Myrtille Taff
Publié le 14/11/2014

Ben quoi t'as perdu ta langue ?


Ce que t'es timide !! Tu m'inquiètes... Faut que tu reprennes le dessus ! Tu es terrifiée par le monde qui t’entoure, si tu pouvais disparaître sous terre tu le ferais ! Tu es dans un effroi de toi-même et des autres !  tu as l'air toute déconcertée devant l'imprévue. Tu dis jamais rien, ja-mais. C'est le grand le mystère de Gobi ! Moi je me livre, je raconte mes histoires de Pierre, Paul, Jacques ! Tu parles jamais de toi, de tes mecs ! J'en parlais avec Brigitte justement, on comprend pas. C'est naturel, c'est la vie ! T'as déjà eu un mec d'abord, hein ? …..????!!!!! Parce que t'en donnes pas l'impression ! Tu cherches pas à séduire. T'es pas naturelle, tu te lâches jamais ! Oui, remarque c'est vrai que je t'ai vue une fois à la fête du personnel, t'étais complètement bourrée, je t'ai à peine reconnue, t'étais une misère. Toi d'habitude si douce. Tu vis dans un monde imaginaire, un croisement d'Amélie Poulain et de La Science des rêves. On dirait que tu t'es trompée d'époque ! Un anachronisme vivant ! En plus,  tu parles pas tu susurres, faut te faire répéter tout le temps, tellement ta voix est basse. Fais gaffe parce que je connais une nana qui a failli perdre sa voix. Elle a dû faire 50 séances de kinésithérapie pour se rééduquer les muscles des cordes vocales.  Je sais pas, exprime toi quoi ! On t'imagine pas dire des gros mots ou alors ça sonne faux !! Bon vaut mieux que tu dises rien, en fait. Tu te mets en colère des fois ? Tu dois pas traumatiser grand monde. T'as quoi dans les veines ? Ce que tu es renfermée ! C'est dingue comme tu as l'air de souffrir, t'as l'air tellement triste ! Ça fait froid dans le dos, toute cette douleur. Tu te tortures tout le temps,  tu te compliques les choses, tu te poses trop de questions, tu prends aucun risque. je te vois tout le temps seule aux soirées, tu viens jamais accompagnée… J'ai de la peine pour toi ! Fais quelque chose ! T'as décidé de faire quoi pour changer ? Et puis arrange toi un peu quoi, tu fais peur. Va voir un psy, ça te fera gagner quinze ans ! Franchement, pour moi, le comble du bonheur ce serait que tu sois heureuse ! Ben quoi t'as perdu ta langue ????
Je vis dans une rue bucolique avec deux gars dont l'un est beaucoup plus poilu que l'autre. J'ai un voisin du dessus qui a un rire idiot. Je trouve que la vie est une joie et une souffrance, comme le disait Truffaut à propos de l'amour. Je déteste les endives au jambon et je trouve que "C'est trop de souffrance pour aujourd'hui" comme l'affirme un personnages du film "Dans la cour" de Pierre Salvadori. J'aime l'art et les envolées lyriques qui nous sauvent de l'abrutissement du dur labeur. J'aime les films emballants voire épatants de Xavier Dolan, ce jeunot et les livres de Jonathan Coe. J'ai un blog artisanal et multifonction : Les Bavardages de Myrtille Taff : http://bazardemyrtille.canalblog.com. 

