Thomas Vinau
Publié le 16/12/2014

Dieu et grand-mère café


Qu'est ce que vous croyez ?
Le ciel ne tient sur nos têtes
qu'à force de clouer des becs
le long du long mur de la nuit

Et les étoiles ?
Les étoiles brillent
par leur absence
Elles sont notre reflet
des trous de mite
dans la galaxie

Alors le monde
est une armoire
ou le cadavre
dans l'armoire ?

Qu'est ce que j'en sais
mémé est morte
avec les clefs
et je suis seul ici

Né en 1978. Habite dans le sud avec sa petite famille. S'intéresse aux choses sans importance et aux trucs qui ne poussent pas droit. Est un etc-iste et un brautiganiste. Se prend parfois pour le fils de Bob Marley et de Luke la main froide. S'assoit sur le canapé. Se reprend. Décapsule. Ecrit des textes courts et des livres petits.
etc-iste.blogspot.com 

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Le 10 août 2015 à 09:35

Des Male Tears

- He bébé, tu te rends pas compte, mais la place des hommes dans la société c’est quand même super difficile. - Yo mon frère, on va causer un peu.   Une terminologie qualifie ces plaintes et récriminations, terminologie inventée par les féministes anglo-saxonnes : « les male tears » (alors, même moi qui suis une quiche en anglais j’ai saisi le truc, je te fais donc grâce de la traduction). Quand un représentant du sexe masculin (je précise : un homme blanc cisgenre hétérosexuel de 30 à 60 ans, grosso modo) commence à dire qu’il souffre de la moindre place qui lui est accordée en tant qu’homme et que sa position est difficile, tu peux le regarder bien gentiment (n’agresse pas, même quand tu en as par-dessus la tête, ça sert à rien, sauf à t’épuiser) et lui asséner : « Male tears, mec » Parce que l’homme blanc cisgenre hétérosexuel de 30 à 60 ans est – même s’il ne l’a pas choisi – tout en haut de l’échelle de domination de notre société. Nombreux en sont conscients, mais beaucoup sont encore dans le déni ou trouvent cela insupportable, cette vérité, parce que cela les empêche d’être dans la plainte. Il y a 3 grandes catégories de plaintes. - injonction à la virilité : un homme doit se comporter…. « en homme ». On ne pleure pas, on est un battant, on a de l’ambition, on est courageux et fort, etc. - les difficultés professionnelles, dans un pays où l’hyper compétitivité ainsi qu’un certain immobilisme laissent énormément de gens sur le carreau de l’emploi, - les plaintes de l’ordre de la séduction ou de la sexualité, parce que « aujourd’hui ça devient très compliqué de séduire les femmes, elles sont trop exigeantes », la solitude, les frustrations sexuelles, etc.   Je vais être extrêmement claire : je n’ai jamais dit qu’être un homme c’est facile. Et je n’ai jamais nié ces difficultés. En revanche, ce qui est mis en balance, c’est qu’être une femme est encore plus difficile.   - L’injonction à la féminité. HUHUHUHUHUHUHUHUHU.Hem, pardon. C’est nerveux. - Les difficultés professionnelles. Dans un pays où le travail à temps partiel est celui des femmes, où le chômage des femmes est nettement supérieur à celui des hommes, où les salaires ont un écart de 15 à 20% à postes égaux, et où les hautes fonctions sont investies par les hommes à plus de 80%, je ne vais pas me lancer dans un cours : j’ose espérer que je n’aurai pas à subir de malhonnêteté intellectuelle de qui que ce soit. Parce que je ne crierai pas (voir plus haut), mais ça va me faire énormément fulminer. « Oui mais attends Marie, t’es bien gentille, mais comprends le souci : qui va garder les gosses ?! »… Parce que voilà, il y a ÇA aussi.   - La séduction et la sexualité. « Tu sais, si tu cherches un mec, dans une soirée, ou sur internet (ou n’importe où), toi en tant que femme tu auras bien plus de chances que moi (homme blanc, etc.) de pouvoir vivre une relation SEXUELLE ». Ok. Peut-être bien. Et encore ça reste à prouver, mais j’accepte le postulat (et après on dira que je ne fais pas d’effort…). Et alors ? Parce que clairement, je n’ai strictement rien contre le fait que l’on puisse chercher des partenaires de sexe pour et uniquement dans cette optique, mais encore faut-il que cela soit a minima de qualité…. Or dire : « Mets des photos de toi à poil sur le net et tu vas pécho grave », je vais être extrêmement claire sur le fait que cela intéresse finalement assez peu de femmes et souvent si tel est le cas, dans des contextes ou périodes spécifiques de leur vie (je répète « chacun fait ce qu’il lui plaît », je ne porterai jamais un quelconque jugement de valeur sur la sexualité de qui que ce soit, je m’en fous pour tout dire, je ne fais que rapporter des faits généraux). Mais pour trouver une relation – même si elle n’est basée que sur l’attrait sexuel – un tant soit peu intéressante (quel que soit le point de vue d’où l’on se place) les choses ne semblent pas plus simples pour les femmes que pour les hommes. Et je ne parle même pas des critères liés au physique, à l’âge, à la situation socio-professionnelle, etc. Nous aurions besoin d’un tableau excel. J’ai pas envie. Donc ok, je veux bien admettre que c’est plus simple de se faire choper à l’arrière d’une voiture pour une femme que pour un homme, si le désir nous en prend, mais comme ce n’est pas dans la très grande majorité ce qui est recherché par ces mêmes femmes, je ne peux le valider comme argument du « c’est plus simple pour vous ». Ah oui, une dernière chose sur ce point : arrêtez définitivement de nous parler de vos « pulsions ». Franchement, passé 14 ans, ce n’est plus entendable.   Ma vie est assez facile. Je suis une femme blanche de 40 ans, qui correspond à des critères sociétaux valorisés sur plein de points, j’ai un contexte familial d’ascendance et de descendance protecteur. Je suis assez haut dans l’échelle de domination sociétale (et dans ce cadre il me semble que le féminisme intersectionnel est une urgence absolue et je suis extrêmement admirative de celles qui s’y collent parce que ce chemin est bien plus ardu que le mien). Or je fais attention à ne pas faire de MGBV Tears face à des personnes bien plus dominées que je le suis ; et si cela se produit malgré-moi (puisque personne n’est exempt d’égocentrisme et de Caliméro style), d’écouter ce que l’on me dit. Pour y réfléchir. Tout simplement.   Alors Messieurs, s’il vous plaît, arrêtez de plaindre votre petit nombril en permanence, il se porte plutôt bien, et entendez un peu ce qui vous est dit. Ce sera déjà un énorme pas vers notre égalité.   Dessin : James

