Philippe Caillaud
Publié le 05/12/2014

Guide Vert #4


Artiste visuel. Né en Normandie. Vit et travaille en Vendée. Ma pratique consiste à enfoncer des portes ouvertes mais avec beaucoup de préparation et d’élan. Je travaille par projets. Chaque projet est réalisé avec le médium le plus adéquat. Si je sais faire je fais moi-même, sinon je fais faire ou j’apprends. On peut donc trouver dans ma production du dessin, de la vidéo, des objets, des installations, etc. L’unité de ma pratique artistique étant assurée par le style de mes idées fantaisistes. 

 

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Le 21 septembre 2011 à 08:41

Les amis qui viennent au Liban sont toujours sidérés de voir comment on arrive à vivre dans ce foutoir

Dans quel état est le Liban ? Lamentable à tous les niveaux, notamment au niveau gouvernemental et de l'Etat. Mais j’oserais dire qu’on est habitué à vivre dans cette merde, on s’en arrange très bien. Les amis qui viennent sont toujours sidérés de voir comment on arrive à vivre dans ce foutoir. Mais en même temps, on n’a pas Hadopi, on télécharge gratuitement, tu peux acheter n’importe quel nouveau programme pour 1$. Tu peux fuir les impôts sans problème, tout le monde s’en fout. De toute façon, la corruption passe au-dessus de tout ça. C’est des petites conneries qui contrebalancent la merde dans laquelle on vit et qui font qu’on est bien content de vivre là-bas. C’est bien sûr affreux, la corruption dans l’Etat. Mais d'un côté, la vie de tous les jours est un peu moins prise de tête qu’en Europe. Si à trois heures du matin tu arrives à un feu rouge et qu’il n’y a personne, tu peux passer. Même s’il y a un policier. Tu as encore ton libre-arbitre. Mais, on vit aussi dans un état d’entre-deux-guerres. On ne sait pas d’où elle va venir : est-ce que c’est d’Israël ? Est-ce que c’est une guerre civile ? Il y a plein de scénarios possibles et ça, c’est dur. Depuis qu’on est jeune, au Liban, on a appris à ne pas faire de projets à long terme. Dans trois ans, il y a de fortes chances que tu ne sois plus ici ou que tu ne sois plus du tout. C’est une vie au jour le jour et je m’en arrange très bien. Quand j'étais plus jeune, je voulais venir en France ou en Belgique, dans un pays francophone où j’aurais pu faire de la bande dessinée. Mais en voyageant avec les tournées de musique, j’ai découvert que ça n'est pas mieux ailleurs. Bien sûr ici il y a des subventions pour la culture, il n’y a pas de guerre. Mais en contrepartie, il y a aussi de moins bonnes choses. > Mazen Kerbaj "Gens de Beyrouth - gens de Paris", exposition à la librairie du Théâtre du Rond-Point jusqu'au 14 octobre 2011En partenariat avec les associations libanaises ASSABIL, les amis des bibliothèques publiques, et KITABAT, association pour le développement des ateliers d'écriture, et avec le soutien financier de la Région Ile-de-France

Le 2 janvier 2011 à 12:32

Henri-Joseph Dulaurens (1719-1793)

