Marc Dubuisson
Publié le 12/01/2015

Le piège


Marc Dubuisson est belge et a donc été obligé de faire de la BD alors qu’il voulait faire médecin ou Président de la République. Il est l'auteur de La Nostalgie de Dieu et du Complexe de Dieu parus aux éditions Diantre! et le scénariste du Sexe Fort est en péril et du Sexe Fort fait de la résistance parus chez Hachette. Il aime aussi beaucoup les fraises.

Son blog principal : http://blog.marcdubuisson.com

 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 27 octobre 2011 à 09:19

Marie Darrieussecq : "Je préfèrerais finir en saucisses plutôt que l'on publie notre adaptation!"

"Quand Alfredo Arias m’a dit qu’il voulait adapter Truismes, je me suis sentie pousser des tétines de joie. L’évidence, c’était l’évidence ! La consécration de ma truie ! « Mais il n’y a pas de nonne ! » ai-je grogné pour m’excuser (je ne peux pas imaginer un spectacle d’Arias sans nonne). Qu’à cela ne tienne : il en a rajouté une, qu’il a métamorphosée à sa façon en l’affublant des accessoires de la policière et de l’infirmière, pour inventer une employée Policière-Infirmière-Nonne. Il n’a pas échappé à ma vigilance porcine qu’un simple E la transformerait en PINE, Policière-Infirmière-Nonne-Evaluatrice : l’évaluation étant, me semble-t-il, le but ultime de notre société, obsédée par le chiffrage et la surveillance du suidé libre qui sommeille en nous. C’est de cette façon, à plusieurs pattes, que nous avons réécrit une adaptation de ce roman, avec la bonne surprise (pour moi) que le poil, quinze ans après, ne lui avait guère blanchi : la France sarkozyenne bling bling n’a en effet rien à envier à celle du personnage d’Edgar, qu’à l’époque beaucoup assimilaient pourtant à Le Pen. Les avions charters sont remplis de sans-papiers, le travail salarié est de plus en plus précaire, les femmes sont de plus en plus cosmétisées, L’Oréal est le titre d’un feuilleton, les yachts sont de plus en plus grands, et la Bourse a pris son sens le plus définitivement obscène. Pour ne rien arranger, ce jeune marcassin d’Arias s’est mis dans la caboche de jouer tous les rôles, à commencer par la truie. On voit de ces choses… Le théâtre, le théâtre, cet homme n’a que ce mot à la bouche. Moi, je pense à la Littérature, et à l’immoral exemple d’un saltimbanque comme lui sur mes enfants. Je préfèrerais finir en saucisses plutôt que l’on publie notre adaptation, qui caricature outrancièrement la chair de mon roman tout en délicatesse, pour le transformer en jambonneau argentin. Mais je dois dire que quand Alfredo prononce certaines phrases (pourtant pas toutes immortelles : « quelles belles mâchoires vous avez ma chère »), je me retrouve les quatre fers en l’air de rire sous la table, où nous travaillons pourtant d’arrache-pied à préparer ce spectacle, avec le plus grand sérieux et toutes nos tripes." Marie Darrieussecq

Le 20 septembre 2012 à 08:03
Le 20 février 2015 à 12:10
Le 29 avril 2015 à 10:13

Willem est grand !

