Colin
Publié le 12/01/2015

Charliberté


Son véritable talent ne sera vraiment reconnu qu'après sa mort.
(Et encore c'est pas sûr)

En attendant vous pouvez visiter son blog :
http://prisedetete.over-blog.org/

 

 

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Le 20 janvier 2015 à 10:00

La France découvre l'existence des journaux en papier et des kiosquiers

France – Plusieurs centaines de milliers de témoignages concordants confirment l’existence de petites boutiques qui vendraient des journaux en papier avec des informations imprimées dessus avec de l’encre. On soupçonnait leur existence, d’autres affirmaient qu’ils avaient disparu. Les kiosquiers ( /kjɔs.kje/ ) et les journaux en papier existent donc bel et bien. Et cette confirmation d’existence s’est propagée comme une traînée de poudre dans toute la France, entraînant des belles grosses queues devant les kiosquiers. Nombreuses et nombreux étaient celles et ceux qui voulaient de leurs yeux voir et toucher pour la première fois un papier imprimé ou simplement parler à un kiosquier ou un marchand de journaux. Marie, 21 ans, a acheté ainsi un journal en papier dans un kiosque, une petite boutique en verre installée sur une place et vendant plusieurs autres journaux, eux aussi tous en papier. « Je ne savais pas ce que c’était, c’est très doux au toucher » raconte la jeune femme, émue, en caressant le papier du journal. « Il n’avait plus Charlie Hebdo mais j’ai réussi à acheter d’autres journaux, c’est fou, je n’imaginais qu’il y avait autant de titres et de revues différentes » affirme-t-elle. Un jeune homme souligne quant à lui l’impact profond que pourraient avoir les journaux papiers. « C’est une incroyable avancée. On peut aujourd’hui imprimer des informations sur du papier et les vendre dans des boutiques. En plus le papier fait un joli bruit quand on tourne les pages » ajoute-t-il tout en faisant tourner une page lentement. Selon d’autres informations qui nous parviennent, il semblerait désormais à peu près certain que ces mêmes kiosquiers vendraient d’autres journaux en papier et cela tous les autres jours de l’année.

Le 12 janvier 2015 à 09:34

Ceux qui ont la gorge trop serrée

Que ceux qui défendent soudain la liberté d'expression laissent à ceux qui ont la gorge trop serrée la liberté de ne pas s'exprimer. La douleur n'est pas une matière enseignée sur les bancs de l'école, et personne ne nous a jamais appris à la dompter pour en faire un petit chaton trop mignon qu'il suffirait de caresser pour le calmer quand il est en colère ; chacun s'arrange toujours avec sa douleur du mieux qu'il le peut.  Il y en a qui ont besoin de parler, beaucoup, à toute vitesse, pour faire sortir ce mal qui les ronge de l'intérieur, pour fuir ce silence dont le gouffre s'ouvre sous leurs pieds et dans lequel ils ont peur de tomber. Il y en a qui ont besoin de prendre l'air, comme depuis que la douleur les en a privés ils n'arrivent plus à respirer ; ils marchent d'un pas aussi lourd que leur cœur dans le bois d'à côté, ils galopent autour d'un stade la nuit tombée en espérant qu'à force de tourner en rond ils arriveront à fabriquer une tornade qui aspirera leur mal-être. Il y en a qui ont besoin de laisser leur douleur sur le paillasson de l'entrée et de troquer leurs idées avec celles de leur voisin de palier ou celles de n'importe qui tant qu'elles sont sages et les laissent tranquilles, ils essayent d'en rire comme les lames de leur plancher sont déjà imbibées de leurs larmes trop salées, ils jouent à candy crush comme ils savent pourtant que les vies ne se cumulent pas que le monde n'est pas un gros bonbon rose, mais ils aimeraient pouvoir y croire encore un peu comme avant. Il y en a qui ont besoin de se taire et de tendre l'oreille pour écouter le silence derrière le brouhaha. Et depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne savent plus ce qui leur fait le plus mal. La barbarie de ces types remplis de haine qui ont confondu kalachnikov et crayon-mine, ou ces discours venimeux qui jaillissent de tous les côtés chaque minute. Et putain que c'est long une minute, depuis mercredi ; c'est des images choc des slogans qui claquent des gorges trop serrées qui craquent sous les draps et que le monde pointe du doigt parce qu'elles n'ont jamais appris à répandre leurs larmes sur le trottoir d'en bas. Et putain que c'est long une minute, depuis mercredi ; quand la minute de silence passée les langues se délient les cagoules valsent et que sous ce si bel élan de solidarité se faufile la haine d'une meute en pleine confusion. Et même si leur appartement reste propre à coup de troubles obsessionnels compulsifs et d'eau de javel, depuis mercredi ceux qui ont la gorge trop serrée passent pourtant toutes les minutes de leurs jours et de leurs nuits au-dessus de la cuvette des waters. Et si elles pouvaient parler les gorges trop serrées, elles hurleraient aussi fort que vous qu'elles ont mal, aussi mal que vous ; et elles tendraient leurs mains comme elles vous souhaiteraient pour cette nouvelle année de laisser votre haine désordonnée de côté, juste un instant celui d'apprendre à nous aimer avant de prononcer ces mots qu'on ne pense jamais vraiment quand c'est la colère qui les lâche en dérapant sur le verglas. Mais, depuis mercredi, ceux qui ont la gorge trop serrée ne parlent plus, comme ils ont perdu le sommeil les mots et leur bienveillance.