Les cracks méconnus du rire de résistance

Pour découvrir les stupéfiantes « effronteries pamphlétaires » du chanoine Dulaurens au XVIIIe siècle, sur lesquelles m’aiguilla Raoul Vaneigem en 1980, il fallait jusqu’à il y a peu se téléporter dans les salles de lecture des grandes bibliothèques. Grâce à une petite maison d’édition téméraire, Les points sur le i, on a accès désormais à la fois à un des ébesillants chefs-d’œuvre du prêtre mécréant, paru clandestinement en 1767, L’Antipapisme révélé ou les Rêves de l’antipapiste et à Écrire et s’enfuir dans l’ombre des Lumières, Henri-Joseph Dulaurens, la truculente biographie d’un jeune chercheur inspiré, Stéphan Pascau, qui a fricassé également pour les éditions Honoré Champion Henri-Joseph Dulaurens (1719-1793). Réhabilitation d’une œuvre.Jugées licencieuses et blasphématoires, les satires de Dulaurens, déployant « un comique mêlé de délire et d’érudition préfigurant l’esprit de Sade », mirent en pétard les autorités ecclésiastiques caricaturées férocement à longueur de pages. Leur auteur fut sans fin ni cesse poursuivi, jusqu’à son enfermement à vie au couvent pénitentiaire de Marienborn. La plupart de ses œuvres « décelant une imagination dépravée » selon les frères Didot, des éditeurs-imprimeurs trônant à l’époque, furent brûlées. Il est vrai que le facétieux frigousseur des Jésuistiques, de La Bataille des nonnes, de L’Arretin, ou d’Étrennes aux gens d’église exhortait lui aussi aux feux de joie : « Pour rendre la France heureuse et tranquille, il faut ramasser nos livres de morale, nos casuistes réservés, nos contreversistes, nos bans théologiques, nos rubriques, les mîtres de nos évêques, les habits des Capucins, et mettre le feu à toutes ces belles choses en chantant un hymne à la Raison ».Qu’est-ce qui avait donc pris à l’indévot Henri-Joseph Dulaurens d’entrer en religion ? Il n’avait pas, en fait, eu le choix : c’est à la suite de contraintes familiales qu’il s’était retrouvé claquemuré au collège des jésuites d’Anchin alors qu’il se gaussait de leur enseignement, « ces billevesées dont on endort les sots ». « Puisque les mœurs, les coutumes, les usages, les lois, les religions auxquels la plus grande partie du genre humain est soumise causent de tels désordres et de si grands maux, ces choses ne sont point dans l’ordre naturel ; et j’ai conclu que pour que l’homme soit aussi heureux qu’il est capable de l’être, il ne devrait être soumis à rien de tout cela, ne devait suivre que l’instinct de la nature, et pouvait fronder ouvertement tout ce qu’il y trouvait de contraire. »Plus météoriquement, quand on lui demandait ce qu’il pensait de la foi catholique, Dulaurens répliquait que « la religion ressemblait beaucoup au cocuage ». Et de faire l’éloge du péché. « Sans le péché, l’homme était un nigaud. Que le Démon nous a rendu service ! ». Et de considérer que « le vice, la vertu, le bien et le mal moral, le juste et l’injuste, et tout ce qui en dépend, ne consistent que dans l’opinion de ceux qui les ont inventés pour appuyer leurs intérêts », qu’il y a « à déchirer le voile de l’illusion », qu’il y a « à secouer le joug du travail, de la misère, de la servitude et de la superstition ». Et de concevoir, dans le Compère Mathieu (1766), un des personnages les plus furieusement iconoclastes de l’histoire de la littérature anti-religieuse, Père Jean : « J’ai juré d’étriper tous les moines qui me tomberont dorénavant entre les mains, mais c’est de la façon dont on extermine ces reptiles dangereux dont le souffle empoisonne l’air et dont la piqûre tue l’homme. »Henri-Joseph Dulaurens, dit Brise-Crosses, dit Modeste-Tranquille, dit Xang-Xung (il avait le génie des pseudonymes !), transgressera cocassement bien d’autres interdits encore dans son œuvre littéraire sulfureuse. Il proposera qu’on reconnaisse comme un droit naturel la fabrication et l’écoulement de fausse monnaie. « Il est certain qu’il n’y a rien de plus naturel que le pouvoir de donner telle forme, tel poids que l’on juge à propos à un morceau d’or et d’argent et de lui attribuer la valeur qu’on veut. » Il invitera à désapprendre l’usage des mouchoirs : « Jean était bon et non pas débonnaire. Quoique dévôt à la sainte Amitié, Il n’était homme à se moucher du pied. Toujours ses doigts servoient à ses usages Pour épargner les frais de blanchissage. » Et il appellera même à un renouvellement radical de nos mœurs alimentaires. « L’horreur ridicule que l’on a de manger de la chair humaine, le respect imbécile que l’on a pour le cadavre d’un homme ne tirent leur origine que de notre ignorance. S’il y avait quelque chose à faire pour la sépulture de l’homme, l’estomac humain devrait l’emporter sur le tout. »Notons enfin que l’un de ses titres de gloire est d’avoir définitivement orthographié le mot godemiché. Et qu’il y a lieu de le créditer d’un véritable exploit. Alors qu’un triste jour les choses s’étaient corsées pour lui, les jésuites vilipendés par ses diatribes l’ayant enfermé dans une cage de bois qu’ils avaient supendue dans les airs, le chanoine Dulaurens, privé sous ce régime de tout moyen d’écrire, n’en était pas moins parvenu à couvrir, avec une pointe de fer, les ais de sa cage de quolibets et d’épigrammes.Jambon à cornes, croquons quelques hosties à la santé de ce diable d’homme !

