Patrice Meynier
Publié le 26/11/2014

Balade avec Bébé Bob et Béa


C'est arrivé dimanche dernier. Je faisais une balade en voiture en forêt avec Bob (à l'avant) Béa et Bébé (à l'arrière), quand tout à coup, je ne sais pas pourquoi – les cahots de la route peut-être ou l'état du véhicule – je me suis mis, enfin je, la voiture s’est mise à ho- à hoqueter et, entre deux sou- soubresauts – qui firent pleurer Bébé qui fit crier Bob qui fit bouder Béa –, finalement, entre hoquets, cris et cahots, la voiture cala. J'eus beau tenter de redémarrer : « C'est a- c'est a- c'est arrivé- c'est arrivé di- dimanche » : rien n'y fit ! Cette fichue histoire de balade en forêt un dimanche avec Béa Bob et Bébé ne voulait pas repartir ! Je ne réussis qu'à noyer mon carburateur. Depuis, je trimbale cette panne de mo- de moteur de récit en récit. J'ai eu beau consulter gars à bagages et garagistes, rien n'y fait : dès que je commence une histoire, avec Bob Béa Bébé ou je-n’sais-qui, en auto ou pas, en rase campagne ou pas, ça ne rate plus : au moindre à-coup ca- cahot j'ho- j’hoquette je cale et je passe mon temps à re- à re- à re- à re- à redémarrer. Je ne voudrais pas finir, un jour, dans une histoire ridicule, humilié au volant de ma voiture, en remorque de je-ne-sais-qu’elle dépanneuse et cette fois-là avec ma- maman à la masse à côté ! A ça, non alors!
Il m'arrive bien souvent de sortir de chez moi : pour travailler dans la presse, écrire, jouer au tennis - aussi souvent il m'arrive d'y rentrer pour jouer de l'accordéon ou dormir; tout cela plus ou moins volontairement. 

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Le 12 août 2010 à 10:00

Toujours au-delà : le froid

Tant qu'il y aura du froid, recherche extime sur une sensation en voie de disparition

Mon nom est Claude-Achille de Bussy, mais au conservatoire, ils m’ont appelé Claude Debussy. Ce n’est pas tellement que je ne supporte pas les règles, les codes, les conventions. Je les traverse pour mieux m’en défaire, pour mieux les dépasser. Ce n’est pas tellement que j’entretiens mon image d’homme étrange. Ce sont mes pièces qui sont étranges, pas moi. Cela n’a même rien à voir avec mes pièces, c’est juste qu’il faut un petit temps pour s’habituer à l’étrangeté. J’aime aussi les mots mystère, intériorité, lointain et parfois même incompréhension. Les mots s’arrêtent trop vite, même s’ils sont bien plus nombreux que les quelques notes dont je dispose pour écrire un opéra. J’aimerais bien écrire un opéra. Comment faire ? Je ne sais pas encore, je vais voir. Il n’y a aucun concept dans mon écriture, je n’ai que faire des questions intellectuelles, je ne cherche que l’immédiateté d’une sensation pour qu’elle s’évapore seule, apaisée, reposée. Je m’appuie sur un ensemble de régulations intimes, denses qui me permettent d’aller plus loin, vers d’autres strates musicales. Je cherche, je me heurte, j’écris, je réécris, je m’arrête et je repars ailleurs, parfois, je ne fais rien, j’attends. Je sais que mes désirs ont des routes longues et tenaces et des chemins qui s’explorent à mon insu. Un jour, je tombe sur Pelléas et Mélisande, écrit par Maeterlinck. Est-ce parce que les personnages sont dans un pur état de folie ? Est-ce parce que Maeterlinck me donne toute latitude pour maltraiter son texte ? Je vais écrire un opéra. Des années, des années durant, je coupe, je taille, je relègue le texte, je mets en avant la musique, ou l’inverse. Pendant dix ans, je cherche, je me heurte, j’écris, je réécris, je doute. Je ne doute plus. Je me défais, je me répands, je saisis, j’apaise, j’apaise encore. J’invente le silence, du silence, le mien. Mélisande meurt, j’ai fini, j’ai écrit un opéra.  GOLAUD. Quel âge avez-vous ? MELISANDE. Je commence à avoir froid. Pelléas et Mélisande, I, 1.