Le 20 septembre 2012 à 08:03
Le 22 janvier 2015 à 08:36
Le 13 novembre 2010 à 11:48

Ali Dilem

Dessinateurs et caricaturistes du monde entier (7)

Il paraît que Dilem est le nom d’un groupe parisien de rock funk et celui d’un distributeur de lunettes qui se vante d’avoir créé des branches interchangeables. Révolutionneront-ils dans les années à venir le milieu de la musique et de l’optique ? Dilem, le caricaturiste, fait aussi grand bruit. Et le fait est qu’avec lui on voit bien, on voit mieux. Ce qui est, on en conviendra, doublement avantageux. Il suffit pour s’en rendre compte de regarder le dessin quotidien qu’il livre au site de TV5 Monde. On emploie l’expression « croquer l’actualité » pour un dessinateur de presse. Lui la dépèce joyeusement, il en dissèque les abats et les examine pour nous en donner le meilleur morceau. En Algérie, il travaille pour un journal qui porte le beau nom de Liberté. Ali Dilem est né le 29 juin 1967 de parents kabyles à El-Harrach. A ses quarante-trois ans, il faudrait retrancher tout ce temps perdu sur les bancs du Palais de justice d’Alger pour une cinquantaine de procès en diffamation intentés par les autorités et les neuf ans de prison qu’il totalise depuis que ce diplômé des beaux-arts s’est lancé dans la satire. L’Etat a la main leste ? Lui, la dent dure, autre nom du devoir de vérité. Alors, cet artiste qui œuvre pour le pluralisme politique et les droits des femmes persévère. Contre Boutef, diminutif d’Abdelaziz Bouteflika, contre les intégristes, contre les groupes islamistes, contre la police politique, contre les généraux corrompus. Il a l’art des raccourcis qui sont des décapitations. « La majorité, c'est le général Toufik et l'opposition, c'est aussi le général Toufik. » Depuis 2001, des « amendements Dilem » introduits dans le Code pénal, prévoient une série de mesures, y compris la peine de prison ferme contre des journalistes qui offenseraient le président de la République ou les grands corps d’État (armée, justice…). En 2004, il a été condamné à mort par une fatwa répercutée par les mosquées de son pays. L’Etat d’un côté, les religieux de l’autre, c’est ce qu’on appelle être pris dans un tir croisé. Pourtant, pas de quoi le faire plier. En face, son arsenal ne pèse pas lourd à première vue. Il contient quoi ?, des feuilles blanches, un stylo auxquels il faut ajouter un talent tranchant, quelque chose d’explosif dans l’humour et le soutien du peuple, l’amour de ses admirateurs et les grands prix internationaux qui ont consacré sa plume corrosive et son courage citoyen. Ali Dilem a commencé sa carrière à l’Alger Républicain, qui était le journaliste où Albert Camus fit ses débuts de reporter en 1938 et où il dénonça la « Misère en Kabylie ». Il est aujourd’hui membre de la fondation Cartooning for Peace, fondée à l’initiative de l’ONU, qui organise des expositions et des conférences à travers le dans le monde. Dilem est donc bien plus rock et plus clairvoyant que ses homonymes. Faites du bruit avec lui ! Chaussez Dilem !

Le 18 mai 2011 à 08:50

Lettre à Lisa Bresner

Paris, le 11 mai 2011

Dans mon rêve cette nuit je vous voyais Lisa, resplendissante en robe du soir rouge de Chine. Vous montiez les marches à Cannes, tenant la main d'un jeune garçon en smoking, votre fils. Vous veniez présenter votre premier long métrage, en lice pour la palme d'or 2011. Vous aviez tenu tête à vos producteurs et distributeurs en imposant sur l'affiche, le titre du film en mandarin ! La jeune actrice qui incarnait à l'écran votre Lucette-Lulu-Lu-Lully-Lili de treize à dix-huit ans, cachait son joli minois derrière un éventail promotionnel décoré des fameux sept idéogrammes dont la signification allait être révélée au moment du générique.C'était un joli rêve. Vous ne monterez jamais les marches à Cannes, Lisa.C'est ce diable de Nabe qui m'a appris dans une seule ligne, à la fois, votre existence, et votre disparition volontaire et tragique à l'été 2007.Alors j'ai lu vos livres, enfin pas tous, pas encore. Il y en a beaucoup. J'ai lu quatre romans, un essai, une nouvelle, un livre pour enfants. Vous m’avez intriguée, étonnée. Je vous ai regardée, écoutée, admirée, aimée. Malgré votre jeunesse à jamais, vous laissez une œuvre singulière et magnifique, cohérente, comme achevée et ouverte à la fois.Vous avez trente ans ou à peine plus lorsque vous écrivez Pékin est mon jardin. C’est justement celui-là que vous avez écrit au Japon, non ? A Kyoto ? Décidément c’est un peu comme au collège quand vous récitiez des poèmes au cours de gym, et transcriviez un morceau pour flûte pendant un devoir sur table de français.Ce roman publié en 2003 chez Actes Sud est un tour de force poignant par lequel vous transformez l'histoire banale mais terrible d'une toute jeune fille trop sensible abandonnée par son papa, en fantaisie asiatique cruelle, en conte pour adultes, farfelu et poétique, à l'exact opposé de la mièvrerie pleurnicharde. Et pourtant...Dans un entretien radiophonique, vous avez raconté votre vrai premier voyage à Pékin. Vous aviez dix-huit ans, Lisa, tout comme votre héroïne de Pékin est mon jardin lorsqu'elle s'envole pour la Chine à la fin du roman. Vous disiez au journaliste la longue attente de ce moment-là, votre impatience, les efforts pour vous y préparer le plus sérieusement possible, et puis à peine arrivée là-bas, la catastrophe : on vous annonce la mort de votre père à Paris, dans des circonstances dramatiques. Votre retour, une enquête pénible et sans résultats. On ne retrouvera jamais les meurtriers. Dans Pékin, il y a la disparition volontaire d'un père, des énigmes à résoudre, un prince charmant chinois, une clef à trouver pour ouvrir un coffre à secrets, une éducation sentimentale et sexuelle surprenante avec pour décor l'arrière-cour d'une boutique de chinoiseries dans le treizième arrondissement de Paris. Il y a des rires, des fous-rire, et des larmes. Il y a une professeur de français pas comme les autres (Jeanne H. à qui vous dédiez votre livre), et une maman aimante et très attentionnée à sa manière. Mais il y a aussi, dans le livre et peut-être dans la vie, la chute mortelle d'un garçon aimé depuis un balcon voisin, la précocité, l’anorexie mentale, l’attirance pour le vide, le besoin d’écrire pour vivre.Lisa, pardon pour cette lettre indiscrète. On est indiscret quand on prétend vouloir comprendre l’incompréhensible.A vous relire, toujours, chère Lisa

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