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Le 14 août 2011 à 08:54

Plaisir tarifé

Le grand oral

Avez-vous déjà, lors d’une soirée, subi des propos sans esprit, truffés de lieux communs ? Passé une soirée solitaire dans un hôtel d'affaires ? Si vous avez connu cette misère intellectuelle, vous comprendrez que j'envisage sérieusement de créer une agence de prostitués de la conversation. Voilà, c'est dit. Imaginez : pas de contraintes, pas d'ajustement. Un simple coup de fil et voilà qu'arrive pour une heure, un soir ou une journée, quelqu'un capable de bavarder, à la demande, sur un mode amusant et cultivé. Il vous suffit d'exprimer votre fantasme : "à la Wilde", "à la Guitry", "à la Hagège"... Histoire, astronomie, gastronomie, philosophie, actualités, j'aurai les meilleurs causeurs à vous proposer : expressifs, dotés d'une voix splendide et d'un  énorme champ lexical, avec une diction très excitante. Je pourrai même les fournir pour des occasions spéciales : pédants pour gâcher les soirées de vos concurrents, complaisants pour mettre à l'aise vos invités timides, voire potiches en écoute passive pour tenir loin de vos hôtes les raseurs avérés.  Et pour les tête-à-tête, tout ce qui vous fera plaisir. Bien sûr, la prestation sera coûteuse car mes protégés auront de gros frais de documentation. Et puis, attention, les extras, ce sera plus cher : si vous êtes fétichiste et avez besoin d'accessoires, il faudra payer un supplément pour les dictionnaires et livres d'art. Mais quand vous aurez connu le plaisir d'avoir les méninges en ébullition, l'esprit à vif et la curiosité à son apogée, je suis sûre que vous serez prêts à y mettre le prix.  Je suis Baronne Samedi et vous m'appellerez Madame quand j'aurai fait fortune avec ce nouveau marché.  D'ailleurs, j'envisage déjà de l'élargir à la cyberconversation.

Le 6 avril 2013 à 09:20

Rencontre de Raymond, Carla et Jérôme à la table du Pingouin

Bob m’a informé jeudi dernier qu’il souhaitait que je l’appelle Raymond. Tu comprends, mon Pingouin, m’a-t-il dit, pour développer notre visibilité sur Internet, il est nécessaire d’utiliser des noms à la mode. Comme j’étais d’accord pour qu’il m’appelle son Pingouin, je l’ai invité le lendemain à dîner avec sa femme Sylvie, qu’il m’a conseillé de prénommer Carla, et de son fils, Kevin, qu’il a asticoté toute la soirée en l’appelant Jérôme. Autant vous dire qu’au cours du repas aucun sujet d’actualité n’a été oublié, et que l’on a mis les pieds dans tous les plats : « La crise ! Ah, la crise ! C’est la faute des banques ! » a dit Carla ; « La croissance, on l’attend pas, on la stimule » a dit Raymond, l’œil égrillard, en flanquant une pichenette sur la tête de Jérôme ; quant à moi j’ai synthétisé tout ça en disant qu’il fallait tout réformer, ce qui me permettait de taper large. Au bout d’un moment, l’alcool aidant, on s’est mis à débiter directement des mots-clés : guerre-au-Mali, mariage-gay, Ibra-c’est-le-meilleur, la-fraude-fiscale-c’est-pas-bien, ya-de-la-vie-sur-Mars ou ya-du-ch’val-dans-mon-steak-de-bœuf… Quand on s’est quittés, Bob m’a dit que son business plan, c’était de venir dîner chaque semaine chez moi pour générer du trafic et attirer les annonceurs. C’est tout un monde qui s’offre à nous, mon Pingouin, m’a-t-il dit en me tapotant la tête.

Le 2 octobre 2014 à 09:32
Le 9 octobre 2013 à 11:02

La chair dodue du dodo

Histoires d'os 45

Oiseau emblématique de l'Ile Maurice, le dronde, plus connu sous le nom de dodo, est sans conteste un des tous derniers fossiles recensés puisqu'il n'a disparu que depuis trois cents ans, victime d'une chasse intensive. En effet, lent et lourd, incapable de voler, l'oiseau apparenté à un pigeon africain constituait une proie facile pour les appétits insulaires. Jusqu'à une époque très récente, on ne connaissait le dodo que grâce à de rarissimes squelettes et surtout grâce à des illustrations de voyageurs et de naturalistes. Lesquelles le représentaient toujours comme une grasse volaille exotique dont le poids pouvait dépasser la vingtaine de kilos. Une étude effectuée sur une collection d'ossements retrouvés à Elbeuf permet de corriger cette vision abusive de l'oiseau mauricien. Il aurait été beaucoup plus svelte et plus léger que l'on ne l'a décrit jusqu'alors. Contrairement à une imagerie basée sur des individus captifs -et donc plus ou moins engrossés- le dodo n'était vraiment pas dodu et ne dépassait guère vingt livres. Ces conclusions inattendues remettent fortement en question la valeur nutritive d'un gibier qui, aux yeux de ses consommateurs, se caractérisait surtout par une chair abondante mais coriace, sans réelle saveur. C'est du moins ce que semblaient prétendre les marins hollandais qui l'avaient découvert en 1598 et l'avaient préalablement décrit sous le terme de walgvogel qui signifie littéralement : oiseau peu ragoûtant.  

