Myrtille Taff
Publié le 14/11/2014

Ben quoi t'as perdu ta langue ?


Ce que t'es timide !! Tu m'inquiètes... Faut que tu reprennes le dessus ! Tu es terrifiée par le monde qui t’entoure, si tu pouvais disparaître sous terre tu le ferais ! Tu es dans un effroi de toi-même et des autres !  tu as l'air toute déconcertée devant l'imprévue. Tu dis jamais rien, ja-mais. C'est le grand le mystère de Gobi ! Moi je me livre, je raconte mes histoires de Pierre, Paul, Jacques ! Tu parles jamais de toi, de tes mecs ! J'en parlais avec Brigitte justement, on comprend pas. C'est naturel, c'est la vie ! T'as déjà eu un mec d'abord, hein ? …..????!!!!! Parce que t'en donnes pas l'impression ! Tu cherches pas à séduire. T'es pas naturelle, tu te lâches jamais ! Oui, remarque c'est vrai que je t'ai vue une fois à la fête du personnel, t'étais complètement bourrée, je t'ai à peine reconnue, t'étais une misère. Toi d'habitude si douce. Tu vis dans un monde imaginaire, un croisement d'Amélie Poulain et de La Science des rêves. On dirait que tu t'es trompée d'époque ! Un anachronisme vivant ! En plus,  tu parles pas tu susurres, faut te faire répéter tout le temps, tellement ta voix est basse. Fais gaffe parce que je connais une nana qui a failli perdre sa voix. Elle a dû faire 50 séances de kinésithérapie pour se rééduquer les muscles des cordes vocales.  Je sais pas, exprime toi quoi ! On t'imagine pas dire des gros mots ou alors ça sonne faux !! Bon vaut mieux que tu dises rien, en fait. Tu te mets en colère des fois ? Tu dois pas traumatiser grand monde. T'as quoi dans les veines ? Ce que tu es renfermée ! C'est dingue comme tu as l'air de souffrir, t'as l'air tellement triste ! Ça fait froid dans le dos, toute cette douleur. Tu te tortures tout le temps,  tu te compliques les choses, tu te poses trop de questions, tu prends aucun risque. je te vois tout le temps seule aux soirées, tu viens jamais accompagnée… J'ai de la peine pour toi ! Fais quelque chose ! T'as décidé de faire quoi pour changer ? Et puis arrange toi un peu quoi, tu fais peur. Va voir un psy, ça te fera gagner quinze ans ! Franchement, pour moi, le comble du bonheur ce serait que tu sois heureuse ! Ben quoi t'as perdu ta langue ????
Je vis dans une rue bucolique avec deux gars dont l'un est beaucoup plus poilu que l'autre. J'ai un voisin du dessus qui a un rire idiot. Je trouve que la vie est une joie et une souffrance, comme le disait Truffaut à propos de l'amour. Je déteste les endives au jambon et je trouve que "C'est trop de souffrance pour aujourd'hui" comme l'affirme un personnages du film "Dans la cour" de Pierre Salvadori. J'aime l'art et les envolées lyriques qui nous sauvent de l'abrutissement du dur labeur. J'aime les films emballants voire épatants de Xavier Dolan, ce jeunot et les livres de Jonathan Coe. J'ai un blog artisanal et multifonction : Les Bavardages de Myrtille Taff : http://bazardemyrtille.canalblog.com. 

