Les bonus de la saison
Publié le 21/11/2014

Pauline Bureau : "J'écris avec les acteurs"


A propos de son spectacle "Sirènes"

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Autres épisodes :

En allant et venant d'une écriture de plateau avec ses comédiens à une écriture intime et personnelle, Pauline Bureau a écrit et mis en scène Sirènes, enquête sur trois générations de mère en fille. Au départ une chanteuse perd sa voix lors d'un concert...

Confessions, confidences et indiscrétions. Les spectacles, les auteurs, les artistes et tous ceux qui font la saison du Rond-Point. 

Plus de...

Pauline Bureau

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Le 9 septembre 2015 à 08:28

Perdu dans Tokyo #9

Journal de l'auteur associé au Théâtre du Rond-Point

vendredi 4 septembreSécuritéÀ chaque coin de rue, et dans le métro, des miroirs et des caméras partout, pour voir venir. Des coupe-ongles sont vendus pour cent yens avec loupes grossissantes, et on trouve des coton-tiges noirs pour les oreilles, histoire de voir ce qu’on fait. Toujours, tout le temps, partout. La sécurité, dit Masako. Surtout depuis l’attentat de 1995. Elle me parle de la situation politique, qu’on pourrait considérer en France comme à droite de l’extrême-droite, gouvernement ultra conservateur, visant l’armement, la militarisation, et un protectionnisme forcené. Mon désir de vivre à Tokyo s’érode un peu. Masako me dit que les Japonais peuvent se montrer très accueillants avec les touristes, les voyageurs, les passants, mais qu’ils peuvent devenir des voisins redoutables. Elle expose les différents clichés des Japonais sur les étrangers qui s’installent au Japon. Fêtards, incontrôlables, bruyants. A nos côtés, vendredi soir, dans un petit restaurant chinois, un gros monsieur et trois femmes ; elles hurlent de rire, il parle plus fort, ils fument, lui crie, elles hurlent, il rote, très fort, plusieurs fois, puis tout le monde se tait. Masako semble me dire que tout est normal. Ce sont des espaces de grandes libertés. Il y a aussi qu’au Japon, on fait du bruit en mangeant. Bruit en aspirant les nouilles, la soupe, le reste. Cela signifie qu’on est bien, que c’est bon, qu’on est heureux, reconnaissant. Ce bruit-là est une fête, quand partout dans la ville tout contribue semble-t-il à deux choses encore contradictoires, faire taire ou assourdir.RépétitionsLes comédiens me demandent d'arriver à 14h. En réalité, ils se préparent et s'échauffent à partir de midi. Nous avons dessiné le mouvement général, les déplacements, nous travaillons sur chaque phrase, chaque mot, chaque réplique, à redéfinir les enjeux, les codes de jeux, les liens entre chacun, les regards. L’intensité, et la nécessité impérieuse d’être là et pas ailleurs, de vivre ça, de porter ce monde catastrophique qui dépasse jusqu’à la comédie noire les limites du tragique. Et on chante, on danse, sur les ruines. On s’invente de nouvelles histoires, on nourrit le jeu, les enjeux. On avance. Le décor sera noir. Tout sera peint.UrinoirsUrinoirs et toilettes partout dans la ville, le métro, les extérieurs, les jardins. Magie d’un mobilier légendaire. Les wc sont des meubles à lunettes chauffantes, parfois électroniquement relevables. Un bouton pour un jet d’eau provenant de l’intérieur de la cuvette vers le trou des fesses unisexe, un autre bouton pour le sexe féminin dit aussi vagin. Un bouton pour la puissance des tirs, un autre pour de l’auto-nettoyage des petits tubes à jets qui peuvent être souillés. Un autre bouton encore pour le son, dit musique. Mais il s’agit d’un faux son de chasse d’eau, imitation bien faite, qui permet à l’usager de couvrir les bruits biologiques naturels sans faire couler l’eau inutilement. D’autres options encore possibles. Les urinoirs des lieux publics sont beaucoup plus longs que les nôtres, ils arrivent quasiment au sol, lui-même souvent recouvert de moquette. Mais le bec de l’urinoir arrivant lui-même quasiment au sol, il est rare qu’on en foute partout alors qu’ailleurs, en France, les hommes font essentiellement pipi sur leurs godasses. A noter encore que dans les toilettes publiques, des installations pliantes de chaises pour bébés sont installées dans beaucoup de chiottes hommes ou femmes, afin d’asseoir le bébé près de soi quand on fait ce qu’on a à faire. samedi 5 septembreHôtelJe