Le 11 novembre 2015 à 08:38
Le 26 août 2014 à 10:27

« Le droit au travail, c'est un non-sens » (Albert Paraz)

Ce n'est certes pas du boulot que de travailler à la déchéance du travail comme ont su si bien le faire les terribles luddites, dont nous allons rappeler quelques salubres forfaits, et l'utopiste british William Morris, mais aussi le génial « basculeur de légendes » Albert Paraz qui a magnifié mieux que personne les « flemmartistes » dans Les Repues franches(1937). « Le droit au travail, c'est un non-sens. Le monde ne peut être sauvé que si tous les hommes refusent de travailler, car tout homme qui cherche à travailler davantage déséquilibre un peu plus l'économie. Il faut apprendre à tous la paresse avec sa beauté difficile. Il faut réinventer l'idéal perdu de l'homme du grand siècle qui vivait parfaitement sans travailler, il faut retourner au Moyen Âge où le travail était méprisé, revenir à l'Antiquité où les hommes libres n'y pensaient même pas. Il est urgent de déshonorer le travail. » Moins radical que Paraz ou que Fourier, William Morris, à la fin du XIXe siècle, n'en invite pas moins les pue-la-sueur à repenser totalement le travail, à opposer au productivisme capitaliste abrutissant et insensé une « vision du travail héritée des arts populaires où l'artisan, maître de tous les aspects de son art, connaît à la fois un repos abondant, le plaisir créatif » et la satisfaction d'être en phase avec une communauté sympathique. Critiquant sans quartier par ailleurs le militarisme, le colonialisme, l'esprit de concurrence, la propriété privée des moyens de production, la publicité ? déjà ! ?, la destruction de la nature ou le « réformisme tiède », les deux conférences de Morris (1884 et 1886) recueillies fin 2013 dans La Civilisation et le travail (Le Passager clandestin) sont balèzement introduites par Anselme Jappe, la terreur des glorificateurs du travail corniaud. Place au luddisme qu'on peut considérer, selon la formule de Paraz, comme « le travail bien compris ». En 1999, les nauséeux big boss des deux fabriques d'OGM rivales AstraZeneca et Monsanto tombent enfin d'accord : il faut diaboliser à tout prix les nouveaux « luddites » que sont pour eux les faucheurs de céréales transgéniques et les saccageurs de laboratoires de recherches agronomiques pro-OGM entendant « décontaminer l'environnement ». Deux siècles après leur grande insurrection au centre de l'Angleterre (bris de métiers mécaniques, incendies de manufactures, pillages d'entrepôts) contre « la dépossession machinique », et l'impitoyable répression qu'elle suscita (la pire que les Britiches aient connue), les luddites continuent de filer les flubes aux loufiats du capitalisme industriel. Le mouvement luddite a beau déjà s'amorcer dans le Londres de 1710 et laisser même des traces dans la France sans-culotte, où les bris de machines sont fréquents, on peut lui donner une date de naissance très précise : le 20 novembre 1811. Ce jour-là, près de Leicester, l'apprenti tricoteur Ned Ludd se montre si peu zélé au travail que son maître le fait fouetter. En réponse à quoi le garçon démolit le métier à tricoter au marteau. Chaque fois dorénavant, qu'une machine sera sciemment endommagée, on dira que Ned Ludd est passé par là. Retracent méthodiquement la saga des contempteurs en actes de ce qu'on a appelé « les machines odieuses » le bulletin d'infos des chouettes Amis de Ludd espagnols (éditions La