Katja Kaufmann
Publié le 09/01/2015

Ensemble


On a fière allure
Avec nos têtes d'oiseaux tombés du nid
Un peu perdus un peu seuls
Un peu abîmés
Nos yeux embués rivés sur nos écrans
Horreur après horreur après horreur
Nous sommes tous un peu orphelins
Et orphelins nous nous redécouvrons frères et soeurs
Peuple de France et puis c'est tout
Notre responsabilité demain sera grande
Nous devrons rire au nez des cons
Unis, dressés à la face de l'abject
Ensemble
On a fière allure.
Née avec une cuillère en bisphénol A, un ordinateur et un modèle réduit de monster-truck dans la bouche, Katja Kaufmann voulait devenir Présidente. Mais elle est nulle en horticulture, alors maintenant elle vend des lessives. 

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Le 17 décembre 2015 à 10:05
Le 30 septembre 2015 à 08:52

J'arrête le Progrès !

J'ai décidé d'arrêter le Progrès ! A moi tout seul, c'est urgent, c'est une question de salubrité publique. Ils sont tant qui en parlent sans avoir jamais rien fait, eh bien moi, si ! L'idéal ce serait sans doute, m'avançant fièrement, lui barrant la route, de lui annoncer que, Progrès, au nom de la Loi je t'arrête ! Et si tu n'obtempères pas je ... Sauf qu'à procéder ainsi, je risque de le voir continuer tout droit, buté comme il est, sans ralentir, sans dévier d'un chouia, et je vais me faire renverser mais alors, grave ... Encore heureux si je ne me retrouve pas aplati, à même le macadam, par ce rouleau compresseur sans état d'âme, mais aplati comme on n'a pas idée, jusqu'à ne plus représenter qu'une sorte de, comment dire, film ? De film si parfaitement appliqué à la chaussée qu'il lui est, que je lui suis consubstantiel, et comme si de rien n'était, loin de s'être interrompu le trafic continue de plus belle, quand je dis de plus belle c'est que, m'est avis, ça roule mieux que jamais, tous les véhicules, à deux ou quatre roues ou davantage, sensiblement plus véloces grâce à moi, à mon revêtement, à mon film, lequel s'est propagé tout du long et jamais la circulation n'aura été aussi aisée, aussi fluide, sans parler des bruits de roulement qui sont, si je tends l'oreille, si j'en avais encore une pour la tendre, merveilleusement amortis. Et cela s'appelle, et je n'y suis pas pour rien, moi qui d'apparence ne suis plus grand chose, cela s'appelle le Progrès !

Le 12 juillet 2015 à 08:15

L'épouse, fée de la famille

Quelques perles tirées d'un Manuel scolaire d'Économie Domestique pour filles dans des écoles catholiques en 1960

FAITES EN SORTE QUE LE SOUPER SOIT PRÊT Préparez les choses à l'avance, le soir précédent s'il le faut, afin qu'un délicieux repas l'attende à son retour du travail. C'est une façon de lui faire savoir que vous avez pensé à lui et vous souciez de ses besoins. La plupart des hommes ont faim lorsqu'ils rentrent à la maison et la perspective d'un bon repas (particulièrement leur plat favori) fait partie de la chaleur nécessaire d'un accueil. SOYEZ PRÊTE Prenez quinze minutes pour vous reposer afin d'être détendue lorsqu'il rentre. Retouchez votre maquillage, mettez un ruban dans vos cheveux et soyez fraîche et avenante. Il a passé la journée en compagnie de gens surchargés de soucis et de travail. Soyez enjouée et un peu plus intéressante que ces derniers. Sa dure journée a besoin d'être égayée et c'est un de vos devoirs de faire en sorte qu'elle le soit. PENDANT LES MOIS LES PLUS FROIDS DE L'ANNÉE il vous faudra préparer et allumer un feu dans la cheminée, auprès duquel il puisse se détendre. Votre mari aura le sentiment d'avoir atteint un havre de repos et d'ordre et cela vous rendra également heureuse. En définitive veiller à son confort vous procurera une immense satisfaction personnelle. RÉDUISEZ TOUS LES BRUITS AU MINIMUM Au moment de son arrivée, éliminez tout bruit de machine à laver, séchoir à linge ou aspirateur. Essayez d'encourager les enfants à être calmes. Soyez heureuse de le voir. Accueillez-le avec un chaleureux sourire et montrez de la sincérité dans votre désir de lui plaire. ÉCOUTEZ-LE Il se peut que vous ayez une douzaine de choses importantes à lui dire, mais son arrivée à la maison n'est pas le moment opportun. Laissez-le parler d'abord, souvenez-vous que ses sujets de conversation sont plus importants que les vôtres. Faites en sorte que la soirée lui appartienne. NE VOUS PLAIGNEZ JAMAIS S'IL RENTRE TARD À LA MAISON Ou sort pour diner ou pour aller dans d'autres lieux de divertissement sans vous. Au contraire, essayez de faire en sorte que votre foyer soit un havre de paix, d'ordre et de tranquillité où votre mari puisse détendre son corps et son esprit.

