John-Harvey Marwanny
Publié le 17/02/2015

Les bons conseils #5


Inventeur du concept de développement personnel sans douleur, spécialiste du bien-être pour tous, coach particulier des stars et capitaine d’industrie, John-Harvey Marwanny vous propose tout simplement d’accéder à l’épanouissement individuel le plus absolu.
 

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Le 17 décembre 2015 à 08:24

Nous irons à Valparaiso

« C'est ton téléphone qui vibre, ou ton pacemaker qui est content de me voir ? » - la Ville Lumière avait su me guider vers un de ces sous-bois romantiques dont elle avait le secret. La dame posée sur mes genoux depuis quelques secondes trouvait les mots pour me remonter le moral. Elle me proposa un verre de champagne tiède, j'y vis un rituel d'accueil. Elle mit sa langue dans mon larynx, la précision anatomique vous surprend, mais moins que moi. « Je suis amoureuse », ajouta-t-elle sitôt ressortie, « il va faire de moi sa chose, voilà ce que je me suis dit quand tu as passé le rideau en lamelles plastiques de l'entrée ». J'étais au Cagibi, un bar de quartier conseillé par le gardien de nuit de l'Hôtel Le Clin d'œil où j'était descendu au hasard. « Ne demandez pas à voir Gigi », avait-il précisé, « ce n'est pas la peine ». Il devait tenir d'une grand-tante médium, parce que précisément Gigi était là, à califourchon sur mon Levi Strauss, une nouvelle bouteille pétillante dans la main – mais où était passée la première ? « Et de trois ! », s'exclama Gigi en la brandissant. Les mathématiques n'étaient pas son truc, la pauvre chérie. Je t'apprendrai l'algèbre, je serai ta chance, pensais-je. Je n'arrivais pas à savoir qui de Moët ou Chandon avait ce pouvoir euphorisant. Dehors, il faisait sombre. Nuit battante, les basses à fond sortant de tous les orifices de la rue. Les néons violets, orange, verts semblaient clignoter sur ce rythme infernal. Des gens entraient sans arrêt, et disparaissaient à l'étage d'où il ne redescendaient jamais. Gigi : « Qu'est-ce qu'on fait mon gros loup ? On se marie tout de suite ? Dis-moi oui dis-moi oui dis-moi oui ! ». Je regardai ma montre : disparue. « Et en plus je suis prestidigitatrice », souria-t-elle. Je repris du champ' éventé, je demandais qu'on y glisse des glaçons, et même là, dans le plus craspec des établissements, ça choquait. J'insistai auprès de la moustache qui servait derrière le bar, et je descendis tranquillement la bouteille. Et encore. Et encore. Le rimmel s'affaissait, Gigi se fatiguait à jouer à Gigi. Elle reposait sa tête sur ses bras croisés, sur le comptoir gras de cacahuètes. Je saisis ma dernière chance. La piquette à bulles me donnait de l'élan, je montai sur le zinc. « Gigi, ma Gigi », lui hurlai-je. Elle sursauta. « Viens, je t'emmène ! On prend l'air, définitivement ». Moustache saisit un objet long sous son évier. Gigi me faisait des signes, et les grands yeux. Mais je sentais bien qu'elle attendait la suite, même quand elle a dit : « Quel crétin, çui-là, je l'ai tout suite senti ». Alors j'ai repris : « Gigi, ma Gigi, demain matin ! Aux aurores, premier vol pour Valparaiso ! Ça sonne, non, Valparaiso ? Ça sent meilleur que le Cagibi ? On refait notre vie, amor des mis amores ! ». J'avais entendu ça dans une vieille chanson... Pan.   Oui, ça a fait pan. Ou pouf. Un bruit mi-dur mi-mou, qui a éteint la lumière. Quand celle-ci est revenue, elle était si vive qu'elle entrait en résonance avec le battement de mon sang dans ma boîte crânienne. Les yeux mi-clos, je pris conscience que j'étais allongé sur un trottoir, en plein jour. Je constatai que mes poches étaient vides. J'en sortis seulement un bout de papier froissé, sur lequel je lus : « Billet pour Valparaiso. Aller simple. Gros bisous. G. »

Le 12 novembre 2011 à 06:26
Le 11 octobre 2012 à 11:26
Le 2 juillet 2013 à 09:45

Un néo-nazi essaie difficilement de cacher à ses camarades sa passion pour le cachemire

