Mazen Kerbaj
Publié le 09/01/2015

Je pense...


Mazen Kerbaj n’a jamais voulu être cosmonaute.
Il travaille depuis sa plus tendre enfance à devenir auteur de bande dessinée, musicien, peintre, barbu et arabe. Il espère être sur le bon chemin pour assouvir cette ambition démesurée.

> www.kerbaj.com

(Dernière mise en jour il y a un paquet d’années. Sinon il y a toujours ce bon vieux Google)

 

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Le 3 décembre 2012 à 09:47
Le 4 juin 2010 à 10:00

Zapiro

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (4)

Non, il ne signe pas ses dessins d’un Z qui veut dire Zapiro, son nom de caricaturiste. Même si le Sud-africain Jonathan Shapiro est un bretteur et qu’il ferraille depuis vingt-cinq ans, d’abord comme militant anti-apartheid puis comme dessinateur critiquant l’actuel président, le controversé Jacob Zuma qu’il chapeaute d’un pommeau de douche depuis que celui-ci a déclaré en 2006 lors de son procès pour le viol d’une femme séropositive, qu’il s’était douché après l’acte sexuel pour minimiser les risques d’infection. Résultat ? L’arroseur arrosé. Plus le président sud-africain dérape, plus la pomme de douche, devenue un baromètre de vérité, se rapproche de sa tête. Zuma qui n’a pas non plus apprécié lors de son procès pour corruption, d’être représenté sur le point de violer la justice incarnée par une femme maintenue par ses alliés politiques a, d’ailleurs, intenté plusieurs procès en diffamation à Zapiro. La justice n’a pas encore tranché.Dénoncer par l’humour la bêtise et les violations du droit, frapper d’estoc avec son crayon, telle est la mission de cet élève d’Art Spiegelman et de Will Eisner. Mais porter des armes, jamais. Comme il s’y refusait lors de son service militaire, un caporal aussi idiot qu’obtus lui fit monter la garde du camp avec… une perche de plomb. La scène aurait pu sortir d’un court-métrage de Charlot. En 1987, le blanc Jonathan Shapiro a alors 29 ans, il est arrêté pour son appartenance au Front démocratique uni, fédérant près de 700 organisations anti-apartheid. Devenu l’année suivante collaborateur de publications progressistes, il est à nouveau mis sous les verrous par la police de sécurité. Seize ans après la fin de l’apartheid, la caricature reste, pour Zapiro, un sport de combat. En témoigne ce récent dessin (publié dans le Sunday Time le 23 mai 2010) où il s’est croqué marchant avec prudence sur un champ de mines, lesquelles sont des coiffes religieuses dépassant du sol. Le 20 mai, après une fatwa visant des collègues, il publie dans le Sunday Times une vignette où Mahomet est allongé sur un divan. « D’autres prophètes ont des disciples, déplore-t-il, avec le sens de l’humour. » A voir…La Coupe du monde de football qui se tient du 11 juin au 11 juillet dans son pays sera, à n’en pas douter, pour Zapiro une source féconde et féroce d’inspiration. Déjà, il s’en donne à cœur joie. Zapiro, roi du tacle. > www.zapiro.com

Le 1 septembre 2010 à 11:11

"Je subis depuis deux, trois mois une sorte de lapidation médiatique assez impressionnante"

Eric Woerth, ministre du Travail, interview dans Le Parisien/Aujourd?hui, lundi 30 août 2010

