Jean-Marie Gourio
Publié le 08/01/2015

Petit pense-bête sur la liberté de la presse


Retrouvé par Gourio dans la poche du veston de Paul Eluard

Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom
Liberté de la presse


Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur la lampe qui s'allume
Sur la lampe qui s'éteint
Sur mes maisons réunies
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur l'absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom
Liberté de la presse

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté de la presse

Il commence à écrire en 1976 dans le magazine Hara-Kiri, dont il devient bientôt rédacteur en chef adjoint. C'est là que paraissent ses premières "brèves de comptoir". Il écrit aussi pour la radio, la télévision, le cinéma et la bande dessinée. Et puis des romans, 9 à ce jour. Depuis 1987, il publie un recueil de Brèves de comptoir par an. Après ses Nouvelles Brèves de comptoir au Rond-Point avec Jean-Michel Ribes, il va lancer sur ventscontraire.net des Haïku de comptoir, des essais philosophiques épais comme un fil, des visions, des pensées en rond, des tribunes de stade...
 

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Jean-Marie Gourio

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Le 4 novembre 2015 à 13:00

Ça va chauffer !

Les seules fois où j'ai vu de l'argent traîner sans que personne ne songe à le ramasser — il y avait plein de billets et de pièces couverts de poussière — c'était sur des photos prises près des centrales de Tchernobyl et de Fukushima. Ce qui m'a fait me poser la question suivante : ne sommes-nous capables de changer de comportement qu'une fois la catastrophe consommée ? Si tu as du pétrole dans ton jardin, tu le tireras jusqu'à la dernière goutte, même si tu es convaincu qu'il faut en finir avec les énergies fossiles. Est-il humainement impossible de ne pas tirer profit d'un bien disponible ? C'est l'enjeu de ces COP qui se suivent en réunissant tous les pays de la Terre, aux intérêts si divergents. Peut-on espérer que l'Arabie Saoudite, par exemple, annonce soudain : — Pas de problème les gars, j'arrête de pomper, je rebouche les puits ! et que les pays phare de la construction automobile surenchérissent : — Le moteur a explosion ça pue, c'est ringard, siècle dernier : on vous jure c'est fini ? Nous entrons dans l'anthropocène, ce moment de la planète où l'action des humains est prépondérante, comme un porte-avions lancé à pleine vitesse qui d'un seul coup renverserait la marche de ses hélices en arrière. Une seule manière de contrer l'incommensurable force d'inertie qu'appuient de tout leur poids lobbies et industriels : il faut que les peuples s'en mêlent. Serons-nous assez nombreux et déterminés pour initier ce changement de cap à temps ? Ça va chauffer !

Le 4 août 2015 à 08:11

Etienne Klein : La masse n'est pas là où on le croyait

Vous avez dit "boson de Higgs " ? #3

Quand le langage scientifique défait tout ce que nous savons du monde, il faut au moins le talent de conteur du physicien Etienne Klein pour nous le restituer à travers le grand bruit provoqué par la détection du boson de Higgs au CERN le 4 juillet 2012. Le boson de Higgs est à l'évidence une drôle de chose. Mais au fait, s'agit-il vraiment d'une chose ? La détection du boson de Higgs au CERN fut annoncée urbi et orbi le 4 juillet 2012, pas moins de 48 ans après que des physiciens théoriciens ont prévu son existence. Cette découverte est fondamentale en physique, mais pas seulement : elle a aussi des implications philosophiques qui viennent défaire le lien que l'on a l'habitude de faire, depuis la naissance de la physique moderne, entre le concept de matière et celui de masse. En général, nous pensons que ces deux notions sont ontologiquement intriquées : que serait en effet une matière dépourvue de masse ? Et comment imaginer une masse qui ne s'incarnerait pas en particules de matière ? Or ce que révèle la présence de bosons de Higgs dans l'univers, c'est que, contrairement à ce que l'on pensait, la masse n'est pas une propriété intrinsèque des particules élémentaires, seulement une propriété secondaire : elle résulte du fait qu’elles se frottent au vide, plus exactement au champ qu’il contient et qu’on appelle « le champ scalaire de Higgs ». On osera ici une analogie, imparfaite mais éclairante : tout se passe comme si les particules élémentaires étaient des objets sans masse, mais dotées de skis, se déplaçant sur un champ de neige qui serait l’équivalent du champ scalaire de Higgs ; les particules ayant des skis parfaitement fartés se déplacent sans frottement, donc à la vitesse de la lumière, et leur masse apparente est nulle ; celles dont les skis sont mal fartés glissent mal sur la neige, leur vitesse est moindre que celle de la lumière et leur masse est non nulle. La masse apparaît alors comme une mesure de la mauvaise qualité du fartage des skis des particules… > écouter le podcast audio complet