suis le client d’hôtel le plus affreux que je n’ai jamais fréquenté. A Shinjuku, je demande à changer d’endroit, je rêve de plus d’espace, j’aurai la même chambre. Mais j’y gagne en vue et en wifi. À Ueno, je demande à changer de lieu pour m’installer dans une chambre aux lits rapprochés, sinon double. C’est impossible, j’insiste, plusieurs jours, j’en visite une finalement, tellement petite que toute circulation autour des lits en est impossible, je renonce, je la laisse. Puis je demande à changer de chambre quand j’aperçois l’intérieur de la chambre voisine 1204, les têtes des lits sont au nord et la vue est dégagée quand ma chambre donne sur une façade d’immeuble. Je change de chambre. C’est mieux. Rentré à minuit, dans mon nouveau territoire, je me démène avec la climatisation, inévitable. Pas un immeuble sans ses vingtaines de verrues extérieures de climatiseurs. Dans le métro, quand la climatisation ne suffit plus, des ventilateurs sont installés au plafond. Dans la chambre, la clim s’active. Chaleur lourde, humide, fin d’été à typhons et canicules. Tout est écrit en japonais. Il fait chaud, très chaud, de plus en plus. Je me rends compte à une heure du matin que j’ai mis le chauffage dans une chambre aux fenêtres condamnées. Malin « De la coutume du hara-kiri, les Japonais ont gardé la manie du cure-dents » dixit Claudel. Les cure-dents sont partout à disposition. Hier, je croise une oie dans la rue. Autour, des parcmètres à vélos, payants. Et des parcmètres pour voitures, disposés par engin et par emplacement, à chacun sa machine. Des voitures s’arrêtent là, au bord du trottoir, et les usagers dorment, un temps. Les taxis. Repos. Repartent. Je constate que les stations essence disposent les manettes en hauteur, à plusieurs mètres du sol, accessibles par une ficelle sur laquelle on tire pour faire descendre les distributeurs de pétrole. Malin. Je croise un rosier qui émerge du goudron, à même le béton, plante jaillie comme ça, qui fissure le sol et monte, fleurit, et sent la rose dans un brouillard d’essence humide, à même la route. Au supermarché, on met ses courses dans un panier, on pose le panier sur la caisse, le cassier ou la caissière dispose les courses dans un autre panier, on paye ses courses, et on va s’installer un peu plus loin, sur une table ou un plateau commun, pour disposer les mêmes courses du nouveau panier dans des sacs en plastique. Hyper malin. Tout ici est pensé, futé. Tous les urinoirs sont dotés d’un petit carré en matière rêche ou d’une petite accroche, emplacement destiné au parapluie du monsieur. ParadisC’est dimanche. Trois grandes artères sont, quelques fois, le dimanche, fermées aux voitures l’après-midi. Akihabara, Ginza et Shinjuku. Les Japonais appellent ça le « paradis des piétons ». Masako s’en fout, ça ne l’intéresse pas. C’est fait pour les touristes, les consommateurs du dimanche. Mais c’est frappant, l’espace vide, alloué aux bolides, soudain déserté par la machine. Marcher sur une cinq ou six voies étendue et sans bagnole jusqu’à l’infini, dans l’absence de bruits de moteur, c’est sidérant. Tokyo se dote comme toutes les villes du monde de ces quartiers à piétons, de préférence commerçants, fête de l’instinct grégaire à visée marchande. Une fois par semaine mais quand même, remettre la voiture à sa place quelques heures, au sous-sol, dans une ville où la plupart des espaces lui sont consacrés, sacrifiés. Autoroutes, routes, périphériques, parkings. Pas de trottoirs dans les petites rues qui d’ailleurs ne portent pas de nom, mais des bandes blanches au sol, pas franchement sécurisantes. Le piéton, devenu voiture à son tour, doit garder sa gauche, toujours, partout, j’ai fini par comprendre ça à force d’essuyer des regards assassins. Tenir sa gauche, dans l’escalier, dans la rue, sur les petites routes. C’est simplement ça, ou la fin du monde. Interdit au moins de 18 ansJe me perfectionne, me spécialise dans la pornographie de mangas japonais. Des immeubles entiers à Ikihabara consacrés aux mangas, huit étages dont trois à la pornographie, exclusivement destinée aux hommes hétérosexuels. Les autres se débrouillent. Il semble exister des librairies spéciales pour les femmes, au moins des rayonnages dans les magasins Book Off, avec des mangas dits « sentimentaux », histoires explicites de couples de