C’est sans doute sa contribution personnelle à la campagne de solidarité en faveur de Sakineh Mohammadi-Ashtiani, cette iranienne condamnée à la lapidation pour un adultère dont l’aveu lui a été arraché – dans les divers sens du terme – par ses bourreaux islamistes. Plus que de la sympathie, de l’empathie. Ceux qu’un tel parallèle révolte n’ont pas dû prendre la mesure de l’extrème gravité du sort particulier d’Eric Woerth. Au moment où il s’exprime Sakineh attend, dans sa cellule de la prison de Tabriz, confirmation de la sentence par un tribunal islamique, alors que lui est en cours d’exécution, sans aucun sursis du tribunal médiatique. Une crauté sans nom. En Iran, le supplicié a le corps demi-enseveli exposé aux lanceurs de pierres, mais au moins on lui recouvre le visage. En France, au lieu d’objets contendants – ni trop petits, ni trop gros pour faire durer l’agonie – on arrose de « papiers » confondants – ni trop courts, ni trop longs – on bombarde de sons et d’images à heures fixes, sans que le malheureux puisse y échapper, faute d’avoir été rendu sourd et aveugle par une toile serrée autour de son cou. Et tout ça pour quoi ? Pas même un adultère, il aurait juste été trop attentif au sort de son épouse, et peut-être trop attentionné envers un bienfaiteur de son parti, décoré de la légion d’honneur. Que de la générosité. C’est ainsi que cet homme est grand.

Le 13 mai 2014 à 09:54

On ne choisit pas sa famille

- Bonjour, que puis-je faire pour vous ? - Je voudrais des cousins. Quatre ou cinq cousins. Comprenez, je n'ai pas eu la chance d'en avoir et ça me manque, pour la complicité et tout. - Il y en a un peu plus, ça ira quand même ? - Oui, oui, très bien... ah non, mais celui-là, il est tout petit ! Que voulez-vous que j'en fasse ? - C'est vendu par lots, monsieur. On ne choisit pas sa famille. C'est connu. - On ne choisit pas sa famille ? - Non, monsieur. On choisit ses amis. - Les miens, laissez-moi vous dire que je ne les ai pas vraiment choisis. - C'est votre problème, monsieur. - Tout de même, je trouve qu'on devrait pouvoir choisir sa famille. Après tout, la famille est le fondement de la société. Et qui bien choisit son fondement mieux bâtit sa maison. - Bon. Ok. Je reprends le tout petit. Mais c'était le rigolo de la famille, celui avec lequel vous auriez des souvenirs de bêtises de gosse. Celui qui vous aurait emmené faire les 400 coups. A la place, je peux vous mettre une cousine très religieuse. - Je ne pourrais pas avoir plutôt une cousine un peu... - Un peu... ? - Ben je sais pas, elle aurait deux ans de plus, elle m'aurait appris des gros mots et à cracher et puis elle m'aurait montré ses seins, aussi, quand on était petits et puis on aurait une grande complicité parce qu'elle ne s'entendrait pas trop bien avec ses parents ? - Vous avez vu ça dans un film français ? Non, on n'en fait plus, des comme ça. - Bon ben, je sais pas, mettez-moi quand même le cousin tout petit. - Il vient de partir, monsieur, dans une famille bretonne. - C'est très contrariant. - Oui. - Bon et en beaux-frères, qu'est-ce qu'il vous reste ?

Le 29 avril 2015 à 10:13

Willem est grand !

Famine en Afrique, terrorisme, naufrages de migrants en méditerranée, montée du FN, crise de la zone euro, conflit israëlo-palestinien, chômage, faits divers sordides, djihadisme, guerre en Syrie, obscurantisme religieux, attentats contre Charlie Hebdo... Avouez qu'une telle liste a tout pour vous donner envie de vous exiler sur une autre planète voire de vérifier par vous-même le bon fonctionnement de votre gazinière en y plongeant la tête. Tous ces drames qui ponctuent nos journaux télévisés et hantent nos cauchemars ne nous incitent guère à nous fendre la poire. Pourtant un homme réussit l'exploit d'aborder ces sujets tout en nous redonnant un peu de ce sourire qui nous a tellement manqué ces derniers mois, depuis que des crétins surarmés ont décidé de venger une hypothèse en assassinant des symboles. Et c'est homme c'est Willem. Ces dessinateurs, Willem les a côtoyés pendant de longues années au sein de la rédaction de Charlie Hebdo et s'il ne fait partie de la liste des victimes, il ne le doit qu'à son peu de goût pour les conférences de rédaction. Contre cette chape de tristesse qui s'est abattue sur nous le 7 janvier, il se lève pour scander un tonitruant « même pas mort », un geste de vie avec ce Willem Akbar qu'il publie chez les Requins Marteaux. Près de 100 dessins initialement publiés dans Libération et dans Charlie, comme autant de refus de se taire face à toutes les tragédies du monde. La justesse et la sincérité de son propos, sa sensibilité et l'acuité de son trait font de ce livre une œuvre aussi puissante qu'élégante, pleine de poésie et de lucidité. Quand beaucoup d'entre nous détournent la tête pour préserver la sérénité de leur sommeil, Willem ouvre grands ses yeux sur la planète et ne baisse pas le regard face aux atrocités du quotidien. Et si ce livre réunit tous les malheurs du monde ce n'est pas jamais par goût de la noirceur ou du cynisme : Willem ne fait que rendre ses coups à cette saloperie ambiante qui tente de nous faire abdiquer. Willem est un puncher et il frappe fort. Sans concessions, sans jamais baisser la garde. Jusqu'à la victoire, toujours !  