Le 6 décembre 2013 à 15:51

Marius von Mayenburg: "Wir klauen alle ununterbrochen"

Jean-Daniel Magnin – Es ist für mich spannend zu beobachten, wie du von einem Stück zum nächsten narrative Formen erfindest, um eine Geschichte auf der Bühne zu erzählen. B Ist diese "permanente Modernisierung" des Theaterschreiben für dich notwendig ? Marius von Mayenburg – Ich denke nicht viel über die Form nach. Ich will mich nicht langweilen, ich will spielen. Meistens entsteht die Form aus einer Notwendigkeit. Oder aus dem Wunsch, mit bestimmten Schauspielern zu arbeiten.– Ueberlege du dich bevor oder entwikelt es sich während des Schreibenprozess ?– Beides. Der Schreibprozeß beginnt meistens schon lange bevor das erste Wort auf dem Papier steht. – Natürlich ist alles schon erfunden worden. Trotzdem viele deiner Innovationen wurden von andere Autoren aufgenommen. Hast du das Gefühl, beobachtet, erwartet oder sogar kopiert werden zu sein ?– Nein. Wir klauen alle ununterbrochen. Das Theater ist eine parasitäre Kunst. Wir bedienen uns beim Film, bei der bildenden Kunst, bei der Literatur. Und bei den anderen Theatermachern. Wir klauen mit Absicht und aus Versehen, das Klauen ist so normal, daß wir es meistens gar nicht merken. Das war immer schon so (Shakespeare undsoweiter). Das Theater ist eine flüchtige Kunst, deshalb hat niemand ein schlechtes Gewissen. Ich freue mich, falls jemand meint, das es bei mir etwas zu klauen gibt.– Im Gegensatz zu traditionnellen Dialogen gibt es heute bei vielen Autoren immer öfter eine Art von "geteilter Erzählung": wo die Geschichte oder das Märchen von verschiedenen Schauspielern dem Publikum frontal erzählt wird. Was denkst du davon ?– Ich denke, daß wir Schwierigkeiten haben, einem Bühnengeschehen zu folgen, das Wirklichkeit als chronologische Abfolge von Ereignissen darstellt. Man empfindet das als zu autoritär. Das gemeinsame Erzählen einer Geschichte entspricht einer Perspektive auf unsere Wirklichkeit, die nicht mehr von einer chronologischen, kausalen Entwicklung von Ereignissen geprägt ist, die zwangsläufig hierarchisch geordnet ist, sondern von Wahrnehmung unserer Wirklichkeit als Netzwerk von gleichzeitigen Ereignissen, die sich gegenseitig relativieren. Deshalb wird die Erzählung in viele, sich teilweise auch widersprechende Stimmen fragmentiert. Dadurch entsteht eine Illusion von demokratischem Erzählen: was wahr oder gelogen ist, muß der Zuschauer selbst entscheiden. Alles ist relativ, beziehungsweise relativiert. Konflikt und Begegnung wird vermieden. Ich finde solche Experimente des Erzählens notwending, aber ich halte sie nicht für die Zukunft des Theaters. – Ist das Theater für dich ewig ? Wird es noch immer in fünfzig oder hunder Jahre geben ? Warum ?– Es ist schön, Schauspielern bei der Arbeit zuzusehen. Warum sollten die Menschen aufhören, das zu tun?– Letzte Frage : welche war am Anfang der Arbeit der Ausgangspunkt für Perplex ? – Der Anfang war die Frustration über eine Regiearbeit mit Schauspielern, die mir auf die Nerven gegangen sind. Und die Sehnsucht, mit meinen Lieblingsschauspielern zu arbeiten: mit Robert, Eva, Judith und Sebastian. Also habe ich mich hingesetzt und ein Stück für sie geschrieben. Und ich habe alles reingeschrieben, was ich gerne mit diesen Schauspielern proben wollte. Und das haben wir dann gemacht. Foto Iko Freese

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