Famine en Afrique, terrorisme, naufrages de migrants en méditerranée, montée du FN, crise de la zone euro, conflit israëlo-palestinien, chômage, faits divers sordides, djihadisme, guerre en Syrie, obscurantisme religieux, attentats contre Charlie Hebdo... Avouez qu'une telle liste a tout pour vous donner envie de vous exiler sur une autre planète voire de vérifier par vous-même le bon fonctionnement de votre gazinière en y plongeant la tête. Tous ces drames qui ponctuent nos journaux télévisés et hantent nos cauchemars ne nous incitent guère à nous fendre la poire. Pourtant un homme réussit l'exploit d'aborder ces sujets tout en nous redonnant un peu de ce sourire qui nous a tellement manqué ces derniers mois, depuis que des crétins surarmés ont décidé de venger une hypothèse en assassinant des symboles. Et c'est homme c'est Willem. Ces dessinateurs, Willem les a côtoyés pendant de longues années au sein de la rédaction de Charlie Hebdo et s'il ne fait partie de la liste des victimes, il ne le doit qu'à son peu de goût pour les conférences de rédaction. Contre cette chape de tristesse qui s'est abattue sur nous le 7 janvier, il se lève pour scander un tonitruant « même pas mort », un geste de vie avec ce Willem Akbar qu'il publie chez les Requins Marteaux. Près de 100 dessins initialement publiés dans Libération et dans Charlie, comme autant de refus de se taire face à toutes les tragédies du monde. La justesse et la sincérité de son propos, sa sensibilité et l'acuité de son trait font de ce livre une œuvre aussi puissante qu'élégante, pleine de poésie et de lucidité. Quand beaucoup d'entre nous détournent la tête pour préserver la sérénité de leur sommeil, Willem ouvre grands ses yeux sur la planète et ne baisse pas le regard face aux atrocités du quotidien. Et si ce livre réunit tous les malheurs du monde ce n'est pas jamais par goût de la noirceur ou du cynisme : Willem ne fait que rendre ses coups à cette saloperie ambiante qui tente de nous faire abdiquer. Willem est un puncher et il frappe fort. Sans concessions, sans jamais baisser la garde. Jusqu'à la victoire, toujours !  

Le 22 avril 2011 à 01:14

« Un "Armageddon mondial" sur les monnaies de papier »

Marine Le Pen, communiqué, mercredi 20 avril 2010

"Déficits, dettes, inflation, insolvabilité des banques et des Etats, futur choc pétrolier, austérité sociale, tous les symptômes de la crise monétaire, annoncée dès 2008 par le FN, se mettent progressivement en place pour former un prochain Armageddon mondial  sur les monnaies de papier »  Elle a lu Marx sur papier bible, la dauphine du FN. L’effondrement du capitalisme dans l’embrasement de l’ultime bataille entre forces du Bien et du Mal, telle que prédite  dans l’Ancien Testament (« Apocalypse », chapitre 16, verset 16), c’est l’histoire de la lutte des classes racontée en chaire, à Saint-Nicolas-du-Chardonnet. A l’avant-garde révolutionnaire se substitue l’armée du Christ, boutant hors du royaume de Dieu les troupes de l’Antechrist. Enfin, en gros. Car à lire le communiqué jusqu’au bout « le modèle économique patriote » pourrait quand même éviter cet affrontement d’Armageddon conduit par un Messie vengeur. « Lepénisme ou barbarie », en quelque sorte. Reste quand même une question : pourquoi une telle alarme, maintenant ? La menace lancée par l’agence de notation Standard & Poor’s de placer le "AAA" des Etats-Unis sous perspective négative aurait-elle affolé le FN ?  A moins que ce ne soit tout bonnement un coup de chaud. La famille Le Pen semble sujette aux humeurs de saison. Le papa, la veille dans France-soir, s’était inquiété que les immigrés puissent un jour venir « sodomiser » le président de la République. C’est dire que le monde, selon les Le Pen, est vraiment cul par dessus tête.

Le 15 janvier 2013 à 09:55

Pour dissuader les homosexuels, l'UMP veut des stages obligatoires sur les ravages du mariage

