Katja Kaufmann
Publié le 09/01/2015

Ensemble


On a fière allure
Avec nos têtes d'oiseaux tombés du nid
Un peu perdus un peu seuls
Un peu abîmés
Nos yeux embués rivés sur nos écrans
Horreur après horreur après horreur
Nous sommes tous un peu orphelins
Et orphelins nous nous redécouvrons frères et soeurs
Peuple de France et puis c'est tout
Notre responsabilité demain sera grande
Nous devrons rire au nez des cons
Unis, dressés à la face de l'abject
Ensemble
On a fière allure.
Née avec une cuillère en bisphénol A, un ordinateur et un modèle réduit de monster-truck dans la bouche, Katja Kaufmann voulait devenir Présidente. Mais elle est nulle en horticulture, alors maintenant elle vend des lessives. 

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Le 26 août 2013 à 09:56

L'objet du délire #6

Maintenant que les crèmes solaires sont remisées.

Maintenant que les crèmes solaires sont remisées au magasin des accessoires, maintenant que les plaies de l'été ont cicatrisé sur les peaux et dans les coeurs, maintenant que le souvenir du paradis des vacances, les belles journées à rien foutre, ont été pulvérisés par le géant gris du salariat ou de la précarité (sur l'autel d'une vie perdue à la gagner), il est temps de parler du slip de bain*. Sous ses airs bienheureux de cache-sexe pacifique, le slip de bain est un loup pour l'homme. Sur la plage, dans le panier, il attend son heure, patiemment, au milieu des seaux et des pelles, des Voici et des romans de Marc Lévy. On l'enfile. Il moule la bite quand on l'enfile le slip, mais dans sa vie de slip, il moule tout court. Comme Marc Lévy ? Non, comme les moules. Car les moules moulent sinon on aurait inventé un autre verbe, huîtrer, bigorner, craber, que sais-je, ce sont les moules qui moulent. Surtout les plus amères, celles qui s'ennuient sur leur rocher et ne trouvent plus aucun sel à leur vie de mer, comme le type à l'heure de la rentrée, celui qui justement moule sur son ordinateur, moins par flemme que par désespoir. Le slip de bain moule sans le spleen du bivalve ou du travailleur, il moule tranquille, décontracté de l'élastique, c'est un requin, une guêpe, un prédateur adapté, il survivra à la crise, il survivra à tout. Il attend le coucher du soleil pour attaquer. Il attend qu'on l'enlève, le slip, comme il a attendu qu'on l'enfile. Il est mouillé. Il attaque toujours mouillé. Une serviette complice se love autour des hanches de la victime. C'est l'embuscade. L'homme tient la serviette d'une main, et de l'autre, il tire sur son slip. Oui mais le slip s'enroule sur les chevilles et l'élastique se tend et le visage de l'homme aussi. Il titube l'homme, il sue. Il se bat. C'est sa vie tout ça. Mais le slip prend le dessus et croche sa dure morsure. Et quand la serviette tombe, car la serviette tombe toujours, le slip est noué aux chevilles, l'homme a l'air d'un pingouin et la famille hollandaise fait coucou.   * Le caleçon de bain est un slip qui ne dit pas son nom.

Le 19 novembre 2013 à 09:27

Médias inquiets : la France pourrait être en rupture de sondages avant la fin de l'année