Le 16 janvier 2012 à 08:09

Mort d'une fée

Elle est morte un matin, sans bruit, avec la discrétion des personnes sans importance. Et pourtant, c’était ma voisine! Tous les matins, au réveil, je l’entendais remuer ses casseroles, faire chauffer son café. Dans le même temps, elle allumait la radio pour écouter les nouvelles sur RTL. Un aboiement un peu plaintif signalait le réveil de « Punaise », le vieux loulou de Poméranie que Josette aimait d’amour. Puis l’odeur de café frais envahissait la cour après que Josette ait ouvert sa fenêtre en grand et par tous les temps ! Pas frileuse la fille. Elle n’aurait jamais aussi froid qu’autrefois, quand elle fut une jeunesse envoyée par un petit moustachu dans un camp entouré de barbelés. Elle en était revenue tatouée pour la vie, durcie dans l’âme mais pas dans le cœur. C’est elle qui m’avait accueilli quand, jeune étudiant, j’avais loué la piaule en face de chez elle. Elle m’intimidait avec son ait bourru de petite vieille revêche. Quand elle avait su – par un copain cafeteur – que je ne mangeais pas à ma faim, elle m’avait invité chez elle pour partager sa soupe poireau pommes de terre. Et je n’avais pas osé refuser. La vieille revêche était une maman frustrée, une vieille fille sans enfant qui ne demandait qu’à déverser son trop plein d’amour maternel. La soupe était chaude, le loulou un peu agressif, mais les yeux de Josette étaient bleus comme le ciel de Provence. Josette est partie, le loulou que j’avais recueilli aussi mais il me reste sa petite radio et une photographie du temps de mes vingt ans, jeune con souriant serrant dans ses bras une fée aux yeux couleur d’azur.