Dimanche après-midi se tenait la « Manifestation Pour Tous » contre le mariage homosexuel. Une mobilisation à laquelle ont participé plusieurs ténors de l’UMP qui reste partagée sur le projet du mariage gay. Mais les pro et les anti de droite semblent être tombés d’accord sur une position commune. A savoir la volonté de rendre obligatoire, pour les homosexuels désirant se marier, le suivi d’un stage abordant les ravages du mariage sur le couple. Reportage Une formation d’une semaine « Ce que nous proposons, c’est qu’à l’avenir, les gays qui souhaitent se marier suivent pendant 5 jours un stage sur la déchéance du couple dans le cadre du mariage. » Voilà le message qu’ont martelé à l’unisson les membres de l’UMP présents à la Manifestation Pour Tous qui se tenait hier à Paris. Une proposition qui montre clairement la volonté de réalisme des élus de droite, comme l’expliquait Gérard Larcher, descendu protester dans la rue hier : « On ne se voile pas la face. On sait que le Mariage Pour Tous risque d’être adopté. Soit. Mais dans ce cas- là, on veut au moins qu’il soit le plus encadré possible.» Selon Christian Jacob, président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale et fervent opposant au mariage gay, ce stage obligatoire reposerait sur 3 axes : « Nous voulons que les homosexuels qui expriment le souhait de se marier prennent conscience des difficultés et des souffrances occasionnées par le mariage civil. Il serait donc judicieux que, dans un premier temps, ils visionnent sur 2-3 jours des reportages, des documentaires ou toute autre forme de témoignage de personnes hétérosexuelles ayant vu leur couple détruit à cause du mariage. » Les participants à ce stage d’information seraient alors soumis à une série de questionnaires sous la forme de QCM pour contrôler la bonne assimilation des informations qui leur ont été transmises. Le 2e temps fort du stage consisterait ensuite en une succession de mises en situation, de jeux de rôles visant à donner aux stagiaires gays un semblant de vécu de ce que peut être une vie de mariés qui s’effondre. Interrogé par le Gorafi, Laurent Wauquiez, à l’origine de cette proposition, explique l’importance de cette étape : « On ne pourra jamais reproduire véritablement le désastre du mariage. Mais grâce à des ateliers de mise en situation, les gays pourront appréhender les problèmes de belle-famille, de routine. Ils auront la possibilité d’expérimenter ce que c’est vraiment que de passer une nuit sur un canapé parce qu’on s’est disputé le soir en rentrant du boulot.» Un test final Une succession d’ateliers pédagogiques que les anti-mariage gay de l’UMP voudraient voir se terminer par un test final dans les conditions réelles : un examen de 4 heures où les deux membres du couple désirant se marier devront, en présence de deux véritables avocats, tenter de procéder à un partage imaginaire des biens du couple. Objectif: dégoûter du mariage? C’est bien ce qui est reproché aujourd’hui à la droite après cette proposition comme le confie ce député socialiste resté anonyme: « Si une telle mesure devait être adoptée, le nombre de demandes de mariage diminuerait inévitablement chez les homosexuels. Avec cette tentative, La droite cherche juste à dissuader les gays.». Côté UMP, l’ensemble des soutiens à ce projet nie toute volonté de dissuasion. Interrogé sur la question Christian Jacob répond laconiquement  «…» .   Le Gorafi Illustration :  iStock /  govicinity