Inquiétude dans toutes les rédactions françaises. Plusieurs experts estiment que les réserves de sondages pourraient atteindre leur limite d’ici la fin du mois, courant décembre pour d’autres. Une annonce qui plonge plusieurs journalistes dans l’inquiétude. L’explosion de sondages ces derniers jours va se payer chèrement, affirment les spécialistes. Selon ces derniers, la France sera en rupture de sondages avant la fin de l’année. « L’année 2013 a été particulièrement coûteuse en sondages, de tout type » explique Julie Thomas, de l’institut Louis-Harris. « Mariage pour tous, popularité du chef de l’État, météo, tous les sujets possibles ont été passés au crible du sondage ». Selon elle, les réserves de sondages ont tout simplement atteint leur limite et il faut attendre un peu avant que le stock se reconstitue. « Cela prendra des semaines, voire des mois, on ne sait pas ». Cette hypothèse plonge dans l’angoisse les rédactions de plusieurs journaux pour qui les sondages étaient devenus ces derniers temps leur principale source d’analyse et de commentaire. « Il faut qu’on réfléchisse à ce dont nous allons parler, ce que nous allons pouvoir analyser en nous passant de sondages » explique-t-on ainsi au Huffington Post qui a publié pas moins de deux sondages hier. « La chose va être compliquée mais pas impossible ». Une possibilité reste d’importer des sondages, mais le procédé est coûteux. « Les questions et réponses ne reflètent pas forcément ce qui se passe en France vu que les personnes qui répondent ne vivent pas en France, du coup, cela créé un décalage entre le but du sondage et la façon dont il est perçu » commente-t-on chez Ifop. L’autre option reste bien sûr de se passer totalement de sondages et de traiter l’actualité telle qu’elle est. « Est-ce que le lecteur est prêt pour ça ? » s’interroge-t-on. « Les gens sont habitués aux sondages. S’ils disparaissent du jour au lendemain, ils vont vouloir savoir pourquoi » explique un journaliste, qui note que l’absence provisoire de sondages dans la vie politique serait une excellente base pour un sondage. Le Gorafi Photo: Daft_Lion_Studio / iStock  

Le 11 décembre 2012 à 10:10

Faire le Grand Chabanais

C'est, de la part du public, manifester sa désapprobation devant un spectacle qui ne l'a pas satisfait. C'est, pour parler clairement, faire le bordel. Soit en proférant des huées, soit à la fin du XIXe siècle surtout en lançant sur la scène différents projectiles ; des tomates bien mûres, surtout. L'expression fait référence à un bordel de luxe, le Chabanais, situé au 12 de la rue Chabanais, à Paris, entre la Bibliothèque Nationale de la rue de Richelieu et la Comédie-Française. Ouvert en 1878, il était fréquenté par une clientèle de haut vol, en particulier par le prince de Galles. Là, il avait ses habitudes et son fauteuil surnommé l'Indiscret, destiné à des goûts raffinés. Cet accessoire n'était pas le seul ; il y avait aussi une baignoire. Edouard VII la faisait remplir avec du champagne ; des prostituées triées sur le volet, ses préférées, y prenaient un bain. Il buvait quelques verres de cette eau en compagnie de quelques amis. Cette baignoire en cuivre était très sophistiquée : un cygne aux ailes déployées était sculpté comme le sont les femmes aux seins arrogants, placées à la proue d'un navire. Elle fut vendue, en 1951, à un antiquaire parisien. Acquise à un prix fabuleux par des admirateurs de Salvador Dali, elle lui fut offerte, en 1972, alors qu'il demeurait à l'Hôtel Meurice. Il la fit garnir de fleurs et y fit installer un appareil téléphonique surmonté d'un immense récepteur. Autant dire qu'il ne partageait pas les passions d'Edouard VII. On ne doit pas au Chabanais seulement une manière de dire. Rendre visite au Président du Sénat s'employait, à la Belle Epoque, en guise d'excuse par un homme souhaitant cacher à son épouse, sous un prétexte professionnel, une escapade galante. Un équivalent, dans le vocabulaire du théâtre à : avoir un raccord à faire, être raccord. Autrement dit : mettre au point, à la dernière minute, le spectacle avant la représentation. Rendre visite au Président du Sénat figurait sur les documents officiels au moment de la visite de souverains. Entre la soirée de gala à l'Opéra et la réception à l'Hôtel de Ville, le chef du Protocole de l'Elysée prenait soin de prévoir, pour les plus audacieux, une visite au Chabanais qui, célèbre dans le monde entier, faisait partie du rayonnement français.

