Boulevard Magenta, 7e étage, 9m² mansardés jusqu’à la raie, pas de
douche, robinet d’eau froide et chiottes sur le palier, 400 euros par mois. Si
le soleil ne tape pas trop fort, jette un coup d’œil tout là-haut, dans
l’arrondi de la toiture en taule, derrière chaque vasistas se planque un type
en manque de tout. Toute la journée, il guette, sa petite radio à piles posée
sur les genoux, il écoute les Grosses Têtes, les infos 15 fois par jour, il
attend, il renifle, il tousse, il se marre, il dit merde, il roule sur son
matelas, en écrase deux bonnes heures. Quant t’es pauvre, y’a pas grand-chose à
branler, surtout à Paris. Marcher, s’asseoir sur un banc, lire deux, trois
feuilles d’un journal, se rentrer, bouffer un cassoulet, descendre 3 litre d’un
rouge dégueulasse, et basta. Tous les jours comme ça. Jusqu’à plus soif. Et
rien en vue. Jamais.
On était vendredi soir, mon voisin avait recouvert de
merde les murs presque blancs des chiottes du palier, et la femme de ménage ne
serait pas là avant mardi.
J’ai cogné à sa porte.
Il a ouvert en ticheurte calbute douteux.
Il était raide. – Qu’est-ce tu me veux ? il a dit. – Pourquoi t’as fait ça ? j’ai demandé. – Pourquoi j’ai fait quoi ? il a dit. – Les chiottes, j’ai dit. – Si t’es pas content, c’est le même prix.
Il m’a claqué la lourde à la gueule.
Je suis retourné dans ma piaule en maudissant cet
enfant de salaud. 30 ans qu’il vivait là, qu’il faisait la manche devant
l’église de la gare de l’Est, ça lui donnait un certain pouvoir, quelques
droits. J’ai ouvert une boutanche, me suis versé un verre, allumé une tige, et
j’ai commencé à taper un poème à la machine à écrire histoire de passer le
temps. Le temps d’être complètement raide. Le temps que tous les souvenirs bien
vaseux me remontent à la surface, d’enclencher la radio.
Et de chialer sur des musiques bien niaises.