Le 21 mai 2010 à 16:00

Ce mortel ennui

Savez-vous ce que disait Cioran : « Mais que faisait donc Socrate le dimanche après-midi ? »

Et si ce grand essayiste sous-entend par là que Socrate s’emmerdait le dimanche, cela mérite sans doute réflexion. Autant il n’y a pas lieu de craindre le dimanche matin avec ses odeurs de pain grillé, ses marchés, ses messes, ses journaux, son attente chez le pâtissier, autant il y a lieu de redouter la crise existentielle post rosbif-purée dominical et les chamailleries familiales qui l’accompagnent. On a l’impression de se lever de table avec la tête du condamné à mort après son dernier repas. On parcourt distraitement la pile de journaux ; on se surprend même à regarder les annonces matrimoniales et la rubrique astrologique. Certains tenteront de faire la queue pour aller voir un film soporifique ; d’autres traîneront leur ennui dans des parcs fréquentés par des chiens promenant leurs propriétaires où de jeunes pères divorcés s’initient au plaisir du bac à sable. Pour d’autres le problème sera de tenir jusqu’au soir pendant ces heures qui n’ont pas le même nombre de minutes que celles de la semaine. Reste la lecture ; Stendhal ? Au hasard vous lisez « Je ne puis pas encore m’expliquer aujourd’hui, à cinquante-deux ans, la disposition au malheur que me donne le dimanche… », Paul Morand ?  « Le dimanche on échange les ennuis de la semaine contre l’Ennui… ». Décidément, vous vous dites que Jacques Brel n’avait pas tort « Il n’y a pas que les taureaux qui s’ennuient le dimanche »…