Le 11 décembre 2011 à 08:47

Idées bien reçues

Un jeune de 18 à 24 ans sur quatre, environ, déclare qu'il voterait Marine Le Pen en 2012. Ça ne vous fait peut être pas rire, et pour cause : primo, c'est pas une blague et deuzio, elle est pas de moi. On le savait, que la peau pouvait être un problème pour certains adolescents. On voit même souvent des jeunes arborer à la joue, qui une framboise cramoisie, qui une chips jaune pâle, et c'est ridicule. Mais ça c'est plutôt les jeunes de la tranche en dessous, comprenez les 12-18 ans, ceux qui, pour peu qu'on les mette en lumière sont brillants, ne serait-ce qu'en surface et à grand renfort de sébum. Et bien il semblerait qu'ayant atteint leur majorité, ce soit avec la peau des autres que certains aient des problèmes. Et la droite de les racoler en disant tout haut ce que ces gens pensent de plus bas. Comparer le chiffre annuel de l'immigration à la population de Rennes, il fallait y penser. C'est un petit pas pour l'Homme, mais un pas de Guéant pour l'UMP. Cela dit, moi non plus je n'aime guère les Bretons. Le saviez-vous, les Roms roulent en Mercedes. C'est Hortefeux qui l'a dit. L'autre fois, j'en ai croisé un, de Roumain, à un feu rouge. Je lui ai demandé pourquoi ils roulaient dans ces voitures de ministres. Il m'a répondu que c'était parce que c'étaient les meilleures, tout simplement. Ce sont les seules voitures qu'on peut pousser à plus d'un million de km au compteur. D'ailleurs, il était justement en train de la pousser.

Le 16 octobre 2014 à 14:39

A plus d'un titre

Clémentine Mélois aime les livres et son histoire d'amour avec eux franchit une nouvelle étape : elle en publie un ! Ses petits bijoux d'humour et d'esprit, couvertures détournées, pieds de nez érudits et facétieux, ont déjà fait un tabac sur la Toile, et vous avez pu en découvrir quelques uns ici-même. Clémentine Mélois aime la culture, ou la Culture, comme vous préférez, la Culture majuscule, la sous-culture, la pop culture, toutes les cultures au sens même du végétal, ce qui grandit, se développe, croît et offre ses fleurs à qui veut bien les recevoir. Clémentine Mélois sait recevoir, justement, et elle accueille à la table (des matières) de son livre tous les auteurs qu'elle aime. Elle reçoit sans chichis mais avec une grande délicatesse les écrivains les plus académiques, les plus classiques et leur propose de partager un moment avec ses autres héros, ceux de la culture populaire, de la variétoche ou des nanars cinématographiques. Clémentine Mélois n'aime pas les chapelles et elle aime tellement ses amis qu'elle se dit que même s'ils ne sont pas du « même monde », il n'y aucune raison que François Valéry ne puisse pas s'entendre avec Paul Valéry, aucune raison que Rambo et Rimbaud ne se trouvent pas des points communs autour d'un verre. Un Fernet-Branca par exemple. Avec ses Cent titres, Clémentine Mélois nous redonne des envies de livres, d'encre, d'odeur et de grain de papier. Et ça tombe bien parce que son livre est vraiment un livre. Généreux et drôle, cultivé et potache, ludique et réjouissant. Un livre qui lui ressemble. Et nous, on l'aime. A plus d'un titre.   Clémentine Mélois, Cent titres, Grasset, parution le 22 octobre, préface de Jacques Roubaud, 224 pages, 10 € Du 24 Octobre à la fin novembre, venez découvrir l'exposition Clémentine Mélois à la librairie le Rond-Point des Livres. Rendez-vous le 24 à partir de 19h pour un vernissage pas comme les autres !    