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Le 8 mars 2015 à 09:47

L'autre

Enfin, je vais dévoiler l’identité de L’autre, L’autre c’est Moi Oui, j’ai toujours été l’autre de quelqu’un, née au Liban d’un père syrien et d’une mère libanaise. La Syrie ne nous donnait pas de papiers, mon père étant un opposant fervent au régime des Assad. Les Libanais aussi ne nous donnaient pas de papiers car une mère Libanaise ne transmet pas la nationalité à ses enfants. J’étais donc sans papiers. Quand mes amis découvraient que je n’avais pas la nationalité libanaise et qu'en plus j’étais syrienne, ils me disaient  "ça ne se voit pas". Je n’ai jamais compris comment on peut voir la nationalité  d’une personne sur sa gueule. J’étais donc la Syrienne au Liban, avec tout ce que ce mot porte de préjugés. Des années plus tard, quand j’ai pu aller en Syrie vivre et travailler, on me traitait de libanaise ; j’étais donc la Libanaise en Syrie avec tout ce que le mot porte de préjugés. Donc à chaque fois qu’au Liban on attaquait les Syriens je les défendais, et vice versa. Je me sentais libanaise en Syrie et syrienne au Liban.   J’étais toujours l’autre. Peut-être que je me plaisais dans ce rôle, que je me sentais plus libre. J’avais le choix. Très tôt j’ai commencé à jouer dans mes deux pays et même au-delà de leurs frontières. Avec les années et à cause de mon travail et de ma façon d’être, j’ai payé très cher le prix de ma liberté de vivre et de m’exprimer. J’ai alors pris la décision de partir, de quitter mes pays pour chercher un autre pays où je pourrais m’exprimer et vivre librement sans laisser ma peau, un pays choisi où, peut être, je ne serais plus L’AUTRE. Mais, moi-même. Arrivée en France, mon pays choisi, je suis devenue L’Arabe. Décidément je suis vouée à être l’autre. Je porte toujours en moi les séquelles d’un vécu pas très lointain. Je porte surtout la peur, ce sentiment  insupportable qui peut me rendre faible ou vaincue si je lui cède. J’ai choisi de créer mon « autre » sur scène, NOUN, celle qui peut parler à ma place, et qui me permet d’avoir la paix en disant sur scène ce que la société ne me permet pas de dire dans la vie. Quand on me demande pourquoi j’ai choisi la France, ma réponse fuse, plus rapide que la question : la liberté ; un pays où, jouer, écrire, lire, créer ou dessiner ne saura pas sanctionné par la mort, un pays où je peux m’exprimer librement sans en payer le prix, bien que la réalité m’a montré le contraire depuis peu de temps. J’ai découvert, aussi, qu’il y a des hiérarchisations dans l’acceptation de l’autre, et que tous les « AUTRES » ne  sont pas traités à égalité, que mon « Autre » aujourd’hui n’a plus vraiment le droit de parler . Si mon Autre n’a plus aujourd’hui le droit d’exister, alors moi je vais tout simplement disparaître…  

Le 11 janvier 2011 à 08:00

Au secours les mots : Alice de Poncheville défend le mot "transparence"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici."Il faut accroître la transparence des politiques financières et monétaires." Rapport FMI 29 septembre 2010.Un peu comme avec un de mes amis qui a le sens inverse de l’orientation — il faut aller à gauche quand il tourne spontanément à droite —, je sais qu’un homme politique ou qu’une organisation qui parle de transparence a toujours quelque chose à cacher. Le mot transparence a la puissance des formules magiques. Entendez-le prononcé et la volonté d’aller vérifier par vous-même s’évanouit."Tout est transparent dans notre organisation, nos évaluations, notre stratégie, notre management. Nous sommes des êtres de verre, pas fragiles pour autant, car par l’augmentation de notre masse, nous créons de la solidité. Faites-nous confiance." Mais les employés sont fabriqués dans une silice de moins bonne qualité, ils s’effritent, se fendillent, se jettent par les fenêtres et se fracassent sur le sol en mille morceaux. "Nos comptes sont clairs, venez y mettre votre nez." Mais le nez s’écrase contre la vitre de l’immeuble moderne derrière laquelle s’active le grand corps complexe de l’entreprise ou du pouvoir.Rien n’est transparent. Une analyse ne rend pas le patient transparent. L’amour ne rend pas l’amoureux transparent, même s’il peut le rendre lumineux. La création n’est pas transparente, même si elle peut être limpide. La sexualité n’est pas transparente, même pratiquée en pleine lumière. Le mot transparence, utilisé comme il l’est aujourd’hui, m’évoque la pornographie. Comme si en montrant ce qui entre dans les corps, de très près, on pouvait voir autre chose que la mort sinistre de l’imaginaire et de la liberté.Je pense au travail de la femme qui s’extasie devant la transparence de ses vitres pour laquelle elle s’est donnée tant de peine. Au raisonnement alambiqué et pourtant si transparent de mon petit garçon quand il veut obtenir quelque chose de moi. A l’écrivain qui cherche à rendre compte d’une sensation et qui hésite entre les mots éblouissement et transparence qui paraissent opposés. Il choisira les deux, militant pour l’oxymore qui est, au fond, la figure qu’il préfère. La transparence est fragile comme les images qu’elle fait naître. Et je regarde, fascinée, la transparence de ces grains de raisins aperçus sur la toile d’un maître obscur, au détour des pages feuilletées d’un magazine, un soir où tout est beau et sombre.  Alice de Poncheville a été comédienne, elle est devenue réalisatrice de films courts. Elle écrit aussi des romans pour la jeunesse (Ed. de l'Olivier) et son seul livre pour les adultes est un recueil de nouvelles, La Martre, est paru aux éditions de l'Olivier. Elle pratique également la menuiserie.

