Mazen Kerbaj
Publié le 09/01/2015

Je pense...


Mazen Kerbaj n’a jamais voulu être cosmonaute.
Il travaille depuis sa plus tendre enfance à devenir auteur de bande dessinée, musicien, peintre, barbu et arabe. Il espère être sur le bon chemin pour assouvir cette ambition démesurée.

> www.kerbaj.com

(Dernière mise en jour il y a un paquet d’années. Sinon il y a toujours ce bon vieux Google)

 

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Le 24 mars 2014 à 10:19
Le 19 janvier 2015 à 10:31
Le 21 septembre 2011 à 08:41

Les amis qui viennent au Liban sont toujours sidérés de voir comment on arrive à vivre dans ce foutoir

Dans quel état est le Liban ? Lamentable à tous les niveaux, notamment au niveau gouvernemental et de l'Etat. Mais j’oserais dire qu’on est habitué à vivre dans cette merde, on s’en arrange très bien. Les amis qui viennent sont toujours sidérés de voir comment on arrive à vivre dans ce foutoir. Mais en même temps, on n’a pas Hadopi, on télécharge gratuitement, tu peux acheter n’importe quel nouveau programme pour 1$. Tu peux fuir les impôts sans problème, tout le monde s’en fout. De toute façon, la corruption passe au-dessus de tout ça. C’est des petites conneries qui contrebalancent la merde dans laquelle on vit et qui font qu’on est bien content de vivre là-bas. C’est bien sûr affreux, la corruption dans l’Etat. Mais d'un côté, la vie de tous les jours est un peu moins prise de tête qu’en Europe. Si à trois heures du matin tu arrives à un feu rouge et qu’il n’y a personne, tu peux passer. Même s’il y a un policier. Tu as encore ton libre-arbitre. Mais, on vit aussi dans un état d’entre-deux-guerres. On ne sait pas d’où elle va venir : est-ce que c’est d’Israël ? Est-ce que c’est une guerre civile ? Il y a plein de scénarios possibles et ça, c’est dur. Depuis qu’on est jeune, au Liban, on a appris à ne pas faire de projets à long terme. Dans trois ans, il y a de fortes chances que tu ne sois plus ici ou que tu ne sois plus du tout. C’est une vie au jour le jour et je m’en arrange très bien. Quand j'étais plus jeune, je voulais venir en France ou en Belgique, dans un pays francophone où j’aurais pu faire de la bande dessinée. Mais en voyageant avec les tournées de musique, j’ai découvert que ça n'est pas mieux ailleurs. Bien sûr ici il y a des subventions pour la culture, il n’y a pas de guerre. Mais en contrepartie, il y a aussi de moins bonnes choses. > Mazen Kerbaj "Gens de Beyrouth - gens de Paris", exposition à la librairie du Théâtre du Rond-Point jusqu'au 14 octobre 2011En partenariat avec les associations libanaises ASSABIL, les amis des bibliothèques publiques, et KITABAT, association pour le développement des ateliers d'écriture, et avec le soutien financier de la Région Ile-de-France

Le 29 avril 2015 à 10:13

Willem est grand !