Le 30 juillet 2015 à 09:20

Contre le viol conjugal, tout le monde ne fait pas front

Dans son premier discours de campagne pour l’investiture républicaine, le milliardaire américain Donald Trump avait défrayé la chronique en présentant les immigrants illégaux mexicains comme des violeurs. Ces dernières heures, la question du viol est une nouvelle fois centrale dans l’actualité du candidat puisqu’un site internet d’informations, the Daily Beast, est aujourd’hui  menacé de poursuites par l’avocat de Trump, Michael Cohen, pour avoir relayé des informations parues dans la biographie de son ex-femme Ivana, selon lesquelles elle aurait été victime de viol de la part de son ex-mari. L’argumentation du représentant de Trump est imparable : il est parfaitement impossible d’évoquer ce prétendu viol pour une simple raison : « par définition, on ne peut pas violer son épouse ». Au-delà des menaces de l’avocat, c’est évidemment la question du viol conjugal qui se pose. Avant 1984, dans l’état de New York comme dans plusieurs autres états américains, le viol conjugal était considéré comme légal mais cette époque est aujourd’hui révolue. Cela n’empêche manifestement l’avocat de Trump de nier la possibilité, l’idée même du viol conjugal. Qu’une épouse puisse avoir dû consentir un rapport sexuel sous la pression morale ou physique de son compagnon n’entre donc selon lui pas dans le cadre légal du viol. Une femme, c’est bien connu, se doit à son mari et souhaiter se soustraire au prétendu devoir conjugal relève alors sans doute bien plus d’une faute de l’épouse, d’un manquement au contrat initial. Des siècles de domination masculine ont posé des bases très simples à cette question : quand on est une femme, on se plie au désir de son compagnon, on serre les dents et on souffre en silence. Dans le même temps, le mari triomphant peut se flatter d’avoir « honoré » son épouse. Dans cette logique sordide, les femmes ne portent que très rarement plainte pour viol contre leur mari alors que c’est précisément dans le cadre domestique que se déroule la majeure partie de violences et des agressions. En 2011, le Collectif Féministe Contre le Viol avait lancé une campagne de sensibilisation à destination des femmes victimes de viol conjugal.  Ce spot choc salué par plusieurs prix n’a pourtant pas trouvé que des partisans. Ainsi, sur son blog, Bruno Gollnisch s’était alors, avec l’élégance qui le caractérise, fait un plaisir de pourfendre la campagne, jugeant de bon ton de critiquer d’emblée le physique de la comédienne : « d’un abord à rendre impuissant le célèbre érotomane Rocco Siffredi, on se dit cependant qu’elle, au moins, doit être immunisée contre ce risque. » Et de poursuivre en déplorant qu’après  le « tralala habituel », le film se termine en donnant « le numéro de téléphone de dénonciation à la Kommandantur du conjoint (jamais ce mot ne m’a semblé plus approprié) trop empressé ». Dans son billet plus efficace que le plus puissant des vomitifs, Bruno Gollnisch déplorait également l’évidente dérive civilisationnelle que représente à ses yeux l’évolution législative qui a, en 1991, reconnu le « viol entre époux » et a, en 1994, considéré la dimension conjugale d’un viol comme une circonstance aggravante. Invoquant « la sagesse traditionnelle  selon laquelle le mariage comportait en principe (…) une exclusivité donnée par chaque époux à l’autre sur son corps », celui qui est encore député européen s’offusquait qu’il soit désormais « plus grave (et plus lourdement condamné) pour un homme de « violer » sa femme dans le lit conjugal où elle est entrée volontairement que de violer  la femme d’un autre, inconnue agressée dans un parking ou un chemin sombre » Alors que le Front National se démène depuis quelques années pour se faire décerner des brevets de fréquentabilité et alors que son électorat semble se féminiser de plus en plus,  je ne peux que vous inviter à vous pencher sur la prose délicate de Bruno Gollnisch. Elle en dit long sur la place que certains leaders du FN envisagent pour les femmes dans le pays radieux qu’ils nous promettent.    Numéro vert "SOS Viols Femmes Informations" 0 800 05 95 95 / "Violences Conjugales Info" 39 19  

