Clémentine Mélois
Publié le 09/01/2015

J'écris ton nom


Une ironie douce amère, parfois un peu d'impertinence, des eaux dormantes qu'il vaut mieux ne pas agiter, de la tendresse et du mordant, un tout qu'il faut aborder lentement et laisser imprégner.

Sa page Facebook.

 

Plus de...

Clémentine Mélois

 ! 

Partager ce billet :

Tous les billets du dossier

À voir aussi

Le 7 juillet 2010 à 16:27

La rue mouvementée le matin et sans le plaisir de la tour Saint-Jacques droit devant soi

(Chose vue)

La rue mouvementée le matin est avec le plaisir de la tour Saint-Jacques droit devant soi. La tour Saint-Jacques, majestueuse et blanche, derrière à l’exact opposé. La rue est bruyante de tous côtés. Il faut être vite dans la vie de la ville ce matin. D’abord un café le coude sur le comptoir, une winston for winners et se souvenir de cet homme qui parlait des musiques qu’il écrit, de la difficulté de plus en plus d’être sur la scène et sous les feux des projecteurs. Il enviait la solitude, être à sa table, et le face à face avec l’écran de l’ordinateur. J’enviais, un peu, l’émulation du groupe. L’instinct grégaire en berne, pour le dire comme ça. Le retour à la rue il fait plus froid peut-être et je suis comme à contre-courant. Disparaître ici, l’insatisfaction est un moteur. Pourquoi pas. Le col de la veste remonté haut, la tête dans les épaules et la main droite dans la poche du pantalon noir, les doigts jouent avec l’objet et le briquet. La femme et l’enfant s’avancent vers moi. La femme et l’enfant avec les rollers elles roulent vite sur le trottoir. L’écharpe de la femme virevolte pour ainsi dire et l’enfant tient la main de l’enfant, elle est encore endormie. Elles sont la main dans la main et filent sur le bitume, la femme sourit et l’enfant se tient les yeux mi-clos. Elles descendent la rue vers le centre de la ville, l’enfant se rapproche de la femme et enserre un peu sa taille, colle sa tête contre la hanche de la femme dont la main se pose sur sa tête.

Le 15 septembre 2010 à 14:40

Patron de la Culture, tiens bon !

Conseil Citoyen 9

Depuis longtemps déjà, patron dans la culture, Tu diriges pépère une grosse structure Vendant et achetant à tes alter egos Des spectacles souvent qualifiés d’inégaux, Mais que toi tu défends comme étant « Grand Public ». Ce dont se satisfont tes soutiens politiques.   Cette rentrée pourtant te voit le souffle court. La femme d’un copain qui travaille à la cour T’a laissé sous entendre en sortant d’un dîner Qu’on évoque en haut lieu de te déboulonner. Depuis tu ne dors plus. Mais pourquoi tant de haine ? Qui peut vouloir ta tête et ton beau CDN ? Sait-on que tu as dit de cette région centre Où tu as tes fonctions et qui t’accueille en chantre: « Ce centre national est vraiment dramatique » ? Ce bon mot aurait-il engendré la réplique ? Que faire ou bien que dire avant que l’on t’évince ? Comment retrouver l’ombre et l’oreille du Prince ?   Saches-le, pour entrer encore au ministère Le sésame a deux mots: Restrictions budgétaires ! Ainsi, pour tes acteurs, sous-traite à l’étranger Dans un pays bien pauvre et juste ravagé Par une pandémie ou un puissant séisme. Politiquement neutre et emprunt d’exotisme Ton acte humanitaire, engagé, philanthrope, T’offrira du crédit jusqu’aux fonds de l’Europe. Choisis des spécimens assez haut en couleurs, Quelques femmes jolies, sans être racoleur, De ces jeunes qui rêvent d’atterrir en France. Aller les dénicher te fera des vacances. Qu’ils sachent bien bouger et prendre l’éclairage. Le texte quant à lui sera, en sous-titrages, Une histoire du cru traduite à ta façon Dont tu encaisseras ainsi l’adaptation. Paie-les en défraiements, ils ne s’en plaindront pas Et seront même heureux de sauter les repas Et de glorieusement reprendre leur charter Avec ce qui chez-eux vaut un an de salaire. Veille bien cependant qu’aucun d’eux ne se pique De vouloir demander l’asile politique. Bien sûr que des copains te trouveront réac, Tu feras des jaloux au sein du Syndeac, Qu’importe, il faut durer et tu pourras peut-être Finir en commandeur et des arts et des lettres.