Le 17 janvier 2015 à 17:36

Souvenirs : Charb, Tignous et les attentartes

J’ai perdu dans la tuerie du 7 janvier deux camerluches. Charb en premier lieu avec lequel je me shootais à la Rochefort 10 degrés lorsqu’il rôdait à Bruxelles et qui, en levant le coude, me racontait les pires crasses sur son big boss d’alors à Charlie Hebdo, le très opportuniste Philippe Val, futur directeur des programmes de France Inter sur intervention personnelle de l’ennemi principal du canard : Nicolas Sarkozy. Charb m’a démontré, fin septembre 2002, ce qu’était le journalisme pamphlétaire cinglant à la Charlie Hebdo. J’avais été traduit à l’époque devant la 14e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris pour avoir balancé une tarte crémeuse à l’ananas sur la tronche de l’ex-ministre français de l’Intérieur Jean-Pierre Chevènement en pleine campagne présidentielle. Et celui-ci me réclamait 50 000 euros de dommages et intérêts pour « atteinte à la République ». S’étant rendu à mon procès pour son canard, Charb n’y a pas été de main morte dans son compte rendu des joutes judiciaires. Il a intitulé l’article « Décès de Chevènement. Ni fleurs ni chantilly ». Et a précisé que l’ancien ministre avait touché le fond en déclarant sans rire à la barre qu’il aurait préféré recevoir dans la figure une gifle, un crachat, voire un pétard agricole corse car c’est son image même que ma tarte avait souillée. « Comprenez-moi, un homme public n’a pas d’autre capital que son image. » « Incroyable, commente Charb. Un homme politique, pour la première fois, avoue qu’il n’est rien d’autre que son image. Ses idées, toutes ses actions seraient donc au service de son image médiatique et n’auraient pas vraiment de valeur en elles-mêmes. Chevènement ne plaisante pas, il pense vraiment ce qu’il dit, c’est presque touchant de voir la carapace de ce bonhomme tomber. Il ne fait de la politique que pour se polir l’ego, pour se branler devant la glace. Il aura beau essayer de se rattraper en prétendant qu’à travers lui ce sont les institutions qui ont été visées, la démocratie qui a été bafouée, tout le monde a compris que c’était en fait son miroir de salle de bains qui a été graffité. » C’est évidemment une tarte bien plus spratcheuse encore que la mienne que Jean-Pierre Chevènement s’est pris avec cet article assassin de Charb. Il y a eu également la tartapulte. L’ubuesque machine de guerre de proue[1] de l’Internationale pâtissière a été imaginée fin 1999 par José Bové, Benoît Delépine et mézigue, et fabriquée par la compagnie Royal de Luxe de Nantes connue pour ses marionnettes géantes qui bougent pour de vrai. Très haut perchée (elle est plus grande que ma maison), Zelda, pour les intimes, s’avère être une véritable catapulte médiévale, aux allures design, munie d’un bras télescopique lui permettant de propulser des obus chantilly à longue distance avec une étonnante précision. En attestent les happenings burlesques organisés sur des grands places de France (Nantes, Paris, Quend-Plage-les-Pins) par les compères du Groland de Canal+ aux cours desquels des effigies colossales de puissants du jour soigneusement sélectionnés - Berlusconi, Sarkozy, Poutine, Messier, Blair, le Pape - ont été hissées dans les airs et pilonnées par la tartapulte sous les gloup gloup gloup de la foule. Invité au festival de la bédé d’Angoulême, en même temps que Luz et Honoré, à dessiner la trogne d’une des cibles célèbres en question, Charb n’a pas lanterné : il a choisi Ariel Sharon dont l’absence tragique d’humour et les inclinations bellicistes l’énervaient particulièrement. Et puis j’ai perdu le guilleret et tendre Tignous qui fut le seul dessinateur du journal, hormis le génial Willem, à réussir à frayer à la fois avec l’équipage de Charlie Hebdo et avec celui de son frère ennemi Siné Hebdo. Et ce sans trop putasser. C’est que l’art de la fine diplomatie pour Tignous, c’était de rire comme une baleine dès qu’on abordait un sujet qui fâche ou qu’on se sentait en porte-à-faux en entraînant son entourage du moment dans cette tempête d’hilarité. La première fois que je m’étais rincé le cornet avec Tignous, c’était en l’an 2000, à Millau, la nuit de la fiesta monstre qui avait couronné le procès spectaculaire intenté par l’État français à José Bové, accusé d’avoir démonté un McDo avec quelques autres opposants à la malbouffe. À cette occasion, des groupes musicaux rebelles, tel que Noir Désir, se succédaient sur un podium de fortune devant des dizaines de milliers de jeunes soutiens à Bové et ses camarades. Mais il y avait un hic, le show était présenté de la plus péteuse manière par Philippe Val qui s’était absolument imposé dans ce rôle de monsieur Loyal visqueux. Ulcéré par cette arrogance, qui énervait beaucoup de monde, Tignous m’avait accosté pour me supplier d’entarter le maître de cérémonie. Certains de ses collègues toujours vivants aujourd’hui, chut chut donc, avaient fait pareil. Le lézard, c’était qu’on pouvait courir pour dégoter dans le coin une pâtisserie ouverte en pleine nuit. Tignous m’avait néanmoins sorti un « j’ai une idée » quand une véritable tornade de pluie avait fait détaler tous les lustucrus présents. Chaque fois que j’ai revu le larron, j’ai oublié de lui demander quelle était donc cette idée. Je ne suis plus tombé depuis sur Philippe Val, mais je lui dois à la mémoire de Charb et Tignous un double shampoing à la Chantilly. Surtout qu’on connaît les tours de cochon qu’a joués dans la suite notre bachi-bouzouk à quelques autres de mes aminches humoristes trop transgressifs pour lui. Dont Siné, qu’il a viré comme un malpropre de Charlie Hebdo, son repaire depuis seize ans, sous des prétextes aberrants. Ou Stéphane Guillon, Didier Porte, Gérald Dahan qu’il a lourdés plus tard de France Inter. Sus à Val, mille marmites ! Et puisse l’annonce publique des malheurs pâtissiers qui lui pendent sous le nez ne pas me valoir une garde à vue pour « apologie au terrorisme ». Ce serait d’autant plus niguedouille que le salut de l’humanité réside peut-être dans le lancer stratégique de tartes onctueuses. Ainsi que le préconisait déjà l’utopiste Charles Fourier au XIXe siècle en conviant l’ensemble des belligérants de la planète à résoudre désormais le moindre conflit militaire à coups de petits pâtés à la crème. [1] D’autres armes gloupinesques seront bientôt mises à la disposition des tueurs à gags, parmi lesquelles on relève un canon aux oeufs bio et des bazookas au fromage blanc. Photos © Chéri-Bibi asbl