Famine en Afrique, terrorisme, naufrages de migrants en méditerranée, montée du FN, crise de la zone euro, conflit israëlo-palestinien, chômage, faits divers sordides, djihadisme, guerre en Syrie, obscurantisme religieux, attentats contre Charlie Hebdo... Avouez qu'une telle liste a tout pour vous donner envie de vous exiler sur une autre planète voire de vérifier par vous-même le bon fonctionnement de votre gazinière en y plongeant la tête. Tous ces drames qui ponctuent nos journaux télévisés et hantent nos cauchemars ne nous incitent guère à nous fendre la poire. Pourtant un homme réussit l'exploit d'aborder ces sujets tout en nous redonnant un peu de ce sourire qui nous a tellement manqué ces derniers mois, depuis que des crétins surarmés ont décidé de venger une hypothèse en assassinant des symboles. Et c'est homme c'est Willem. Ces dessinateurs, Willem les a côtoyés pendant de longues années au sein de la rédaction de Charlie Hebdo et s'il ne fait partie de la liste des victimes, il ne le doit qu'à son peu de goût pour les conférences de rédaction. Contre cette chape de tristesse qui s'est abattue sur nous le 7 janvier, il se lève pour scander un tonitruant « même pas mort », un geste de vie avec ce Willem Akbar qu'il publie chez les Requins Marteaux. Près de 100 dessins initialement publiés dans Libération et dans Charlie, comme autant de refus de se taire face à toutes les tragédies du monde. La justesse et la sincérité de son propos, sa sensibilité et l'acuité de son trait font de ce livre une œuvre aussi puissante qu'élégante, pleine de poésie et de lucidité. Quand beaucoup d'entre nous détournent la tête pour préserver la sérénité de leur sommeil, Willem ouvre grands ses yeux sur la planète et ne baisse pas le regard face aux atrocités du quotidien. Et si ce livre réunit tous les malheurs du monde ce n'est pas jamais par goût de la noirceur ou du cynisme : Willem ne fait que rendre ses coups à cette saloperie ambiante qui tente de nous faire abdiquer. Willem est un puncher et il frappe fort. Sans concessions, sans jamais baisser la garde. Jusqu'à la victoire, toujours !  

Le 17 mars 2015 à 09:12
Le 13 mai 2014 à 09:54

On ne choisit pas sa famille

- Bonjour, que puis-je faire pour vous ? - Je voudrais des cousins. Quatre ou cinq cousins. Comprenez, je n'ai pas eu la chance d'en avoir et ça me manque, pour la complicité et tout. - Il y en a un peu plus, ça ira quand même ? - Oui, oui, très bien... ah non, mais celui-là, il est tout petit ! Que voulez-vous que j'en fasse ? - C'est vendu par lots, monsieur. On ne choisit pas sa famille. C'est connu. - On ne choisit pas sa famille ? - Non, monsieur. On choisit ses amis. - Les miens, laissez-moi vous dire que je ne les ai pas vraiment choisis. - C'est votre problème, monsieur. - Tout de même, je trouve qu'on devrait pouvoir choisir sa famille. Après tout, la famille est le fondement de la société. Et qui bien choisit son fondement mieux bâtit sa maison. - Bon. Ok. Je reprends le tout petit. Mais c'était le rigolo de la famille, celui avec lequel vous auriez des souvenirs de bêtises de gosse. Celui qui vous aurait emmené faire les 400 coups. A la place, je peux vous mettre une cousine très religieuse. - Je ne pourrais pas avoir plutôt une cousine un peu... - Un peu... ? - Ben je sais pas, elle aurait deux ans de plus, elle m'aurait appris des gros mots et à cracher et puis elle m'aurait montré ses seins, aussi, quand on était petits et puis on aurait une grande complicité parce qu'elle ne s'entendrait pas trop bien avec ses parents ? - Vous avez vu ça dans un film français ? Non, on n'en fait plus, des comme ça. - Bon ben, je sais pas, mettez-moi quand même le cousin tout petit. - Il vient de partir, monsieur, dans une famille bretonne. - C'est très contrariant. - Oui. - Bon et en beaux-frères, qu'est-ce qu'il vous reste ?

Le 15 octobre 2010 à 08:00

Au secours les mots : Thierry Illouz défend le mot "cité"