garçons. Pour l’heure, je me consacre aux mangas pour hommes hétérosexuels. Bandes-dessinées, tous formats, plutôt en noir et blanc. Les parties génitales et leurs ébats sont toujours cryptés, pixellisés ou barrés de deux à trois petites bandes noires. Mais tout est là, plutôt visible. Ce qui frappe avant tout, c’est que tout est possible. Tout est représentable, jusqu’à l’inimaginable. Tout ce qui peut sembler prévisible, connu, déjà vu, mais aussi la torture, le meurtre, les monstres, les déformations, des difformités, et les enfants. Tout, absolument tout. Mais les sexes sont toujours cryptés, ou barrés. Et les yeux des sujets ne sont jamais bridés.SurfJe quitte le quartier Akihabara, prends des vacances vers le quartier des livres anciens, brocanteurs et bouquinistes. Mes études en pornographie me laissent amer, froissé, bizarre. Pas sûr de poursuivre. Je cherche les brocanteurs de livres, mais tout est fermé ce dimanche. Sauf les magasins de sport. Tout un quartier, comme un arrondissement parisien, consacré au surf, au ski, aux sports de glisse. Du bruit lointain. Des cris. Je me rapproche. Des manifestants circulent en camionnettes, stoppés par des barrières de flics qui tendent d’étranges perches à micros, pour enregistrer je suppose les voix des revendicateurs. Ils s’insurgent contre la Corée du Nord, diffusent les photos d’une jeune femme disparue il y a vingt-cinq ans. Mariage traditionnelJe quitte les flics de Kanda, j’oublie la pornographie d’Akihabara, je me perds dans Akasaka, je me réfugie dans le sanctuaire Heijinja. Mariage religieux, traditionnel. Le son des flûtes et des percussions, quelques personnes, un jeune grand prêtre donne à boire à la mariée, puis au marié. Lent, sans parole, presque personne, des enfants, plus loin, en kimonos bariolés, un photographe officiel. Un touriste européen se penche, s’accoude sur l’autel extérieur, que j’imagine peut-être à tort un peu sacré, pour mieux voir, il prend des photos avec son smartphone comme s’il était lui-même invisible. Les mariés à peine sortis de l’adolescence sont debout, droits, en costumes traditionnels, rien ne se produit que le bruit des flûtes et des percussions. Je descends, direction Sud-Est, et je suis bien content de trouver l’application archaïque de la boussole sur mon machin digital pour me diriger. C’est à l’image de la ville de Tokyo, ultra moderne, nous sommes dépassés, et à la fois archaïques absolument. Un vingt-deuxième siècle planté dans un paysage féodal. Je me dirige sans le savoir vers les appartements et les bureaux du premier ministre Abe, espaces ultra sécurisés pour l’ultra conservateur. C’est une forêt d’uniformes dans un désert sans vie. Ils portent des grands battons, pour pouvoir se tenir à quelque chose je suppose dans ce brouillard de chaleur humide qui voile la ville. Des barricades et des barrières, et le silence. Plus loin, les jardins impériaux, quasiment inaccessibles. Faire encore des détours de plusieurs demi-heures pour arriver quelque part. Les clodosÀ Shinjuku, comme à Shibuya et autour des grandes gares, des « hôtels capsule », et des « love hotel » de tous les noms. Dans ceux-là, on reste une nuit ou on ne fait que passer. Dans les hôtels capsule, pour trois à cinq mille yens, on vient passer la nuit, seul, dans une capsule, chambre à coucher divisées en deux dans le sens de la hauteur. Pas de fenêtre. On s’y tient assis, sur le lit, on dort et on repart, parce qu’on a ni le temps ni les moyens de repartir chez soi pour la nuit, trop de boulot, trop de distances, trop de transport. Pratique. Pas seulement inhumain. Mais contrairement aux légendes en vogue, il y a visiblement plus de quartiers populaires, d’immeubles d’appartements, de pâtés résidentiels, de zones pavillonnaires dans Tokyo que dans Paris. Je croise des hommes en costume, élégants, qui trimbalent de grands morceaux de cartons, ils s’allongent, à l’abri. Autour, des étudiants, jeunes, habillés proprement, pareil, allongés sur des cartons. Trop tard pour rentrer, pas de capsule, pas d’hôtel, on dort dehors. Pas loin des SDF. Pendant ce temps, Brice à Paris manifeste place de la république, et se renseigne, savoir quoi faire, être moins inutile dans la crise humanitaire, et je voudrais savoir comment appeler autrement que migrants des gens qui sont loin d’être réfugiés.