Le 19 juillet 2010 à 12:53

Sous Les Toits

Boulevard Magenta, 7e étage, 9m² mansardés jusqu’à la raie, pas de douche, robinet d’eau froide et chiottes sur le palier, 400 euros par mois. Si le soleil ne tape pas trop fort, jette un coup d’œil tout là-haut, dans l’arrondi de la toiture en taule, derrière chaque vasistas se planque un type en manque de tout. Toute la journée, il guette, sa petite radio à piles posée sur les genoux, il écoute les Grosses Têtes, les infos 15 fois par jour, il attend, il renifle, il tousse, il se marre, il dit merde, il roule sur son matelas, en écrase deux bonnes heures. Quant t’es pauvre, y’a pas grand-chose à branler, surtout à Paris. Marcher, s’asseoir sur un banc, lire deux, trois feuilles d’un journal, se rentrer, bouffer un cassoulet, descendre 3 litre d’un rouge dégueulasse, et basta. Tous les jours comme ça. Jusqu’à plus soif. Et rien en vue. Jamais. On était vendredi soir, mon voisin avait recouvert de merde les murs presque blancs des chiottes du palier, et la femme de ménage ne serait pas là avant mardi. J’ai cogné à sa porte. Il a ouvert en ticheurte calbute douteux. Il était raide. – Qu’est-ce tu me veux ? il a dit. – Pourquoi t’as fait ça ? j’ai demandé. – Pourquoi j’ai fait quoi ? il a dit. – Les chiottes, j’ai dit. – Si t’es pas content, c’est le même prix. Il m’a claqué la lourde à la gueule. Je suis retourné dans ma piaule en maudissant cet enfant de salaud. 30 ans qu’il vivait là, qu’il faisait la manche devant l’église de la gare de l’Est, ça lui donnait un certain pouvoir, quelques droits. J’ai ouvert une boutanche, me suis versé un verre, allumé une tige, et j’ai commencé à taper un poème à la machine à écrire histoire de passer le temps. Le temps d’être complètement raide. Le temps que tous les souvenirs bien vaseux me remontent à la surface, d’enclencher la radio. Et de chialer sur des musiques bien niaises.

Le 24 décembre 2015 à 07:38
Le 18 mars 2012 à 13:50

Les Belles-Soeurs : "Maudit cul, chus tannée de m'ner une maudite vie plate"

Le Rond-Point à l'heure du Québec version Michel Tremblay

« Chus tannée de m’ner une maudite vie plate ». Quarante ans après les "Belles-Soeurs" de Michel Tremblay, René Richard Cyr transforme la première pièce mythique du théâtre québecois en théâtre musical. Avec le compositeur Daniel Bélanger, il en fait un bouquet d’humanités et d’énergies flamboyantes. Triomphe outre-Atlantique par une fabuleuse troupe de bonnes femmes d’exception.Belles-Soeurs est une pièce qui par sa langue a bouleversé l’histoire du théâtre outre-atlantique, pensezvous qu’aujourd’hui elle puisse avoir le même impact ?La pièce de Tremblay en 1968 a bouleversé pour bien des raisons, bien sûr la langue québécoise y apparaissait pour la première fois sans fard ; la langue du peuple et de la rue, la langue des opprimés et des moins bien nantis prenait d’assaut la culture, mais au delà de cette ouverture, y apparaissaient 15 femmes qui portaient la réalité féminine et annonçaient la révolution féministe qui allait suivre. La pièce faisait aussi partie d’un mouvement d’identification nationale québécoise . Durant le même été, apparaissait également Robert Charlebois. C’était 1968 au Québec aussi.Michel Tremblay a-t-il été présent lors des répétitions et des représentations de la pièce ? Est-il intervenu ?J’ai eu la joie de mettre en scène à plusieurs reprises des pièces de Tremblay, j’ai aussi eu la chance d’interpréter en tant que comédien l’un de ses personnages, Hosanna. Il s’est au fil des ans développé une complicité entre nous. Michel nous a laissé les coudées franches à Daniel Bélanger et à moi afin que nous créions nos Belles-Soeurs. L’oeuvre originale est la pièce québécoise la plus jouée sur la planète, plus de 300 productions dans plus de 40 pays en plus de 20 langues, alors pour Tremblay, son texte adapté et mis en chansons représente aussi un nouveau souffle pour la pièce .Comment expliquez vous le succès de cette production au Québec et partout ailleurs ?Tout d’abord l’immense impact de voir 15 femmes entre 20 et 90 ans sur scène, battantes, vivantes, rieuses, émouvantes. Partout sur la planète, on peut les reconnaître comme nos femmes, nos mères, nos filles, nos tantes, nos voisines. Elles sont interprétées par des comédiennes aguerries, généreuses, parmi les meilleures du Québec. Et au delà du portrait brossé, l’histoire, la force du scénario sont aussi incroyablement riches. De plus, l’incroyable puissance que possède la musique et la voix chantée rendent ce spectacle festif, rassembleur.Les portraits de femmes de Michel Tremblay sont-ils toujours aussi percutants ?Les relations entre une mère et sa fille, entre la soeur rejetée et les autres, résignées, la femme seule, la veuve, la mal mariée, la fille mère, tous ces portraits traversent l’espace et le temps, c’est ce qui explique le succès de la pièce : ce miroir dressé sur la condition féminine devant l’éternel.La grande nouveauté de ce projet, c’est la musique : vous inscrivez-vous dans une tradition américaine du théâtre à la Broadway ?Soyons clairs, il ne s’agit pas d’une comédie musicale dans le sens américain, c’est un spectacle de théâtre musical, en alternant des scènes jouées et d’autres chantées. La structure de l’oeuvre initiale avec ses monologues et ses choeurs se prêtait d’emblée à une telle adaptation. Ce sont le sens et les mots qui portent la mise en scène et le spectacle.Que signifie pour vous, et pour Michel Tremblay, le retour des Belles-Soeurs en France, à quelques pas de l’Espace Cardin ?Je ne peux pas répondre pour Michel, mais pour moi et l’équipe de concepteurs et de comédiennes, notre présence au Rond-Point représente à n’en point douter une joie certaine, une juste fierté et un sentiment d’accomplissement. La culture québécoise fut longtemps perçue même chez nous à la remorque de la culture française, elle lui était assujettie et souffrait d’ un grand complexe d’infériorité, l’écriture de Tremblay entre autres s’est employée à réparer cet outrage à nos mots, notre réalité, notre unicité. Nous nous enorgueillissons qu’aujourd’hui, nos Belles-Soeurs à l’instar de bien d’autres artistes québécois soient présentes chez vous.Attention, elles débarquent !(propos recueillis par Pierre Notte)

Le 11 avril 2010
Le 3 juin 2012 à 09:04

La rayure et le grain de sable

Daniel Buren est un créateur estimable, qui incarne depuis des années et dans le monde entier, la figure de l’artiste géomètre et bâtisseur : objectif, pragmatique, sourd aux voix des émotions et de l’inconscient. Il arrive cependant que la belle apparence se fissure, et c’est le cas en ce moment où l’on entend Buren (notamment dans les dernières secondes de l’émission d'Arte 28 minutes du 10 mai 2012) asséner, avec l’aplomb d’un maçon, que la longueur des cartes bleues coïncide exactement avec la fameuse unité de mesure qui gouverne son travail depuis près d'un demi-siècle, soit 8,7 cm. Or non seulement cela est une impardonnable erreur de mesure, (chacun pouvant le vérifier, les cartes bleues ont une longueur de 8,56 cm : standard défini par la norme ISO 7810/ID-1 !) mais c’est surtout une grave faute de goût ! En effet, en soulignant une possible coïncidence entre une mesure dont on veut bien lui laisser la propriété, et celle qui se rencontre dans les poches d’une bonne moitié de nos contemporains, il réagit un peu comme le petit enfant qui s’émerveille d’être né le même jour que son idole, ou comme cet homme qui croyant aux astres, lit dans l’immensité cosmique un signe à lui seul adressé. Or Buren n’est ni un enfant, ni un crédule, et loin de lui, au contraire, la naïveté ou l’idéalisme.   Alors, que penser de cet écart, de cette approximation ? Qu’il serait devenu naïf ou crédule en vieillissant et perdrait de surcroît sa légendaire exactitude (N’oublions pas que cet homme aima tant la géométrie qu’il daigna se préoccuper du sort de quelques pauvres carrés Hermès…) ? Ou bien, à l’inverse, qu’il serait en train de lancer une opération visant à réclamer des royalties sur toutes les cartes bleues éditées (Mais alors ne risque-t-on pas de voir surgir le fantôme d’Yves Klein, ou au pire ses ayants droit, invoquant la propriété morale du bleu des susdites cartes) ?   Dans tous les cas, l’écart de 1,4 mm infligé à la vérité par Buren claque comme un avertissement : « Ne foutons plus les pieds à proximité des colonnes, arches, parasols, murs et autres empilements calculés par un individu qui s’accommode d’une telle marge d’erreur » : TOUT POURRAIT S’ECROULER !

Le 3 mars 2014 à 09:18

Le Professeur Pascal répond à vos questions

Peut-on vraiment désarmer un terroriste?

OUI. On peut vraiment désarmer un terroriste, à condition qu'il soit sympa et qu'il mange cinq fruits et légumes par jour. Seulement, un terroriste, ça ne se désarme facilement : il faut lui donner quelque chose en échange, sinon il s'excite comme un sale gosse à qui on prend son jouet. Par exemple, s'il accepte de rendre sa Kalachnikov, vous pouvez lui offrir un épluche-légumes pour marquer sa bonne volonté. Non, ne riez pas. Ma proposition est tout à fait sérieuse. Bien sûr, on me dira qu'il n'y a pas de rapport direct entre une Kalachnikov et un épluche-légumes. Et alors ? On peut tenter le coup, non ? Du reste, je remarque qu'on ne peut pas éplucher des carottes avec une Kalachnikov. La Kalachnikov nuit donc au bon équilibre alimentaire des terroristes, lesquels passent trop d'heures devant la télé à bouffer du pop-corn en attendant la prochaine opération. Sans compter qu'il s'agit d'une arme très bruyante qui provoque des dommages auditifs irréversibles chez ceux qui confondent l'art de la guerre avec le tir au pigeon. On le voit par ces exemples, l'épluche-légumes est l'alternative essentielle pour qui veut transformer un terroriste sympa en futur candidat à Top Chef. Le goût de la cuisine vient comme ça : on commence par éplucher les légumes entre deux actions sur le terrain, deux bombes à caser dans le métro, puis on prend goût aux carottes Vichy, au flan de courgettes, à la soupe au potiron? Avec un épluche-légumes dans la main, on devient meilleur. On devient humain.

Tous nos invités
Tous les dossiers

derniers podcasts

je m'abonne :   
La masterclass d'Elise Noiraud
Live • 16/04/2021
La masterclass de Patrick Timsit
Live • 16/04/2021
La masterclass de Lolita Chammah
Live • 16/04/2021
La masterclass de Tania de Montaigne
Live • 08/03/2021
La masterclass de Sara Giraudeau
Live • 08/03/2021
Tous les podcasts

ventscontraires sur Youtube

Découvrez la chaîne
La revue en ligne du Rond-Point
Auteurs maison   Vedettes etc.   Confs & Perfs   Archives   Tous les chroniqueurs
Les vidéos   Les sons   Les images   Les textes  Nous contacter   Presse
ventscontraires.net, revue en ligne, vous est proposée par le Théâtre du Rond-Point.
Site administré par
© 2014 - CC.Communication