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Postez vous aussi vos contributions ici.Les enjeux du langage dépassent largement la constatation objective d’une évolution, d’un simple glissement sémantique, ainsi ils incorporent tous les mécanismes de la désignation, de la stigmatisation de la disqualification.J’aimerais prendre pour exemple le mot magnifique de "cité". Son sens premier que je découvrais avec passion dans mes livres d’histoire est celui de la réunion, de ce tout qui englobe, qui tisse entre les gens un lien de coïncidence, non seulement géographique mais aussi moral et politique. La cité c’est le lieu où s’accomplit et s’épanouit l’idéal démocratique, c’est le lieu de la parole commune, de la parole entendue.
 Et pourtant par une forme d’intention sociale, médiatique ou politique le mot s’est chargé d’une connotation, d’un poids, d’un sens qui non seulement diffèrent de son sens premier mais en véhiculent littéralement le contraire. Etre un jeune des cités, c’est en effet porter le poids d’une rupture d’avec le groupe, d’une mise hors du collectif, une relégation, une défiance, un rejet.Habiter les cités ne signifie plus en rien aujourd’hui participer de la démocratie d’un espace commun structuré et attentif aux attentes de ses acteurs mais simplement vivre dans de vastes ensembles architecturaux où sont parquées ce que l’on peut appeler sans risquer d’être contredit "les classes dominées".Que ce terme noble, exigeant, philosophique depuis la Grèce antique soit devenu le symbole de ce mépris de cette distance dans tous les sens du terme mérite l’examen, ne pensez-vous pas ?Et peut-être surtout parce que le reproche permanent adressé aux habitants des « cités » consiste, on se pince pour le croire, dans l’absence de sens "citoyen", de sens "civique" tandis que ces populations comparaissent dans les tribunaux comme à la une des journaux au titre de toutes les "incivilités".Il faut commencer par s’occuper des mots, je le crois, ce sont les indicateurs et les indices de tous les mauvais virages et ce sont aussi souvent les protections, les parapets, les remparts.Je voudrais si j’en avais seul le pouvoir remettre le mot "cité" sur son pied, d’égalité s’entend, de respect, de considération, c’est cela la cité que je veux, la vraie et dont je fais partie.Le sort des mots est parfois un combat et sur ce terrain comme sur bien d’autres, comme le disait Brecht : "Si tu ne participes pas à la lutte, tu participes à la défaite."  Thierry Illouz est avocat et écrivain. Le 20 octobre 2010 à 19h30, il plaidera pour la défense des monstres dans la salle Topor du Théâtre du Rond-Point. (voir lien ci-dessous)