Le 30 novembre 2014 à 09:22

Il vaut mieux avoir l'air conditionné que l'air stupide

Les bizarreries du langage

Quand le général de Gaulle se plaignait amèrement de la difficulté à gouverner un pays où l’on ne trouve pas moins de 258 sortes de fromages, c’était sans compter non plus avec les bizarreries du langage qui fleurissent aux quatre coins de l’hexagone. Que dire en effet d’une langue où l’on remercie un employé dont on n’est pas satisfait, où on lave une injure mais on essuie un affront, où l’on pose une question mais on soulève un problème, et où les malheureux qui sont dans de beaux draps passent des nuits blanches à force d’avoir des idées noires et du fait même n’arrivent pas à dormir sur leurs deux oreilles (moi non plus d’ailleurs)?Comment expliquer aussi la présence de l’estomac dans les talons, des pieds dans le plat, du chat dans la gorge, de la confiture chez les cochons, du rubis sur l’ongle, sans parler de la curieuse cohabitation des vessies avec les lanternes !Drôle de pays en effet où il ne faut pas confondre : scène, cène, Seine, saine ou chair, chaire, cher, Cher et où pendule est masculin entre les mains d’un radiesthésiste et féminin entre celles d’un horloger. Mais il y a mieux : amour, délice et orgue, masculins au singulier et féminins au pluriel ! Ce qui faisait d’ailleurs dire à Courteline :« Je ne me vois pas en train d’écrire : J’ai vu un orgue magnifique. C’est le plus beau des plus belles. »Quant à archives, fiançailles et ténèbres, ils sont, eux, condamnés au pluriel ! Bref, tout cela me paraît bien singulier…Curieuse langue enfin, où le mot mnémotechnique est si difficile à retenir…et où il vaut mieux finalement avoir l’air conditionné que l’air stupide.

Le 4 mai 2011 à 14:53
Le 15 mai 2013 à 13:27

N'offrez jamais d'oeillets à une comédienne

Au théâtre, l'habitude est de se lancer, exagérément, des fleurs, des flatteries. Même si, en coulisses, c'est un autre son de cloches. Mais les fleurs ne sont pas toujours métaphoriques. Ainsi, à l'issue de la Première, il est bienvenu d'offrir des bouquets, surtout aux comédiennes. Attention : pas n'importe quelles fleurs. Roses, tulipes, marguerites d'automne, si vous voulez, mais pas d'oeillets ! C'est un interdit. Comme de traverser la scène en sifflant ou de porter des costumes verts. Cet interdit remonte au XIXe siècle. Il est, donc, de tradition récente. Il s'explique ainsi :Les comédiens étaient, alors, engagés à l'année. Sans contrat écrit comme c'est le cas aujourd'hui. C'était le langage des fleurs qui était en jeu. Quand le directeur du théâtre envoyait des roses à une comédienne, c'est qu'il renouvelait son engagement. En revanche, quand il lui envoyait des oeillets, il lui signifiait qu'il se passerait de ses services. Un peu d'historique concernant les fleurs à offrir : si, au XVIIe siècle, la jacinthe a évincé la tulipe dans les champs de fleurs hollandais, la rose a remplacé l'oeillet à la fin du XIXe siècle. C'est ainsi que, pour faire la promotion des roses, un accord avait été passé entre les marchands de fleurs et la comédienne Sarah Bernhardt (1844-1923). Au moment des représentations de Lorenzaccio de Musset, en 1893, elle se faisait photographier – ce fut la femme la plus photographiée de son époque – entourée de roses... gratuites. Si l'on se réfère à la langue verte, recevoir des oeillets correspond à l'avoir dans l'os, dans le baba, dans l'oeillet. Les livres ne disent pas ce qu'il en était pour les comédiens. Recevaient-ils, aussi, des fleurs ? Ne leur envoyait-on pas plutôt une boîte de cigares en cas de non-renouvellement d'un contrat tacite ? Allez savoir...  

Le 4 juin 2014 à 08:41

Vive la nuit ! Vive mon lit !

