Katja Kaufmann
Publié le 09/01/2015

Ensemble


On a fière allure
Avec nos têtes d'oiseaux tombés du nid
Un peu perdus un peu seuls
Un peu abîmés
Nos yeux embués rivés sur nos écrans
Horreur après horreur après horreur
Nous sommes tous un peu orphelins
Et orphelins nous nous redécouvrons frères et soeurs
Peuple de France et puis c'est tout
Notre responsabilité demain sera grande
Nous devrons rire au nez des cons
Unis, dressés à la face de l'abject
Ensemble
On a fière allure.
Née avec une cuillère en bisphénol A, un ordinateur et un modèle réduit de monster-truck dans la bouche, Katja Kaufmann voulait devenir Présidente. Mais elle est nulle en horticulture, alors maintenant elle vend des lessives. 

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Le 27 avril 2011 à 15:13

Restons soudés

(Comme titre, j'avais aussi "caustique dans les prés")

On m'a dit « Pas mal, ta première chronique, mais la prochaine fois, il faudrait être plus caustique. » « Super », j'ai répondu, parce que j'ai des lettres. Avant de faire une semaine d'angoisse de la page blanche aiguë (j'ai essayé d'écrire en vert sur fond mauve, ça n'a pas aidé et j'ai eu un peu mal au coeur). Parce que pour un Suisse (je suis suisse, je ne sais pas si j'en avais parlé), ce n'est pas si évident d'être caustique, à cause de la neutralité, du calvinisme et des erreurs de traduction. En France, c'est beaucoup plus facile : on te refile une chronique et hop, tu parles de politique, tu balances tes vannes caustiques avec la verve d'un chacal et la faconde d'un narval, « Nicolas Sarkozy est petit », « Marine Le Pen est la fille de Jean-Marie Le Pen, qui est borgne », « Nicolas Hulot a présenté Ushuaia, comme le savon », c'est drôle, c'est efficace et avec un peu de chance, tu te fais renvoyer ou insulter par un autre chroniqueur et là, c'est le succès garanti. En Suisse, c'est plus compliqué, parce qu'avec la présidence tournante (oui, oui, comme le ping-pong), personne ne sait jamais trop qui est le Chef d'état. Le temps qu'on fasse une blague sur sa taille, ses dents ou ses cheveux (nous aussi, on a de fins analystes de la chose publique, tu crois quoi?), il a déjà cédé sa place. Et puis de toutes façons, le caustique, j'y touche pas trop, à cause de mon hypocondrie.

Le 21 mai 2012 à 08:46

L'Anachronique : Interlude ou coup de foudre à Villacoublay

> épisode précédent   Vous avez tous entendu parler de cette histoire au sujet du coup de tonnerre qui est venu frapper, en plein vol, l’avion du Président de la France réunifiée. Cette affaire méritait quelques éclaircissements, aussi j’ai mené ma petite enquête, sous le nom de code « soleil radieux sur l'aile du désir ». Ainsi, je puis vous affirmer que deux raisons principales — associées ou dissociées en fonction du régime politique en vigueur dans la communauté européenne — auraient participé au déroutement de l’aéroplane présidentiel. La première solution trouve ses fondements dans la géopolitique et les relations économiques entre la France et le pays de l’Oncle Sam. Pour synthétiser, le Président étatsunien aurait simulé une attaque à l’arme climatique et écologique sur l’un des trois turboréacteurs du Falcon de notre chef d’État, et ce, afin de lui montrer que les Américains restaient les maîtres du Monde et des vols financiers entre les différents systèmes bancaires de la planète, en dépit des zones de pressions diplomatiques.  La seconde solution donne le premier rôle à l'ex-dirigeant de la France. Ainsi, dans un petit coin sombre de l'Élysée, Nicolas S. (dont je dois taire le nom pour raisons inhérentes à la sécurité nationale) aurait préparé un rituel chamanique avec un aéronef en papier, une poupée à l’effigie du nouveau Président de la France (libre ou libérée ?) et une mèche de cheveux dérobée à la chancelière allemande Angela M.  À tous ces ingrédients, Monsieur S. aurait ajouté un cube de bouillon « magie noire » avec quelques incantations gutturales, et le tour aurait été joué ! Chers compatriotes, vous savez, désormais, qu'un avion peut en cacher un autre...