Le 29 novembre 2014 à 09:03
Le 19 octobre 2010 à 22:58

"Oui, j'ai fait le plein de ma voiture avec difficulté."

Roselyne Bachelot, ministre de la Santé et des Sports, RMC, 18 octobre 2010

Malvenu cet aveu de Roselyne Bachelot, alors que ses collègues s’évertuaient à rassurer les Français victimes d’une « perception de rareté ». Mais comme tout un chacun, elle se doutait que cette grève dans les raffineries finirait par tourner vinaigre. Alors elle a obéi au principe de précaution. A moins qu’elle n’ait voulu mettre un terme au martyrologue attaché à son parcours ministériel. Pendant la Coupe du monde de football, c’est elle qui avait été désignée volontaire pour aller « débloquer » l’équipe de France en pleine insurrection sociale. Deux jours plus tard,  les « Bleus » se faisaient piteusement sortir de la compétititon par l’Afrique du Sud. Pas de chance pour Roselyne toujours ministre au mauvais moment. L’épidémie de grippe A, fin 2009, c’était déjà pour elle. Et elle a dû se faire piquer devant les caméras pour convaincre les Français des bienfaits civiques du vaccin. Pour rien. La pandémie s’est éteinte aussi vite qu’ont été asséchées les cuves, le week-end dernier. Déjà, en 2003, la canicule lui était tombée dessus. Encore heureux pas comme ministre de la Santé, mais de l’Ecologie. Faute de « Grenelle de l’environnement », elle a conseillé aux automobilistes de garer leur voiture à l’ombre. Histoire de ne pas trop tirer ensuite sur la clim’, prodigue en gaz à effets de serre. Bien sûr on s’est payé sa tête. Trop injuste. On ne l’y reprendrait donc plus, puisque la bagnole c’est chacun pour sa fiole.

Le 23 novembre 2011 à 08:39

« Il pèse désormais sur les socialistes le soupçon d'être du bois dont on fait les marionnettes »

Eva Joly, Le Monde, mercredi 23 novembre 2011.

Que l’on imagine Pinocchio, assis dans le bureau de la juge d’instruction Eva Joly : « Monsieur, je vous mets en examen pour recel d’arbres frauduleusement abattus par ceux qui vous manipulent. » Promue candidate des Verts, elle est restée implacable la dame aux binocles rouges. C’est tout le PS qui est frappé du même soupçon de boisitude. A part DSK peut-être, car il n’est pas de bois… Mais vaut mieux ne pas risquer de telles mauvaises plaisanteries devant Eva Joly, mère sévère qui flingue à tout va pour son retour de Baden-Baden. Et pan sur la « tambouille politicienne » de son propre parti qui aurait troqué 58 centrales nucléaires contre 60 circonscriptions législatives. Et toc sur l’ « archaïsme » de la bande à Holllande, et badaboum donc sur le PS qui a laissé approcher sans lui passer les menottes, le « lobby » Areva venu expliquer qu’on ne peut pas à la fois garder du nucléaire et le priver de carburant.  Pour François Hollande, présumé Gepetto de toute cette combinazione, ça va chauffer. Ma Dalton et Mélenchon font la paire pour lui faire la peau. La première en Castafiore décidée à sauver les bijoux de la famille écolo, le second en Capitaine Haddock qui injurie le « capitaire de pédalo » sans avoir jamais lui même navigué.  Avec des ennemis pareils, Sarkozy a-t-il encore besoin d’amis ?

