Jean-Daniel Magnin
Publié le 09/11/2014

Janos Xantus : l'underground oublié d'avant la chute du mur


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Alors que sont fêtés les 25 ans de la chute du mur de Berlin et du rideau de fer, il serait temps d'aller voir de plus près ce qui se tramait dans les marges et l'underground artistiques des pays de l'est quand ils étaient encore sous la botte soviétique.

Ainsi de la filmographie du réalisateur hongrois Janos Xantus (1953-2012), cinéaste culte en Hongrie pour toute une génération : son premier long métrage L'Esquimaude a froid, où la Nico hongroise de l'époque crève l'écran, traversa les frontières pour être remarqué à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 1984 puis sur les écrans parisiens.

A la croisée des univers de Buñuel, Truffaut, Warhol et Fassbinder, son œuvre d'avant la chute du mur est à découvrir ce samedi 15 novembre à l'Institut hongrois de Paris (entrée libre), l'Esquimaude bien sûr, mais aussi ses premiers courts métrages et le stupéfiant Et ainsi de suite qu'il réalisa à sa sortie de l'école de cinéma avec des acteurs sourds muets – dont voici un extrait.

L'occasion de voir aussi son dernier opus documentaire, Kiki dans le groupe, dont nous vous avions déjà parlé dans ces colonnes.

Mes rêves : ouvrir à 17 ans le Boui-Boui, café d’art à Genève ; filer à Berlin ; étudier la philo à Paris ; créer des spectacles « hors théâtre » aux festivals de Nancy, Polverriggi ou Avignon ; ouvrir Mac Guffin, cabinet de scénaristes ; voir vivre mes pièces de théâtre à la Renaissance, dans le In d’Avignon, à la Bastille, au Vieux Colombier avec la Comédie-Française, et à l’étranger. Et ce rêve de rassembler les écrivains de théâtre en 2000 ; et d’écrire avec Jean-Michel Ribes le projet du Rond-Point ; et là, de mettre ventscontraires.net sur la piste d’envol.

Dernière publication, un roman : Le Jeu continue après ta mort

 

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Jean-Daniel Magnin

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Viktor Orbán plus rapide que "Poutluscozy"

Carte postale de Hongrie

Comment devenir Poutine en son pays quand aucun pétrole ne coule en Hongrie ? Comment régner tel un Berlusconi radieux sur l'ensemble des médias nationaux, Internet compris ? Légiférer dix fois plus vite que l'hyperprésident français ? Lancer la plus grande chasse aux sorcières depuis la chute du Mur et caser ses lieutenants à tous les étages du système ? Après son élection raz de marée en avril dernier, Viktor Orbán va si vite qu'il a laissé tout le monde sur le carreau : opposition, opinion publique, presse, chancelleries, Bruxelles... En huit petits mois seulement, le nouveau Premier ministre est en passe de devenir un autocrate exerçant un pouvoir absolu sur la Hongrie — en toute légalité. Fort de son emprise sur le Parlement à Budapest (sa machine de guerre, le Fidesz, y tient deux tiers des sièges), il a pu modifier à répétition la Constitution, pomper dans le gisement des retraites privées, faire placarder son credo nationaliste dans tous les établissements publics du pays, distribuer des passeports aux minorités hongroises des pays voisins, savonner le pouvoir de la Haute cour de justice, nommer un champion d'escrime à la présidence de la République et, par exemple, un ancien Hell's Angel des "Motard Goy" à la tête de Radio Petöfi, la meilleure station musicale du pays.Sur Radio Kossuth, le France Inter magyar, un journaliste a eu le courage de faire une minute de silence à l'antenne après avoir annoncé la création d'une Autorité nationale des médias et des communications (NMHH) contrôlée majoritairement par le Fidesz d'Orbán : tous les médias, publics comme privés, devront corriger des informations jugées erronées par la NMHH, sous peine de très lourdes amendes «pour manque d’objectivité politique». Depuis son acte héroïque, on n'entend plus guère le brave homme sur les ondes de Radio Kossuth, il doit être en train de songer à une reconversion radicale.Maigres protestations : plusieurs journaux sont parus mardi dernier avec une première page vide – mais la manifestation qui a suivi n'a rassemblé que 1500 personnes. Les Hongrois sont fatigués de la politique, et Viktor en profite pour courir sur d'autres dossiers. Par exemple l'éviction du metteur en scène Robert Alföldi de la direction du Théâtre National, après qu'un parti d'extrême droite ouvertement anti-rom et anti-juif a réclamé sa tête parce qu'il était "une pédale, un pervers, un Juif indigne du théâtre national" (> pétition internationale de soutien).Ah oui, encore une chose : la Hongrie prend la présidence tournante de l'UE au 1er janvier. Viktor sera au centre de la photo. Bonne et heureuse année en Europe !