Appartenir à un groupe, à une communauté, n’est parfois pas aisé. Et Thierry (le prénom a été modifié) en sait quelque chose. Depuis plusieurs années déjà, il fait partie d’un groupuscule néo-nazi. Il est fier d’y appartenir et se sent en adéquation avec les idées de ses camarades. Mais depuis la mi-janvier, l’activiste d’extrême droite vit une véritable déchirure tant psychologique que morale puisqu’il livre en secret un véritable culte au cachemire, textile doux s’il en est. « Les autres ne comprendraient pas » C’est dans un hôtel à 30 kilomètres d’où il vit que Pascal (son prénom a été de nouveau changé) a décidé de nous recevoir. Aujourd’hui il se dit rongé par la culpabilité. Celle de vouer une passion au cachemire qu’il ne peut exprimer au grand jour, sous peine de représailles de ses camarades néo-nazis : « Si jamais ils venaient à découvrir cet aspect de ma vie, je serais tout simplement un homme mort. Porter du cachemire ou même simplement aimer ça est totalement mal vu chez nous. Si je ramenais un pull de ce type à l’une de nos réunions, je pense qu’ils me traiteraient tout de suite de tous les noms avant de me lyncher. » Et pourtant, cette attirance pour ce doux textile ne l’empêche pas pour autant de rester un raciste convaincu : « Ce goût qui est le mien n’entrave en rien mes idées. Je pense toujours que la race blanche est destinée à diriger le monde car nous sommes de loin supérieurs. Je veux dire : j’aime le cachemire mais je suis un nazi ! Si seulement mes amis pouvaient comprendre ça… » Antoine Roche est sociologue spécialisé dans la recherche sur ces groupes identitaires se revendiquant du nazisme. Il a notamment travaillé sur l’importance du code vestimentaire dans ce milieu et pour lui, le dilemme de Thierry est tout à fait logique : « Les mouvements néo-nazi ont historiquement une aversion pour les matières douces comme le cachemire. Ils se dirigent plutôt vers des vêtements comme des pantalons de treillis en coton lourd ou des bombers  100% Polyester. On est donc très loin des caractéristiques physiques du cachemire ou même de la laine. » Le cachemire est donc implicitement banni de toutes les organisations extrémistes de ce genre comme le souligne Antoine Roche : « Ce type de textile qui revêt une douceur incontestable est très vite assimilé chez ce type d’individus à l’idée d’absence de virilité, de radicalité. Les néo-nazis ont cette représentation sociale très forte qui est qu’un « bon » membre de leur communauté doit exprimer une certaine forme de dureté. Dureté dans les idées, dureté dans les actions mais aussi dureté dans les vêtements. Tout agent du groupe social qui enfreint cette loi se voit instantanément stigmatisé. » Des camarades en colère Contactés par la Rédaction, les amis néo-nazis de Pascal se disent « abasourdis par une telle révélation » en apprenant sa passion pour le cachemire. Et chez eux, la colère semble proportionnelle au sentiment de trahison : « Écoutez, on ignorait tout ça jusqu’à aujourd’hui. Je crois que pour l’instant on va réfléchir à une sanction mais je peux d’ores et déjà vous garantir que ça risque de très mal se passer pour lui. » Le Gorafi Photo :iStock  

Le 16 mai 2011 à 12:00

Pirate 2.0

Nous savons enfin qui est La Régie, mais nous n'avons pas encore trouvé le moyen de l'empêcher de nuire.

