Pascal Hérault
Publié le 22/11/2014

Le Professeur Pascal répond à vos questions


Peut-on vivre avec des angoisses ?

OUI. On peut vivre avec des angoisses. Personnellement, j'en élève chez moi depuis un certain nombre d'années et je peux vous dire que les choses se passent bien entre nous. Des angoisses, j'en ai de toutes sortes, des longues, des courtes, des poilues qui font peur, des bien lisses comme les joues glabres d'un employé des Pompes funèbres. J'ai des angoisses en boites, en pots, en tubes, sans colorants ni additifs ou à réchauffer au micro-ondes les soirs où on est tout seul. On peut dire que je suis gâté ! Je ne m'ennuie jamais avec tout ce petit monde visqueux, livide, poisseux. C'est mieux qu'un aquarium avec des poissons morts, parce qu'on est obligé de le vider. Moi, je ne vide rien, je ne jette rien ; mes angoisses me tiennent chaud l'hiver. J'en fais des pulls, des mules, des contes terrifiants, des histoires abominables, des robes de chambre hantées, des pots de chambre frappeurs. Oui, je m'amuse beaucoup avec mes angoisses. Mais devant celles des autres, alors là je ne joue plus. J'offre des bonbecs, des divans de psychanalyste, des livres qui font vivre. Et quand je n'ai rien à offrir, je prête mes mots à ceux qui n'en ont pas.

Pascal Hérault est tombé dans la littérature quand il était tout petit et depuis il ne s’en est pas relevé. Auteur d’albums et de romans pour la jeunesse, il écrit aussi des polars, des chroniques pour le site K-libre et des textes inclassables où la logique se prend les pieds dans le tapis. Derniers ouvrages parus : Suzy a disparu !, éditions Les 400 CoupsL’Ile de la faim, éditions Oskar. A paraître : C’était comment avant ?,  essai humoristique et vaguement historique aux éditions Max Milo. On peut le retrouver sur son site : www.pascalherault.fr

 