Le 23 mai 2013 à 13:25

Enki Bilal : on est entré dans un nouveau monde

La science fiction, c'est maintenant

Enki Bilal, en ombre chinoise devant l'écran où viennent de défiler des extraits de sa cinématographie. Il a commenté en direct, raconté d'où ses idées plastiques, ses trouvailles futuristes sont venues, les fulgurances, les enjeux entrevus dans son œuvre bien avant que la marée technologique vienne bousculer nos société déjà anciennes. Et si la dépression contemporaine venait du fait que nous ne savons pas encore voir que nous sommes déjà entrés dans un monde nouveau ? A l'issue de cette performance inédite qu'il n'avait encore jamais tentée, Bilal répond aux questions du public du Rond-Point : faut-il imaginer le pire ? la nature va-t-elle se venger des humains ? les nouveaux arrivants (les jeunes) seront-ils capables de réhumaniser notre monde atomisé par une solitude connectée ? Il parle des anciens totalitarismes qui ont cédé la place à la globalisation, mot rond qui cache un totalitarisme financier féroce auquel ne s'oppose guère que l'islamisme radical - perspective joyeuse. Alors, faut-il être optimiste, pessimiste ? "La réalité d'aujourd'hui est la science-fiction d'hier. Nous-nous sommes habitués avec une arrogance tout à fait humaine aux choses les plus vertigineuses. Sommes-nous conscients du basculement radical dans un siècle où tout est possible, où une nouvelle science-fiction pose ses nouveaux codes ? Pas sûr. La régression guette, jusqu'à nos politiques englués encore dans le siècle passé. Notre relation au futur est toujours immature... Militons pour un peu plus d'imaginaire et déverrouillons tout ça !" Enregistré le 14 février 2013 dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point En partenariat avec Cinaps TV et Rue 89

Le 18 octobre 2011 à 08:34

Etaix Pierre, la douce courtoisie du héron cendré

Avant la lecture de ses Textes & Textes par Ariane Ascaride et Thierry Frémont au Rond-Point*

Rupture, 1961, court-métrage de Pierre Etaix et Jean-Claude CarrièreJ'ai eu la chance de doubler Pierre Etaix dans un couloir d'hôtel de la baie de Calvi où nous nous trouvions invités lui et moi et 500 autres convives à saluer le "vent" le temps d'un festival, ça soufflait bien. Nous nous sommes engouffrés avec un balai de feuilles d'eucalyptus dans une cage d'ascenseur qui menait au bar cinq étages plus bas. J'ai eu un petit creux durant la descente, alors sur un simple froncement de sourcil avec douce courtoisie se tournant légèrement, il me fit des côtes d'agneau en ombre chinoise sur la paroi de la cabine. Je lui servis au plus vite un œuf frit au plat, il m'offit simplement son amitié...Pierre et Taix sont nés à Roanne, Vannes étant à l'opposé de l'Hexagone et bien trop près de la mer... De plus quand on sait ce qu'était la difficulté de naître à Roanne à l'époque on ne peut que rester pantois!Pierre Etaix est donc né nu tard, un jeudi 23 novembre 1928. Il grandit sous la houlette de ses parents, son père était crépin...Regard de cygne, élégance du héron cendré, doigts de fée fins, chevelure plaquée du casoar.Tout prédisposé donc à entamer une carrière de graphiste à main nue. Quelques temps après il se met à souffler du verre fin en couleur puis le torsade adroitement dans le Nord de l'Italie, sitôt fait, il rentre en France à Paris et se lance immédiatement dans la restauration de vitraux mille feuilles spécialité de la région. Un soir dans la nef de la cathédrale de Reims, devant l'autel, l'image du grand vitrail est projetée sur le sol, il vient de mettre à jour "la" fameuse lanterne magique médiévale, de là, il ne fait qu'un bond, on le retrouve de profil derrière le verre galbé d'un œilleton de caméra. Il est partout, concoctant des gags pour Mon Oncle, il croque tout, au fusain, au crayon, au charbon, à la plume, à la bouche, il est une abeille, un oiseau-mouche, il frôle dans son sillage Jean-Claude, un gypaète barbu, ils deviennent amis et épousent pour un temps la même Carrière dont Jean-Claude d'ailleurs portait déjà l'enseigne. Tout commence entre eux par leur "rupture" en 1961, deux ans plus tard ils fêtent leur "heureux anniversaire" à Hollywood et se voient remettre un canard laqué en vermeil. Ils secouent la nappe, tournent la manivelle, embrassent Jerry et rentrent à Paris avec Oscar; tout va bien. Puis s'annonce Le Soupirant suivi de Yoyo, Tant qu'on a la santé, Le Grand Amour en 1969, Pays de cocagne...Mais, gêné par le trop bruyant progrès de cette lourde industrie qu'est devenu le métier du cinéma, et le morcellement de la profession... Pierre l'artiste pose doucement la caméra, reprend son envol et fait des super-huit dans le ciel durant une bonne décennie.Puis il se pose sur la toile d'un cirque, se grime, efface son bec fin, s'ébroue pendant que dans son dos de sombres vampires s'emparent de ses œuvres et les rançonnent... ALors il détache ses élytres, enfonce ses larmes dans le bois, dessine un fin sourire et en un tour de magie, sans tambour ni trompette, se change en papillon.Pierre Etaix est Yoyo clown-dessinateur-réalisateur-acteur-musicien-auteur-sculpteur-gagman-magicien et gentleman.Charlie Rivel son ami le disait bien: "un clown ça mourrira jamais". © Le Rire de résistance, tome II, de Plaute à Reiser (Théâtre du Rond-Point / Beaux Arts éditions)* Textes & Textes Etaix, de Pierre Etaix, lu par Ariane Ascaride et Thierry Frémont (mise en voix Jean-Daniel Verhaege) : les 17, 18, 19 novembre à 18h30 > plus d'info