Il aura été pendant longtemps le chroniqueur le plus mystérieux de ventscontraires.net. « Il » ou « elle » ? Son nom de chroniqueur, c’est « La Régie ». Qui frappe fort et juste. La Régie qui ne respecte rien ni personne, qui transgresse les tabous, qui dézingue les marques, bref, La Régie ne pouvait être qu’un ou des affreux jojo(s). Et pourtant, à l’en croire, « c’est une organisation unipersonnelle ». Son idée était d’ « d’infiltrer la rédaction de ventscontraires.net pour “promouvoir” les intérêts des grandes marques et du monde financier. Aujourd’hui, ajoute le chroniqueur masqué, on peut tout dire (ou presque) d’un président ou d’un pape, mais attaquer de front une marque en utilisant son logo, son univers visuel, etc., c’est bien plus subversif. C’est même illégal. » La Régie est aussi au-dessus des lois. D’ailleurs, grâce à une enquête approfondie, on a appris que La Régie envoyait ses missiles graphiques depuis le port de Sète. Il (elle, eux ?) avait donc décidément tous les attributs du pirate. Un pirate 2.0, qui, baignant dans la masse des informations comme dans celle de la publicité, a choisi de « marketer l’actu. » Exemple, son acide vision du handicap : « C’est un peu triste à dire, mais je fonctionne sur le mode du règlement de compte. Ma mère me demande si j’ai fait ma promesse de don au Téléthon, et hop, une forte envie me vient d’être méchant avec les handicapés. » Méchant, oui, c’est son principal trait de caractère, et c’est aussi pour ça qu’on l’aime, à ventscontraires.net. Mais ne nous y trompons pas, même les plus purs sont corrompus, et si La Régie est si à l’aise avec l’outil graphique, c’est parce que c’est son métier : « Je suis graphiste et je gagne bien mieux ma vie en servant les marques qu’en les flinguant ! Dommage… » Même s’il considère que « la discrétion est de mise pour une bonne infiltration », nous avons fini par le démasquer. « Le », oui, car « La » Régie est un homme, il s’appelle Nicolas Ripoll et c’est le responsable de la maquette de ventscontraires.net, nous venons de l’apprendre. La discrétion, en effet, est de mise pour une bonne infiltration. Nous l’avons vu apparaître dans un tourbillon sur la Piste d’Envol, Jean-Daniel Magnin et moi-même en étions tout décoiffés (ce qui est, pour Jean-Daniel, notez un exploit).

Le 18 mai 2011 à 08:50

Lettre à Lisa Bresner

Paris, le 11 mai 2011

Dans mon rêve cette nuit je vous voyais Lisa, resplendissante en robe du soir rouge de Chine. Vous montiez les marches à Cannes, tenant la main d'un jeune garçon en smoking, votre fils. Vous veniez présenter votre premier long métrage, en lice pour la palme d'or 2011. Vous aviez tenu tête à vos producteurs et distributeurs en imposant sur l'affiche, le titre du film en mandarin ! La jeune actrice qui incarnait à l'écran votre Lucette-Lulu-Lu-Lully-Lili de treize à dix-huit ans, cachait son joli minois derrière un éventail promotionnel décoré des fameux sept idéogrammes dont la signification allait être révélée au moment du générique.C'était un joli rêve. Vous ne monterez jamais les marches à Cannes, Lisa.C'est ce diable de Nabe qui m'a appris dans une seule ligne, à la fois, votre existence, et votre disparition volontaire et tragique à l'été 2007.Alors j'ai lu vos livres, enfin pas tous, pas encore. Il y en a beaucoup. J'ai lu quatre romans, un essai, une nouvelle, un livre pour enfants. Vous m’avez intriguée, étonnée. Je vous ai regardée, écoutée, admirée, aimée. Malgré votre jeunesse à jamais, vous laissez une œuvre singulière et magnifique, cohérente, comme achevée et ouverte à la fois.Vous avez trente ans ou à peine plus lorsque vous écrivez Pékin est mon jardin. C’est justement celui-là que vous avez écrit au Japon, non ? A Kyoto ? Décidément c’est un peu comme au collège quand vous récitiez des poèmes au cours de gym, et transcriviez un morceau pour flûte pendant un devoir sur table de français.Ce roman publié en 2003 chez Actes Sud est un tour de force poignant par lequel vous transformez l'histoire banale mais terrible d'une toute jeune fille trop sensible abandonnée par son papa, en fantaisie asiatique cruelle, en conte pour adultes, farfelu et poétique, à l'exact opposé de la mièvrerie pleurnicharde. Et pourtant...Dans un entretien radiophonique, vous avez raconté votre vrai premier voyage à Pékin. Vous aviez dix-huit ans, Lisa, tout comme votre héroïne de Pékin est mon jardin lorsqu'elle s'envole pour la Chine à la fin du roman. Vous disiez au journaliste la longue attente de ce moment-là, votre impatience, les efforts pour vous y préparer le plus sérieusement possible, et puis à peine arrivée là-bas, la catastrophe : on vous annonce la mort de votre père à Paris, dans des circonstances dramatiques. Votre retour, une enquête pénible et sans résultats. On ne retrouvera jamais les meurtriers. Dans Pékin, il y a la disparition volontaire d'un père, des énigmes à résoudre, un prince charmant chinois, une clef à trouver pour ouvrir un coffre à secrets, une éducation sentimentale et sexuelle surprenante avec pour décor l'arrière-cour d'une boutique de chinoiseries dans le treizième arrondissement de Paris. Il y a des rires, des fous-rire, et des larmes. Il y a une professeur de français pas comme les autres (Jeanne H. à qui vous dédiez votre livre), et une maman aimante et très attentionnée à sa manière. Mais il y a aussi, dans le livre et peut-être dans la vie, la chute mortelle d'un garçon aimé depuis un balcon voisin, la précocité, l’anorexie mentale, l’attirance pour le vide, le besoin d’écrire pour vivre.Lisa, pardon pour cette lettre indiscrète. On est indiscret quand on prétend vouloir comprendre l’incompréhensible.A vous relire, toujours, chère Lisa