Au lit, comment ça se passe ? D'abord entre soi et soi, ensuite entre soi et l'autre et enfin entre soi et ce qui reste de soi. Rien à en dire  de plus depuis le temps que le lit nous inspire et qu'on y expire. Non, vraiment, rien de neuf sous ce drapeau-là À moins que. À moins que l'essentiel ne se passe après la petite expiration. On baise, on pèse, on s'endort et "ça" commence à se passer vraiment. Entre soi et l'infra soi, cette fois. En un mot, on rêve. Submersion du plumard par les grandes marées inconscientes.  Chaque nuit. Avec prime aux cauchemars. (Notez au passage qu'il n'y a pas de mot dans notre lexique pour dire le contraire du cauchemar.) On rêve, donc. On ne maîtrise plus rien. Le lit se délite, s'universalise, on y coule, on y galope, on y plane, c'est selon. On redevient le Little Nemo de Winsor McKay. Sur quoi on se réveille – à côté de l'autre ou pas – avec le lit à faire et le réel à "gérer" (les mots aussi se mondialisent.) On atterrit quoi. À  moins que.  À moins que la veille on ait posé un calepin et un crayon au pied du lit et que le premier réflexe soit de noter le cauchemar qui vient de nous dégurgiter. Mais il résiste, le cauchemar ! Ne se laisse pas souvenir comme ça ! Propose du n'importe quoi. Ok ! On note le n'importe quoi. Le matin suivant idem. Et le suivant encore. Jusqu'au jour où on s'aperçoit que la matière de nos rêves se fait plus docile, propose des petites séquences, des bribes de récit, de l'anecdote mémorable, de l'inopiné désopilant, et, petit à petit de la structure d'ensemble.  Cet acharnement à transformer nos rêves en récit procure un plaisir de dompteur. Peu à peu c'est une nouvelle qu'on note, ou un petit roman, avec son début, son acmé et sa fin. À ce stade il arrive même que, la nuit, en pleine tourmente onirique, on se dise : "Faut pas que j'oublie de noter ça demain" et quelque chose en nous rigole, qui fait la nique à l'inconscient. C'est à quoi je m'amuse, moi, dans mon lit, une fois toutes mes lumières éteintes : recycler mes poubelles mentales. Du chaos extraire un récit. Cela dit, faut pas prendre l'inconscient pour une bille ; même racontantes, ses histoires ne "disent" rien de précis. Très avare de sens, l'inconscient ! Ne lâche rien. Mais feuilletoniste en diable. Chaque nuit une poubelle nouvelle dans le lit du rêveur qui se la joue scénariste. Vive la nuit, nom d'un chien ! Vive mon lit ! Et vivent les nouveautés du petit matin  ! 