Le 19 janvier 2015 à 10:31
Le 12 novembre 2015 à 10:57

Lectures incandescentes dans l'anthropocène

Oui, ça va chauffer grâce, notamment, à quelques très enflammants livres séditieux sortis ces temps derniers qu’on peut artistiquement chauffer ou échanger contre de la braise dans les Fnac belgo-françaises. Humour incendiaire Deux monstrueuses merveilles à l’iconographie turbosoufflante. 1. Dans le ventre de Hara Kiri des super photographes-voyous Arnaud Baumann & Xavier Lambours (La Martinière) où l’on se fend frappadinguement la gueule, en format géant, avec les turlupins assassinés le 7 janvier, ils sont tous là, mais également avec les autres tueurs à gags historiques du gang bête et méchant, Cavanna, Berroyer, Vuillemin, Coluche, Willem, Copi, Gébé, Reiser, Siné. 2. Avec les mêmes fous furieux pourris gâtés de talent renforcés par Luz, Fred, Gaccio, Topor, Bouyxou ou Delépine, Ça, c’est Choron ! (Glénat) où on nous rappelle en passant que pour « l’icône des déconnants », l’abominable Professeur Choron, qui créa Hara Kiri, Charlie, La Mouise, Grodada, le comble du courage, ce n’était pas « d’arrêter de fumer mais de fumer cinq paquets par jour sans tousser ». Poésie sulfureuse La Correspondance posthume 1912-1920 d’Arthur Rimbaud (Fayard – plus de 1300 pages !) démontre à quel point le plus renommé des poètes d’en France fut aussi le pire des fouteurs de bordel, taguant sur l’église de Charleville « merde à Dieu ! », c’est bien connu, mais encore s’insoumettant à la loi militaire française, semant la zizanie avec sa canne-épée et hurlant à la lune : « Maintenant je peux dire que l’art est une sottise. », « Brisons les sceptres et les crosses ! », « Allons, feignons, fainéantons ! » Dessins impitoyables Le gargantuesque Cahier dessiné 2015 orchestré par Frédéric Pajak offre un panorama épastrouillant des dessins cinglants d’hier et d’aujourd’hui « n’étant jamais là où on les attend ». Au programme, outre les fusées d’obus de Vuillemin, Ungerer, Gébé, Copi, Reiser, Siné, Willem, les caricatures d’Hugo, les hiéroglyphes de Steinberg, les logogrammes de Dotremont, les lithos trash de Topor, les encres désaxantes d’Alechinsky mais également les crayonnages de Bruno Schulz, qui désacralisa le judaïsme, les aquarelles chaotiques d’Otto Wulz, les acryliques sur papier sulfureux de Jean Raine, les gravures profanatrices de Stéphane Mandelbaum, assassiné à la Pasolini, ou les fusains mutants du très regretté pataphysicien Olivier O. Olivier. Chansons ravageuses Grâce aux éditions du Cherche Midi, on peut enfin vadrouiller dans le Journal (et autres carnets inédits) que tint Georges Brassens entre 1963 et 1981 dans lequel les ébauches de chansons (Cupidon s’en fout) voisinent avec les confidences percutantes, les saillies provocatrices (« Parlez-moi d’amour, je vous fous mon poing sur la gueule »), les professions de foi salées (« Je tiens les religions pour un grave danger » « Je serai content quand il n’y aura plus un seul ancien combattant »), les paradoxes truculents (« J’ai beaucoup de respect pour les femmes, ces putains ! ») ou avec les aphorismes scabreux (« Il ne suffit plus au riche de s’excuser, il faut qu’il se tue »). Polars trouble-fêtes Sous le titre Tout doit disparaître, Gallimard réédite cinq des premières séries noires libertaires totalement azimutées d’un des principaux héritiers de Jean-Patrick Manchette, le romancier Jean-Bernard Pouy, qui, depuis son fameux Spinoza encule Hegel, personnifie comme pas un dans sa vie et son œuvre l’esprit « amitié et alcool, révolte et rock ‘n’ roll ». Je tiens le philosophe forain et « dépravateur de concepts » Alain Guyard, le fricasseur des formidables 33 leçons de philosophie par et pour les mauvais garçons et de La Zonzon, pour un des rares écrivains populaires furieusement inspirés de la décennie. Son dernier-né, La Soudure, qui sort à son tour au Dilettante, c’est super inventif sur le plan narratif et stylistique et c’est irrécupérable par la bonne société : ses jeunes héros, Ryan et Cindie, ont fort envie de « commencer une formation diplômante dans les métiers de la délinquance » mais y a un lézard : ils ne veulent pas devenir braqueurs, la violence les dégoûtant, ni dealers pour ne pas « empoisonner les gens avec de la came ». Qu’à cela ne tienne, c’est au cambriolage anarchisant à la Georges Darien qu’ils vont s’initier en ne s’en prenant qu’aux coffiots des « plein-de-truffe ». Court essai canon Le retour, à La Découverte, avec une nouvelle préface qui s’imposait, de Rien n’est sacré, tout peut se dire (2003) de l’ex-situ belge Raoul Vaneigem, une des meilleures charges existantes contre les multiples visages de la censure. Pour Vaneigem, comme pour un Jean Bricmont, c’est clair et net comme raclette, la liberté d’expression ne peut souffrir aucune limitation, qu’elle soit politique, morale ou juridique. « Les opinions – même les plus odieuses, les plus répugnantes, les plus hostiles à la liberté – ne doivent redouter ni censure ni sanctions. » Mais attention, tant que ce ne sont que des opinions, souligne bien Vaneigem. Et de préciser à l’heure du massacre de Charlie et du passage ahurissant du co-auteur (Robert Ménard) de Rien n’est sacré… à l’extrême droite : « Tolérance pour toutes les opinions, intolérance pour tout acte d’inhumanité. » Bédés pétroleuses Un comic strip et un illustré  féministes tout à fait au poil (c’est rare !). Journal d’une femen de Dufranne et Lefebvre (Le Lombard) qui relate de façon très documentée comment de nos jours on devient une redoutable amazone du désordre. Et La Reconstitution (Actes Sud/L’An2), l’autobiographie hyperbandante de la bédéiste-agitatrice issue de Charlie mensuel Chantal Montellier, laquelle, lorsqu’on lui demandait avant 68 ce qu’elle voulait faire plus tard, répondait fort sérieusement : « peintre maudit ». Roman sacripant Frigoussé par un prof à l’IHECS/Bruxelles étrangement facétieux, Jean Lemaître, La Révolte des Gilles de Binche (Audace/La Roulotte théâtrale), dotée d’une splendide couverture à l’huile de vitriol du compère Serge Poliart, annonce la couleur en se plaçant sous le parrainage du surréaliste pyromanesque Achille Chavée (« Il ne faut jamais ternir sa mauvaise réputation ») et en conviant d’entrée de jeu ses lecteurs à redevenir des petits garnements déchaînés narguant l’esprit de sérieux et toutes les liturgies. Livre de cinéma explosif Collaboration du chercheur à l’université d’Harvard Ben Urwand (Bayard) est une bombe. Car il dévoile la vraie raison pour laquelle les studios hollywoodiens n’ont quasiment pas produit entre 1933 et 1941 de films hostiles au régime nazi, et ont tu leur gueule à propos du sort réservé aux Juifs d’Europe. L’explication, c’est que pendant cette période un pacte secret avait été conclu entre Hitler et les big boss d’Hollywood prêts à tout pour conserver la maîtrise du marché du film en Allemagne. Livre d’art scandaleux Les éditions Allia ressuscitent les exceptionnels Entretiens avec Pierre Cabanne de Marcel Duchamp qui eurent lieu en 1966 deux ans avant que celui-ci ne casse son porte-bouteilles. L’artiste y avoue que, pour lui, « travailler pour vivre est un peu imbécile », qu’il chérit « son fonds de paresse énorme » personnelle, qu’il ne croit pas « à la fonction créatrice de l’artiste qui est un homme comme les autres », que « nous sommes tous, en fait, des artisans », que de toute façon « un tableau qui ne choque pas n’en vaut pas la peine », que « sa meilleure œuvre a été l’emploi de son temps », que d’ailleurs « chaque seconde, chaque respiration est une œuvre ». Et ça continue sur ce ton mordicant et revenu de tout qui est lui-même une œuvre.