Le 12 janvier 2015 à 09:34

Ceux qui ont la gorge trop serrée

Que ceux qui défendent soudain la liberté d'expression laissent à ceux qui ont la gorge trop serrée la liberté de ne pas s'exprimer. La douleur n'est pas une matière enseignée sur les bancs de l'école, et personne ne nous a jamais appris à la dompter pour en faire un petit chaton trop mignon qu'il suffirait de caresser pour le calmer quand il est en colère ; chacun s'arrange toujours avec sa douleur du mieux qu'il le peut.  Il y en a qui ont besoin de parler, beaucoup, à toute vitesse, pour faire sortir ce mal qui les ronge de l'intérieur, pour fuir ce silence dont le gouffre s'ouvre sous leurs pieds et dans lequel ils ont peur de tomber. Il y en a qui ont besoin de prendre l'air, comme depuis que la douleur les en a privés ils n'arrivent plus à respirer ; ils marchent d'un pas aussi lourd que leur cœur dans le bois d'à côté, ils galopent autour d'un stade la nuit tombée en espérant qu'à force de tourner en rond ils arriveront à fabriquer une tornade qui aspirera leur mal-être. Il y en a qui ont besoin de laisser leur douleur sur le paillasson de l'entrée et de troquer leurs idées avec celles de leur voisin de palier ou celles de n'importe qui tant qu'elles sont sages et les laissent tranquilles, ils essayent d'en rire comme les lames de leur plancher sont déjà imbibées de leurs larmes trop salées, ils jouent à candy crush comme ils savent pourtant que les vies ne se cumulent pas que le monde n'est pas un gros bonbon rose, mais ils aimeraient pouvoir y croire encore un peu comme avant. Il y en a qui ont besoin de se taire et de tendre l'oreille pour écouter le silence derrière le brouhaha. Et depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne savent plus ce qui leur fait le plus mal. La barbarie de ces types remplis de haine qui ont confondu kalachnikov et crayon-mine, ou ces discours venimeux qui jaillissent de tous les côtés chaque minute. Et putain que c'est long une minute, depuis mercredi ; c'est des images choc des slogans qui claquent des gorges trop serrées qui craquent sous les draps et que le monde pointe du doigt parce qu'elles n'ont jamais appris à répandre leurs larmes sur le trottoir d'en bas. Et putain que c'est long une minute, depuis mercredi ; quand la minute de silence passée les langues se délient les cagoules valsent et que sous ce si bel élan de solidarité se faufile la haine d'une meute en pleine confusion. Et même si leur appartement reste propre à coup de troubles obsessionnels compulsifs et d'eau de javel, depuis mercredi ceux qui ont la gorge trop serrée passent pourtant toutes les minutes de leurs jours et de leurs nuits au-dessus de la cuvette des waters. Et si elles pouvaient parler les gorges trop serrées, elles hurleraient aussi fort que vous qu'elles ont mal, aussi mal que vous ; et elles tendraient leurs mains comme elles vous souhaiteraient pour cette nouvelle année de laisser votre haine désordonnée de côté, juste un instant celui d'apprendre à nous aimer avant de prononcer ces mots qu'on ne pense jamais vraiment quand c'est la colère qui les lâche en dérapant sur le verglas. Mais, depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne parlent plus, comme ils ont perdu le sommeil les mots et leur bienveillance.

Le 19 novembre 2012 à 09:01

"La journaliste Audrey Pulvar annonce la fin de sa relation avec Monsieur Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif."

Audrey Pulvar, SMS/AFP, dimanche 18 novembre 2012.

Ah ! que voilà un  genre d’information qui vous délivre des chassseurs de scoops et autres intermédiaires peu fiables. Le medium c’est le messsage, et vice versa. Vous voulez du people ? On vous en donne en prise directe. Ce n’est même pas dans la chambre à coucher que pénétre autrui, c’est dans le lit même, que dis-je, plus intime encore, dans la puce du mobile à touche qui vous « cordonbilicalise » ( désolé pour le neo-log. pas facile à tweeter) avec le monde extérieur. La méthode ouvre des espaces infinis à la transparence démocratique. Ainsi, et à titre d’exemples : «  François Fillon et Jean-François Copé vous annoncent qu’ils ne passeront pas Noël ensemble » ; « Nicolas Sarkozy fait savoir que son épouse Carla va devoir choisir entre son retour sur scène et un retour à la maison » ;  « Jean-Marc Ayrault dément toute liaison ( même aérienne) avec  Cécile Duflot »,  « Valérie Trierweiler accepte l’invitation à diner d’Arnaud Montebourg samedi soir au restaurant le Coq gaulois » ; « François Hollande demande à la journaliste brune qui lui a posé une question économique à sa conférence de presse, de lui communiquer ses coordonnées »; « Marine Le Pen a décidé de porter le voile, seulement à la maison » ; « Manuel Valls déteste le violon, mais souhaite que ça ne se rèpète pas. » Et enfin : « Audrey Pulvar se remet sur le marché, ministre s’abstenir. »