Le 23 septembre 2011 à 08:39

De l'impitoyable engrenage du surf et autres légendes cosmiques

Je suis parti de Thomas Beecham, puis Grace Moore, une chanteuse qui a travaillé avec Beecham (je voulais voir une photo d'elle. Me suis dit "c'est surement une pin'up". On surfe avec ce qu'on a, et moi c'est souvent avec mes hormones). J'ai lu qu'elle était morte dans un accident d'avion en 47. Oh quel affreux destin, mourir si jeune ! Comme on sent bien ainsi l'œuvre de la Faucheuse ! J'ai voulu régler cette affaire d'accident d'avion, m'abîmer dans la contemplation de ces drames effroyables et compatir au sort de ces malheureuses victimes qui ont eu un jour si tragiquement rendez-vous avec l'acier de la mort. Morbide. J'ai tapé "accident avion 26 janvier 47", je pensais trouver des articles sur cet accident précis, des coupures de presse (Comme si, quoi ? Découvrir en Grace Moore l'amour perdu de ma vie ? Je n'aurais jamais dû m'abonner au "Journal de Mickey" en 1979. C'est cette maudite lecture qui m'a mis ce genre de rêves dans la tête). Paf ! "Chronologie de la musique populaire" où on apprend année après année, entre les dates de sortie des albums de Nolwenn Leroy et celles des retours sur scène d'Eddy Mitchell, celles des décès de nos plus importantes pop star... de l'antiquité à aujourd'hui. Je constate qu'en effet tout le monde a l'air de mourir un jour, qu'on soit moi ou Michael Jackson. Michael Jackson est mort !? Ca alors ! Ah ! Comme je me fais du mal à remuer le couteau dans ces bouquets de fleurs de sang séché ! Comme le temps passe ! Et quel salaud Mickey quand même ! Sais-tu que Michel Sardou est né d'un accident d'avion le 26 janvier 47 ? Franck Zappa, ce type m'a toujours intrigué, décédé en 1993. Je continue ma route qui me conduit de Zappa (via Nate Doog) à Varèse, compositeur français puis américain, né en 1883, pour qui Zappa éprouvait une grande vénération. On en oublie des gens sur la route quand même ! "Ionisation", zan ! "Amériques", zan ! Varèse, zan ! Ce type faisait de la musique électronique avant l'heure. 1928, respect ! Le Thérémin, incroyable ! Un instrument électronique inventé au début du XXème siècle par Léon Thérémin. Léon Thérémin, zan ! Lu ! Léon, avec qui Varèse espérait collaborer, s'en retourne en 1938, par nostalgie peut-être, dans son pays natal, la Russie. Il y travaillera avec Andrei Tupolev. Ah ! Ah ! Intéressant ! Je passe un long moment à écouter cette virtuose russe du Thérémin qu'est Lydia Kavina enchaîner des pots pourris à la con du "temps des cerises" à "l'internationale". Sordide. Lydia Kavina, zan ! Mais le Thérémin n'est pas le seul instrument de ce genre, il y a l'onde Martenot, 1928 aussi. Varèse aussi, encore. Maurice Martenot, zan ! Une heure. Thomas Bloch, l'instrumentiste. J'ai l'œil qui pend, l'oreille semi-liquide, je m'enfonce dans les hou ! et les zing ! de cet instrument pour neurasthéniques d'une autre planète. J'échoue sur le site de notre virtuose à nous, Jeanne Loriod, zan ! Fasciné de découvrir cette Grace Moore d'une autre dimension. La preuve que les vieilles filles embarquent aussi parfois dans les vaisseaux spatiaux. Zone 51 ? Crash d'un Ovni ? 1947 ? Oublié d'aller voir ça. L'onde Martenot est partout. Radiohead, Muse, Depeche Mode, FR3 (oui, Jeanne Loriod). Direction les compositeurs pour Onde (le petit nom de l'onde Martenot). Olivier Messiaen. Ca y est, l'étau mystique se resserre. Je renoue avec mon sujet. Olivier Messiaen, zan ! "Le Merle Noir" (pas écrit pour l'Onde) et "Dieu est parmi nous" (pareil, la vague de mon surf fait quelque fois des tourbillons). Quel étrange curé ce Messiaen quand même ! Comme Eminem. Eminem, zan ! Il y a certaines fois qui me paraissent incongrues. Eminem, genre "je t'encule mais Dieu me le rend bien". Comment ça marche ce truc ? je veux dire l'Onde. Je me tape la lecture du document technique de l'Ondéa, Onde Martelot réinventée en 2004 par une société française (les russes et les américains s'étaient cassé les dents sur le projet dans les années 70-80. Comme quoi, on est capable d'envoyer des fusées habitées dans l'espace et échouer dans la construction du matériel nécessaire à l'hypnose d'extraterrestres hystériques déguisés en professeur de musique et dont les doigts n'ont jamais tripoté autre chose que des clés de sol toutes molles). Là je crois que je me suis arrêté. Il commençait à faire très tard, ou très tôt. Grace Moore, insouciante, embarquait dans l'avion qui devait l'emmener de Copenhague à Carson City, Nevada, pour un récital. Elle y rejoignait son amant, le chef d'orchestre Thomas Beecham. A ce moment naissait Michel Sardou à qui la bonne fée Jeanne, qui avait dansé toute la nuit sur les musiques d'Olivier Messiaen, s'inclinant sur le berceau, de sa voix "venue d'ailleurs", proche de la scie musicale, promettait un destin mélodieux. Les étoiles émues par ce son familier commencèrent à s'ioniser. En huit minutes l'éruption produite dans le soleil (houuu ! Zing ! houuu !) atteignit la terre en Amérique. L'onde frappa un merle noir qui, désespéré, ses yeux devenus deux énormes et épouvantables cerises, se jeta contre l'avion de Moore. Les noyaux, mêlés aux pépins de l'oiseau, enrayèrent dramatiquement les ailes et les hélices de l'avion - instrument à vent si peu fiable au demeurant - dont la moitié du fuselage alla s'écraser comme une météorite dans le désert du Nevada et l'autre en pays communiste. Eh oui ! Le thérémin, jaloux, a de si longues plaintes !