Le 11 septembre 2010 à 09:47
Le 3 décembre 2012 à 09:47
Le 3 mars 2011 à 08:07

Didier de Chousy

Les cracks méconnus du rire de résistance

« — Cette histoire n’est même pas vraisemblable, me disait un de mes amis, à qui je venais de la raconter, tous les personnages y sont fous.—  C’est justement cela qui me donne à croire qu’elle est vraie, lui répondis-je avec mon bon sens des meilleurs jours. » (Ignis)On ne sait rien rien rien rien sur lui, quand il a vu le jour, quand il a tourné le coin, ce qu’il a fait dans la vie, ce qu’il a vécu dans les faits. Hormis qu’il aurait été à la fois un vrai comte et un receveur des finances patenté, et qu’il aurait compté parmi ses mauvaises fréquentations Villiers de l’Isle-Adam, Charles Cros et quelques piliers du club des Hydropathes. La seule donnée sûre, certaine et canon qu’on ait, c’est que Didier de Chousy a frigoussé en 1883 un ébesillant chef-d’œuvre du rire corrosif complètement pété du casque, Ignis*, étrangement ignoré toujours aujourd’hui, y compris par les fans de science-fiction et d’utopies bien dévissées.L’auteur y préconise fort méthodiquement un régime politico-social de rêve : la pantopantarchie, à savoir le règne féerico-loufoque de tous sur tout. « Chaque citoyen en naissant trouve une couronne dans son berceau et, arrivé en âge de manier un sceptre, exerce le pouvoir absolu, sans autre limite que l’absolu pouvoir de son voisin. L’autorité si nécessaire et la liberté plus précieuse se trouvent donc exactement pondérées. Ce mode de gouvernement a été mal jugé par des personnes qui n’ont pas compris que, si une pareille forme de houlette ne pouvait pas suffire aux anciens rois, pasteurs de peuples pauvres, souffrants, enclins à la révolte, elle convenait à un peuple millionnaire et heureux, assez heureux et assez riche pour que le plus avide soit rassasié dans un état social arrivé à l’égalité vraie, à l’égalité obtenue sans abaisser les sommets et sans faucher les hautes tiges, à l’égalité sur les cimes, par l’accession de toutes les tiges à la lumière, de toutes les têtes à la couronne, par l’élévation de tout un peuple sur un trône assez solide et assez large pour l’asseoir. »Ce qui permet techniquement à chaque habitant d’Industria City d’être, dans un même temps, millionnaire et roi, c’est la conquête géothermale collective du Feu central, une « force soumise » libérant plus d’un million de chevaux-vapeur par jour et affranchissant, du coup-même, tout le monde « du travail et de la peine, de la sueur, des larmes. »L’autre base de la révolution pantopantarchique, c’est la relève totale du prolétariat par les hommes-machines ou Atmophytes, « une race d’animaux mécaniques assez forts pour nous servir, assez bêtes pour nous aimer (…) ne s’arrêtant que sur l’ordre de leurs manomètres pour aller boire aux fontaines publiques qui leur versent l’air comprimé, l’électricité ou la vapeur, c’est-à-dire la force et la vie. » Une « population d’automates » « conversant entre eux par un coassement guttural » assez semblable à celle qu’imaginera très sérieusement, pour sa part, Oscar Wilde, huit ans plus tard, dans son manifeste anarchiste contre le travail L’Âme de l’homme sous le socialisme** .Dans « la civilisation merveilleuse » détaillée par Didier de Chousy, les saisons et les climats seront réglés par des robinets à vapeur. La flore sera « redessinée, recoloriée, refaite par d’incomparables chimistes ». « La faune sera remaniée » par des croisements habiles et des greffes bizarres. « Des merles blancs seront rendus jaune par une infusion de bile. Des serins seront voués au bleu par une nourriture à base de poivre. Et, « pour répondre à des problèmes plus élevés », seront mis au point pour la promenade et pour la chasse des « Horse-Dogs », soit des « chevaux-chiens » relevant aussi bien du chien de selle que du cheval d’arrêt. Les malades seront guéris grâce à « l’homéochromopathie ». Les hypocondriaques retrouveront « la gaieté dans des cabanons en verre noir dépoli. Les intelligences tardives ou anémiques, les gâteux et les idiots se développeront à miracle placés au soleil, les yeux grands ouverts, sous des cloches à melon : méthode imitée de la nature, qui a fait l’œil en forme de globe ou de lentille afin que les rayons solaires s’y concentrent et activent la maturation du cerveau. » Quant à l’éclairage des villes, il sera assuré par une « glu héliovorace » qui captera les rayons du soleil, en vertu de quoi « la ville entière, ses habitants, leurs vêtements de nuit et d’hiver seront enduits de soleil et rendus éclatants et chauds ». Alors que « l’éclairage de la campagne sera obtenu, sans dépense, avec le concours des vers luisants du pays dont une bonne sélection et des croisements habiles accroîtront la taille et développeront l’aptitude photogénique. » « Quel décor que seront ces champs inondés de feu, cette ville suant le soleil, ces rues parquetées de rayons, peuplées d’une foule étincelante, aux habits resplendissants, où chaque passant sera une lueur, un éclat, un scintillement, une flamme de feu de joie, un animalcule de la phosphorescence ».L’humanité dès lors « n’aura plus qu’à se laisser vivre au milieu des luxuriances édéniques du nouveau monde qu’elle aura créé ».* Réédité en 2008 par Terre de brume.** Cf. Les Oeuvres de Wilde en Pléiade ou en Pochothèque.