Le 28 juillet 2015 à 17:25

Lettre à Afifé Jalé, première comédienne musulmane

Chère Afife, Vous êtes née en 1902 à Constantinople dans une drôle d'époque. L'Empire ottoman se décomposait, les rues se remplissaient de plus en plus de sans-logis, incendies et maladies ravageaient la ville. Mais, comme toujours, il y avait des gens assez fous pour faire du théâtre dans cette atmosphère chaotique. Depuis peu, les chrétiennes pouvaient faire leur apparition dans les rôles féminins, jusque-là tenus par des hommes, alors qu'il était encore impensable pour une femme musulmane d'y songer. Et vous, chère Afife, vous avez été têtue. Dès que vous avez eu dix-huit ans, vous avez pris des cours, assisté à toutes les répétitions d'une troupe istanbuliote dans l'espoir de monter sur scène, puis, comme dans un conte de fées, un soir de 1920 une actrice arménienne s'est absentée et vous avez réussi à convaincre tout le monde que vous pourriez prendre sa place le temps d'une représentation. Bien sûr, la police a fait une descente à la fin du spectacle, mais vous avez recommencé. La course folle pour fuir les agents de police a continué pendant des mois, on vous a harcelée. Le ministère de l'Intérieur a pris un décret pour vous décourager. Vous avez fugué par les coulisses de nombreuses fois, vous avez été emprisonnée, insultée, traitée de prostituée, vous avez séjourné dans des hôpitaux psychiatriques, votre famille vous a mise à la porte, vous avez changé de nom, de troupe, de ville, vous avez connu la misère, la maladie, la dépendance, mais vous n'avez jamais renoncé à votre amour du théâtre. Chère Afife, vous seriez affligée de voir qu'un siècle plus tard les mêmes esprits barbares essaient d'effacer le corps de la femme de l'espace public, et ce non seulement à Istanbul, mais partout dans le monde. C'est pourquoi il était urgent de parler de vous lors de l'un des plus grands festivals de théâtre au monde, que vous auriez certainement adoré. Merci d'avoir montré la voie, Afife Jale.

Le 25 mars 2012 à 10:23

« Hollande est nul ! Il est nul tu comprends ? Royal on peut en dire ce qu'on veut, mais elle avait du charisme. Bien sûr tu gardes ça pour toi. »

Nicolas Sarkozy, M, le magazine du Monde, 24 mars 2012

En route vers un  second tour : « Le Nul » contre « Le Sale Mec ». Quand le Président-candidat « prend par la main » le reporter Philippe Ridet, il a évidemment une idée derrière la tête. Distiller par le canal d’un « off » destiné à être branché de suite sur le mode « on », une dose du venin susceptible de paralyser l’adversaire. En la circonstance, l’opposer  à l’ancienne qui se voit décerner un brevet de « charisme », alors que les membres du « Sarko Tour 2007 »  murmuraient à l’oreille des journalistes, que la « Nulle » c’était elle. Philippe Ridet, aurait pris le « Sarko Tour 2012 »  à une étape précédente,  c’était Martine Aubry qui était regrettée, car elle au moins avait des « convictions ».   Dans la série  « casser »  l’ Autre, que faire de mieux ( ou pire) ?  Plus que nul, il y a bien archi-nul, mais ça fait redondance, alors que le « sale mec » lancé naguère par François Hollande sans avoir l’air d’y toucher, a des applications multiples.  Est-ce pourquoi les Sarkozystes ont surréagi au « sale mec » quand les Hollandais ont opposé un silence remarqué au « nul » propagé par le Monde ?  François Hollande  a  juste ironisé  : « ça se rapporte toujours à celui qui l’emploie. » C’est que, pour l’heure,  il semble y avoir une majorité de l’opinion pour penser que le risque qu’un « nul » l’emporte est moindre que celui d’un « sale mec » qui rempile.