Le 31 mai 2011 à 12:00

«Je dois le confesser, le sujet était tellement tabou que nous n'avions pas osé mettre dans le programme la fin de la retraite à 60 ans »

François Fillon, conseil national UMP, 28 mai 2011

Un doigt d’honneur dans un gant de soie : cet aveu du premier ministre est injustement passé inaperçu. Il est assez rare qu’un politique en activité explique de la sorte à ses concitoyens comment ils ont été délibérément berlurés –  sur d’autres sites moins bien tenus que Ventscontraires on filerait une métaphore plus  osée–, en l’espèce une réforme des retraites qui prendra date comme un chef d’œuvre de non-promesse de campagne présidentielle, scrupuleusement respectée. Alors que se profile le terme des quinquennats respectifs de MM. Fillon à Matignon et Sarkozy à l’Elysée, il est légitime de se demander s’ils en ont encore en stock, de ces idées trop inflammables pour être laissées à portée d’infantiles électeurs. Néanmoins, au cours des dix mois à venir, un missile furtif de taille comparable, semble difficile à propulser. Même  s’il ne faut jurer de rien,  les esprits devraient plutôt déjà se tourner vers la prochaine campagne du président sortant en se livrant au jeu spéculatif : mais qu’est-ce qu’il peut bien nous cacher ? Pour pimenter, il n’est pas interdit d’étendre à ses concurrents l’exploration de cette autre dimension de la politique. Auquel cas la campagne prendrait des allures  de combat virtuel façon console Wii où, sans bouger de son salon, on débusque le félon. Ne resterait plus qu’à installer l’application vote en ligne. On y vient.

Le 2 mars 2011 à 08:00

L'oeuf et la poule

Question métaphysique

Qui de l'œuf ou de la poule est apparu le premier? Bien sûr, s'il fallait l'écouter, Darwin répondrait l'œuf. Heureusement, les replis des soutanes abritent des objections imparables. Il ne faut pas prêter l'oreille à Darwin. Et d'ailleurs, Darwin ne rend pas les oreilles qu'on lui prête. La bonne réponse à cette question métaphysique, l'unique, l'indiscutable réponse est… Dieu.Un jour, Dieu pondit un œuf. Et Dieu, examinant cet objet d'une forme parfaite, vit que cela était bon. Il s'interrogea longtemps, abîmé dans une profonde méditation, se priant lui-même de lui apporter la clé à ses interrogations : à quoi cela peut-il servir ? Il posa par-dessus son gros cul divin après l'avoir orné de plumes duveteuses. Une fantaisie qui lui prenait de temps en temps, les soirs où il se rendait au Lido. Il vit que cela était bon. Puis Dieu reprit sa réflexion. Après avoir créé la terre et les cieux, séparé la lumière des ténèbres, fait pousser les montagnes et les déserts de sable, après avoir inventé les océans et le pâté de lapin, Dieu n'avait plus rien à faire et s'emmerdait menu. Il s'abandonnait à la contemplation et cherchait à comprendre le sens des choses, même des plus futiles comme cet œuf. Vingt-et-un jours plus tard, la coquille de l'œuf se fendilla, un poussin naissait.Devant cet extraordinaire événement, Dieu pondit de nouveau un œuf. Il n'attendit pas vingt-et-un jours. Il inventa alors la mouillette. Et Dieu vit que cela était bon.

Le 21 décembre 2010 à 12:57

Laissez Noël en paix (réactualisé)

Conseil Citoyen 6

Nous voilà en décembre et ton moral en berne Face au jeu malicieux de ceux qui nous gouvernent Te fait conjecturer que pour le réveillon Tes rejetons n’auront ni cadeau ni bonbon, Que seuls de pauvres trous rempliront leurs chaussettes, Que tu n’auras pour feu que quelques allumettes Et que le seul sapin restant à décorer Ce sera ton cercueil et ses quatre poignées.   Arrête-là, veux-tu  et redresse la tête Surtout pour ce qui est de préparer les fêtes. Ne sais-tu pas, l’ami, que la nuit de Noël, Avec tous ses présents et sa bonne nouvelle,C’est l’arnaque du siècle et le baise couillon Le plus élaboré pour prendre ton pognon ? Si tu crains de sombrer au cœur de la tourmente Ne va pas te mêler aux masses consommantes. Il y a des moyens pour remplir une hotte Qui ne coûtent pas plus qu’une boîte de crottes.   Surtout pour ce qui est des tout petits enfants, Je veux parler de ceux qui ont moins de trois ans. Dis-toi bien que ceux-là ne savent pas du tout Si Noël est en mai, en décembre ou en août. C’est donc quand tu le veux, si tu veux bien le faire Et il en va de même à leur anniversaire. Et si pour eux quelqu’un te donne des étrennes Tu les mets dans ta poche et puis tu les fais tiennes.   A partir de trois ans et disons jusqu’à sept Si tu ne donnes rien, ils te feront la tête. Alors n’hésite-pas, vas-y le cœur en liesse, Rends leurs allègrement le menu de leur pièce ; Tableaux de grains de riz, cendriers de Saint-Jacques Poupées de mie de pain ou colliers de pâtes.   Pour les plus grands, ma foi, tout est dans l’emballage Et dans la marque aussi. Ce qu’il faut pour leur âge, C’est un logo connu qu’ils pourront exhiber. Dans ce goût tout est bon et rien n’est prohibé. Passe chez Emmaüs et pique une étiquette Recouds là bien en vue sur une autre liquette Et ne t’affole pas à cacher l’origine Grande marque ou chiffon tout est cousu en Chine.

