemble, de subvenir à leurs besoins,…Je crois que l’humanité fait sa crise d’adolescence. Elle a besoin d’expérimenter, de se faire mal, peut-être même très mal, elle a besoin de chercher ses limites.Mais je pense qu’elle s’en remettra. Et notamment grâce à tous ces gloussements qui ne sont pas vains.Il y a certes mille raisons de penser comme Einstein « deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. » Et quand on sort son nez de l’actualité quotidienne, et qu’on voit tous ces gens formidables qui nous entourent, il y a aussi mille raisons d’espérer.  

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