Le 23 août 2010 à 18:00

« Que certaines voix de la gauche milliardaire aient du mal à le comprendre ne me trouble pas du tout, bien au contraire"

Brice Hortefeux, interview dans Le Monde, 21 août 2010.

Elle a fait son chemin, la « gauche caviar » d’antan. Le ministre de l’Intérieur doit avoir des dossiers  pour lui imputer un tel enrichissement.  Et en plus elle voudrait s’auréoler de bonne conscience face aux expulsions de Roms, aux déchéances de nationalité pour les voyous et à la taule pour les parents de voyous. Halte là ! M. Hortefeux, natif de Neuilly-sur-Seine et fils de banquier, ne va pas s’en laisser conter.  Il a l’oreille assez fine pour établir que ce sont seulement « certaines voix » qui la ramènent.  Donc une minorité, et la chasse aux minorités ça le connaît. Mais si l’on met Pierre Bergé hors concours, comment reconnaît-on la gauche chez milliardaires ? Parce qu’elle l’ouvrirait quand les autres la ferment ?  Les voix étaient pourtant rares, cet été, pour dénoncer l’adrénaline sécuritaire du Président.  Martine Aubry ? Elle a dû hériter de l’or de Bruxelles détourné par son père. Benoit Hamon ? Il est suspect avec un CV professionnel tenant sur un timbre poste mais une si grande disponibilité pour les médias. Ségolène Royal ? C’est tout trouvé : elle a fait son beurre caché dans le chabichou. Autant de présumés coupables contrastant avec l’innocent apolitisme des Liliane Bettancourt, Vincent  Bolloré, Martin Bouygue, François Pinault, et autres Martin Bouygues.  Quant à Brice Hortefeux, lui, il appartiendrait plutôt à la droite Hindenburg, celle qui ne manque pas d’air.  