Lenteur) ; l'intéressant, quoique souvent casse-burnes, Les Luddites de Bourdeau, Jarrige, Vincent (www.editions-ere.net); l'assez bien foutu Les Briseurs de machines de Ned Ludd à José Bové du docteur en biologie Nicolas Chevassus-au-Louis (Seuil) ; et, de loin mon petit préféré, La Révolte luddite (L'Échappée) de Kirkpatrick Sale connu par ailleurs pour avoir démoli un ordinateur en pleine conférence de presse au New York City Town Hall. De ces lectures, on peut allègrement déduire que les luddites, contrairement à ce qui s'est colporté, via Marx notamment, ne s'opposaient pas aux innovations techniques mais aux conséquences désastreuses de la mécanisation sur le niveau de vie des ouvriers et des artisans du textile. Ce n'était pas d?ailleurs aux machines en soi qu'ils s'en prenaient, c'était, nuance !, aux « machines préjudiciables à la communauté ». Kirkpatrick Sale ajoute que ce qui était mis en question avec fracas par les révoltés, c'était « la légitimité des principes de compétition et de profit illimité ». que ce n'était pas seulement les travailleurs brutalement remplacés par des métiers à tisser mécaniques ou par des tondeuses hélicoïdales qui abattaient leurs lourdes masses sur les machines envahisseuses. Que c'était tout leur quartier, tout leur village. « Tout membre de la classe inférieure est de leur côté », lit-on dans un rapport d'officier de police de 1812. que les luddites précédaient toujours leurs raids d'une lettre de menace signée Ned Ludd, général Justice ou, vingt ans plus tard, Capitaine Swing sommant les patrons des manufactures visées de renoncer à leurs machines. qu'organisés par petits groupes correspondant entre eux par codes, les casseurs n'opéraient pas à visage découvert. Ils se noircissaient la figure, portaient des masques en peau de bouc, revêtaient des pardessus militaires, se travestissaient quelquefois en femmes. Et qu'ayant mené la plupart de leurs premières offensives à proximité de la forêt de Sherwood (à la fin de janvier 1812, près d'un millier de métiers sont détruit dans le Nottinghamshire !), ils aimaient se proclamer les enfants de Robin des Bois. que les choses se sont bientôt corsées. Vu que le luddisme se propage vite à travers le pays, qu'il s'accompagne de plus en plus volontiers d'incendies et de pillages (les fameuses émeutes « frumentaires »), et que le bruit court que certains bousilleurs de machines ont en tête de « renverser le gouvernement et détruire toute forme de propriété », la Chambre des Lords n'y va pas par quatre chemins : elle condamne tous les mutins à la pendaison. Au grand dam, l'on s'en doute, des intellos de gauche de l'époque (Lord Byron, Shelley) qui se mobilisent. Les luddites ne se laissent pas conduire au gibet sans broncher. Ils prennent d'abordage des casernes et s'emparent de dépôts d'armes. La suite des affrontements dans les ouvrages épinglés plus haut. « C'est sur les ruines de l'industrie que fleurit la liberté. » (B. Traven)   P.-S. : Sur les néo-luddites, à lire avant tout les quatre appels au sabordage du « nanomonde totalitaire » des maquisards grenoblois « Pièces et manoeuvres »(www.lechappee.org), le galvanisant brûlot autoricide Catastrophisme, administration du désastre et soumission durable (L'Encyclopédie des nuisances) de deux ex-proches de Debord, feu Jaime Semprun et le toujours bouillant enragé/situ de mai 68 René Riesel. Et puis, bien sûr, tout Unabomber (www.editions-xenia.com).