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Le 15 janvier 2015 à 12:09

Des histoires

« La flamme est un monde pour l’homme seul »Gaston Bachelard Sous le ciel bas et lourd (de la connerie) qui pèse comme un couvercle, le lendemain est advenu et il a bien fallu mettre un jour devant l'autre. Nous, les grands, encore choqués du coup de conscience derrière la nuque, du morceau de coeur arraché, du recul infligé à la petite épaule rougie de la liberté après la déflagration. Et vous, les petits, nos petits, ou sonnés, ou perdus, ou aussi méticuleusement que possible protégés de l'avalanche lourde et froide, perpétuelle, de tous ces mots accumulés pêle-mêle sur l'ère du temps. Des mots comme terroriste, attentat, prophète, traque, manifestation, otages, juif,  etc. Tous ces mots qui n'expliquent rien. Toutes ces petites boîtes à peur. Lorsqu'on n'y prend garde ce genre de graine ne fait rien pousser de bon. Alors tout le long du jour je m'échine, parce qu'à 5 ans on ne comprend pas le lien entre un dessin et un cadavre, à t'épargner des giboulées sanguinolentes de la bêtise. Télé éteinte bien sûr (ça c'est la base) mais surtout, tenter de t'abriter sous le parapluie de mon rire de cette pluie perpétuelle d'oiseaux morts, de jugements et d’avis, qui tombent partout de la bouche des gens autour de nous, et dont on met un peu plus de temps à trouver la tache incrustée de souillure. Oui, d'abord commencer par n'en rien dire, l'en préserver parce que quoi, ça suffit déjà comme ça la petite Suzie dans la cour qui nous rend chose, l'hôpital pour les vers de terre, la bataille de Laval et Gragger au pays des Legochima, cette histoire de cuillère cassée à la cantine qui se paiera un jour, et l'autre là-bas qui est méchant, bref on a tous une journée chargée, sans parler du cauchemar de l'araignée jaune, ça en fait du pain sur la planche. Et puis surtout ne jamais te laisser l'occasion de demander Papa pourquoi tu pleures ? Et c'est ainsi cahin-caha, à pousser notre boule de peine, que tout ce petit monde atteint un nouveau soir, soleil couché dans l'heure du bain, avec l'envie de dire bêtement merci (on ne sait à qui) d'être après tout, encore intact jusqu'à demain. Et c'est là l'erreur fatale. Bain donc et réflexe (oh l'amateur) de rallumer le poste radio comme ça d'un clic en même temps que le chauffe-serviette, trois mots tombent dans le silence rouge "(...)ont été décapités(...)" avant de bondir sur le bouton et d'enchaîner piteusement sur Nostalgie. Mais c'est trop tard on le sait déjà, d'évidence tu as été touché, à bout portant, par ces trois balles perdues venues de nulle part. Je le vois dans les yeux tout ronds triple diamètre que tu me fais. Le temps d'imaginer comment commencer à dire l'horreur, te voilà qui éclate de rire pendant que moi parfaitement coi, je mets du temps à déchiffrer ce que tu répètes plusieurs fois  : "ont tété, ont tété, comme les tétés des filles" pour finalement me raccrocher, soulagé comme pas deux, au demi croissant de lune, fleur ouverte de ton énorme sourire. Cette fois c'est bon mon cochon mais la prochaine... Car il y aura une prochaine horreur à traverser en lui tenant la main comme on visite des ruines, n'est-ce pas ? Et comme dit Woody Allen "Je hais la réalité, mais c'est le seul endroit où se faire cuire un bon steak." Alors quoi mon p'tit gars, que fait-on de tout ça, de cette réalité, ce mur, ces mots et ces images qui constituent le mur, qui constituent le monde, ces chiens féraux, bêtes sauvages prêtes à te sauter à la gorge, meute de peine et de douleur, d'incompréhension, de questions, de crocs en verre aussi déformants qu'aiguisés, comment les dompter, petit bonhomme, les tenir à distance, avec le fouet de notre amour ? D'autant que j'ai comme l'impression que tu commences jeune ! Moi à ton âge à part le goût des bonbons bananes je n'habitais pas trente-six mystères, tandis que toi, mon minot, avec des questions comme Où est ce qu'on est quand on n'existe pas ? Ou comme Mais dans quoi il est l'univers ? À 6h45 du matin avec des petits bouts de rêves encore collés au bord des paupières, on ne peut pas dire que ta douce curiosité me facilite la mastication des cornflakes. On se débrouille avec les réponses. On se débrouille toujours avec les réponses. Plus ou moins bien. Parce que la vérité n'est pas faite pour consoler. Moi, vois-tu, mon père est mort quand j'avais trois ans. On m'a dit qu'il était monté au ciel. Alors j'ai demandé quand est-ce qu'il allait redescendre. Je voudrais faire en sorte que tu n'attendes jamais que quelque chose redescende du ciel, à part des martinets et des flocons de neige. Je voudrais répondre à toutes tes questions sans en clore aucune. Je voudrais que tu puisses construire une cabane dans le baobab de ta curiosité. Je me dis que depuis toujours les hommes se sont raconté des histoires pour s'épargner de la peur et se consoler de la mort. Je me dis que toutes ces histoires ont fait quelques bons livres et pas mal de mauvais massacres. Je me dis que je voudrais te raconter des histoires sans jamais te mentir. Les vraies histoires ne sont pas des mensonges, ce sont des dragons sauvages qui permettent d'amadouer le monde, tu le sais déjà pendant que nous nous appliquons à l'oublier. Ce dont il faut te préserver ce n'est pas le potentiel d'horreur qui existe en vivre ; tu connais déjà les loups, les sorcières, les ogres et les enfants abandonnés dans la forêt par leur père. Tu connais déjà l'obscurité. Ce dont je dois te préserver c'est la paralysie, l'incapacité à traduire le monde dans une autre langue que celle de la peur et en particulier que celle de la peur des adultes. Ce que je dois te transmettre c'est la capacité à en dire, à en penser, à en faire des histoires. Tous les Dieux sont des histoires et toutes les histoires sont des Dieux. Nous construisons en racontant, nous nous construisons en nous racontant. Tout le piège consiste à confondre histoire et mensonge. Dieu est une histoire d'apparition qui sert à expliquer la disparition. Un enfant ne demandera jamais tout seul qui nous a créés, par contre il ne manquera pas de demander ce que c'est que de mourir. A cette question mon fils, je t'ai raconté l'histoire que j'ai choisie. Il y en a d'autres. Poussière d'étoile, fumier, réincarnation de moustique, paradis, esprit animal, tu te choisiras la tienne. Chacun ses silex pour tenir dans le noir. Mais veille à partager le feu.

