Paul Martin
Publié le 21/11/2014

Pour la science


Plutôt qu'une biographie assommante, voici un texte qui vous sera vraiment utile. Si votre ordinateur fige régulièrement, essayez le truc suivant : d'abord, rehaussez le moniteur à l'aide d'une ou deux briques ; puis versez dans le lecteur de DVD un verre d'eau déminéralisée à laquelle vous aurez ajouté quelques gouttes d'essence de térébenthine. Eteignez l'appareil, rallumez-le et constatez le résultat : il est comme neuf. Ne me remerciez pas, je suis comme ça, altruiste.

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Le 11 avril 2015 à 08:21
Le 8 novembre 2014 à 08:12

Nancy Huston : La Morgue de la reine

Ville de province. Dans son discours inaugural d’un festival littéraire, une élue municipale dit à un groupe d’enfants : « Quelle chance vous avez, d’apprendre notre si belle langue ! » et mon sang ne fait qu’un tour. Comme je dois prendre la parole ensuite, j’en profite pour dire aux enfants que certes, le français est une belle langue mais qu’on peut en dire autant de toutes les langues ; que disposer d’une belle langue ne suffit pas, encore faut-il s’en servir pour dire des choses intelligentes ; qu’il est tout à fait possible de se servir d’une belle langue pour dire des choses débiles ; et que, plus on connaît de langues, plus on est susceptible de dire des choses intelligentes. Maurice Druon, feu le secrétaire perpétuel de l’Académie française : « Prenez un traité rédigé en français : à condition que le français en soit correct, ce traité est clair, et finalement il est bref, il est compréhensible de tous, et son interprétation ne donne pas lieu à des contestations. Il n’en va pas de même de l’anglais1. » M. Druon parlait-il ­l’anglais ? Cela m’étonnerait. Il n’y a bien sûr pas une mais d’innombrables langues françaises : vocabulaire, syntaxe, prononciation et débit varient selon le pays (180 millions de locuteurs à l’étranger, contre seulement 60 dans l’Hexagone), le quartier, la région, l’origine, le milieu social des locuteurs. Ici je ne parlerai que de celle qui se diffuse bruyamment dans l’air de la France métropolitaine, le français politico-médiatico-culturel, car il me semble que s’y préservent et s’y perpétuent, de façon subtile mais tenace, les violences et injustices de l’Histoire française. Cette langue-là est une reine : belle, puissante et intarissable. Pas moyen d’en placer une. Elle est fière d’elle-même, de ses prouesses, ses tournures et ses atours, et valorise la brillance au détriment du sens et de l’émotion vraie. Cette tendance, surprenante pour qui n’a jamais vécu en monarchie, est très présente dans les médias français encore aujourd’hui. Cela va avec les ors de la République, les sabres de la Garde républicaine, le luxe des dîners à l’Élysée. « Parfait », soupire versaillamment, dans une pub télé récente, un père à propos d’un camembert quelconque. « Parfaitement parfait », approuve son gamin, avec le même air d’aristo snobinard. Ils sont blancs, blonds, riches, c’est un gag mais ce n’est pas un gag, it makes me gag, ça me reste en travers de la gorge, je n’achèterai pas ce camembert-là. Mme de Staël trouvait nulles les soirées mondaines à Berlin, car en allemand il faut attendre la fin de la phrase pour en connaître le verbe : pas moyen de couper la parole à son interlocuteur, vous imaginez, cher, comme on s’ennuie !  Les Français « parlent comme un livre » et, des années durant, j’ai été portée, transportée par leur passion du verbe. Aujourd’hui leur prolixité m’épuise. Tant d’arrogance, tant d’agressivité ! Comment font-ils pour ne pas entendre leur propre morgue ? Regardez ceux qui, derrière les guichets des mairies, postes et administrations, accueillent les citoyens : c’était bien la peine de faire la Révolution pour se voir encore traité ainsi de haut ! Véritablement elle est guindée, cette langue française, et induit des attitudes guindées.  À vingt ans, venue à Paris pour un an, j’écoute le professeur expliquer à la classe l’usage du subjonctif. Ouh, que c’est subtil ! Dès lors que plane sur un verbe le moindre doute, on le frappe d’un subjonctif. Bang ! Faut que tu fasses. Aurait fallu que tu viennes. Mais ensuite on s’empêtre dans des temps du verbe théoriques, indicibles, ridicules, n’existant que pour le plaisir de recaler les gosses aux examens : aurait fallu qu’il visse, n’eût pas fallu qu’il vinsse, Alphonse Allais s’en est moqué dans sa Complainte amoureuse : « Fallait-il que je vous aimasse […] Pour que vous m’assassinassiez ? » Jamais pu supporter la fausseté de ces temps morts, faits pour aider les prétendus Immortels à passer le temps. Jamais même pu supporter, moi, pour ma propre écriture, le passé simple. Je n’y crois pas, c’est tout. Il entra. Elle ferma. La marquise sortit à cinq heures. Non, je n’y arrive pas, ne veux pas y arriver. Quand je traduis vers le français mes propres textes ou ceux des autres, le prétérit anglais (identique dans la langue quotidienne et la littérature la plus splendide) me manque. Pour la plupart des verbes anglais, il suffit d’un mini-claquement de langue contre le palais, petit d par lequel on ­signifie que l’incident est clos. He entered. She closed. Parfois c’est un peu plus compliqué, The marquess non pas leaved mais left the house at five.  À mon goût, il y a trop de marquises dans le passé simple, et dans Proust. J’intègre la langue française post-Seconde Guerre, post-Nouveau Roman, sautant à pieds joints dans Sarraute, Duras, Beckett, Camus (quatre auteurs ayant grandi loin de l’Hexagone, entourés d’une langue autre que la française). « Je vais le leur arranger, leur charabia », promet Beckett dans L’Innommable… et il tient largement sa promesse.  Le mieux qui puisse arriver à la langue française aujourd’hui, c’est qu’elle se laisse irriguer, assouplir, « arranger » par des rythmes et syntaxes venus d’ailleurs, qu’elle cesse de se comporter en reine agacée et se mette à l’écoute de ses peuples.  Nancy Huston Née en 1953 à Calgary, dans le Canada anglophone, la romancière et essayiste est arrivée en France à l’âge de 20 ans pour poursuivre des études de linguistique. Elle écrit ses premiers romans en français, puis commence à pratiquer des allers-retours entre sa langue maternelle et sa langue d’adoption, notamment en traduisant elle-même ses romans. Prix Femina 2006 pour Lignes de faille, elle vient de publier Bad Girl, Classes de littérature aux éditions Acte Sud. Illustration Stéphane Trapier > l'hebdo Le 1