Le 8 novembre 2014 à 08:12

Nancy Huston : La Morgue de la reine

Ville de province. Dans son discours inaugural d’un festival littéraire, une élue municipale dit à un groupe d’enfants : « Quelle chance vous avez, d’apprendre notre si belle langue ! » et mon sang ne fait qu’un tour. Comme je dois prendre la parole ensuite, j’en profite pour dire aux enfants que certes, le français est une belle langue mais qu’on peut en dire autant de toutes les langues ; que disposer d’une belle langue ne suffit pas, encore faut-il s’en servir pour dire des choses intelligentes ; qu’il est tout à fait possible de se servir d’une belle langue pour dire des choses débiles ; et que, plus on connaît de langues, plus on est susceptible de dire des choses intelligentes. Maurice Druon, feu le secrétaire perpétuel de l’Académie française : « Prenez un traité rédigé en français : à condition que le français en soit correct, ce traité est clair, et finalement il est bref, il est compréhensible de tous, et son interprétation ne donne pas lieu à des contestations. Il n’en va pas de même de l’anglais1. » M. Druon parlait-il ­l’anglais ? Cela m’étonnerait. Il n’y a bien sûr pas une mais d’innombrables langues françaises : vocabulaire, syntaxe, prononciation et débit varient selon le pays (180 millions de locuteurs à l’étranger, contre seulement 60 dans l’Hexagone), le quartier, la région, l’origine, le milieu social des locuteurs. Ici je ne parlerai que de celle qui se diffuse bruyamment dans l’air de la France métropolitaine, le français politico-médiatico-culturel, car il me semble que s’y préservent et s’y perpétuent, de façon subtile mais tenace, les violences et injustices de l’Histoire française. Cette langue-là est une reine : belle, puissante et intarissable. Pas moyen d’en placer une. Elle est fière d’elle-même, de ses prouesses, ses tournures et ses atours, et valorise la brillance au détriment du sens et de l’émotion vraie. Cette tendance, surprenante pour qui n’a jamais vécu en monarchie, est très présente dans les médias français encore aujourd’hui. Cela va avec les ors de la République, les sabres de la Garde républicaine, le luxe des dîners à l’Élysée. « Parfait », soupire versaillamment, dans une pub télé récente, un père à propos d’un camembert quelconque. « Parfaitement parfait », approuve son gamin, avec le même air d’aristo snobinard. Ils sont blancs, blonds, riches, c’est un gag mais ce n’est pas un gag, it makes me gag, ça me reste en travers de la gorge, je n’achèterai pas ce camembert-là. Mme de Staël trouvait nulles les soirées mondaines à Berlin, car en allemand il faut attendre la fin de la phrase pour en connaître le verbe : pas moyen de couper la parole à son interlocuteur, vous imaginez, cher, comme on s’ennuie !  Les Français « parlent comme un livre » et, des années durant, j’ai été portée, transportée par leur passion du verbe. Aujourd’hui leur prolixité m’épuise. Tant d’arrogance, tant d’agressivité ! Comment font-ils pour ne pas entendre leur propre morgue ? Regardez ceux qui, derrière les guichets des mairies, postes et administrations, accueillent les citoyens : c’était bien la peine de faire la Révolution pour se voir encore traité ainsi de haut ! Véritablement elle est guindée, cette langue française, et induit des attitudes guindées.  À vingt ans, venue à Paris pour un an, j’écoute le professeur expliquer à la classe l’usage du subjonctif. Ouh, que c’est subtil ! Dès lors que plane sur un verbe le moindre doute, on le frappe d’un subjonctif. Bang ! Faut que tu fasses. Aurait fallu que tu viennes. Mais ensuite on s’empêtre dans des temps du verbe théoriques, indicibles, ridicules, n’existant que pour le plaisir de recaler les gosses aux examens : aurait fallu qu’il visse, n’eût pas fallu qu’il vinsse, Alphonse Allais s’en est moqué dans sa Complainte amoureuse : « Fallait-il que je vous aimasse […] Pour que vous m’assassinassiez ? » Jamais pu supporter la fausseté de ces temps morts, faits pour aider les prétendus Immortels à passer le temps. Jamais même pu supporter, moi, pour ma propre écriture, le passé simple. Je n’y crois pas, c’est tout. Il entra. Elle ferma. La marquise sortit à cinq heures. Non, je n’y arrive pas, ne veux pas y arriver. Quand je traduis vers le français mes propres textes ou ceux des autres, le prétérit anglais (identique dans la langue quotidienne et la littérature la plus splendide) me manque. Pour la plupart des verbes anglais, il suffit d’un mini-claquement de langue contre le palais, petit d par lequel on ­signifie que l’incident est clos. He entered. She closed. Parfois c’est un peu plus compliqué, The marquess non pas leaved mais left the house at five.  À mon goût, il y a trop de marquises dans le passé simple, et dans Proust. J’intègre la langue française post-Seconde Guerre, post-Nouveau Roman, sautant à pieds joints dans Sarraute, Duras, Beckett, Camus (quatre auteurs ayant grandi loin de l’Hexagone, entourés d’une langue autre que la française). « Je vais le leur arranger, leur charabia », promet Beckett dans L’Innommable… et il tient largement sa promesse.  Le mieux qui puisse arriver à la langue française aujourd’hui, c’est qu’elle se laisse irriguer, assouplir, « arranger » par des rythmes et syntaxes venus d’ailleurs, qu’elle cesse de se comporter en reine agacée et se mette à l’écoute de ses peuples.  Nancy Huston Née en 1953 à Calgary, dans le Canada anglophone, la romancière et essayiste est arrivée en France à l’âge de 20 ans pour poursuivre des études de linguistique. Elle écrit ses premiers romans en français, puis commence à pratiquer des allers-retours entre sa langue maternelle et sa langue d’adoption, notamment en traduisant elle-même ses romans. Prix Femina 2006 pour Lignes de faille, elle vient de publier Bad Girl, Classes de littérature aux éditions Acte Sud. Illustration Stéphane Trapier > l'hebdo Le 1