Le 11 novembre 2014 à 07:52

L'expression "Tout est bien qui finit bien" ne s'appliquerait qu'à la fiction

Une enquête menée auprès de la fine fleur des scénaristes et auteurs de fiction français révèle que l’expression « Tout est bien qui finit bien » ne s’appliquerait pas au monde réel, mais serait plutôt un pur produit de leur imagination. Ils sont environ 1500 à avoir accepté de répondre aux questions de l’équipe de Dominique Meyre, Docteur en sciences du langage. Les résultats sont sans appels, puisque tous les auteurs affirment à l’unanimité avoir tout inventé lorsqu’il terminaient leurs oeuvres dans un « happy end ». « Mais bien sûr que tout est faux. Vous pensez vraiment que dans la réalité, les gentils s’en sortent et que le héros mal dans sa peau repart avec la belle qu’il convoitait depuis des années.  Réfléchissez un peu et ouvrez les yeux » explique Noémie Haddouche, scénariste pour la télévision. Un fantasme collectif Sceptiques sur leurs premiers résultats, les équipes du Docteur Meyre ont donc poussé leurs vérifications jusqu’à mettre le nez dans les histoires privées de plusieurs milliers de volontaires. Et là encore les chiffres parlent plus que les mots, puisque les chances de voir survenir une fin heureuse tomberaient à 11% dans la réalité. « Il faut arrêter avec ce fantasme généralisé qui consiste à penser tout le temps que les choses vont rentrer dans l’ordre avec le temps. Maintenant c’est établi » affirme le professeur. Dominique Meyre dit espérer que les conclusions de son étude pourront faire évoluer les mentalités. « Les raisons de ne plus espérer et de céder au fatalisme ne manquent pas, mais les gens continuent bêtement d’avoir foi en l’avenir. Cela est très préoccupant » explique-t-il en précisant vouloir proposer une signalétique particulière sur les œuvres de fiction, rappelant au lecteur ou au spectateur au moment du happy-end que toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite. La rédaction

Le 30 novembre 2014 à 08:36

Au secours les mots : Jean-Daniel Magnin défend "Vous savez..."

Délivrons les mots récupérés et dévoyés!

Parce que la langue est le lieu d'un champ de bataille idéologique, il faut s'occuper des mots dénaturés ou vidés de leur sens par les politiques et les médias. Klemperer Junior invite des auteurs à les réhabiliter. Et vous ? Sauvez un mot ou une expression ici. Je veux vous parler de cet insupportable "vous savez..." qui sort en rafale de la bouche des responsables politiques français sitôt qu'un journaliste fait mine de les pousser un tantinet dans un coin du ring. Vous voyez de quoi je parle ? De ces "vous savez..." répétitifs suivis d'expressions telles que :– "lorsqu'on est en charge de la représentation nationale…"– "on ne fait pas d'omelette sans casser les œufs…"– "être ministre c'est savoir prendre des décisions..."L'expression "vous savez...", traduction mécanique du "you know" anglo-saxon, cherche à établir une connivence factice entre l'énonciateur et son interlocuteur, sous l'apparence d'une soudaine introspection, d'une confidence imprévue. Le but étant évidemment de dire exactement le contraire de ce qui est énoncé : je vous dis que vous savez, mais en fait vous ne savez rien et moi seul qui parle sais.Le "vous savez..." dévoyé se dégaine lors des moments "de vérité" du débat ou de l'interview :– soit il signale qu'on va improviser, dans un grand afflux de sincérité, une réponse en fait préparée en amont pour parer une question piège attendue;– soit, lorsqu'on est réellement pris au dépourvu, plusieurs "vous savez..."  enfilés permettent de répondre du tac au tac tout en s'octroyant quelques précieuses secondes de réflexion (le "vous savez..." français en trois pieds apportant 50% plus de répit que le "you know" anglais). Si quelqu'un commence à vous lâcher d'un air sincère et pénétré "vous savez...", ne pensez pas que cela signifie "je sais que tu sais que je sais que tu sais...", non, c'est tout simplement qu'il est en train de vous prendre pour un con : Vous savez… planter des choux… à la mode à la mode… vous savez… planter des choux à la mode de chez nous... Traduction : seul le locuteur s'y connaît en plantage de choux ; le plantage de choux est une affaire trop sérieuse pour être confiée à des amateurs.On aurait pu traduire plus justement "you know" par  "voyez-vous", moins donneur de leçon, plus neutre. Mais plutôt que de sauver le "vous savez..." , je propose de l'utiliser comme un instrument de mesure : plus un responsable recourt au "vous savez...", plus on saura qu'il sent la mauvaise savonnette et les relents de chou farci. > D'autres mots sauvés sur ventscontraires > Jean-Daniel Magnin

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