Le 8 août 2013 à 07:58

Anne

Ma vie a changé, NOTRE vie a changé, depuis que notre petite Anne a fait cette annonce entre le gigot et le gâteau au yaourt : « Papa, Maman, j'ai quelque chose à vous dire ». Le temps s'est suspendu. Dehors un chien jappa. « Je suis catholique ». Nous lui avons dit : « Non mais ça va pas bien, petite connasse, tu ne pouvais pas être lesbienne comme tout le monde ? » mais rien n'y a fait. Nous n'avons plus aucun pouvoir. Nous l'avons même frappée avec un nerf-de-boeuf pour la première fois et rien. Son catholicisme fait comme une espèce de couenne qui la protège des coups. Elle lit du Josemaría Escrivá de Balaguer, porte des jupes à motifs Vichy et parle avec un air niais de sa virginité comme d'un trésor. Il fallait la voir avant. Elle ne se la racontait pas autant. Notre fille, elle avait un petit côté pute. Maintenant, elle porte une gaine et un col Claudine alors qu'elle s'appelle Anne et qu'elle a 16 ans. Elle dit aussi des choses atroces comme : « S'ils ont le Sida, c'est pour une bonne raison, faut pas se plaindre » ou « l'avortement, c'est la facilité des filles de mauvaise vie » ou encore « si on calomniait de la même façon les musulmans et les juifs, alors là oui hein, vous n'accepteriez pas ». Elle va se mettre au latin et votera pour le FN : elle est si cliché. Elle devient si prévisible qu'elle a accroché un poster de Christine Boutin sur un des murs de sa chambre.Je ne suis pas si certaine que notre fille soit devenue idiote du jour au lendemain, mais quand même. Anne nous parle de sa vérité comme s'il s'agissait de la seule possible. Elle nous dit : « C'est ma vérité et c'est la seule possible ». Puis elle rajoute : « Je suis comme ça, rien ne me changera ». Elle nous parle de la Bible, je lui rétorque que Simone de Beauvoir est la seule vérité possible et elle me répond que ça n'a strictement rien à voir. Elle me donne envie de vomir. Je voudrais échanger notre fille contre un Kinder Bueno. Mais plus que tout se pose la question de savoir ce que nous avons raté. Avons-nous été trop de gauche ? Anne est-elle allée si à gauche qu'elle a fini par faire un tour complet ? Une fois calmée, je lui ai dit qu'en soit, le catholicisme est plutôt une belle chose pour peu qu'on y croie, mais que son catholicisme à elle est puant. Elle s'est contentée de répondre : « je ne mangerai plus jamais de ton gigot et de ton gâteau au yaourt » puis : « je veux un serre-tête et un enfant blond : nous irons au parc et tout le monde nous enviera ». Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Nous l'avons tabassée, attachée, et nous l'avons enfermée dans la cave. Nous lui donnons à manger une soupe insipide avec des pâtes en forme de lettre pour la culture et du pain sec pour la forme. Nous ne l'appelons plus Anne mais « la Sale Catholique » et nous la montrons du doigt : « Tu n'es pas tolérante, vilaine !!! » et parfois même nous lui jetons des pierres dessus. Depuis, nous essayons mon mari et moi d'avoir une autre fille. Une fille qui soit telle que nous la voulons. Hier, nous avons reçu le faire-part de mariage d'une de nos amies d'enfance. « La cérémonie aura lieu à quatorze heure en l'Eglise de B. ». J'ai hurlé : « Chéri, sors les bombes lacrymo et les prospectus sur Marx, nous partons en Croisade !!!! ».

Le 3 août 2011 à 08:19
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