Le 12 novembre 2015 à 10:57

Lectures incandescentes dans l'anthropocène

Oui, ça va chauffer grâce, notamment, à quelques très enflammants livres séditieux sortis ces temps derniers qu’on peut artistiquement chauffer ou échanger contre de la braise dans les Fnac belgo-françaises. Humour incendiaire Deux monstrueuses merveilles à l’iconographie turbosoufflante. 1. Dans le ventre de Hara Kiri des super photographes-voyous Arnaud Baumann & Xavier Lambours (La Martinière) où l’on se fend frappadinguement la gueule, en format géant, avec les turlupins assassinés le 7 janvier, ils sont tous là, mais également avec les autres tueurs à gags historiques du gang bête et méchant, Cavanna, Berroyer, Vuillemin, Coluche, Willem, Copi, Gébé, Reiser, Siné. 2. Avec les mêmes fous furieux pourris gâtés de talent renforcés par Luz, Fred, Gaccio, Topor, Bouyxou ou Delépine, Ça, c’est Choron ! (Glénat) où on nous rappelle en passant que pour « l’icône des déconnants », l’abominable Professeur Choron, qui créa Hara Kiri, Charlie, La Mouise, Grodada, le comble du courage, ce n’était pas « d’arrêter de fumer mais de fumer cinq paquets par jour sans tousser ». Poésie sulfureuse La Correspondance posthume 1912-1920 d’Arthur Rimbaud (Fayard – plus de 1300 pages !) démontre à quel point le plus renommé des poètes d’en France fut aussi le pire des fouteurs de bordel, taguant sur l’église de Charleville « merde à Dieu ! », c’est bien connu, mais encore s’insoumettant à la loi militaire française, semant la zizanie avec sa canne-épée et hurlant à la lune : « Maintenant je peux dire que l’art est une sottise. », « Brisons les sceptres et les crosses ! », « Allons, feignons, fainéantons ! » Dessins impitoyables Le gargantuesque Cahier dessiné 2015 orchestré par Frédéric Pajak offre un panorama épastrouillant des dessins cinglants d’hier et d’aujourd’hui « n’étant jamais là où on les attend ». Au programme, outre les fusées d’obus de Vuillemin, Ungerer, Gébé, Copi, Reiser, Siné, Willem, les caricatures d’Hugo, les hiéroglyphes de Steinberg, les logogrammes de Dotremont, les lithos trash de Topor, les encres désaxantes d’Alechinsky mais également les crayonnages de Bruno Schulz, qui désacralisa le judaïsme, les aquarelles chaotiques d’Otto Wulz, les acryliques sur papier sulfureux de Jean Raine, les gravures profanatrices de Stéphane Mandelbaum, assassiné à la Pasolini, ou les fusains mutants du très regretté pataphysicien Olivier O. Olivier. Chansons ravageuses Grâce aux éditions du Cherche Midi, on peut enfin vadrouiller dans le Journal (et autres carnets inédits) que tint Georges Brassens entre 1963 et 1981 dans lequel les ébauches de chansons (Cupidon s’en fout) voisinent avec les confidences percutantes, les saillies provocatrices (« Parlez-moi d’amour, je vous fous mon poing sur la gueule »), les professions de foi salées (« Je tiens les religions pour un grave danger » « Je serai content quand il n’y aura plus un seul ancien combattant »), les paradoxes truculents (« J’ai beaucoup de respect pour les femmes, ces putains ! ») ou avec les aphorismes scabreux (« Il ne suffit plus au riche de s’excuser, il faut qu’il se tue »). Polars trouble-fêtes Sous le titre Tout doit disparaître, Gallimard réédite cinq des premières séries noires libertaires totalement azimutées d’un des principaux héritiers de Jean-Patrick Manchette, le romancier Jean-Bernard Pouy, qui, depuis son fameux Spinoza encule Hegel, personnifie comme pas un dans sa vie et son œuvre l’esprit « amitié et alcool, révolte et rock ‘n’ roll ». Je tiens le philosophe forain et « dépravateur de concepts » Alain Guyard, le fricasseur des formidables 33 leçons de philosophie par et pour les mauvais garçons et de La Zonzon, pour un des rares écrivains populaires furieusement inspirés de la décennie. Son dernier-né, La Soudure, qui sort à son tour