Le 13 janvier 2015 à 08:40

L'Histoire et l'Histoire de l'Art à la rescousse pour la Liberté de la Presse

La France s’est toujours battue pour sa liberté d’expression. L’histoire nous rappelle que le chemin fut long et à plusieurs reprises, le droit, la politique, l’actualité, les intellectuels se sont affrontés pour acquérir, mettre en place et imposer cette liberté fondamentale… Au XVIIe siècle La presse se met en place progressivement à partir du début du XVIIème siècle. Gutenberg a joué un rôle déterminant dans la diffusion des textes et du savoir en révolutionnant l’imprimerie à partir de 1450 : invention du caractère d’impression mobile, presse à bras et encre d’impression. A cette époque, une partie de l’information était manuscrite, notamment dans la presse clandestine. Des ateliers fabriquaient en série des copies de journaux appelés « nouvelles à la main », puis des petites brochures (« occasionnels »), des libelles, des placards et des almanachs. Au XVIIIe siècle Essai de David Hume intitulé, Essai sur la liberté de la presse, 1752 : Le livre en format Word 2001 à télécharger Discours de Mirabeau pour la Liberté de la presse (1788) : « Tuer un homme c’est détruire une créature raisonnable, mais étouffer un bon livre c’est tuer la raison elle-même ». Rappelons-nous que la révolution française supprima la censure dont l’abolition avait été souhaitée dans les cahiers de doléances de 1789. Robespierre, discours à la Constituante, le 24 août 1789 : « Vous ne devez pas balancer de déclarer franchement la liberté de la presse. Il n'est jamais permis à des hommes libres de prononcer leurs droits d'une manière ambiguë. Le despotisme seul a imaginé des restrictions: c'est ainsi qu'il est parvenu à atténuer tous les droits. » Dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, l’article 11 institue la Liberté de la presse :« La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l'Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi. » Le Chevalier Louis de Jaucourt (1704-1780), médecin et homme de lettres, est avec d'Alembert l'un des principaux collaborateurs de Diderot dans le projet de l'Encyclopédie : « Presse, (Droit polit.) on demande si la liberté de la presse est avantageuse ou préjudiciable à un état. La réponse n'est pas difficile. Il est de la plus grande importance de conserver cet usage dans tous les états fondés sur la liberté […]. »  Pendant la Terreur (1792-1794) La loi des Suspects (septembre 1793) rend impossible la liberté d’expression et donc de la presse. Sont jugés « suspects » d’après l’article 2 : « Ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté […]. » Après le coup d'État du 18 brumaire An VIII (9 novembre 1799), tous les journaux hostiles sont supprimés… En 1803, un censeur est imposé à chaque journal. « Réprimez un peu les journaux, faites-y mettre de bons articles, faites comprendre aux rédacteurs des Débats et du Publiciste que le temps n’est pas éloigné où, m’apercevant qu’ils ne me sont pas utiles, je les supprimerai avec tous les autres et je n’en conserverai qu’un seul ; ... que le temps de la Révolution est fini et qu’il n’y a plus en France qu’un parti ; ... que je ne souffrirai jamais que les journaux disent ni fassent rien contre mes intérêts. » Napoléon Bonaparte, Lettre à son Ministre de la Police Joseph Fouché, le 22 Avril 1804. Au XIXe siècle Sous la Restauration (1815-1830) Le 25 juillet 1830, Charles X signe quatre ordonnances, rédigées par le ministère Polignac. Elles suspendent la liberté de la presse, prononcent la dissolution de la Chambre qui vient d'être élue, fixent la date de nouvelles élections et modifient le calcul du cens. Elles provoquent la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830, les Trois Glorieuses. Sous la Monarchie de Juillet (1830-1848) Dès 1832, des procès concernent des articles et caricatures jugés trop critiques vis-à-vis du roi Louis-Philippe. Le directeur du journal satirique La Caricature, Charles Philipon, puis le caricaturiste Honoré Daumier (Gargantua) sont incarcérés pour six mois en janvier 1832, en prison puis dans un asile d’aliénés. Gargantua Lithographie, 2e état sur 2, avec la lettre. 1831. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 21,4 x 30,5 cm. Delteil 34. Publiée dans La Caricature, le 16 décembre 1831. BnF, Estampes et Photographie, Rés. Dc-180b (1)-Fol. Louis-Philippe en Gargantua dévore les écus arrachés au peuple miséreux, ce dont quelques élus, proches du trône, profitent également. Cette lithographie a entraîné la condamnation par le gouvernement de Daumier, de Delaporte, l'imprimeur, et d'Aubert, le marchand d'estampes, pour "excitation à la haine et au mépris du gouvernement du Roi, et offenses à la personne du Roi". En même temps qu'elle valut à son auteur un séjour de six mois en prison, elle lui assura un début de notoriété. Liberté de la presse, Honoré Daumier Lithographie, état unique, avec la lettre, 1834 1834. Épreuve sur blanc provenant du dépôt légal. 30,7 x 43,1 cm. Delteil 133. Publiée dans L'Association mensuelle de mars 1834 (20e planche et 2e de Daumier). BnF, Estampes et Photographie, Rés. AA3 (DAUMIER) Dans cette planche qui reprend sur un mode plus solennel, le thème de la lithographie Ah ! Tu veux te frotter à la presse, parue dans La Caricature, Daumier parvient à réaliser, selon Philipon, "un des meilleurs croquis politiques faits en France". Un vigoureux ouvrier imprimeur, sculpturalement dessiné au premier plan, attend de pied ferme Louis-Philippe, entouré de Jean-Charles Persil et Odilon Barrot (à l'arrière-plan gauche), alors que le sort de Charles X, secouru par les monarques étrangers (à droite), laisse présager celui qui sera réservé à Louis-Philippe s'il s'oppose à cette figure populaire de la liberté de presse. Durcissement de la censure en 1835 sur tous les dessins. Le délit d’opinion réapparaît. Les taxes sur les journaux augmentent. Texte de Victor Hugo (1848), sur la liberté de la presse : «[…] Le droit de suspension des journaux ! Mais, messieurs réfléchissez-y, ce droit participe de la censure par l'intimidation, et de la confiscation par l'atteinte à la propriété. La censure et la confiscation sont deux abus monstrueux que votre droit public a rejetés ! et je ne doute pas que le droit de suspension des journaux qui, je le répète, se compose de ces deux éléments abolis et détestables, confiscation et censure, ne soit jugé et prochainement condamné par la conscience publique. […] […] Eh bien, toutes les fois que ce grand principe sera menacé, il ne manquera pas, sur tous ces bancs, d'orateurs de tous les partis pour se lever et pour protester comme je le fais aujourd'hui. La liberté de la presse, c'est la raison de tous cherchant à guider le pouvoir dans les voies de la justice et de la vérité. (Sensations diverses). Favorisez, messieurs, favorisez cette grande liberté, ne lui faites pas obstacle ; songez que le jour où, après trente années de développement intellectuel et d'initiative par la pensée, on verrait ce principe sacré, ce principe lumineux, la liberté de la presse, s'amoindrir au milieu de nous, ce serait en France, ce serait en Europe, ce serait dans la civilisation tout entière l'effet d'un flambeau qui s'éteint ! […] » Sous la Seconde République (1848-1851) La Seconde république rétablit la liberté de la presse. Mais, avec le succès des conservateurs, une loi de juillet 1850 réduit à nouveau la liberté de la presse. Le 2 décembre 1851, les imprimeries furent occupées militairement, les journaux ne purent paraître sans autorisation préalable. Sous le Second Empire (1852-1870) Le décret de février 1852 emprunta à l'arsenal de la Restauration presque toutes ses mesures préventives contre les journaux. Le nom de censure n'était pourtant pas prononcé. Le caricaturiste André Gill, donnait une caricature par semaine au journal de F. Polo, La Lune, quand la censure en interdit la publication, au mois de décembre 1867. «La Lune devra subir une éclipse», dit un homme de loi. Il venait de donner, sans l'avoir voulu, son titre au journal qui allait succéder à La Lune, disparue, en effet, le 17 janvier 1868. Le 9 août 1868, apparition, si l'on peut dire, de L'Éclipse. Ce journal combatif tirant à 40 000 exemplaires est l’objet de 22 saisies, il disparaît en 1876 pour laisser place à la Lune rousse (1876-1879). La loi du 29 juillet 1881 : «  L’imprimerie et la librairie sont libres », la loi est adoptée à la chambre des Députés par 444 