Le 26 novembre 2013 à 08:29

Par peur des souffrances qu'implique un 1er accouchement, elle décide d'accoucher directement de son 2e enfant

Marseille, clinique Léopold Bellan. C’est le 3 août 2013 à 17h22 que Nadine a donné naissance à Théophile, un nourrisson de 3.4kg en excellente santé. L’accouchement s’est passé dans les meilleures conditions, celles qu’avait souhaitées Nadine en préférant éviter un premier accouchement douloureux et en mettant directement au monde son second enfant. La sage-femme de la clinique en charge de Nadine Roger a répondu aux questions de la Rédaction: « Ce processus est de plus en plus demandé. Les femmes en ont assez d’accoucher dans la douleur. Un premier enfant est toujours une épreuve pénible. Au deuxième, le corps est déjà préparé et les souffrances sont bien moindres. Cette demande est parfaitement légale et nous notons une hausse de 26% de ce genre de démarches en 2013. »  Certaines femmes préfèrent accoucher dans l’eau, d’autres choisissent l’option avec péridurale, d’autres encore préfèrent le gaz hilarant qui provoque un état euphorique. Accoucher directement de son deuxième enfant est dans l’ordre des choses. La douleur n’est plus un corollaire de l’accouchement et les femmes qui le souhaitent peuvent désormais faire ce choix. C’est une Nadine en pleine forme qui nous a accueillis dans sa chambre à peine deux heures après l’accouchement. « Je suis très heureuse, c’est mon bébé bonheur », esquisse -telle dans un sourire en nous présentant son cadet: « J’ai fait un excellent choix en décidant d’accoucher directement de mon second fils. Je me sens extrêmement bien et j’ai évité les douleurs insupportables que toutes mes amies m’ont décrites. Je ne vois pas l’intérêt d’accoucher en quatorze heures quand on peut le faire en quatre. »  « C’est une amie  qui m’a parlé de cette possibilité. Elle avait choisi d’accoucher directement de son dernier par peur de voir son corps être déformé par les premières grossesses. Il était hors de question que je renonce à ma féminité en devenant mère » . Et Nadine d’ajouter qu’elle a préféré accoucher directement de son deuxième enfant et non du dernier: « Socialement, il me semble plus difficile d’être fils unique, et le dernier d’une famille a toujours le rôle du chouchou. La place de cadet me parait plus confortable pour l’enfant. Nous en avons longuement parlé avec mon mari et c’est tout naturellement que nous avons donné naissance à notre cadet Théophile. Et puis cela nous permet d’envisager d’agrandir la famille, liberté qui ne nous aurait pas été permise en accouchant directement du petit dernier ! » s’esclaffe-t-elle. A voir sa mine réjouie, Nadine annonce un avenir heureux à cette forme d’accouchement, certes surprenante, mais tellement moins douloureuse. Reste encore à définir comment adapter la législation réglementant les droits de succession. L’héritage doit-il revenir en premier lieu à l’aîné, au dernier, ou au cadet qui est le premier né ? Le Gorafi Illustration: Istock / Angelice  