Le 28 septembre 2011 à 08:26

Rock'n'roll high school

Je suis si heureux car aujourd'hui, j'ai rencontré mes amis : ils sont dans ma tête

On m'avait dit « Plus rock'n'roll, ta chronique ! » Du coup, je me suis dit « Je vais me faire une liste. » J'aime bien les listes. Ça aide à structurer sa pensée. Je suis quelqu'un de super structuré. Par exemple, quand je mets mes chaussures, c'est toujours les mêmes gestes. D'abord la gauche. Toujours. Sauf que là, en fait de liste, il s'agissait d'une playlist. Ce qui n'aide pas du tout à structurer sa pensée. Mais ça peut s'avérer utile : l'autre jour, je me suis dit « Tiens, si je me mettais au jogging, car il est important de prendre soin de sa santé. » Comme je n'avais pas structuré ma pensée, j'ai opté pour la lecture aléatoire des chansons contenues dans mon lecteur de mp3. Eh bien ! Figurez-vous qu'à cause du rythme trop effréné des premiers morceaux, j'étais essoufflé comme un bouvier bernois après seulement cinq minutes de course. Donc pour ne pas être essoufflé avant la fin du paragraphe, j'ai décidé de préparer une playlist pour cette chronique. Avec du Nirvana dedans, vu que c'est leur anniversaire, ça leur fera plaisir. Puis j'ai lu un article sur le nouveau Facebook et cette option qui fait que dès que vous écoutez un morceau sur Spotify, c'est immédiatement publié sur votre mur, alors je me suis lancé dans une diatribe sur l'inaliénable liberté d'expression, et si on les laisse faire bientôt jusqu'où iront-ils ?, et j'ai retiré deux Vincent Delerm et un Louise Attaque de ma playlist. Ensuite, je me suis souvenu que je n'utilisais pas Spotify.

Le 16 décembre 2014 à 09:36
Le 21 septembre 2010 à 14:56

Le Guili-guili show

Rire et résistance en République islamique d'Iran

Contrairement aux idées du prêt à porter médiatique en vogue, il ne faut pas confondre les Iraniens et les institutions qui les gouvernent. Plus les lois morales d’une société sont rigoureuses, plus forte est l’envie de rire et de s’en moquer. Plus il y a d’interdit, plus le désir de transgression devient un état permanent de la société, un passe-temps collectif. Les gens ne s’identifient pas aux lois, ils se mettent en face d’elle et n’arrêtent pas de chercher des moyens de les détourner. Tout peut devenir objet de dérision. Au début de la révolution islamique, il y avait à la télévision une émission animée par un ayatollah qui donnait une interprétation et une explication minutieuse à des situations improbables que pouvait rencontrer dans sa vie tout bon croyant : « Si lors d’un tremblement de terre un homme habitant le cinquième étage tombe sur une femme résidant au quatrième et qu’à l’issue de cette collision un enfant naît, le fruit de cette union est-il légitime ou illégitime ? ». Cette émission qui se voulait sérieuse rencontra un immense succès comique. Les Téhérani l’appelaient le « Guili-guili show ». Vingt ans plus tard la censure s’est assouplie, elle autorise la sortie du Lézard, long métrage de Kamal Tabrizi racontant l’histoire d’un voleur qui s’échappe de prison déguisé en mollah et qui se retrouve malgré lui le saint prédicateur d’une mosquée de village. Il est harcelé par de jeunes apprentis mollahs qui lui demandent ce qu’a prévu le Livre pour le cas où deux cosmonautes homme et femme se trouvent en apesanteur dans l’espace et se touchent ? « Doivent-ils faire un mariage provisoire ? ». En trois semaine, ce film a pulvérisé le record de fréquentation de toute l’histoire du cinéma iranien, avant d’être retiré des salles par les autorités…