voix pour et 4 contre. « Tout journal ou écrit périodique peut être publié sans autorisation préalable et sans dépôt de cautionnement… » Au XXe siècle : des acquis mais la vigilance reste de mise… Albert Londres, journaliste, 1929 : « Je demeure convaincu qu'un journaliste n'est pas un enfant de chœur et que son rôle ne consiste pas à précéder les processions, la main plongée dans une corbeille de pétales de roses. Notre métier n'est pas de faire plaisir, non plus de faire du tort, il est de porter la plume dans la plaie. » Albert Camus, éditorial de Combat, le 31 août 1944 : « Notre désir, d'autant plus profond qu'il était souvent muet, était de libérer les journaux de l'argent et de leur donner un ton et une vérité qui mettent le public à la hauteur de ce qu'il y a de meilleur en lui. Nous pensions alors qu'un pays vaut souvent ce que vaut sa presse. Et s'il est vrai que les journaux sont la voix d'une nation, nous étions décidés, à notre place et pour notre faible part, à élever ce pays en élevant son langage. » 1945, Fédération nationale de la presse, issue de la Résistance : projet de déclaration des droits et des devoirs de la presse libre Article 1er : La presse n'est pas un instrument de profit commercial. C'est un instrument de culture, sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain. Article 2 : La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté. Article 3 : La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale ni des puissances d'argent, mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs. Paul Ricœur, philosophe, dans sa préface au livre de Jean Schwœbel, La presse, le pouvoir et l'argent (1968) : « La lutte pour l'indépendance des rédacteurs de presse, face au Pouvoir et à l'Argent, est un combat avec et contre le reste des mass media. Ceux-ci ont deux pentes: descendante et montante. La pente descendante, c'est celle de la presse commercialisée, pour qui l'information est une marchandise. Soumise aux impératifs de la publicité et des gros tirages, livrée à la recherche du sensationnel, elle amplifie les préjugés et les haines, et entretient l'égoïsme collectif des nations nanties, le chauvinisme instinctif et le racisme latent de la population. La presse de qualité est alors responsable, non seulement d'informer sur les faits et les événements, non seulement d'expliquer les tendances profondes de la société, mais encore de "parler contre" les préjugés de la foule. Ce que le public doit réclamer, ce dont il doit avoir l'appétit, c'est d'une presse qui résiste à cette pesanteur des mass media et lutte contre la tentation de manipuler, de dégrader, et parfois d'avilir, qui est celle de la presse commercialisée. » 1971 : déclaration des droits et des devoirs des journalistes, adoptée à Munich par les syndicats et les fédérations de journalistes des six pays constituant la Communauté européenne d'alors : « Le droit à l'information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout être humain. De ce droit du public à connaître les faits et les opinions procède l'ensemble des devoirs et des droits des journalistes. La responsabilité des journalistes vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l'égard de leurs employeurs et des pouvoirs publics. » 7 janvier 2015 : fusillade lors de la Réunion de Rédaction de Charlie hebdo, 12 morts dont quelques uns des plus grands dessinateurs français : Charb, Cabu, Wolinski, Tignous et Honoré. Représailles des islamistes contre le journal satirique qui avait publié des caricatures de Mahomet en soutien au journal danois Jyllands-Posten auteur d’une série de 12 caricatures du prophète parue le 30 septembre 2005. La Liberté de la presse est mise à mal une nouvelle fois dans l’histoire. Mais l’histoire nous enseigne également que la France s’est toujours battue pour sa Liberté de la presse. Le combat continue…

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
La masterclass d'Elise Noiraud
Live • 16/04/2021
La masterclass de Patrick Timsit
Live • 16/04/2021
La masterclass de Lolita Chammah
Live • 16/04/2021
La masterclass de Tania de Montaigne
Live • 08/03/2021
La masterclass de Sara Giraudeau
Live • 08/03/2021
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication