Thomas Vinau
Publié le 08/01/2015

Lune grosse comme le coeur


Lune grosse comme le coeur
qui ne veut pas quitter le jour
ce matin il faisait plus froid non
et on s'est tous réveillé gueule rougie
des chiots à la truffe écrasée
dans la merde gelée des hommes
mais l'amour est plus coriace qu'une dent
(demande à un sourire)
et l'ombre des oiseaux dessine des doigts d'honneur

Né en 1978. Habite dans le sud avec sa petite famille. S'intéresse aux choses sans importance et aux trucs qui ne poussent pas droit. Est un etc-iste et un brautiganiste. Se prend parfois pour le fils de Bob Marley et de Luke la main froide. S'assoit sur le canapé. Se reprend. Décapsule. Ecrit des textes courts et des livres petits.
etc-iste.blogspot.com 

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Le 29 avril 2015 à 10:13

Willem est grand !

Famine en Afrique, terrorisme, naufrages de migrants en méditerranée, montée du FN, crise de la zone euro, conflit israëlo-palestinien, chômage, faits divers sordides, djihadisme, guerre en Syrie, obscurantisme religieux, attentats contre Charlie Hebdo... Avouez qu'une telle liste a tout pour vous donner envie de vous exiler sur une autre planète voire de vérifier par vous-même le bon fonctionnement de votre gazinière en y plongeant la tête. Tous ces drames qui ponctuent nos journaux télévisés et hantent nos cauchemars ne nous incitent guère à nous fendre la poire. Pourtant un homme réussit l'exploit d'aborder ces sujets tout en nous redonnant un peu de ce sourire qui nous a tellement manqué ces derniers mois, depuis que des crétins surarmés ont décidé de venger une hypothèse en assassinant des symboles. Et c'est homme c'est Willem. Ces dessinateurs, Willem les a côtoyés pendant de longues années au sein de la rédaction de Charlie Hebdo et s'il ne fait partie de la liste des victimes, il ne le doit qu'à son peu de goût pour les conférences de rédaction. Contre cette chape de tristesse qui s'est abattue sur nous le 7 janvier, il se lève pour scander un tonitruant « même pas mort », un geste de vie avec ce Willem Akbar qu'il publie chez les Requins Marteaux. Près de 100 dessins initialement publiés dans Libération et dans Charlie, comme autant de refus de se taire face à toutes les tragédies du monde. La justesse et la sincérité de son propos, sa sensibilité et l'acuité de son trait font de ce livre une œuvre aussi puissante qu'élégante, pleine de poésie et de lucidité. Quand beaucoup d'entre nous détournent la tête pour préserver la sérénité de leur sommeil, Willem ouvre grands ses yeux sur la planète et ne baisse pas le regard face aux atrocités du quotidien. Et si ce livre réunit tous les malheurs du monde ce n'est pas jamais par goût de la noirceur ou du cynisme : Willem ne fait que rendre ses coups à cette saloperie ambiante qui tente de nous faire abdiquer. Willem est un puncher et il frappe fort. Sans concessions, sans jamais baisser la garde. Jusqu'à la victoire, toujours !  

Le 19 janvier 2015 à 10:31
Le 12 janvier 2015 à 15:19
Le 11 janvier 2015 à 09:33
Le 18 mai 2011 à 08:50

Lettre à Lisa Bresner

Paris, le 11 mai 2011

Dans mon rêve cette nuit je vous voyais Lisa, resplendissante en robe du soir rouge de Chine. Vous montiez les marches à Cannes, tenant la main d'un jeune garçon en smoking, votre fils. Vous veniez présenter votre premier long métrage, en lice pour la palme d'or 2011. Vous aviez tenu tête à vos producteurs et distributeurs en imposant sur l'affiche, le titre du film en mandarin ! La jeune actrice qui incarnait à l'écran votre Lucette-Lulu-Lu-Lully-Lili de treize à dix-huit ans, cachait son joli minois derrière un éventail promotionnel décoré des fameux sept idéogrammes dont la signification allait être révélée au moment du générique.C'était un joli rêve. Vous ne monterez jamais les marches à Cannes, Lisa.C'est ce diable de Nabe qui m'a appris dans une seule ligne, à la fois, votre existence, et votre disparition volontaire et tragique à l'été 2007.Alors j'ai lu vos livres, enfin pas tous, pas encore. Il y en a beaucoup. J'ai lu quatre romans, un essai, une nouvelle, un livre pour enfants. Vous m’avez intriguée, étonnée. Je vous ai regardée, écoutée, admirée, aimée. Malgré votre jeunesse à jamais, vous laissez une œuvre singulière et magnifique, cohérente, comme achevée et ouverte à la fois.Vous avez trente ans ou à peine plus lorsque vous écrivez Pékin est mon jardin. C’est justement celui-là que vous avez écrit au Japon, non ? A Kyoto ? Décidément c’est un peu comme au collège quand vous récitiez des poèmes au cours de gym, et transcriviez un morceau pour flûte pendant un devoir sur table de français.Ce roman publié en 2003 chez Actes Sud est un tour de force poignant par lequel vous transformez l'histoire banale mais terrible d'une toute jeune fille trop sensible abandonnée par son papa, en fantaisie asiatique cruelle, en conte pour adultes, farfelu et poétique, à l'exact opposé de la mièvrerie pleurnicharde. Et pourtant...Dans un entretien radiophonique, vous avez raconté votre vrai premier voyage à Pékin. Vous aviez dix-huit ans, Lisa, tout comme votre héroïne de Pékin est mon jardin lorsqu'elle s'envole pour la Chine à la fin du roman. Vous disiez au journaliste la longue attente de ce moment-là, votre impatience, les efforts pour vous y préparer le plus sérieusement possible, et puis à peine arrivée là-bas, la catastrophe : on vous annonce la mort de votre père à Paris, dans des circonstances dramatiques. Votre retour, une enquête pénible et sans résultats. On ne retrouvera jamais les meurtriers. Dans Pékin, il y a la disparition volontaire d'un père, des énigmes à résoudre, un prince charmant chinois, une clef à trouver pour ouvrir un coffre à secrets, une éducation sentimentale et sexuelle surprenante avec pour décor l'arrière-cour d'une boutique de chinoiseries dans le treizième arrondissement de Paris. Il y a des rires, des fous-rire, et des larmes. Il y a une professeur de français pas comme les autres (Jeanne H. à qui vous dédiez votre livre), et une maman aimante et très attentionnée à sa manière. Mais il y a aussi, dans le livre et peut-être dans la vie, la chute mortelle d'un garçon aimé depuis un balcon voisin, la précocité, l’anorexie mentale, l’attirance pour le vide, le besoin d’écrire pour vivre.Lisa, pardon pour cette lettre indiscrète. On est indiscret quand on prétend vouloir comprendre l’incompréhensible.A vous relire, toujours, chère Lisa