Le 13 décembre 2014 à 08:26

Dieu : « J'aimerais tellement que les gens comprennent que je n'existe pas »

On croyait Ses voies impénétrables mais Il a pourtant choisi de se mettre en travers de notre chemin. Dans le journal La Croix daté d’aujourd’hui, le Seigneur a décidé de prendre la parole à l’occasion d’une interview où Il s’exprime sans détour. Le souverain céleste regrette notamment que les êtres humains ne soient pas davantage lucides sur le monde dans lequel ils vivent. Il condamne entre autres tous ceux qui affirment qu’Il existerait bel et bien et serait tout puissant. « Un dogme stupide et dangereux » Dans cette fameuse interview publiée ce matin, Dieu emploie un langage plutôt rude à l’égard de tous les croyants, au risque de choquer ses plus fidèles fidèles : « Franchement je sais pas d’où ils sortent tout ça. Le truc sur l’omniscience et l’omnipotence là… Et alors le couplet sur la bienveillance universelle, c’est sûr c’est beau et super optimiste mais ça manque profondément de réalisme. » Le Seigneur fictif invite ensuite tous ses fidèles à changer de comportement : « Je pense que les croyants actuels du monde entier devraient arrêter de s’accrocher à leurs histoires, sympathiques au demeurant, mais légèrement absurdes. » Dans cet entretien accordé au journal La Croix, le divin créateur décrit la surprise qu’Il ressent à voir des millions et des millions de personnes continuer à croire en lui depuis des milliers d’années : « Pourquoi les gens persévèrent-ils alors qu’ils n’ont aucune preuve attestant de mon existence ? Je trouve évidemment ça très honorable d’avoir la foi comme ça mais là ça me paraît un chouia excessif. » Une incompréhension qui s’accompagne d’un sentiment de tristesse en constatant les dégâts provoqués par ce qu’Il qualifie de « superstition de comptoir » : « La croyance en mon existence a engendré tellement d’atrocités. J’aimerais tellement que les gens comprennent que je n’existe pas. Je ne sais pas trop comment faire dans la mesure où ma marge d’action est quasi nulle. Pour l’instant je vais juste continuer à ne pas être. C’est le mieux que je puisse faire. » Le Vatican indigné Cette prise de parole de Dieu a très vite entraîné des réactions en chaîne sur les réseaux sociaux. « Courageux d’avouer ça publiquement ! », lance cet internaute sur Twitter. « WTF !!! Dieu qui s’exprime dans La Croix ? C’est sérieux ou quoi ? », lance, plus dubitative, cette autre utilisatrice. Mais la réaction la plus attendue était évidemment celle de Rome et de l’Eglise catholique. Et cette dernière ne s’est pas faite attendre puisque le porte-parole du Vatican s’est fendu d’un communiqué pour le moins virulent dans lequel l’Eglise condamne les propos du Saint-Seigneur : « Les paroles tenues par M. Dieu sont inadmissibles, même si elles restent divines. Il vient semer le trouble dans la foi de ses croyants.  Des croyants qui ont besoin spirituellement et psychologiquement de croire en Lui. Sans parler évidemment de toutes les conséquences économiques néfastes que ce genre de discours négationniste peut engendrer. »

Le 8 décembre 2014 à 10:29
Le 15 novembre 2011 à 09:10

"Je me méfie des blasphémateurs sacrés"