Le 28 janvier 2011 à 12:53

A la fin de l'envoi, Destouches

Sortons-les tous du Panthéon, et plus vite que ça, s'il vous plaît !

« Ce monde n’est qu’une immense entreprise à se foutre du monde. » Louis-Ferdinand Céline. Louis-Ferdinand Céline n’est pas digne d’être « célébré ». Point. La République a tranché par la voix outrée de son Ministre de la Culture qui vient de découvrir – redécouvrir ? apparemment, ce n’était pas évident à la première lecture – que l’homme avait des pensées abjectes et l’écrivain commis des écrits ignobles.  Cette même République dont le Ministre de l’Intérieur a été condamné pour injure raciale ; cette même République qui reconduit les Roms à la frontière ; cette même République qui dit quoi faire et que penser, que lire et ne pas lire, juge du Bien et du Mal, impose du politiquement correct quand elle a elle-même une morale plus que douteuse, pour user d’un euphémisme ; cette République-là juge et retranche. Dans la précipitation, quoi qu’elle s’en défende : Frédéric Mitterrand a lui-même préfacé le fameux recueil de célébrations de sa plus belle plume, et donc autorisé par là son impression en 10 000 exemplaires avant de se dédire et de retirer précipitamment les fameux 10 000 recueils embarrassants. J’imagine avec délectation les employés zélés du Ministère qui auraient passé leur week-end, correcteur à la main, effaçant consciencieusement le nom de Céline de la liste des célébrés, le tout 10 000 fois consécutives, ça en fait des litres de Tipp-ex ! En vrai, ce ne doit pas être comme ça que ça se passe : le recueil au pilon, Céline avec, pouf-pouf, on respire et on recommence. On s'en est donné à cœur joie cette semaine : pourquoi ne pas virer Gide, prix Nobel de Littérature, pour ses relations pernicieuses avec des mineurs ? Bossuet, pour avoir approuvé sans réserve la révocation de l’Edit de Nantes ? Rousseau pour avoir lâchement abandonné ses enfants et parallèlement écrit un ouvrage sur l’éducation, L’Emile ? Voltaire, pour avoir bénéficié de manière sonnante et trébuchante du commerce triangulaire et partant de l’esclavage ? Proust, pour son homosexualité ? Et ce malgré le bon mot du Président : "On peut aimer Céline sans être antisémite, comme on peut aimer Proust sans être homosexuel !" Au passage, comparer l’antisémitisme abject, je persiste et signe, de Céline et les mœurs de Proust, revient à établir les deux comme des crimes, tout au moins des « déviances », non ? En voilà une image intéressante de l’homosexualité. Je propose qu’on éjecte également Hugo pour sa vie de débauché, sa maîtresse affichée, sans parler des autres, son royalisme de débutant, son admiration pour Bonaparte malgré la Berezina des campagnes napoléoniennes. Sortons-les tous du Panthéon, et plus vite que ça, s’il vous plaît. Qu’on nous laisse lire tranquillement Martine à la plage, et les veaux du Général seront bien gardés.