Le 22 juin 2010 à 14:49

Appelez-moi le Directeur !

Ça c'est le Rond-Point

Hall du Théâtre du Rond-Point. Une spectatrice compulse fébrilement le programme de saison. Soudain elle se dirige vers le responsable de l’accueil. LA SPECTATRICE. – S’il vous plaît, appelez-moi le Directeur !Le Directeur apparaît aussitôt derrière elle. LE DIRECTEUR. – Madame ? LA SPECTATRICE. – Je ne peux pas le croire, il n’y a aucun auteur mort ici ? LE DIRECTEUR. – C’est un théâtre Madame, pas un cimetière. LA SPECTATRICE. – Et ce n’est pas dans les théâtres que sont joués les grands auteurs ? LE DIRECTEUR. – C’est ce que nous faisons Madame. LA SPECTATRICE. – Vous plaisantez ? LE DIRECTEUR. – Du tout. LA SPECTATRICE (montrant le programme). – Mais ils sont tous vivants chez vous !LE DIRECTEUR. – Et alors ? LA SPECTATRICE. – Comment pouvez-vous savoir si ce sont de bons auteurs ? LE DIRECTEUR. – Nous faisons confiance à notre goût, Madame. LA SPECTATRICE. – Quel goût ? Vous êtes capable vous, de dire si l’entrecôte est bonne quand la vache est encore vivante ? Qui peut jurer de la saveur d’une saucisse ou de la qualité d’une rillette quand le cochon patauge dans les topinambours ? LE DIRECTEUR. – Madame, je vous assure qu’ici…LA SPECTATRICE. – Non, pas à moi, je connais la chanson ! Vous connaissez Lucien Karl ? Jacques Lecalin ? André Granbourg ? LE DIRECTEUR. – Non. LA SPECTATRICE. – Normal. Tous oubliés. Des nuls. Seulement, de leur vivant, leurs pièces ont assommé des centaines de spectateurs imprudents, dont ma propre famille, qui s’étaient jetés dans des théâtres sans vérifier l’acte de décès de l’auteur…, et je ne parle pas des acteurs indigents qui les jouaient…LE DIRECTEUR. – Ah ça, les acteurs, vous comprendrez que nous sommes obligés de les engager vivants. Même si j’imagine que pour vous, l’idéal serait que des acteurs morts jouent des auteurs morts. LA SPECTATRICE. – Ah ça c’est sûr ! Croyez-moi, si vous programmiez Sarah Bernhardt dans une pièce de Corneille, ce serait un tabac ! Et nous les spectateurs on viendrait les yeux fermés. LE DIRECTEUR. – Mais vivants ? LA SPECTATRICE. – Et heureux de l’être !… Quand même, reconnaissez que ce que je vous dis est l’évidence même. LE DIRECTEUR. – Je n’en suis pas sûr. LA SPECTATRICE. – Ah bon et pourquoi ?!LE DIRECTEUR. – Vous êtes vivante, Madame. LA SPECTATRICE. – Exact (elle reste interdite un instant). Ce n’est pas faux. LE DIRECTEUR. – J’en ai l’impression. LA SPECTATRICE. – C’est ce que me dit souvent mon mari quand je lui parle. LE DIRECTEUR. – Qu’est-ce qu’il vous dit ? LA SPECTATRICE. – « Tu sais Simone, par moments je te préfèrerais morte que vivante ». LE DIRECTEUR. – Je le comprends. LA SPECTATRICE. – Seulement c’est pas gagné parce que si une fois morte je ne valais plus rien ? LE DIRECTEUR. – Ça, mystère… !LA SPECTATRICE. – La solution serait…LE DIRECTEUR. – Peut-être que vous ne mangiez plus de viande…LA SPECTATRICE. – Voilà ! Comme ça on est tranquille… peu importe que la vache soit vivante ou pas…LE DIRECTEUR. – Je vous propose un abonnement ? LA SPECTATRICE. – Pourquoi pas. LE DIRECTEUR. – La caisse est ici Madame. Autre chose ? LA SPECTATRICE. – Non… tout va bien. Merci. LE DIRECTEUR. – À bientôt Madame. La spectatrice sort son carnet de chèque en fusillant du regard le Directeur qui s’éloigne…LA SPECTATRICE. – Je l’aurai… un jour je l’aurai…FIN