Entretien avec Noël Godin

Toi qui es l’auteur d’une somme sur la subversion carabinée, peux-tu nous dire si tu as repéré dans l’Histoire quelques coups de main contre l’intégrisme calotin dont tu ne peux que saluer le panache ?   Je porte un toast-souvenir au foudroyant raid sacrilège réalisé par quatre trépidants mécréants franco-belges et par moi-même le dimanche 8 septembre 1996 à la cathédrale Saint-Pierre de Nantes. Ce jour-là, quinze jours avant le pèlerinage de Jean-Paul II en France, la grand-messe est dite non seulement par Monseigneur Gaston Lequimener, conseiller spirituel de la station « Radio Fidélité », mais aussi, du jamais vu, par cinq autres serviteurs divins intégristes dont trois évêques et un diacre. Et, au moment de la consécration, alors qu’on entend des « Gloup ! Gloup ! » retentissants dans toute l’église épiscopale, une dizaine de turlupins remontent les travées de la nef, surgissent dans le chœur et balancent de somptueuses tartes à la crème sur les prestigieux officiants. Pendant que d’autres indévots déploient une banderole pro-condoms et lancent aux quatre coins de la cathédrale des préservatifs remplis d’eau non bénite. Une anecdote à peine croyable à ce propos. Le soir même de l’attaque, une parente d’un de nos complices travaillant au secrétariat de « Radio Fidélité », qui a retransmis la cérémonie en direct, lui a garanti qu’un quart au moins des nombreux auditeurs ayant téléphoné à la station calotine en fin de matinée avaient très sérieusement demandé si le « Oh, oh, oh, oh, oh ! » carillonnant qu’ils avaient perçu soudain signifiait qu’à cet instant précis, celui des entartements en rafales, il y avait eu… un miracle.   Tu as entarté Jean-Luc Godard car il avait accepté de retirer son film « Je vous salue Marie » d’un cinéma proche du Vatican… D’autres lâchetés face aux intégrismes que tu punirais volontiers ?   Une des lâchetés courantes les plus agaçantes, c’est la tolérance béate. Comment arriver à réellement tolérer que des personnages estimables à plus d’un titre s’agenouillent crapoteusement devant « un grand linge sale » comme disait Sade ou bien Picabia. N’hésitons pas à jouer de mauvais tours aux bien-aimés se rendant imbécilement à la messe. Entrons, par exemple, dans l’église derrière eux. Et puis tout à coup, d’une voix tonitruante, proposons à l’assemblée des fidèles cette belle prière de Benjamin Péret : « Vierge Marie sur qui je pisse après l’amour, je vous encule, je vous dévore comme un cochon ».   Qu’est-ce qui distingue l’attentat pâtissier du jet d’huile de vidange ou d’œufs pourris ? Une question de gastronomie ?   Le jet d’huile de vidange ou d’œufs pourris, ça a beau être pas mal plouc, ça peut faire de beaux dégâts chez les crapules ivres de pouvoir, mais ce n’est pas près d’égaler, bien sûr, la portée symbolique des attentats pâtissiers. Une tarte à la crème s’écrasant sur un visage pète-sec, ça renvoie directement, évidemment, à l’essence du ciné burlesque, du slapstick, ou à celle de la belle époque du cartoon agressif quand les yippies avant la lettre Bugs Bunny et Woody Woodpecker balançaient des pâtisseries dégoulinantes sur des raseurs. Et puis, sur le plan esthétique, une explosion tartesque, c’est plus joli qu’un jet d’œufs ou d’huile. Notons que les cocasses inventeurs de la tartapulte, Benoît Delépine et les autres fauteurs de troubles grolandais, ont fait également construire par les compères du Théâtre royal de Luxe de Nantes, connus pour leurs marionnettes géantes, un superbe canon à œufs bio. Le hic avec lui, c’est qu’un œuf propulsé à une folle vitesse, par exemple, sur Claude Guéant risque de traverser littéralement sa tête de part en part.   Le droit au blasphème est-il sacré ?   Pas du tout. Je me méfie des « blasphémateurs sacrés » à la Antonin Artaud – il se définissait comme ça – terriblement iconoclastes par moments mais englués par ailleurs dans des stéréotypes mystiques débilitants. Et puis, je n’aime pas plus les droits, à la paresse, au plaisir, à l’insolence, que les devoirs. Réclamer un droit, c’est présupposer qu’il existe des instances habilitées à nous l’accorder ou à nous le refuser comme l’a fort bien décrit Max Stirner dans L’Unique et sa propriété. À nous de nous permettre tout ce que nous ressentons comme souhaitable pour peu qu’on ait un minimum de lucidité critique sur nous-mêmes et sur le monde à réinventer.   Si Noël Godin était Dieu, que ferait-il pendant la semaine ?   Je veux bien être Dieu comme je veux bien être Diable à condition que tout le monde le soit aussi dans la galaxie. À nous tous les plaisirs les plus pimentés dans un nouveau monde amoureux féerique et burlesque comme celui imaginé par Charles Fourier.   Ça va bien en ce moment ?   Ça va toujours bien quand je m’encanaille avec Jean-Daniel, avec Jean-Michel et avec les autres espiègles fers de lance du rire de résistance du Théâtre du Rond-Point.   Les trois principes essentiels de la subversion carabinée à inculquer à ses enfants…   1. Être clairvoyant. Comprendre les mécanismes qui font qu’une veule complicité s’est souvent établie entre les gouvernants et les gouvernés les maintenant au pouvoir par leurs flaccides soumissions. Réaliser de surcroît que le seul art qui vaille encore d’être pratiqué, c’est celui de construire passionnément, ludiquement, rigolotement sa vie en niquant au mieux toutes les formes de contraintes. 2. Se rendre compte qu’absolument n’importe quel lustucru en pétard, à commencer par soi-même, est à même, s’il le désire vraiment, de jouer des tours très pendables aux puissants du jour et aux raclures autoritaires de toute farine. 3. Ne pas oublier que nos guérillas contre les pouvoirs constitués ne sauraient percer de vraies brèches si elles ne se menaient pas autant qu’il se peut dans le plaisir et la drôlerie, et aussi la tendresse, ajouterait le Tiqqun, ainsi que le préconisaient les hippies des années soixante-dix.   Et pour finir, que t'inspire ce dessin de Stéphane Trapier  ?   Stéphane Trapier réveille en moi une vieille idée qui m’a déjà valu quelques convocations ubuesques à la police : celle de suggérer à des gaillard(e)s condamné(e)s par d’impitoyables maladies à nous quitter bientôt de s’offrir un baisser de rideau grandiose en se métamorphosant subitement en kamikazes chantilly s’élançant tartes à la main, sous des pluies de balles, vers des cibles historiques, le président de Chine, de Russie, des States ou le pape.