Le 30 novembre 2014 à 09:22

Il vaut mieux avoir l'air conditionné que l'air stupide

Les bizarreries du langage

Quand le général de Gaulle se plaignait amèrement de la difficulté à gouverner un pays où l’on ne trouve pas moins de 258 sortes de fromages, c’était sans compter non plus avec les bizarreries du langage qui fleurissent aux quatre coins de l’hexagone. Que dire en effet d’une langue où l’on remercie un employé dont on n’est pas satisfait, où on lave une injure mais on essuie un affront, où l’on pose une question mais on soulève un problème, et où les malheureux qui sont dans de beaux draps passent des nuits blanches à force d’avoir des idées noires et du fait même n’arrivent pas à dormir sur leurs deux oreilles (moi non plus d’ailleurs)?Comment expliquer aussi la présence de l’estomac dans les talons, des pieds dans le plat, du chat dans la gorge, de la confiture chez les cochons, du rubis sur l’ongle, sans parler de la curieuse cohabitation des vessies avec les lanternes !Drôle de pays en effet où il ne faut pas confondre : scène, cène, Seine, saine ou chair, chaire, cher, Cher et où pendule est masculin entre les mains d’un radiesthésiste et féminin entre celles d’un horloger. Mais il y a mieux : amour, délice et orgue, masculins au singulier et féminins au pluriel ! Ce qui faisait d’ailleurs dire à Courteline :« Je ne me vois pas en train d’écrire : J’ai vu un orgue magnifique. C’est le plus beau des plus belles. »Quant à archives, fiançailles et ténèbres, ils sont, eux, condamnés au pluriel ! Bref, tout cela me paraît bien singulier…Curieuse langue enfin, où le mot mnémotechnique est si difficile à retenir…et où il vaut mieux finalement avoir l’air conditionné que l’air stupide.

Le 10 décembre 2015 à 10:00

À lire en se rinçant le sifflet

Pour bien passer l'hiver et les fêtes, enivrons-nous avec des lectures gloupitantes