Le 5 septembre 2011 à 09:33

"René l'énervé", facétie musicale et opéra tumultueux

Entretien avec Jean-Michel Ribes #2

"Depuis 2007, j'éprouve un malaise qui ne diminue pas" dit Jean-Michel Ribes en parlant de notre gouvernement. Pour en finir avec cette nausée, il a décidé de la transformer en farce joyeuse : un opéra bouffe mis en musique par Reinhardt Wagner, qui débute le 7 septembre prochain au Théâtre du Rond-Point. Un éclat de rire de résistance "face à l'affaissement du langage, au dénigrement de l'esprit, à cette agitation immobile dont la médiocrité nous étouffe". René l’énervé est une pièce politique ? Quelle pièce ne l’est pas ! C’est une banalité de dire qu’il n’y a pas d’art sans subversion, ni de théâtre sans désir de chambardement. René, dans ce sens, est bien une pièce politique. C’est la réponse du berger à la bergère ! Puisque les politiques font du spectacle, il est bien normal que les hommes de spectacle fassent de la politique… Reconnaissez que depuis quelque temps, ils n’y vont pas de main morte ! Ils méritaient bien René l’énervé ! C’est un minimum !   Le poétique peut-être une voie de rédemption pour la politique ? René l’énervé n’est en rien une oeuvre documentaire, ni une tentative de reproduction exacte de notre actualité, c’est une bouffonnerie coloriée librement avec bonne et mauvaise foi, un conte sur le pouvoir et les clowneries de l’homme qui devient providentiel. Une sorte de ras-le-bol en chansons… Fable en rien manichéenne, puisqu’on y découvrira le double de René : deuxième lui-même, adversaire obstiné et résolu du premier.   Propos recueillis par Pierre Notte

Le 5 mars 2015 à 14:06

Rodrigo García : "Les gens ont besoin de petites prisons où ils se sentent en sécurité"