Le 9 juillet 2010 à 12:44

En Avignon fais du pognon

Conseil Citoyen 7

Ton père, m’écris-tu, te laisse en héritage Avec un potager,  un très joli garage Aligné parmi d’autres au cœur d’une cité Et c’est dans cet endroit que tu vas habiter. Fermant par une porte de bois coulissante, Une autre porte arrière, et c’est ce qui t’enchante, Donne sur le jardin aligné lui aussi Avec ceux des voisins. De plus un établi Solide, tout en bois et de largeur notable Pourrais, racontes-tu, faire office de table. Tout cela est charmant, pourquoi pas après tout, Toi qui a tant de mal à joindre les deux bouts. Mais dans un post scriptum, ai-je là bien compris ? Ce garage n’est pas en banlieue de Paris, Mais en Avignon même, à deux pas des remparts ?Alors là, mon ami, c’est un nouveau départ. Sache qu’en Avignon, même un fond de soupente Rapporte du pognon plus qu’un remonte-pente. Tu tiens là ta revanche et mon esprit s’emballe. Avec jardin en fond, c’est Bussang, c’est royal ! Tu vas être patron, écoute je t’explique : Moi mon rôle sera Directeur Artistique. La cabane à outils fera le foyer bar, L’établi ; le plateau. C’est l’enfance de l’art ! Les compagnies que nous auront sélectionnées Camperont au jardin moyennant un loyer. Reste à trouver un nom de théâtre et ça coince. « Le Garage » ça fait discothèque en province. Il faut tirer un nom de l’histoire du lieu, Un nom qui rende hommage à l’esprit de ton vieux. D’ailleurs à ce propos, il a fini comment ? Suicidé ?! Asphyxié au gaz d’échappement …?! Le nom est tout trouvé : Théâtre Suce Idée. Ça tourne bien en bouche et fait subventionné..