Révoltes électrisantes Tout à fait bandant (et mouillant) sur le plan iconographique et historique, Agit Tracts de Zvonimir Novak (L’Échappée) retrace l’épopée des « feuilles de caniveau » ayant filé de belles chicoustas à l’ordre dominant. Parmi ces « bombes de papier » : les libelles de la Commune à la Père Duchesne, les papillons anti-électoraux abondants depuis 1848, les appels à la désertion en 1916 et le papier cul à l’effigie du Kaiser Guillaume II, les bédés communistes de 1962 criant raca sur De Gaulle, les feuilles volantes Dada, les ciné-tracts de mai 68, les photomontages situs pouvant mesurer près d’un mètre, les flyers anarcho-punks ou les adresses des fellaghas aux harkis, goumiers et tirailleurs algériens (« Tournez vos armes contre les tortionnaires de votre peuple. Rejoignez l’ A.L.N. ») Appels du grand large L’impressionnant numéro collectif des Cahiers de l’Herne sur Joseph Conrad ne décevra pas les amateurs de grande littérature aventurière teintée d’ironie. À l’image des écrits entraînants du romancier, dont on découvre ici de nombreux inédits, cet ensemble de textes sur lui souvent superbes (en particulier ceux signés par Henry James, Virginia Woolf, Malcolm Lowry, Marie Darrieussecq, Jack London, par le génial Borges ou, coup de théâtre, par Bob Dylan) nous fait bougrement bien bourlinguer à travers la Russie, l’Afrique ou la Malaisie sans passer à l’as les préoccupations philosophico-politiques, souvent iconoclastes, du fricasseur de Lord Jim (qui était fort attiré, par exemple, par la pensée anarchiste tout en se méfiant). Bédés hardies En dehors des trois Tignous réédités par Folio (Corvée de bois, Tas de riches, Tas de pauvres), magnifiquement impitoyables et du somptueux hommage au même Tignous des éditions du Chêne, il faut se ruer sur deux comic strips autobiographiques dus à de très goguenardes pétroleuses. Ma vie est un best-seller (Casterman), dessiné par Aurélia Aurita de Fluide glacial, raconte cocassement comment la pamphlétaire cinglante Corinne Maier (Bonjour paresse, No Kid) s’est dépatouillée dans le monde vicelard de la grande édition cynique. Les Larmes du seigneur afghan, quant à lui, dessiné par les fortiches Campi et Zabus (Aire libre), décrit sans louvoiements les tribulations récentes en Afghanistan de l’ex-reporter risque-tout de la RTBF Pascale Bourgaux. —   « Pascale, les Talibans sont revenus là où ils étaient en 2001.—   Et vous, qu’allez-vous faire ? Accepter le retour des Talibans ou les combattre ? Si la guerre signifie combattre les Talibans et aider les Américains, nous ne prendrons pas les armes. » Dico incongru Le Dictionnaire des termes rares et littéraires du docteur ès sciences corse Jean-Christophe Tomasi (Chiflet) nous abouche avec quelque 800 mots introuvables dans les usuels. L’entreprise n’est pas hâtivement « strapassée », à savoir menée avec outrance, elle fait preuve d’une évidente « sprezzatura » (à savoir élégance) dans ses « rococotteries » (à savoir dans ses recherches de choses anciennes) sans trop « pédantiser » ni trop nous « embucquer de sucre ». Bios percutantes L’idéal, c’est de prolonger l’excellent George Orwell de Stéphane Maltère (Folio), qui va droit à l’essentiel, par Une vie en lettres, la tout à fait captivante correspondance de l’écrivain-combattant – traduite et annotée par les éditions Agone – qui retrace elle aussi la vie tranche-dedans de l’auteur de 1984, de l’internat où on le claquemure, à huit ans, en 1911, jusqu’à l’hosto londonien où il avale sa fourchette. À noter qu’à aucun moment, face aux pires marasmes (le totalitarisme, la tuberculose, les hypocrisies des antifascistes), Orwell ne perdra ni son moral ni son humour. Livres d’art étranges Sous-titré Bizarre, L’Autre Histoire de l’art de Vincent Brocvielle (Flammarion) nous aiguille facétieusement sur les pas de côté dans l’insolite, les écarts d’imagination, les débordements imprévus d’une tapée de grands maîtres ayant envoyé soudainement valser les balustrades de la rigueur académique : Bosch et son « Jardin des délices », Le Caravage et sa « Tête de méduse », De Vinci et ses caricatures