Le 12 novembre 2011 à 12:59

Qui est l'auteur de Kiki ?

Plongée dans le psychodrame à la hongroise

Je vous signale le passage à Paris d'un chroniqueur de ventscontraires basé à Budapest : le réalisateur hongrois János Xantus vient présenter vendredi 18 novembre à l'Institut hongrois son dernier film "Kiki dans le groupe", un documentaire tourné à Budapest qui nous fait plonger à l’intérieur d’une séance de psychodrame. Dans ce doc qu'il ne signe pas de son seul nom, János Xantus met curieusement en jeu sa position de réalisateur…Evidemment il y a Xantus lui-même, cinéaste hongrois qui passe très jeune les frontières avec un premier long métrage, L’Esquimaude a froid, remarqué dès 1984 à la Quinzaine des réalisateurs. Suivent une vingtaine de longs et moyens métrages où il développe une cinématographie très personnelle – à la fois perverse, burlesque et fantastique – qui n’est pas sans analogie avec celle d’un David Lynch. Est-ce aussi parce que Xantus est metteur en scène de théâtre et qu’il a l’âme d’un pédagogue (il est un des piliers de l’Ecole de cinéma de Budapest) ? Filmer le processus du psychodrame revient pour lui à filmer l’acte même de mettre en scène.Il a ainsi choisi de signer son film avec les deux psychodramatistes de l’Ecole hongroise à la manœuvre sous sa caméra : la psychanalyste Zsuzsa Merei ainsi que le pédopsychiatre Andras Vikar – le tandem est fameux en Hongrie et vient animer depuis une quinzaine d’années des groupes de psychodrame à Paris. Véritables maïeutes des récits que le groupe va produire, ils accouchent la mise en scène en adoptant une position alternée « dedans-dehors ». Ici c’est Andras Vikar qui accompagne la protagoniste dans son chemin intérieur, alors que Zsuzsa Merei a pris la position de retrait propre au thérapeute pour veiller au bon déroulement des opérations.Mais la mise en scène pourrait tout aussi bien être signée par Kiki, la jeune protagoniste du film, puisque Kiki distribue rôles et répliques aux membres du groupe qui vont rejouer avec elle les scènes intimes repêchées dans son enfance parmi la minorité magyare de Slovaquie.  Telle est la singularité du psychodrame de l’Ecole hongroise: le protagoniste tisse la toile théâtrale qui va l’enserrer et finira par se déchirer (si tout se passe bien) en libérant l’émotion d’une vérité confinée.Ainsi la mise en scène peut-elle revenir au groupe en son entier : c’est le groupe qui improvise sur le canevas élaboré à tour de rôle par l’un de ses membres, c’est donc le groupe qui fournit la matière dramatique du film…Cependant il ne faut pas négliger le parquet qui craque, quelques reflets sur les buffets vitrés, la poussière des bibliothèques lourdement chargées… Et se demander si le véritable maître du film n’est pas un fantôme – l’esprit du lieu de tournage, ce salon où Kiki a été "capté" ? Car cette salle oblongue et chaleureuse se trouve être le cabinet du grand psychologue et pédagogue Ferenc Merei (1909-1986), père de Zsuzsa et maître d’Andras Vikar. C’est lui, Merei, qui introduisit le psychodrame à Budapest, lui qui a donné ce tour si hongrois à l’invention de Moreno, en centrant le « Théâtre spontané »  (comme Moreno avait d’abord intitulé le psychodrame) sur la dynamique de groupe et le jeu subtil des relations interpersonnelles… Merei, intellectuel juif ayant étudié à la Sorbonne, combattu au sein de l’armée rouge, dirigé l’Institut de psychologie de Budapest et connu le goulag intérieur, clôturera son œuvre en faisant de cet appartement de la rue Pasarieti – dans le sud verdoyant de Buda – l’épicentre de la contreculture du Budapest des années 70-80.János Xantus, alors étudiant en cinéma, y passa lui aussi, comme tant d’autres jeunes artistes et intellectuels chevelus de l’époque, pour explorer les vertiges interdits de l’intelligence de groupe et y expérimenter ce qu’il remettra en jeu dans chacune de ses créations : « une créativité totalement libre. » > programme cinéma de l'Institut hongrois

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