Le 6 décembre 2012 à 09:05

L'Internationale du poil à gratter

Les cracks méconnus du rire de résistance

En guise de prélude, rendons hommage à l'ex-premier violon du Café de la cloche de la rue Custine, Henri Massier, dit Henri Grégeois, un chansonnier d'actualité du Conservatoire de Montmartre qui devint peu à peu à la Belle Époque le cauchemar des huissiers de justice. Le bibliothécaire Michel Herbert nous explique pourquoi : « Un jour, notamment, pour mystifier un officier ministériel venu le saisir, il avait remplacé les meubles énumérés sur l'acte de saisie par des meubles de poupée. Ne pouvant instrumenter, le fâcheux n'avait même pas pu sauver la face en se retirant dignement car ses chaussures étaient collées au sol sur lequel Grégeois avait si insidieusement répandu de la glu. » Je recueille depuis un demi-siècle des coupures de presse et des témoignages épicés sur les guérilleros de la farce-attrape de la trempe d'Henri Grégeois. Voici un petit florilège des mauvais tours culottés joués dans les seventies (un bon cru !) à des incarnations remarquables du vieux monde rigoriste.   Contre le théâtre traditionnel Octobre 1971. Dans un théâtre montréalais où l'on joue En attendant Godot de Samuel Beckett, le rideau se baisse dix minutes après le début du spectacle lorsque Godot arrive réellement avec ses tartines et un litron de rouge. Mars 1972, Bruxelles. À l'affiche du Palais des Beaux-Arts, La Ville dont le prince est un enfant d'Henry de Montherlant, interprété par le Théâtre du Rideau. Sur scène, un curé confesse un lycéen dans une chambrette lorsque le futur écrivain rebelle Anatole Atlas frappe à la porte. « Entrez », répond idiotement l'ecclésiastique. Le jeune intrus s'exécute et s'écrie : « M'sieur ! M'sieur ! Le proviseur est à l'agonie. Il demande que vous veniez lui faire une dernière branlette. »   Contre le cinéma péteux Avril 1970, Londres. Le metteur en scène luxembourgeois André Turdulle invite dans une salle privée de 150 places de nombreuses personnalités à la première de son court métrage burlesque L'Arroseur arrosé 1970 qui doit être suivi d'une réception. À l'instant le plus attendu du film, lorsque l'arroseur est arrosé par son propre tuyau, Turdulle, qui a bien mijoté son coup, fait passer un authentique jet d'eau à travers un orifice percé dans l'écran et arrose perfidement la distinguée assemblée.   Contre l'État nixonien 1971, USA. Le secrétaire américain à la Défense, Melvin R. Laird, number one de l'espionnage, est à son tour espionné vingt-quatre heures sur vingt-quatre par de jeunes yippies attifés à la Dick Tracy. Il en perd bientôt le sommeil et l'appétit, avoue-t-il.   Contre le stalinisme Août 1969, Liège. Un tract du parti communiste belge ressemblant à s'y méprendre dans sa facture et dans son langage aux communiqués précédents de l'organisation politique est distribué au petit matin à la sortie des grandes usines de Seraing-la-rouge. Applaudissant l'invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, qui vient d'avoir lieu, il invite les travailleurs à un meeting de soutien aux forces d'intervention russes devant le local du parti. Le soir-même, de violentes bagarres éclatent sur le quai de la Batte entre ouvriers indignés et militants communistes complètement dépassés. Malgré que ses volets soient clos, le quartier général du PC est mis à mal.   Contre le fisc Septembre 1969, Paris. En l'espace d'une semaine, deux polyvalents retrouvent leurs belles voitures là où ils les ont parquées, certes, mais… emballées en pièces détachées dans un gros paquet.   Contre le syndicalisme félon Octobre 1979, banlieue de Londres. Surprise vespérale pour M. Frank Mannering, délégué syndical. À peine a-t-il pénétré dans son living room qu'il se retrouve dans les WC. Affolé, il court dans la pièce voisine, un petit salon. Las, c'est encore dans un WC qu'il aboutit. Livide, il veut se retrancher dans la cuisine. Mais c'est toujours dans un WC qu'il débouche. À moitié anéanti, il court jusqu'à sa chambre, ou plutôt son ex-chambre car elle s'est transformée elle aussi en WC. M. Mannering cherche alors à appeler à l'aide mais en lieu et place du téléphone, il ne déniche qu'une chasse d'eau. Scotland Yard découvrira bientôt le pot aux roses. Pour sanctionner sa collusion avec le patronat, des dockers en colère ont profité du fait que la maison du délégué syndical était isolée pour la vider complètement en chargeant ses meubles dans des camions et pour agencer dans les pièces vides des cabinets désaffectés.   Contre les banques 1971, France. Les auteurs de la plaquette clandestine La Guérilla pour tous stencilée et brochée dans un secrétariat de faculté sur du papier chapardé m'ont assuré avoir expérimenté eux-mêmes chacune des suggestions friponnes de la brochure. À commencer par celle-ci : « Une récente affaire (cambriolage en douceur de la banque Rothschild) nous a rappelé que personne d'autre que son titulaire (même un flic) n'a le droit d'ouvrir un coffre en banque. Louez-en donc un sous un faux nom et mettez-y un reste de poisson. Laissez fermenter le tout. L'odeur qui s'en dégage petit à petit oblige normalement la banque à fermer ses portes. À la place du poisson, on peut mettre du fromage. »