Le 21 février 2014 à 09:11

Crise du logement : pourquoi préférer le château

Rien ne vaut de loger dans un château. Il suffit d'avoir habité une vingtaine d'années dans une H.L.M. avec des chats, voire même des enfants, pour se rendre compte de la différence. Certes, la vie de château n'est pas de tout repos. Il faut faire bouillir de l'huile et la monter sur les remparts, alors que les locataires de H.L.M. se contentent de fondue bourguignonne dans la salle à manger. Par temps de pluie, les armures rouillent ; les articulations grippées obligent à de disgracieuses contorsions. Les jours de tournoi, on doit se coiffer de plumes d'autruche et manger du cygne. Ce volatile a une chair très ferme, qui vient à bout des meilleurs dentiers ; on oblige le barbier à venir à domicile avec ses pinces ; les domestiques rient sous cape. Des ménestrels jouent du psaltérion, de la trompette, du chalumeau ou de l'organon, devant les murs ornés de licornes, de paons, de massacres de Sarrazins. On s'en lasse vite. Mais les avantages de la vie de château priment sur ces menus détails, et il est permis de le préférer au logement H.L.M. Dans un château, contrairement au logement social, on sait où mettre la plante verte qui grandit chaque année. Comme les adolescents, mais en plus vif. Elle envahit l'entrée et on ne retrouve plus ses chaussures. Au château, on range l'aïeul dans un endroit adapté à ses courbatures : il y a d'ailleurs une place pour chaque chose : le sel, la machine à laver, la mort-aux-rats, le vélo, les domestiques, les tomates du potager. Le jardinier peut lutiner la châtelaine dans les allées, chose inimaginable en H.L.M. Il y a un endroit pour le fantôme, et un recoin pour cacher le coffre-fort. On peut regarder par les meurtrières et monter des escaliers à vis ; ils tournent vers la gauche dans le sens de la montée pour handicaper les assaillants droitiers armés d'un sabre. Si vous attaquez un château, pensez à envoyer en première ligne vos fantassins gauchers. Le soir, on se chauffe les jambes devant la cheminée en contemplant le blason sculpté dans le manteau, et la grand-mère disposée dans l'angle depuis le printemps, et qui ne bouge plus. On l'époussette, de temps à autre. Cela permet de la conserver plus longtemps. Puis, on se fait enterrer dans une chapelle au fond du jardin. Plus petite que le château, mais peu importe, le besoin est moins grand.  Toutes choses qu'un locataire de l'Office H.L.M. ne peut s'offrir. Voilà pourquoi on peut regretter que l'usage consistant à se loger au sein de ces majestueuses bâtisses soit désormais légèrement tombé en désuétude.

Le 15 septembre 2014 à 15:21
Le 29 avril 2012 à 07:36

Combien de temps ?

Cette nuit, moi j’ai rêvé que je perdais mes dents. Alors j’me suis levée, j'ai fait le tour de mes sentiments. Mais aussi le tour de ma vie pour voir si j’étais méritante. C’est pas bon signe le coup des dents... c’est signe de mort qu’on dit tout l'temps ! J’ai inspecté ma mémoire, j’voulais savoir... si j’aurais droit au paradis ou bien alors au purgatoire. Et j’ai même pensé à St Pierre avec sa barbe au fromage blanc, son air gentil, enfin j’espère, parce-ce… quand j’y pense: toutes les conneries que j’ai pu faire... c’est peut-être l’enfer qui m’attend !  Allez, demain c’est sûr, j’irai les voir, mes vrais amis et mes parents. J’vais rattraper tous mes retards, j'vais leur crier combien j’les aime, malgré l’existence qui nous saigne. Parce-que tout n’a qu’un  temps… mais pour combien, combien de temps ?   J’me suis pincée, j’me suis fait mal... c’était pas bon signe, j’ai rigolé. Je préfère rire que de penser que j’vais mourir, j’suis pas pressée ! C’est important de le savoir parce-qu’ici tout est illusoire... tout n’a qu’un temps… Et puis… j’me suis regardée dans le miroir pour voir si j’étais quelqu’un de bien. J’ai vidé même tous mes tiroirs pour être sûre que j’oubliais rien… Mais j’ai rien vu dans le miroir, y’avait personne, pas de reflet ! Alors tout est devenu noir, j’me suis même pas entendue crier. Y’avait personne dans le miroir! La mort m’avait donc prise en traître... mais comment peut-on disparaître, comme ça, sans s’en apercevoir ? Alors maintenant c’est sûr, j’peux plus les voir…  mes vrais amis et mes parents. J’peux plus rattraper mes retards, ni dévoiler mes sentiments à celui qui est mon seul amour, il ne le sait pas, mais c’est plus le jour ! J’peux plus crier combien j’les aime, à cause de la mort qui m’entraîne... j'peux plus crier, malgré tous mes efforts… Mais combien, combien de temps dure la mort ?      

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