Rencontre avec l'écrivain, metteur en scène et directeur de théâtre Rodrigo García alors qu'il vient caler les derniers préparatifs de son spectacle Daisy au Rond-Point. 1er épisode : son art poétique. Jean-Daniel Magnin – La poésie est devenue minoritaire en Europe occidentale au début du XXe siècle. Et cependant tes écrits pour le théâtre ressortent de la poésie.Rodrigo García – Je suis d'accord avec Joseph Beuys quand il dit que tout le monde peut être un artiste. Je pense que tout homme, toute femme peut être un poète, peut-être pas en écrivant des livres, mais en vivant une vie avec une capacité poétique et avec liberté. Le problème est celui de la liberté. Il y a beaucoup trop de normes dans l'Europe occidentale que tu évoques trop de règles que curieusement, nous autres citoyens acceptons bien, c'est extraordinaire ! Moi, quand j'étais jeune, adolescent, inquiet et révolté, les règles de conduite ne me plaisaient pas, elles m'apparaissaient comme quelque chose d'orthopédique, d'externe.Aujourd'hui c'est étrange, je vois les jeunes qui réclament des règles de conduite restrictives, comme si les gens avaient besoin de petites prisons dans lesquelles ils se sentent en sécurité, c'est extraordinaire de se sentir en sécurité dans une prison ! C'est ce qui me vient en tête quand tu poses cette question alors qu'est-ce que je peux faire, moi, au théâtre, comme auteur ou comme directeur de théâtre ? Montrer des moments de liberté extrêmes, incorrects, pour inciter le public à se demander : comment est-il possible, alors que ces gens font ces choses sur scène, que moi, je n'en sois pas capable dans ma vie quotidienne ? C'est notre intention lorsqu'on propose une œuvre théâtrale, quand j'écris... – Avec toi, comment a démarré la maladie d'écrire ?– Je n'avais pas de vocation littéraire à l'adolescence. J'avais une vocation philosophique. Toutes mes lectures d'adolescent étaient de la philosophie et je suis arrivé à la littérature beaucoup plus tard, vers 18 ou 19 ans. Platon, Sénèque, Aristote, Schopenhauer ont beaucoup plus retenu mon attention que Musil, Cervantes, Joyce. Je n'avais pas de vocation littéraire, ni même de désir d'écrire, mais maintenant oui ! Aujourd'hui je ne peux pas ne pas écrire, j'ai besoin d'écrire.Je me souviens, j'avais des amis à Buenos Aires en Argentine, j'avais 18 ans, ils avaient un fanzine, une revue underground, photocopiée. La première chose que j'ai écrite était une espèce de manifeste contre le Christ ! Tu te rends compte, avant Golgota Picnic qui s'est joué Rond-Point, la première chose que j'ai écrite était un manifeste contre la religion, très naïf, très mal écrit, stupide, complètement stupide, un peu influencé – parce qu'à ce moment-là, je lisais le Marquis de Sade, un peu influencé par le Marquis de Sade et vraiment stupide. C'est la première chose que j'ai écrite.Plus tard, j'ai commencé à écrire du théâtre par hasard, quand je suis arrivé en Espagne. Je voulais être metteur en scène mais je ne trouvais pas de subventions pour mes propres mises en scène. Il y a eu un concours littéraire et je me suis mis à écrire un texte qui n'était qu'une copie, un plagiat de Heiner Müller. A ce moment-là, je regardais beaucoup Heiner Müller, j'avais 21 ans. Je me suis mis à écrire et j'écrivais à la manière de Heiner Müller, mais mal ! – En lisant tes différentes pièces, j'ai l'impression de lire une seule saga...– Quand les gens me disent : "Cette pièce que tu as écrite me plaît moins ou plus que la précédente", je ne comprends pas de quoi ils parlent parce que l'œuvre d'un créateur est un tout. Sur la durée de ta vie, tu développes un travail, je ne crois pas qu'il y ait le meilleur ou le pire... il y a une réalité concrète c'est que tu vieillis, il t'arrive des choses, tu peux avoir plus de connaissances, tu peux devenir moins courageux ou alors plus courageux parce que tu n'as plus rien à perdre. Ça dépend des individus mais il peut se passer beaucoup de choses. L'œuvre forme un tout parce que c'est l'histoire d'une même personne.Après il y a une question, pour moi au moins, liée à la spécificité du métier d'écrivain, c'est celle du style. J'ai dû travailler beaucoup pour trouver un style.Dans mes premières pièces, j'avais un style très flou et petit à petit, j'ai cherché mon style. Quand je parle de style, je parle d'une manière personnelle de s'exprimer. C'est un travail très agréable parce que tu dois rester enfermé chez toi toute la journée, à écrire écrire, écrire, ré-écrire pour trouver la forme. C'est un travail qui m'enchante.En général, quand je travaille sur une pièce, je l'écris, en même temps que je la répète. Je commence à écrire à 9 heures du matin et quand arrive 17 heures et que je dois partir à la répétition, je ne veux pas y aller, je veux rester à écrire à la maison parce que je suis coincé dans un problème formel qu'il faut résoudre. C'est comme un jeu d'échecs, un jeu qu'il faut résoudre. Et j'aime ça. – Tu écris pour être encore plus près de toi ou pour devenir un autre ? Je pense au Poème de l'enfance de Peter Handke : "Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?"– C'est curieux, je n'ai jamais parlé de Peter Handke, mais Handke est pour moi une authentique référence. C'est aussi pour moi un type dangereux, il a une manière de penser et de s'exprimer qui est contagieuse, qui me contamine... Ça fait un moment que je me dis qu'il faut que j'en reste éloigné. Pareil quand je lis Thomas Bernhardt ou Louis-Fernand Céline, je me dis qu'il faut que je reste éloigné de ces types, parce que si je continue à les lire, je ne pourrai plus rien écrire. Je dois donc essayer de les oublier. Je ne parlerais pas d'admiration, mais plutôt d'une correspondance vitale que je ressens à leur égard. Traduit de l'espagnol par Vincent Lecoq

Le 23 mars 2018 à 12:35

Anne Kessler, faut-il hacher les auteurs ?