gratinées, Rembrandt et son « Bœuf écorché », Archimboldo et son panégyrique fruitesque « Vertumne », Goya et son « Vol des sorcières ». Encore plus chouettement désaxant, le grandiose catalogue (éd. Rond-point des arts) de l’expo « à vivre avec les émotions et le corps » I Belgi. Barbari e poeti accessible jusqu’au 24 janvier 2016 à Bruxelles (Espace Vanderborght, 50 rue de l’Ecuyer). Y sont de la fiesta sous la houlette du truculent curateur Antonio Nardone les meilleurs talents artistiques subversifs belges d’hier (Rops, Ensor, Magritte, Delvaux, Broodthaers, Mariën, Permeke, E.L.T. Mesens) et d’aujourd’hui (Jacques Charlier, Pascal Bernier, Wim Delvoye, Alechinsky, Panamarenko et Alessandro Filippini avec ses « Despotes de jardins »). Le parrain de l’expo qui s’imposait, c’est le surréaliste de combat Achille Chavée s’écriant : « Je suis un vieux peau-rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne. » Histoire du cinoche d’action Dictionnaire du western de Claude Aziza et Jean-Marie Tixier (Vendémiaire). À nous d’abord tout ce qu’on espérait y trouver : des articles de fond sur l’évolution du genre, l’opposition loi/sauvagerie, les idylles interraciales… , des portraits bariolés de cow-boys stars (Gary Cooper, Errol Flynn, James Stewart), des épluchages de mythes (Billy the Kid, Calamity Jane, Zorro, Buffalo Bill), des fiches alertes sur des classiques signés Hawks, Walsh, Ford, Lang, Fuller, Aldrich ou un petit relevé des armes alors à la mode telles le big sharp 50 anti-grizzly et le darling 63 que les dames cachaient dans leurs jarretelles. Mais ce dico nous gâte beaucoup plus encore que ça. Il s’ouvre sur les westerns européens et asiatiques longtemps méprisés, il rectifie les erreurs des collègues (non, La Flèche brisée, 1950, n’est pas le premier western pro-Indien, on en tournait déjà en 1925) et nous montre à quel point l’ennemi principal des justiciers solitaires de l’Ouest, ce fut moins les outlaws que le mariage bourgeois castrateur personnifié par la crispante Grace Kelly quaker dans Le Train sifflera trois fois. Redneck Movies de Maxime Lachaud (Rouge profond). Une toute autre Amérique représentant tout un pan du cinéma US, c’est celle de la hicksploitation, c’est-à-dire le cinéma pedzouille des années 1960-1980 écrasé sous un soleil de plomb et peuplé de cambrousards dégénérés. Exemples les plus connus : Délivrance de John Boorman et Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Dans un langage fleuri fort stimulant, le chercheur Maxime Lachaud détaille savamment les sous-genre hick qui poussent comme chiendent dans les seventies : le porno paillard, le slasher rural, le polar poisseux, la comédie péquenaude, la canniballade « hillbilly ». À pleurer de rire Les comiques les plus tordboyautants de ce dernier demi-siècle se tiennent à nouveau par la Manche. Du côté british, les Monty Python dont les Textes, pensées et dialogues de sourds (1969-1974) sont relancés par le Cherche Midi avec en guise de sketches vedettes le fameux cours de dispute en perroquets morts, le délire phonético-syntaxique « Mr Hn Th » et les leçons de tolérance du Colonel Harry McWhirter, président du « Club des sectaires incorrigibles » : « Souvenez-vous, la tolérance est une des grandes vertus de notre peuple, ne la gaspillons pas pour les youpins, les Polacs, les métèques, les Chleus et les bicots. » Du côté fransquillon, c’est Jean Yanne avec le pissant best-off On n’arrête pas le progrès (encore au Cherche Midi). « J’aime les motards. C’est chez eux qu’on trouve le plus de donneurs d’organes. » Et c’est Pierre Desproges dont le Seuil sort sous le titre La Pensée du jour un almanach 2016 à se les tordre grave dont les cibles sont notamment Julio Iglesias et Franz Schubert, Philippe Sollers et Léon Zitrone, BHL et Pie XII, les « ordures galonnées », l’abus d’eau, le scoutisme. Sans oublier le football, soit : « Les trottinements patauds de vingt-deux handicapés velus qui poussent des balles comme on pousse un étron, en ahanant des râles vulgaires de bœufs éteints. » Allons, les mimiles, rechargeons les brouettes à gueule et chassons le brouillard !  