Le 1 avril 2011 à 09:52

Almanach

La Poste m'énerve

Les pompiers, les instituteurs, les militaires, les éboueurs, les infirmières… autant de personnes qui me sont chères, depuis que je suis contribuable.   S’il est une personne pour qui j’éprouve un tant soit peu de respect et de reconnaissance, il s’agit bien de mon facteur. Voilà quelqu’un qui, si soucieux de ma tranquillité et de mon aversion à l’égard de toute visite inopinée, prend si souvent la peine de remplir un avis de passage plutôt que de sonner chez moi.   Je le revois encore, un soir d’hiver dernier, prostré devant ma porte d’entrée où paraissait sur son passage une longue trainée de fange neigeuse sur le parquet vitrifié de mon nobiliaire palier et lui, là, ce grand échalas, posté devant moi en compagnie de ses petits chiens, ses petits chats et ses petites fleurs…   Si le seul moyen de ne pas fermer la porte au nez d’un préposé reste encore de ne pas la lui ouvrir, alors de toute évidence on eût pu dire que j’étais coincé, pour ne pas dire bien emmerdé. Contre mauvaise fortune bon cœur, je lui fis don de quelque peu en échange d’un calendrier miséreux.   Qu’on se le dise, l’almanach des PTT est à l’ère du temps ce que les images sont à Epinal et les gendarmes à Saint-Tropez : une vision emphatique, figée et surannée, dont le cadre champêtre ou animalier ne fait que tapisser l’intérieur triste et bucolique de tant de personnes âgées noyées par la solitude de journées éplorées.   Plus encore que les chemises, je hais ces calendriers cartonnés !   A quand la sédition du peuple contre le conservatisme primaire et l’anti-progressisme notoire anoblis par la Poste ?   A quand  la fin de l’obscurantisme secondaire et de cette propagande sans fin vouée à tous les saints ?   A quand, chez ces hommes de lettres, l’abolition du port de la casquette et de la besace en bandoulière ?   A quand un facteur avec suffisamment de rage et assez de courage pour oser sonner à nos portes plutôt que laisser lettre morte ?   Honni soit le postier et ses infâmes calendriers, vade retro La Poste avec tes fêtes et tous tes jours fériés !

Le 27 novembre 2010 à 09:38

Petite résistance ordinaire

Il se servit un autre café. Il savait pourtant que cela n’arrangerait rien. La peur avait pris totale possession de son être et les tremblements qui l’agitaient ne se contrôlaient qu’au prix d’une crispation épuisante. Ses mains moites gouttaient sur le sol et l’encre du message qu’elles tenaient se diluait, rendant le texte illisible et donnant au papier l’aspect sale et torchonneux d’un vieux brouillon à jeter. Il aggravait son cas. Qu’importe ! Il écarta toutes les cogitations résultant de cette auto-observation. Spectacle navrant. Fermons les yeux ! Il n’arrivait cependant pas à évacuer la douleur, douleur sourde et multiforme qui semblait, elle-même, se moquer de lui. Elle grignotait son cerveau, par petits morceaux mais en prenant soin de frapper en tous points, plantant ses dents acérées dans la gélatine flasque. Elle grignotait ses boyaux, entremêlant toute sa tripaille, faisant des nœuds et des boucles avec. Elle grignotait ses articulations, en essayant de les scier comme avec une grande scie qui grince en râpant l’os. De guerre lasse, il desserra à nouveau son esprit qui se remit à errer dans les sombres territoires de l’angoisse. Il envisageait les conséquences possibles de l’acte qu’il allait commettre : le ridicule et la raillerie, le bannissement et la déchéance, la vengeance et la persécution. Il imaginait sa chef esquissant un petit sourire cruel après qu’il ait bu un café par elle servi : « Vous venez d’avaler une dose mortelle de poison, mon cher ». Quand soudain la porte s’ouvrit. – Que me voulez-vous ? dragonna-t-elle. – Juste vous dire que votre décision de virer Alain est totalement injuste et injustifiée…

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