Le 10 février 2012 à 08:13
Le 15 mai 2012 à 09:45

Le triangle d'or

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 1

> épisode suivant   Paris paraît petit depuis la salle de répétiton. Bientôt, dans quelques jours, le 31 mai si je ne m'abuse, ça commence. C'est au Rond-Point et Yves-Noël Genod va s'occuper de vous, personnellement. En bon génie du titre qu'il est, Yves-Noël a appelé son prochain spectacle Je m'occupe de vous personnellement. 22 réprésentations, ce qui est beaucoup pour YvNo, 22 comme "22, v'là les flics" - au fait, personne ne sait vraiment d'où vient ce 22, c'est peut-être une déformation du juron "vain dieu" ou bien ça vient de l'argot "vingt-deux" qui signifiait "couteau" au 19ème siècle - Bref, tout ça pour dire qu'hier soir, j'ai pu assister à une répet. Yvno préfère dire audition ou filage ou recherche d'apparition ou mieux, rien. Silence total dans la salle, deux / trois personnes dont Alexandre Styker qui mange un sandwich. YN est d'un calme insensé, un calme que je ne lui connais pas dans la « vraie vie », impressionnant. Je suis dans mes petits souliers. Je lui demande à quelle heure ça se termine (car j'ai un rendez-vous après), il me répond : "ça ne se termine pas". Sur le plateau gris, tee-shirt gris et boxer noir, le petit M. Pas de danse sans musique, lumière du jour. M. traverse le plateau en déchirant une feuille de papier alu, YN dit « magnifique », dans ma tête, je pense « ouais, bof ». M. s'approche de la fenêtre - nous sommes au premier étage, il y a trois fenêtres qui donnent sur la rue. Depuis le dehors, Dimitri chante un air d'opéra russe. La voix entre dans la salle, par la fenêtre. YN me demande si ce n'est pas un peu faux, je réponds que oui, que c'est faux, mais que c'est pas mal, ce faux-là. Et là, catastrophe, M. se met à jouer un truc un peu comique genre Charlie Chaplin, un truc vraiment destiné au 4ème mur. YN éclate de rire et va sur le plateau. Très doux, souriant, il dit à M. : « Mais qu'est-ce qui se passe ? Encore une rechute ? C'était quoi ce petit moment « Au théâtre ce soir » ? Il n'y a pas de public, on n’a rien à jouer ici (quand YN dit « jouer », j'entends « démontrer »). » C'est simple, c'est dit avec beaucoup de tendresse, YN connaît M. depuis qu'il a 7 ans. M. recommence. Il fait des choses avec les murs. Il est un peu perdu. Et Yvno lance une chose improbable : joue "triangle d'or", ici, le quartier, c'est le triangle d'or : l'Elysée, les Champs, l'avenue Montaigne, le fric et le pouvoir, c'est ici, joue avec ça". Pauvre petit M., je me demande ce qu'il va faire avec une telle indication. M. s'exécute. Et ça vient, ça devient sublime. YN accompagne M. d'une voix faible : « Oui, somptueux, oui, très beau, ça marche, ça, oui. » Et M. le fait, il y va, dedans, le fil d'or se déroule. Quelle veine ! M. est solaire, ça coule de source, il est triangle d'or, contre, tout contre. Tour à tour isocèle, équilatéral et scalène. C'est dans ces moments-là que je me dis qu'Yvno est un magicien, cette façon de trouver les mots justes, au bon moment, c'est fou. M. va du déséquilibre à l'agilité la plus grande. Je pars sur la pointe des pieds, toujours mon rendez-vous... Dans le métro je me dis qu'YvNo n'a pas son pareil pour célébrer la jeunesse. Et je pense à Catherine Deneuve dans Indochine : « C'est peut-être ça, la jeunesse, croire que les choses sont inséparables : les montagnes et les plaines, les humains et les dieux... Olivier Steiner

Le 31 mars 2015 à 18:21
Le 16 mars 2012 à 08:22

Éros et Tomatos

Le jour même, dimanche 12 mars, du "meeting-monstre" du candidat-sortant à Villepinte, on aura appris que "Louis Sarkozy lance des billes et une tomate sur une policière", en faction devant l'Élysée. En 2007, âgé de 10 ans, le bambin lançait son fameux "Bonne chance mon papa!". En 2012, l'ado lance des tomates sur les forces de l'ordre! Crise pubertaire, sans doute, que le délinquant voudrait endiguer, s'étant récemment inscrit dans une académie militaire aux USA. Reste que le contexte familial est préoccupant, entre la toute-puissante image du Père-Président, et la dangereuse proximité, quand Louis est à Paris, d'une belle-mère people, délurée, sexy … Comment ne pas songer à cet autre adolescent : Hippolyte, confronté pour son malheur aux avances de sa belle-mère, la Reine, Phèdre, et voué à être immolé à l'aveugle courroux de son père, Thésée ? Ainsi, du palais d'Athènes au palais de l'Élysée, d'un Roi à un Président, d'une Reine à une first lady, et d'Hippolyte à Louis il n'y aurait qu'un pas, mais un abîme quand ce dernier cherche à se dépêtrer du drama par le lancer de tomates, aux dépens d'une factionnaire qui, femme et flic, conjoint deux pointes du triangle oedipien. Une tomate ne fait pas le printemps. Louis tournera-t-il racaille ? trader ? anar ? yachtman ? Toujours est-il que l'on peut souhaiter, dans son intérêt, que l'Élysée lui soit bientôt clos, pour cause de non-renouvellement de bail.