Le 25 avril 2015 à 08:34

Pas si Net

Une nouvelle religion est née...de «relié», nous sommes passés à «connecté». Smartphone, tablette et ordinateur. Drôle de Trinité ! J'en connais qui ont les trois... si si j'vous assure! Plus smart que jamais le «phone» est devenu sans que l'on s'en aperçoive une sorte de fil à la patte. Son intelligence n'est hélas pas contagieuse et on ne peut rien lui cacher. Il sait tout de nous étant très à l'écoute. On pourrait l'appréhender comme un fil d'Ariane, ou une laisse invisible très lâche qui malgré la sensation de liberté et de légèreté qu'elle procure pourrait un jour se raccourcir et réduire notre espace. Peut-être même que dans le dédale de notre existence virtuelle, des applications, de Facebook, Twitter, Google et autres moteurs de recherches, on sera amenés à se retrouver sur la toile, non pas face à un cheval de Troie, mais au Minotaure. Extension de nous-mêmes le smartphone nous permet de rester en contact avec le monde entier. On ne pourrait plus s'en passer ! C'est un ami qui nous veut du bien. Capable du meilleur, il peut même sauver des vies. C'est parfois aussi simple qu'un coup de fil. Il peut aussi nous pousser à boire jusqu'à la lie le poison et l'antidote réunis de la connexion. Objet du désir polymorphe qui dans sa version sombre peut dans le meilleur des cas, rendre con, voyeur ou dépendant, voire les trois à la fois. Ne sous-estimons pas notre meilleur copain qui n'a pas une tête de noeud lui ! Bientôt, une micro puce obligatoire, nous sera implantée sous la peau...et tout en nous sera connecté. Ringards les smartphones, tablettes et compagnie ! Plus besoin de prothèses extérieures. Inter et intraconnectés, nous serons des balises vivantes... quoique « vivantes » ne sera plus le mot adéquat. J'en connais qui ont passé l'âge mais qui dorment avec leur portable, sorte de doudou nouvelle génération, sous l'oreiller... non loin d'eux, un ordinateur veille... Peut-être feraient-ils bien de croire à nouveau à la Petite Souris car qui nous dit qu'après plusieurs années d'un sommeil connecté, sans lâcher prise, ils ne perdront pas leurs dents.... et que l'on ne va pas se prendre un jour les pieds dans la toile... c'est vrai, on ne sait pas. On n'a pas assez de recul... normal, on est toujours un peu dans le flou quant au Net !

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