Le 30 septembre 2011 à 11:20

Oscar Wilde, le scandale du plaisir

D’après ce que nous enseignent les livres de sciences naturelles, des millénaires ont été nécessaires à la Terre pour donner naissance à Oscar Wilde. La gestation fut longue. Les époques qui ont précédé sa naissance n’ont pourtant pas été inutiles ; elles ont fourni un parfait compost. Bien sûr, il y eut un choix à faire. Pour qu’Oscar Wilde naisse les dinosaures ont dû disparaître. Ils n’auraient pu coexister, Wilde n’aurait pas toléré leurs manières grossières et leur habitude de piétiner les fleurs des champs. Il fut aimé et haï pour la même raison : on comprenait ses livres parfaitement mal. La haine est là, il faut la dévoiler sous les baisers et les applaudissements. Sans doute aurait-il vécu plus heureux et plus longtemps si on l’avait haï plus tôt. La haine vaccine quand elle est injectée dès l’enfance, laissant aux anticorps de l’indifférence le loisir de se développer. Il maniait la langue comme le plus efficace des fouets, capable aussi bien de gifler que de caresser. Il pensait avoir dompté l’Angleterre. Mais le vieux lion cessa de s’amuser et le dévora dans un tribunal. On porta les restes du prince déchu dans une cellule de la prison de Reading où, pendant deux ans, ses derniers muscles furent rongés par la fatigue et les rats. Né en Irlande, il acheva de mourir en France. L’Angleterre n’eut que sa vie. Oscar Wilde est aimé aujourd’hui, et il ne peut rien contre cet amour. On aime les artistes morts, car ils sont sans défense. La société les tue pour qu’ils deviennent le symbole de ce dont elle les accuse. Homosexualité et débauche étaient des accusations imparables sous le règne de Victoria. Les crimes de Wilde sont ailleurs. Son génie passe pour une génération spontanée d’idées brillantes. L’horrible vérité est qu’Oscar Wilde travaillait énormément. Il jouait la facilité par pudeur. Il faisait trop de bruit pour qu’on remarque combien il était humble. Il parlait trop de lui pour qu’on comprenne combien il était préoccupé des autres. Il prenait trop soin de son apparence pour qu’on voie à quel point il ne s’en souciait guère. Le grand scandale d’Oscar Wilde est le plaisir qu’il donne, plus que celui dont il parle. Il est aphrodisiaque quand il aborde la politique. Il est aphrodisiaque quand il écrit sur les fleurs, les costumes de scène, l’amour ou la morale. On ne pardonne pas à un écrivain d’avoir un style si excitant. Le faible lecteur se sent coupable. Habitué à souffrir pour apprendre, il en déduit que, s’il jouit, cela ne doit pas être bien sérieux. Wilde a réussi la fusion de l’intellect, de l’apollinien et du dionysiaque. On trouve Wilde drôle, brillant et inventif, on le couvre de qualités secondaires, pour ne pas voir qu’il est, avant tout, un artiste tragique et un penseur. Il y a des artistes qui éloignent le public par leur inaccessibilité. L’inaccessibilité de Wilde est son accessibilité. Peu de gens ont compris son désespoir et la profondeur de sa révolte. S’il n’était défendu de rire dans les amphithéâtres de philosophie, il serait considéré comme un des plus grands philosophes. Il faut lire ses contes, voir ses pièces et étudier ses essais pour se rendre compte qu’il fait partie de ce petit nombre d’artistes capables à la fois de nous émouvoir, de nous faire rire, de nous donner du plaisir et de changer notre regard sur le monde. Un seul de ses aphorismes constitue un repas complet : « Le succès, c’est aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Il est mort aussi. Ce n’est pas le moindre de ses talents. Le propre des grands artistes n’est pas d’être immortel, mais de mourir. Dire que seuls les grands artistes sont immortels est une bêtise. La vérité est que seuls les grands artistes meurent. Le reste de l’humanité arrête seulement de respirer. Allez vous recueillir devant la tombe d’Oscar Wilde au cimetière du Père-Lachaise. Touchez la pierre et regardez le Sphinx. Vous comprendrez, alors, que cette tombe est le seul endroit de la planète où Oscar Wilde ne se trouve pas.   Article édité dans le catalogue Le Rire de résistance, BeauxArts éditions et Théâtre du Rond-Point (Photo Napoléon Sarony)

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