Le 19 septembre 2011 à 08:38
Le 14 juillet 2011 à 09:10
Le 5 juin 2011 à 08:30

Le cauchemar d' Alice

Une nouvelle inédite de Lewis Carroll

Alice se demandait où avait bien pu passer le Lapin Blanc. Elle avait fini par se perdre dans les méandres du terrier dans lequel elle l’avait suivi. Tandis qu’elle cherchait une issue, une odeur de poisson parvint à ses narines. « La mer ne doit pas être loin » pensa-t-elle, « je pourrais toujours demander mon chemin à la Tortue Fantaisie. » Elle finit par trouver une sortie et arriva sur une plage, mais n’y vit nulle trace de la tortue. Elle aperçut alors une ville à quelques pas de là et s’y dirigeait, lorsqu’elle croisa un homme étrange. « Pardon, monsieur, » lui dit-elle en faisant une révérence (elle savait que la politesse était importante en toutes circonstances), « Auriez-vous vu le Lapin Blanc ? Ou la Tortue Fantaisie ? ». L’homme la fixa de ses yeux ronds dont les paupières ne cillaient pas. Sans un mot, il tendit le doigt en direction d’un bâtiment situé un peu plus loin. « Je vous remercie, monsieur » répondit-elle, toujours très polie, bien qu’un peu décontenancée par les manières rudes de l’homme. L’odeur de poisson était encore plus forte dans la ville, ce qui ne plaisait pas beaucoup à Alice. Elle eut alors une pensée pour sa chatte. « Comme ma petite Dinah serait heureuse ici, elle qui aime tant le poisson ! Cela doit fait longtemps que je suis partie, la nuit commence à tomber. J’espère qu’on lui aura donné son écuelle de lait. » L’immeuble était un hôtel délabré. Alice déchiffra sur un écriteau les mots suivants : « Hôtel Gilman, Innsmouth », et entra dans la bâtisse. Un drôle de personnage se tenait derrière le guichet. « Je dois sûrement être arrivée au pays des hommes-poissons » se dit-elle. Elle lui demanda où se trouvait le Lapin Blanc. L’étrange créature lui tendit la clé d’une chambre en disant : « Iä-R’lyeh ! Cthulhu fhtagn ! Iä ! Iä ! » d’une voix gutturale. Alice ne fut pas surprise de cette réponse, elle était accoutumée aux situations inhabituelles. Bien qu’elle n’eut pas compris un traître mot de son discours, elle fit une respectueuse révérence à l’être aux yeux de poisson, et monta quatre à quatre les marches qui menaient à la chambre 428.

Le 12 septembre 2015 à 08:15
Le 6 juillet 2015 à 09:00

Transpire en pire

Pubologie pour tous

Ecrire sur le sexisme dans la pub est synonyme d’embarras du choix. A la recherche de la nouvelle star de la pub nauséabonde, j’ai bien sûr tout de suite pensé à cette marque de déodorants et gels douche. Celle qui fait, depuis des années, se pâmer des femmes sublimes sur le chemin d’hommes banals qui ont eu la bonne idée de ne pas acheter un déodorant de marque distributeur. Mais je me suis dit, fair play, « Non, c’est trop facile ». Mais c’est ça, en fait qui est frappant. C’est vraiment trop facile. De sortir quasiment tous les ans une nouvelle campagne plus machiste que la précédente sans provoquer de scandale. De faire croire que le produit contiendrait un ingrédient miracle, qui transformerait toute femme en bête assoiffée de sexe. C’est entré dans les esprits. Parce que, dans la pub, on n’est pas bête. On sait qu’il ne vaut mieux pas balancer dès le début les poules en bikini. On y est allé progressivement au fil du temps, de moins en moins dans la suggestion et de plus en plus droit au but. Ah d’ailleurs, à propos de but, voici leur campagne durant la dernière Coupe du Monde. Qui donne l’impression de faire la promotion d’un service de chat par SMS surtaxés plutôt que d’un gel douche.Et où l’on véhicule, hop, en passant, l’idée si naturelle que, pendant que Monsieur regarde le foot, Madame n’a rien d’autre à faire que de se languir de lui. Madame est d’ailleurs tellement abandonnée et troublée qu’elle en a oublié de mettre un soutien-gorge.   La Coupe du Monde passée, il a fallu se remettre au travail pour faire une nouvelle campagne. Et là, un petit génie s’est rendu compte, entre deux streaming pornos dans son bureau, que la marque vend des produits qui rendent propre… mais aussi sale. Propre, sale, vous comprenez ? Wouhou, mec, on tient une idée là ! Et ça donne ça. Un spot où des baigneuses en chaleur sont suspendues au moindre mouvement d’un homme qui se douche. Avec cette brillante signature : En version française : plus t’es clean, moins elles le sont. Tout un programme. On notera que la demoiselle a remis son haut de maillot pour ne pas faire trop allumeuse. Voilà ce qu’il faut en conclure. Messieurs, pour séduire (les femmes hein, qui voudriez-vous séduire d’autre ?), plus besoin d’être charmant, drôle, sensible, intelligent et toutes ces âneries. Lavez-vous. Sexisme ? Non, hygiène.