au Dilettante, c’est super inventif sur le plan narratif et stylistique et c’est irrécupérable par la bonne société : ses jeunes héros, Ryan et Cindie, ont fort envie de « commencer une formation diplômante dans les métiers de la délinquance » mais y a un lézard : ils ne veulent pas devenir braqueurs, la violence les dégoûtant, ni dealers pour ne pas « empoisonner les gens avec de la came ». Qu’à cela ne tienne, c’est au cambriolage anarchisant à la Georges Darien qu’ils vont s’initier en ne s’en prenant qu’aux coffiots des « plein-de-truffe ». Court essai canon Le retour, à La Découverte, avec une nouvelle préface qui s’imposait, de Rien n’est sacré, tout peut se dire (2003) de l’ex-situ belge Raoul Vaneigem, une des meilleures charges existantes contre les multiples visages de la censure. Pour Vaneigem, comme pour un Jean Bricmont, c’est clair et net comme raclette, la liberté d’expression ne peut souffrir aucune limitation, qu’elle soit politique, morale ou juridique. « Les opinions – même les plus odieuses, les plus répugnantes, les plus hostiles à la liberté – ne doivent redouter ni censure ni sanctions. » Mais attention, tant que ce ne sont que des opinions, souligne bien Vaneigem. Et de préciser à l’heure du massacre de Charlie et du passage ahurissant du co-auteur (Robert Ménard) de Rien n’est sacré… à l’extrême droite : « Tolérance pour toutes les opinions, intolérance pour tout acte d’inhumanité. » Bédés pétroleuses Un comic strip et un illustré  féministes tout à fait au poil (c’est rare !). Journal d’une femen de Dufranne et Lefebvre (Le Lombard) qui relate de façon très documentée comment de nos jours on devient une redoutable amazone du désordre. Et La Reconstitution (Actes Sud/L’An2), l’autobiographie hyperbandante de la bédéiste-agitatrice issue de Charlie mensuel Chantal Montellier, laquelle, lorsqu’on lui demandait avant 68 ce qu’elle voulait faire plus tard, répondait fort sérieusement : « peintre maudit ». Roman sacripant Frigoussé par un prof à l’IHECS/Bruxelles étrangement facétieux, Jean Lemaître, La Révolte des Gilles de Binche (Audace/La Roulotte théâtrale), dotée d’une splendide couverture à l’huile de vitriol du compère Serge Poliart, annonce la couleur en se plaçant sous le parrainage du surréaliste pyromanesque Achille Chavée (« Il ne faut jamais ternir sa mauvaise réputation ») et en conviant d’entrée de jeu ses lecteurs à redevenir des petits garnements déchaînés narguant l’esprit de sérieux et toutes les liturgies. Livre de cinéma explosif Collaboration du chercheur à l’université d’Harvard Ben Urwand (Bayard) est une bombe. Car il dévoile la vraie raison pour laquelle les studios hollywoodiens n’ont quasiment pas produit entre 1933 et 1941 de films hostiles au régime nazi, et ont tu leur gueule à propos du sort réservé aux Juifs d’Europe. L’explication, c’est que pendant cette période un pacte secret avait été conclu entre Hitler et les big boss d’Hollywood prêts à tout pour conserver la maîtrise du marché du film en Allemagne. Livre d’art scandaleux Les éditions Allia ressuscitent les exceptionnels Entretiens avec Pierre Cabanne de Marcel Duchamp qui eurent lieu en 1966 deux ans avant que celui-ci ne casse son porte-bouteilles. L’artiste y avoue que, pour lui, « travailler pour vivre est un peu imbécile », qu’il chérit « son fonds de paresse énorme » personnelle, qu’il ne croit pas « à la fonction créatrice de l’artiste qui est un homme comme les autres », que « nous sommes tous, en fait, des artisans », que de toute façon « un tableau qui ne choque pas n’en vaut pas la peine », que « sa meilleure œuvre a été l’emploi de son temps », que d’ailleurs « chaque seconde, chaque respiration est une œuvre ». Et ça continue sur ce ton mordicant et revenu de tout qui est lui-même une œuvre.

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