Le 29 mars 2012 à 10:07

Une histoire de papier peint

Faire le papier peint , dans le domaine du théâtre, c'est faire de la figuration, faire de la frime, traîner la frimante.   Et, de manière plus imagée : apporter une lettre, faire le troisième hallebardier dans le brouillard ou un bec de gaz dans le lointain.   Le milieu du cinéma emploie : faire le papier peint dans le bastringue pour stigmatiser celui qui, quand c'est le coup de feu sur le plateau, reste les bras croisés à regarder.   Faire le papier peint, c'est ne pas jouer, ne pas participer. Quand, dans les bals, les jeunes filles restaient en plan, n'étaient pas invitées à danser, on disait qu'elles faisaient tapisserie.   Avec le papier peint, c'est l'idée de la minceur qui vient. La figuration est un rôle qui n'a pas de relief même s'il s'agit d'une figuration intelligente.   D'une femme très mince, on dit qu'elle peut passer derrière les affiches sans les décoller.   Cette femme, plate comme une limande, a le cul en papier peint, le cul gaufrette. A la Belle Epoque, on disait qu'elle aurait pu refaire son lit dans un canon de fusil.   Dans le domaine érotique, avoir la queue en papier peint, c'est ne pas être en mesure de bander, ne pas présenter de relief, ne pas avoir le profil grec. C'est, comme disait Serge Gainsbourg, bander foulard Hermès.   En revanche, décoller le papier peint, c'est entrer en érection.   Décoller est une injonction : dans le monde de l'édition, un livre qui ne décolle pas des étagères est un échec.   Ce qui n'a pas de relief est dévalorisé. Longer les murs n'est pas faire preuve d'une attitude bien glorieuse. Un revêtement couleur de muraille n'est pas attrayant.   Quoi qu'il en soit, il n'est pas agréable de faire partie du décor, des meubles.   Il est préférable d'être une tête de gondole ou une tête d'affiche.

Le 2 avril 2010

Cadeau : cliquez et gagnez 70 Euros

ventscontraires.net s'est procuré les romans à paraître ces jours-ci. Soyez à la page tout en économisant temps et argent, le Service Rond-Point les a lus pour vous  Seule ma nuque me remarque, de Astrid Biel (Ed. Pragma 21 Euros) Qu'advient-il quand le passé précipite le présent ? Quand la réalité dissout l'imaginaire ? Quand vérité et mensonge entrent en fusion ? Clara, protagoniste de ce récit tout en intériorité, mènera-t-elle à terme ce projet fou de refaire l'amour avec son père, désormais grabataire, ou retournera-t-elle auprès de Bruno, son "Homme Cendre", le mari dépressif, l'homme qui ne sait pas ce qui se trame en elle ?La réponse du Service Rond-Point Elle renonce à son père et revient se garer gentiment auprès de Bruno.Le Flegme des orchidées, de Réginald Durand (Ed. du Loquet 26 Euros)R., paléontologue septuagénaire, héberge une jeune étudiante cambodgienne, Thinrâh, enceinte de six mois. Elle vient avec des relevés de crânes retrouvés dans des fosses communes, à la recherche de ses parents. Connaît-elle le passé  de R. proche de certains dirigeants Khmers rouges rencontrés à la Sorbonne? Est-elle venue se venger? Ou cèdera-t-elle aux bienfaits de R., tenaillé par sa culpabilité ?La réponse du Service Rond-PointElle renonce à retrouver ses parents et vient avec flegme se garer auprès de R.Le Trou blanc, de Claude Dominik (Ed. Follimard 23 Euros) Myriam,  jeune Strasbourgeoise, est humiliée en public par son mari à plusieurs reprises parce qu'elle est issue d'une famille juive. Déprimée, elle va se réfugier chez ses deux sœurs, très religieuses, qui partagent la même maison. Elles la convainquent de prendre conseil auprès du rabbin de la communauté alors que Myriam s'en est écartée depuis son adolescence. Hésitante, elle se rend néanmoins à un premier rendez-vous, "pour voir", dit-elle. Peu à peu, l'homme censé lui porter secours s'avère un manipulateur qui tente à tout prix de fiancer religieusement Myriam avec son fils autiste. Myriam perd pied, va-t-elle sombrer encore plus bas ?La réponse du Service Rond-Point Elle couche avec le rabbin pour humilier publiquement son mari.21 Euros + 26 Euros + 23 Euros = 70 Euros

Le 9 novembre 2010 à 10:00

Martin Page et "La mauvaise habitude d'être soi"