Le 22 décembre 2013 à 10:24

L'homme aux rubans verts

C'est ainsi que, en 1666, Molière appelle Alceste dans Le Misanthrope. Le vert était la couleur préférée de Moilère. Les inventaires après décès ont montré que là où il vivait avec Armande Béjart, la fille de Madeleine, la literie était verte, de même que les rideaux garnis de passementerie dorée et de soie verte. Tout y était vert et or. On peut donc supposer que la superstition liée au vert, dans un contexte théâtral, n'a pas une origine aussi lointaine que la tradition veut bien le dire. Même si, au Moyen-Âge, l'amateur qui interprétait le rôle du traitre Judas dans les Passions, portant un costume vert, était malmené à l'issue des représentations. En 1675, les affiches étaient vertes pour l'Hôtel de la rue Mazarine et le velours des théâtres était vert ou bleu au XVIIIe siècle. Ce n'est qu'au siècle suivant qu'un certain rouge fut privilégié, le rouge-théâtre. Il apparaît que c'est au XIXe siècle que la méfiance à l'égard du vert est née. Un comédien serait mort après avoir porté, à même la peau, un costume vert. Sous les effets conjugués de la transpiration et de l'oxyde de cuivre contenu dans la teinture verte, il serait mort par empoisonnement. En fait, le vert entre dans la symbolique théâtre. D'une part, le vert est la couleur du vampire, même si c'est un vert blême. De par le rythme même de leur profession, les comédiens sont des noctambules. Tels des vampires, ils sortent la nuit. Le matin, ils dorment ; l'après-midi, ils répètent ; le soir, ils jouent. Puis, ils s'en vont souper. D'autre part, le vert est la couleur de l'aléatoire. C'est une feutrine verte qui recouvre les tables de jeu. Et le théâtre, parce qu'il se donne en direct, n'échappe pas à ses aléas. On l'aura remarqué : les chirurgiens portent une blouse et une calotte vertes. Un vert qui tend, de plus en plus, vers le bleu, la chirurgie se percevant comme de moins en moins aléatoire. Le vert, prohibé sur une scène de théâtre, aurait donc des origines plus symboliques qu'événementielles. Quoi qu'il en soit, la méfiance demeure : le comédien Pierre Dux (1908-1990), qui fut l'administrateur de la Comédie-Française, ne supportait même pas un dossier vert dans son bureau. Lors d'une tournée, il serait allé jusqu'à faire repeindre les murs de la chambre d'hôtel qui lui avait été attribuée. Quand Le Misanthrope est donné, les rubans verts d'Alceste comme ceux des petits marquis sont rouges et jaunes. Quand Patrice Chéreau, en 1976, fait scandale avec sa mise en scène de La Tétralogie à Bayreuth, les sifflets sont, en partie, attribués au vert de la forêt du Siegfried, composée d'arbres prélevés dans la verdure de la Franconie. Est-ce par provocation et par superstition inversée que Bruno Coquatrix, le directeur de l'Olympia, n'hésitait pas à exhiber une veste verte ?

Le 30 octobre 2011 à 08:51

Méditations métaphysiques

Lancer sa chronique sur un site qui s’appelle Vents contraires et qui pose d’emblée la question « dans quel état sommes-nous ? » est tentant. Par contre mon prof de philo m’a toujours appris à analyser les termes d’un intitulé d’abord. Je ne tiens pas à prendre le risque de raconter n’importe quoi en public (ma mère peut lire l’article). J’ai donc décidé de le faire à la manière de Descartes, par moi-même, ne suivant que ma raison. Je trouve que ça donne une dimension supérieure à mon article (très manquante dans ceux que j’ai pu lire). Commençons. Un vent est pour moi un souffle, chaud généralement (ou tiède, c’est selon), dirigé vers l’extérieur, occasionné par le sujet dans l’intention (souvent clandestine) de soulager son intérieur. D’après mon expérience, il soulage, il est bénéfique. Dire qu’il est contraire, signifie que ce souffle ne se dirige plus vers l’extérieur comme sus cité, mais vers l’intérieur. Il remplit au lieu de vider. J’imagine que ce vent-là est nocif, il agresse. Il doit même parfois ballonner. Alors plusieurs dans ce genre, c’est l’implosion ! Vous posez ensuite la question « dans quel état sommes-nous ? ». Pas la peine ici d’analyser les termes de l’intitulé, le dernier des cons comprend ce que ça veut dire. Mais vous cherchez un état. J’en viens alors à ma conclusion. Vous essayez de nous dire que vous cherchez des chroniqueurs dans un état d’implosion. Celle qui arrive quand on nous en fout plein le cul. Tous ces vents contraires qu’on nous assène à n’en plus finir, la connerie, la barbarie, la couardise, le non-respect (et j’en passe…), vous nous offrez la possibilité de les lâcher chez vous, et avec humour en plus. C’est bien ça ? Eh bien laissez-moi vous dire que c’est avec plaisir ! Ça va péter ! (Merci Descartes et bonjour maman).

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