Anne Kessler joue et dirige Coupes sombres, de Guy Zilberstein, comme une reconstitution. L'auteur va-t-il se laisser amputer par sa metteur en scène ? Pièce en abîme et en délicatesse sur le temps secret des répétitions. Rond-Point — Anne Kessler, comment comptez-vous raconter cette histoire de coupes ? Anne Kessler — Coupes sombres me permet de donner au spectateur l’occasion d’assister à un moment privilégié, généralement masqué, intime, qui se déroule dans l’envers du décor : la préparation du spectacle. Alors que le quatrième mur du théâtre est toujours debout, pendant les répétitions, les acteurs se parlent entre eux, au plus proche d’eux-mêmes et on ne perd pas une syllabe alors que dès qu’ils se mettent à jouer, ils parlent plus fort et pourtant, paradoxalement, on perd des mots. Voilà ce que j’essaie de reconstituer : ces instants intimes où l’on est au cœur des humains, et là, rien ne nous échappe. Et puis, cette confrontation entre le metteur en scène et l’auteur avant la représentation, c’est bien entendu une manière d’exprimer les interrogations d’un metteur en scène sur un texte. Ce qui est amusant ici, c’est que l’auteur est l’avocat de sa propre cause. Il est vivant.   Quelle est votre priorité, en tant que metteuse en scène ? Anne Kessler — Arriver à faire passer un discours théorique dans le contexte d’un affrontement spontané entre une metteuse en scène et un auteur. De restituer la proximité de l’acteur avec son personnage. Il y a, dans ce texte, une autorité particulière qui défend la notion d’une identité nouvelle, celle du témoin qui se substitue à celle du spectateur. Ma priorité est de faire entendre et reconnaître cette notion.   Le premier axe de votre travail ? Anne Kessler — Encore une fois, c’est trouver la vérité de la reconstitution de cet instant, avec sa violence, son absurdité, son émotion... Il faut que le fond et la forme se rejoignent. C’est une vraie rencontre entre deux êtres passionnés. Et puis, installer le témoin à l’exacte place où il doit se situer : témoin. Ni voyeur, ni spectateur.   Interview texte Pierre Notte Propos vidéo recueillis par Jean-Daniel Magnin    

Le 24 mai 2017 à 19:15

Meilleurs souvenirs du Rond-Point

Vidéo album de Jean-Daniel Magnin

Quinze ans de Théâtre du Rond-Point racontés par ceux qui l'ont fait, avec des interviews originales et des archives tirées de ventscontraires.net, la revue en ligne du Théâtre du Rond-Point. durée : 36 min générique :Meilleurs souvenirs du Rond-PointVidéo album de Jean-Daniel MagninAvec par ordre d’apparition : voyageurs de la gare de Lyon, Yann Frisch, Edouard Baer, Jacques Bonnaffé, Zabou Breitman, Michel Fau, Sophie Perez, Pierre Guillois, Marthe L'Huillier, Bernard Pivot, Rémi De Vos, Kery James, Bertrand Delanoë, Dada Masilo, Anne Benoit, Dominique Reymond, Hélène Ducharne, Arnaud Pontois Blachère, Mélanie Lheureux, Annik Le Goff, Michel Onfray, Etienne Klein, Philippe Decouflé, Nicolas Bouchaud, Pierre Notte, Jean-Paul Muel, Daniel Pennac, Gilles Gaston-Dreyfus, Marie Rémond, Nelson Monfort, Marion Aubert, Elisa Benslimane, Julia Passot, Olivier Martin-Salvan, Boris Cyrulnik, Kader Aoun, Michel Serres, Erik Orsenna, Marjane Satrapi, Pierre Meunier, Alain Rey, Alexis Macquart, Guy Bedos, Luciano Rosso, Valérie Bouchez, Rodrigo García, Charb, Gérard Mordillat, Plantu, Frédéric Lordon, Mathieu Madénian, Thomas VDB, Ekoué et Hamé (La Rumeur), Wary Nichen, Edwy Plenel, Jean-Michel Ribes, Babx, Gaël Faye, Christine Taubira, Jacques Gamblin, l'équipe du Théâtre du Rond-Point Musique : L’Orchestre du Rond-Pointcomposition et arrangements Gilles Normand David Lescot, Jean-Claude Leguay, Christian Hecq, Philippe Fretun, Guillaume Monard, Jean-Daniel Magnin, Lionel Dublanchet, Emilie Rambaud, Jean-Philippe Vallet, Pierre Grisar, Bruno Allain, Gilles NormandRéalisation et montage : Jean-Daniel Magninavec des archives de ventscontraires.net , la revue en ligne du Théâtre du Rond-Pointet des photographies de Giovanni Cittadini Cesi

Le 22 mai 2010 à 15:05
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