Le 18 septembre 2012 à 09:17

Faire rire le velours

La hantise des gens de spectacle, qu'ils soient sur la scène ou dans les coulisses, est de faire rire le velours. Autrement dit, de jouer devant une salle quasiment vide. Le velours dont il s'agit est celui des fauteuils. En effet, un théâtre à l'italienne, quand il n'est ni une cathédrale de béton ni un paquebot mais une bonbonnière, est rouge et or : l'or du bois et des stucs des balcons et des corbeilles, avec angelots joufflus et fessus, guirlandes de fleurs, femmes nues, cariatides ; le rouge du velours des fauteuils, un rouge spécial d'ailleurs appelé rouge-théâtre. Ce rouge fut choisi par Napoléon, qui voulait se démarquer ainsi des théâtres de l'Ancien Régime, le bleu étant la couleur des Royalistes et des théâtres de cour. Voyez celui de Marie-Antoinette à Versailles. Selon les propres dires du petit caporal, le rouge rendrait les femmes plus belles- comme des fleurs dans une corbeille – en ravivant leur teint. Plus prosaïquement, les éclairagistes contemporains considèrent que le rouge sait jouer avec la lumière. Et, comme le remarquait Georgio Strehler : « le rouge, c'est la seule couleur qui, lorsqu'on éteint la lumière, devient une couleur chaude. » L'expression faire rire le velours présente une variante : jouer pour (ou devant) les banquettes. Ces banquettes renvoyant, vraisemblablement, à celles des bouis-bouis, des petits théâtres de dernière catégorie et non aux banquettes de la scène classique, appelées banquettes des gentilshommes. Celles que le succès du Cid de Corneille, en janvier 1637, avait fait placer... sur la scène. Et qui réduisaient sensiblement l'espace scénique. Si les banquettes des bouis-bouis n'étaient pas confortables, celles des gens de bel air, installées sur le théâtre et payées très cher ne devaient pas l'être davantage : c'était des chaises paillées. Ce n'est que plus d'un siècle plus tard que, grâce à l'intervention du Comte de Lauraguais, cet inconvénient des banquettes sur le théâtre, a pu disparaître. Que ce soit faire rire le velours ou faire rigoler les banquettes, il s'agit toujours d'une manifestation de vie. Si un fauteuil vide est, dans l'argot des coulisses, un mort, les expressions, elles, sont plus toniques. Le théâtre n'est-il pas un spectacle vivant, quoi qu'il en soit ? Et pour désamorcer l'angoisse de la salle vide, un conseil de coulisses : « Venez armés, l'endroit est désert ! »