Le chroniqueur de ventscontraires.net publie deux nouveaux livres

Martin Page fait partie de l'escadre de ventscontraires.net depuis le début, on peut lire ses drôles de billets là et les chroniques de Klemperer Jr, un projet qu'il a initié là. Mais ce sont loin d'être ses seules activités d'écriture. Il est aussi romancier, et vient de le prouver à nouveau avec un roman jeunesse à lire même si on a dépassé la date-limite de l'adolescence, Le club des inadaptés (Ed. L'Ecole des Loisirs). Et il est novelliste. Son dernier ouvrage paru aux Editions de l'Olivier est un recueil de sept nouvelles irrésistibles de loufoquerie, réunies sous le titre énigmatique de La mauvaise habitude d'être soi. Sept bijoux d'absurdité à l'implacable logique qui vous tournent la tête, dont voici un extrait pour ventscontraires.net. (Les illustrations du livre, tout aussi loufoques que les textes, sont signées du "Requin Marteau" Quentin Faucompré)."Je suis bien plus proche des autres depuis que je vis à l'intérieur de moi-même. La conscience de mon insularité m’a permis de réaliser qu'il est nécessaire de construire des ponts pour aller vers autrui ; qu'il n'y a rien de naturel ni d'évident. Ce n’est pas parce que l’on habite le même monde que l’on peut se comprendre et être proches les uns des autres. Au contraire. Les gens qui pensent ainsi se trompent. Il y a des zones d'ombres à l'intérieur de moi-même et cela m'effraie. J'ai peur de ce qu'elles renferment, je crains de m'y perdre. Mais comme je suis curieux et aventureux, je les explore doucement, pas à pas, avec une lampe de poche et mon appareil photo. Je fais des découvertes : des choses oubliées, qui me reviennent en mémoire quand je les vois, des choses inédites aussi, qui me surprennent. J'ai ainsi retrouvé des jouets d'enfance, des vieux meubles, des fruits en bocaux et des animaux empaillés, des nounours et des vêtements poussiéreux, des armes (revolver, fusil de chasse, piège à loup, dague) et des fioles contenant des liquides vert, mauve et rouge, des photos jaunies, des mannequins en plastique vêtus démodés, des coquillages et des pièces en or dans une boîte en fer.Habiter à l'intérieur de soi-même, c'est à la fois vivre dans un lieu familier et côtoyer l'étrangeté. Il n'y a pas de ciel, pas d'horizon, cela ne paraît pas très grand et pourtant il n'y a pas de limites. Je ne veux pas dire que j'y suis confronté à l'infini, mais, plutôt, que l'espace s'étend au gré de mes pas. Mon domicile dépend de mes explorations."(extrait de la nouvelle "A l'intérieur de moi-même" / illustration : Quentin Faucompré)

Le 21 mars 2013 à 08:48

"Prenez mon ours !"

Au théâtre, s'il y a des chats (avoir un chat dans la gorge, Agnès et son petit chat qui est mort), des hirondelles (celui ou celle qui rôde autour de la boîte à sel, l' « accueil » d'aujourd'hui, les soirs de Première, pour obtenir une place gratuite), des mouches (un terme d'éclairage), des lièvres (la patte-de-lièvre étant une sorte de houppette utilisée pour le maquillage, des rats (les machinistes qui travaillent dans les dessous d'un théâtre à l'italienne, les soutiers), des sauterelles (une sorte de crochet), des saumons (un morceau de fonte servant à fixer les portants au sol), des cygnes (les cloisons en forme de col de cygnedes loges d'une salle à l'italienne), à notre connaissance, il n'y a pas de cochons. En revanche, il peut y avoir des ours. Dans l'argot des coulisses, c'est une mauvaise pièce, qui dort dans les cartons d'un auteur. Au XIXème siècle, elle pouvait dormir dans les cartons d'un directeur de théâtre qui, à défaut d'une meilleure proposition, pouvait la sortir d'un oubli profond. Il était en mesure, alors, d'exiger de l'auteur de lécher son ours, autrement dit de parfaire son œuvre, comme l'oursonne lèche son ourson pour l'amener au meilleur de sa forme. Le mot « ours » a une origine historique pris dans un contexte théâtral : le comédien Odry jouait le rôle d'un montreur d'ours dans une folie-vaudeville, L'Ours et le Pacha, créé aux Variétés le 10 février 1820. Il était amené à répéter à tout propos : « Prenez mon ours ! Mon ours danse la gavotte, prenez mon ours ! Il pince de la guitare, prenez mon ours ! » A cause du succès de la pièce – jouée cinq cents fois – la formule « prenez mon ours », répétée à satiété, devint la formule consacrée des directeurs de théâtre, quand ils voyaient arriver un auteur, un manuscrit sous le bras. Les circonstances de l'apparition de la formule sont renforcées par l'image de l'ours qui hiberne, pour se réveiller aux beaux jours. Comme lui, la pièce dort pour arriver sur la scène au moment propice.

Le 9 novembre 2014 à 09:17
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