Le 7 décembre 2010 à 07:10

Les Artivistes

Les cracks méconnus du rire de résistance

On le sait surtout grâce à un très très fortiche panorama* des nouveaux modes de résistance facétieux contre « notre monde criminel de bêtise » (René Crevel), l’artivisme, c’est l’art de vivre tout de suite séditieusement, ludiquement, hédonistement, tordboyautesquement au nez et à la barbe des interdits de tout poil. La fort mauvaise nouvelle pour les propriétaires de la planète et les gouverneurs de notre « société des passions tristes » (comme l’appelle notre camerluche Miguel Benasayag) entendant mettre nos existences en coupe réglée, c’est que de dangereux activistes, prêts à tous les crimes anti-autoritaires burlesques, y en a de plus en plus en liberté.Y a les organisateurs des fausses manifs sarkozystes où l’on porte des masques du président en scandant : « Touche pas à mon yacht ! » ou « TF1 sur toutes les chaînes ! ».Y a les piedsnickeléesques Yes Men réussissant à se faire inviter officiellement dans des conférences internationales comme porte-parole de grandes institutions, telle l’OMC, pour en dévoiler ubuesquement la vraie nature totalitaire.Y a les clowns battants british allant s’enrôler pour la guerre d’Irak emmitouflés dans des vestes vert et rose et coiffés de paniers en osier. Y a leurs homologues parigots désireux eux aussi de « rendre l’art de la pitrerie à nouveau redoutable » en se pointant subitement, à la mairie de Neuilly par exemple, pour la nettoyer au Kärcher.Y a les mutins de Reclaim the Streets mettant en branle de gigantesques « carnivals against capital » et perçant le bitume londonien avec des marteaux-piqueurs pour y planter des arbres.Y a les altermondialistes fute-fute ayant rendu hommage à Archimède pendant les bagarres de Gènes en éblouissant tout à coup les carabiniers les chargeant avec des centaines de miroirs. Ou alors les Tutti Bianchi ayant repoussé pneumatiquement les assauts policiers avec « des gommones » (caoutchouc en italien).Y a les sans-cravate éteignant ni vu ni connu les écrans de téloche d’endroits publics à l’aide de « TV be gone » pendant des retransmissions bien choisies (résultats électoraux, coupes du monde de foot…).Y a les guerrilla girls qui, constatant que « moins de 5% des artistes exposés dans les sections d’art moderne sont des femmes alors que 85% des nus sont féminins », mettent des masques de gorille pour poser la question aux visiteurs de musées « Faut-il que les femmes soient nues pour entrer au Metropolitan Museum ? »Y a les space hijackers de Mayfair parvenant perversement à « faire de la police, à son grand désespoir, un partenaire de jeu » en se lançant, par exemple, lors de manifs, à la poursuite de leurs propres camarades.Ou les ecowarriors se prélassant dans d’immenses hamacs surplombant les autoroutes.Et puis, ça ne finira jamais, y a encore– Le « laboratoire d’imagination insurrectionnelle » de John Jordan.– Le « Billboard Liberation Front » (Front de libération des panneaux publicitaires) se proposant de « réinventer la signalétique urbaine grâce à de discrets tours de passe-passe sémiotiques ».– Le « Parti faire un tour » de Gaspard Delanoë.– Le « Théâtre de la perturbation électronique » de Ricardo Dominguez.– Le « Graffiti Research Lab » d’Evan Roth et James Powdedly mettant à la disposition des graffeurs sauvages des « outils de communication urbaine » comme le laser tag.– La « Banque du miel » grenobloise d’Olivier Darné, un organisme financier « ne prêtant qu’aux ruches » et conviant les citadins à « manger la ville ».– Ou La « Frivolité tactique » regroupant des pétroleuses chantantes et dansantes affrontant les forces de l’ordre avec des plumeaux.Tremblez !, piliers de « l’État diarrhée verte » (Maurice Blanchard). Avec de tels artistes du coup d’éclat surprise, avec de tels agitateurs louf-loufs échappant à tous les schémas idéologiques, l’insurrection qui vient risque de vous donner plus de fil à retordre que prévu.*  Frigoussé par les merveilleuses amazones du désordre Stéphanie Lemoine et Samira Ouardi, l’épastrouillant Artivisme est paru en novembre 2010 aux éditions Alternatives. Autres hymnes bougrement instructifs à la nouvelle rébellion poilante : Guérilla Kit de Morjane Baba (éd. La Découverte), Les Nouveaux Militants de Laurent Jeanneau et Sébastien Guernoud (éd. Les Petits Matins) et la série Désobéir des éditions du Passager clandestin orchestrée par Xavier Renou.

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