Le 29 avril 2010 à 18:35

Damien Glez

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (3)

Parfois, pour se défendre, rien ne vaut un bon dictionnaire. Non pour balancer un pavé de 3,2 kilos à la tête de son adversaire –quoique- mais pour éviter la prison au titre d’offense au chef de l’Etat. Convoqué, en juillet 2006, par la justice pour un dessin représentant Blaise Compaoré, le président burkinabé, en footballeur (« je suis un bon buteur, je bute beaucoup ») Damien Glez, directeur de publication du Journal du jeudi, un hebdomadaire satirique communément appelé JJ au Burkina Faso, a dû sortir son thésaurus et argumenté sur la définition du verbe « buter » afin de ne pas se retrouver sur la touche. « Les subterfuges pour contourner la ‘’censure’’ sont ceux que la satire nous offre : les détours verbaux, difficilement attaquables devant la justice, et les biais graphiques parmi lesquels les ombres "disant" ce qu'on ne peut représenter qu'en filigrane », témoigne ce dessinateur-éditorialiste de 43 ans au parcours atypique. Né à Nancy, diplômé d’une grande école, il est devenu citoyen burkinabé après avoir effectué son service militaire comme coopérant. Une vraie histoire d’amour pour ce pays et le dessin de presse qui, en Afrique plus qu’ailleurs, contribue avec vitalité et insolence à la culture démocratique et sert de moyen d’information à la population. « Nous exerçons dans un cadre institutionnel plutôt satisfaisant », estime Damien Glez, rappelant toutefois que l’ancien collaborateur de JJ, le journaliste Norbert Zongo a été tué en 1998 vraisemblablement pour des motifs politiques. Le tollé populaire soulevé par son assassinat a servi de leçon. « L'abus de pouvoir laisse peu à peu la place à la régulation du Conseil supérieur de la Communication. » Cette instance n’est intervenue qu’une fois, à la vue d’une illustration d’une affaire de « magie noire » selon laquelle certains individus détenaient le pouvoir de faire disparaître le sexe des personnes auxquels ils serraient la main. Difficile, dans ce cas, de ne pas montrer les organes génitaux. Or, au Burkina Faso, « les sujets les plus épineux sont le sexe en raison de la très prude culture sahélienne et la religion », raconte le caricaturiste qui collabore, par ailleurs, à de nombreux titres de presse, aussi bien en Afrique, en Europe qu’aux Etats-Unis. Deux de ses dessins ont été boycottés la même semaine pour hypersensibilité religieuse, l’un sur la charia en Somalie destiné à un journal panafricain, l’autre sur Benoît XVI commandé par un magazine italien. Qu’importe. Concernant le petit monde de l’au-delà, Damien Glez s’en donne à cœur joie avec Divine Comédie (www.glez.org), son comic strip qui met en scène Lord, un rabat-joie chenu, et Pete, l’espiègle gardien du Paradis et gestionnaire des conflits de ses pensionnaires. Pas de doute, Damien Glez vise juste. En matière de dessin, sa maîtrise du lob, sa technique du coup franc font de lui un redoutable… buteur.