Le 14 septembre 2011 à 14:57

"Tant qu'il y aura des « énervés » le rire est toujours à venir"

Entretien avec Jean-Michel Helvig

Avec près de 60 billets publiés, l'éditorialiste et écrivain Jean-Michel Helvig est un des piliers de l'équipe de ventscontraires.net. Rencontre avec ce gourmand amateur des dérapages pas toujours contrôlés de la classe politique. Comment êtes-vous tombé dans le journalisme ?Par élimination. Non pas des concurents, mais d’autres itinéraires professionnels où aucun ne m’offrait la certitude que le travail du jour ne serait pas le même que celui de la veille – on appelle ça aussi l’actualité -  ni ce privilège immense que d’être payé à lire les journaux pour les remplir ensuite.Les moments forts ? Les moments durs ?On se renforce avec les premiers, on s’endurcit avec les seconds.Vous éludez la question…Comment avez-vous deviné que je suis tombé très tôt dans le journalisme politique ?Pour ventscontraires.net, vous vous penchez régulièrement sur les « petites phrases » des politiques.Au risque du vertige parfois, je vous l’avoue. Plus exactement, ce sont plutôt leurs grosses bêtises qui sont mon fonds de commerce à l’enseigne de ce sympathique site. La ressource est inépuisable pour peu qu’on opère un tri sélectif. Les petites phrases sont préparées sciemment en amont, les grosses bêtises sont lâchées imprudemment en aval. Le propre de la bêtise est d’échapper à son auteur, aussi ne court-on pas le risque d’être manipulé en s’en saisissant. C’est jubilatoire à sonder tant il y a à dire, médire et contredire face à la boursouflure des mots, aux dérapages de sens ou aux fuites d’inconscient. Là-dessus, vous étalez une fine couche de références savantes, saupoudrez d’une pincée de mauvaise foi, mixez en 1500 signes (espaces compris), enfin confiez l’objet au web-iconographe, et voilà le lecteur internaute servi jusqu’à ce que de nouveaux arrivages repoussent peu à peu votre « bêtisier » vers le bas de l’écran. Vertigineux, vous disais-je.Ces "petites phrases" indiquent-elles, selon vous, une évolution significative du langage et de la vie politiques ?Non pas vraiment. Ce sont les moyens de communication qui ont évolué. Tout est soumis désormais à l’instantanéité et la simultanéité de la diffusion. Vous imaginez les dégâts si Youtube avait existé du temps du président Mac Mahon s’extasiant devant une crue de la Garonne : « Que d’eau, que d’eau ! ». Mais il est vrai que la rapidité de la diffusion se paie d’un raccourcissement de l’expression si l’on veut être vu ou entendu. Foin des propositions trop subordonnées, des conjugaisons trop raffinées ou du vocabulaire trop léché, si t’es pas compris en 30 secondes, tu gicles coco. Ou tu changes de métier.Cet appauvrissement coïncide-t-il, selon vous, à un appauvrissement de la pensée ?C’est l’œuf et la poule. Les grandes idéologies passent de toute façon mal sur twitter. Mais si l’on s’inscrit plus facilement sur un réseau social qu’on n’adhère à un réseau politique, il doit bien y avoir quelques raisons.Politique et humour peuvent-ils faire bon ménage ?Un ménage à trois pour peu que le journalisme s’immisce, en n’analysant plus seulement le texte et le contexte, mais en explorant le sous-texte.Quel serait votre palmarès personnel ?Tant qu’il y aura des « énervés » le rire est toujours à venir.

Le 27 novembre 2010 à 09:38

Petite résistance ordinaire

Il se servit un autre café. Il savait pourtant que cela n’arrangerait rien. La peur avait pris totale possession de son être et les tremblements qui l’agitaient ne se contrôlaient qu’au prix d’une crispation épuisante. Ses mains moites gouttaient sur le sol et l’encre du message qu’elles tenaient se diluait, rendant le texte illisible et donnant au papier l’aspect sale et torchonneux d’un vieux brouillon à jeter. Il aggravait son cas. Qu’importe ! Il écarta toutes les cogitations résultant de cette auto-observation. Spectacle navrant. Fermons les yeux ! Il n’arrivait cependant pas à évacuer la douleur, douleur sourde et multiforme qui semblait, elle-même, se moquer de lui. Elle grignotait son cerveau, par petits morceaux mais en prenant soin de frapper en tous points, plantant ses dents acérées dans la gélatine flasque. Elle grignotait ses boyaux, entremêlant toute sa tripaille, faisant des nœuds et des boucles avec. Elle grignotait ses articulations, en essayant de les scier comme avec une grande scie qui grince en râpant l’os. De guerre lasse, il desserra à nouveau son esprit qui se remit à errer dans les sombres territoires de l’angoisse. Il envisageait les conséquences possibles de l’acte qu’il allait commettre : le ridicule et la raillerie, le bannissement et la déchéance, la vengeance et la persécution. Il imaginait sa chef esquissant un petit sourire cruel après qu’il ait bu un café par elle servi : « Vous venez d’avaler une dose mortelle de poison, mon cher ». Quand soudain la porte s’ouvrit. – Que me voulez-vous ? dragonna-t-elle. – Juste vous dire que votre décision de virer Alain est totalement injuste et injustifiée…

Le 17 septembre 2011 à 08:55
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