La vie sous les tropiques
Carte postale du Mexique
Quand on voyage, on apprécie l’exotisme, et puis, après
quelques mois passés sous les tropiques, il y a des choses qui nous
agacent ; la nonchalance des commerçants qui préfèrent dire qu’ils sont en
rupture de stock plutôt que d’aller vérifier dans l’entrepôt, la corruption
endémique à laquelle participent les policiers en faction qui rackettent les
automobilistes, l’anarchie qui règne sur les routes où personne ne respecte la
moindre règle, tous ces petits détails qui pourrissent la vie.
Et puis, après quelques mois, ou même quelques années sur
place, on sait d’où viennent tous ces problèmes. Les employés sont
systématiquement licenciés tous les six mois, comme ça leurs patrons ne leur
versent aucune indemnité. Les policiers ne sont pas payés, et doivent s’acheter
leurs uniformes. Quant au permis de conduire, ce n’est qu’une formalité
administrative qui coûte environ vingt euros, moins si on a envie de marchander.
Alors, quand je suis énervé, je repense à ce pays dont je
viens et dans lequel il faut passer par les grandes écoles pour faire carrière,
où il est impossible de louer un appartement si l’on ne gagne pas trois fois de
quoi payer le loyer, et où les politiciens peuvent se faire prendre la
main dans le pot de confiture et continuer à s’indigner qu’on ne respecte pas
leur présomption d’innocence.
Et je me dis que je ne suis pas si mal que ça sous les
tropiques.