Le 21 décembre 2011 à 12:13

Viktor Orban reprend sa fréquence à Klubradio, la seule radio d'opposition

Carte postale de Hongrie

Le site du Monde.fr nous apprend que l'unique radio d'opposition en Hongrie, Klubradio, a perdu sa fréquence après une décision du Conseil des médias, proche du gouvernement conservateur de Viktor Orban, a annoncé son directeur mardi 20 décembre au soir, à Budapest. "Je n'en reviens pas, je n'aurais jamais cru qu'une radio qui existe depuis dix ans, écoutée par un demi-million de personnes, puisse être traitée de telle sorte", a déclaré Andras Arato, directeur de Klubradio, dans une interview accordée dans la soirée à la chaîne de télévision commerciale ATV. Comme je vous en parlais en juillet dernier, la même Autorité de répartition des fréquences avait contraint la chaîne d'info à devenir musicale, pour qu'elle se taise. Ce à quoi la chaîne avait répliqué en chantant les news :En Hongrie l'autocrate Viktor Orban a muselé la presse d'une manière radicale : désormais journaux, télévisions et radios devront présenter un point de vue univoque, décalqué sur celui de l'agence de presse centrale – à sa botte.Mais Klubradio, une station d'info et de débats indépendante et très écoutée, résiste. Pour la museler, L'Autorité de répartition des fréquences vient de la contraindre à devenir musicale. Réplique immédiate de la station : les news en chantant.C'est la proposition qu'a faite à l'antenne Gyuri Kozma, caricaturiste politique, auteur d'une anthologie des cabarets hongrois, professeur de philosophie à l'université juive et vice-cantor dans une synagogue de Budapest.Klubradio : Tu proposes qu'on chante les news ?Gyuri Kozma (il chante) : Oui, il faut s'adapter à la situation politique Et si le gouvernement veut que Klubradio Devienne une station musicaleAlors il faut chanter au lieu de parler :Dans ce pays joyeuxLes membres de l'opposition joyeuseVont chanter joyeusementA l'heure des infos joyeusesKlubradio :Le pouvoir espère que Klubradio ne parviendra pas à respecter ces nouveaux quotas et qu'ensuite ils pourront fermer la station…Gyuri Kozma (chante) :Justement nous voilàOn va respecter leurs quotas!On peut très bien s'il le fautSe mettre à chanter les infos :Les Grecs vont se ramasser.Les Allemands seront détestés.Mais personne cette annéeNe quittera la zone Euro.Klubradio :Gyuri, peux-tu chanter la visite en Hongrie du chef du gouvernement chinois ?Gyuri Kozma (chante) :Josef Szajer et Gergely GulyasDeux députés membres de la majoritéOnt jugé inacceptable que l'OfficeDe l'immigration et de l'Identité NationaleAit convoqué tous les Tibétains de HongrieAvant la visite de la délégation de Pékin."La liberté de rassemblement est un droit primordial",Ont protesté les deux députés de la majoritéJosef Sajer et Gergely Gulyas.Klubradio :Et quelle a été la réaction de Viktor Orban après ça ?Gyuri Kozma (chante) :Viktor Orban a dit : "Bien sûr on peut manifester,  Mais je compte sur…"Klubradio :Attends tu ne changes pas de mélodie ? C'est quand même Orban qui parle !Gyuri Kozma (chante) :Est-ce que les présentateurs changent de ton quand ils citent des points de vue différents ? Moi je ne sais pas d'avance ce que je vais lire ! Mais bon pour toi je vais changer de tonalité…(il chante)"Bien sûr on peut manifester, Mais je compte sur les manifestantsLes objectifs de notre diplomatieNe doivent pas être compromis!"A dit au Parlement Viktor Orban Avant de la visite de la délégation de Pékin"On peut exprimer ses opinionsSans faire de scandale ni mettre le boxonCar la Hongrie a besoin de ces relations"A dit au Parlement Viktor Orban"Ces rencontres au sommetNe peuvent en aucun cas être dérangées"En collaboration avec notre chroniqueur de Gyugy (Hongrie) Janos Xantus

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