Le 3 décembre 2012 à 08:10

La lettre

Une virgule rouge et blanche, par l'arpenteur, nauséeux depuis 1971

Cher Virgile, J’avoue que ça m’a surpris de recevoir une lettre d’un type de ton âge (d’ailleurs tu aurais pu t’abstenir du petit dessin). Alors pour une fois, je prends la peine de répondre à mon courrier. Un cycliste en veste jaune (celui-ci ne se drogue pas) m’a livré ta lettre hier. Je l’ai presque manquée, car je venais de me blesser, et de dire des gros mots à base de femme à la cuisse légère et onéreuse, en ouvrant le courrier de Marie-Kelly qui voulait que je lui envoie un Monster-High-vibrant-2-vitesses. Oui, il n’y a plus de jeunesse. D’ailleurs lorsque je tripote un gamin dans un centre commercial pendant que sa mère nous prend en photo pour mettre sur Facebook, c’est lui qui m’apprend des trucs. C’est démoralisant. Pour en revenir à ta lettre, je vois que comme tous les autres, tu ne fais que demander. D’abord, pour la boîte de viagra, faut pas rêver. Pas question que je tape dans mon stock perso. Tu dis aussi que tu aimerais qu’il n’y ait plus de guerre ni de maladie, et que chacun mange à sa faim, puisqu’il y a bien assez sur cette planète pour nourrir tout le monde, surtout les banquiers. Là, je ferai deux remarques. Premièrement : que se passe-t-il ? Tu es candidat à Miss France ou quoi ? Deuxièmement : as-tu perdu la tête ? Plus de guerre, plus de maladie, plus de faim ? Tu veux ma mort ou quoi ? D’ailleurs mon facteur pense exactement comme moi, et j’ai pas envie de le voir se mettre en grève, alors pas question. Non seulement mieux répartir les richesses, et éviter que la plupart des enfants meurent avant d’avoir vu le moindre arbre et encore moins celui de Noël, ne ferait qu’augmenter mon boulot et mes frais fixes, et je sais pas si tu sais, mais c’est la crise, et moi je bosse à l’œil. En plus ça rallongerait terriblement ma tournée. On dirait que tu ne te rends pas compte le temps que ça prend déjà d’aller chez tous ces fils de pub en une seule nuit ! Alors tes vœux de Miss France, tu te les gardes. Tu me demandes ensuite de donner un cerveau aux humains, pour que par miracle ils se rendent compte qu’ils vont droit dans le mur, et qu’ils envisagent de peut-être essayer de changer de cap… Alors là je te rappelle que l’autre barbu, celui avec la robe blanche et le fils aux cheveux longs qui s’expose en slip un peu partout, il a déjà fait le nécessaire, à l’époque où il bossait. Un cerveau vous en avez un. Un cœur aussi. Si quasiment personne n’est capable de s’en servir correctement, ce n’est quand même pas sa faute, ni la mienne. Et je suis pas là pour réparer vos conneries moi. Alors permets-moi de te dire à toi et à tous les autres : dé-mer-dez-vous !! Tout est entre vos mains, à vous de savoir ce que vous voulez. Non mais oh ! Vous croyez au Père-Noël ou quoi ? Enfin, tu dis que tu aimerais qu’on arrête de te prendre pour un con… Là vraiment, il faut que je te le dise, et je sais que cela va être dur, mais je pense que tu es assez grand maintenant pour connaître la vérité : je ne peux rien y faire, car 1. Tu es un con et 2. Je n’existe pas…   Nulle part, le 3 décembre 2012.   Père Noël

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