Le 8 mars 2011 à 12:35

Françoise G., par Laure A.

Une biographie tout en nuances d'une journaliste par une journaliste

« La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignera une femme incompétente ». Françoise GiroudQuand on est femme et qu'on exerce le métier de journaliste (au passage, un journaliste sur deux est une femme en France, c'est bon à rappeler en ce 8 mars), Françoise Giroud, forcément, est une icône. Laure Adler est femme et journaliste, et après avoir raconté les vies de Marguerite Duras, Hannah Arendt et Simone Veil, elle nous en dit davantage sur cette autre femme d'exception, qui a commencé comme scripte au cinéma, a participé à la naissance du magazine Elle, a créé L'Express avec Jean-Jacques Servan-Schreiber, est devenue secrétaire d'état dans le gouvernement Giscard, a écrit de nombreux livres, dont autant de best-sellers et… a pas mal de zones d'ombre.Car Laure Adler pourrait n'être qu'admirative de ce parcours sans faute, mais elle tente de garder la distance nécessaire à un bon biographe. Son livre s'intitule simplement Françoise. Elle n'a gardé que le prénom de l'icône, qu'elle nous présente avec ses forces et aussi avec ses faiblesses : Françoise qui a aimé passionnément un homme, celui pour qui elle est presque morte, celui avec qui elle a enfanté l'Express. Quand Giroud se battait, pour les femmes, pour l'indépendance de l'Algérie, pour Mendès France, Françoise soupirait pour l'ambitieux JJSS. On disait Giroud dure, elle l'était, parce qu'elle s'était sortie de sa condition, et qu'elle ne voulait pas y retourner. On la disait parfois méchante, on a du mal à le croire. Mais Françoise, pendant ce temps, était femme, femme aimante, femme souffrante. Giroud a renié ses racines juives au point de les oublier, Françoise, bien des décennies plus tard, les a retrouvées, par amour pour son petit-fils (devenu grand rabbin). Si la femme publique se tenait droite, et parfois raide, c'était pour empêcher la femme secrète de vaciller, puis de tomber. Ce qu'elle a fait, et elle ne s'est jamais vraiment relevée. On a tous en mémoire l'image d'une Françoise Giroud froide, élégante, brillante ; le livre de Laure Adler, qui est un succès de librairie, nous la montre humaine, sensible, fragile. Et on est bien triste, à la fin, de la quitter.

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