La Régie
Publié le 12/01/2015

Et maintenant ?


Annonceurs, décomplexez-vous ! Frappez au cœur ces intellectuels égarés, baladés au gré des vents contraires. Le temps qu’ils consacrent à lire, à se cultiver, à tenter en vain de combler leur irrémédiable “besoin de consolation” assis dans les sièges pourpres et mous de la culture en regardant gesticuler des saltimbanques à moitié homosexuels, est la preuve d’un profond désir de consommation. Offrez-leur la chance de retrouver enfin les sentiers lumineux de la convoitise, et la douce sérénité de la possession.  

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Le 23 février 2013 à 08:26
Le 22 septembre 2011 à 08:00

Devenir caméléon

Pourquoi se battre ? Pourquoi faire des efforts ? Je crois que je ne vais plus bouger. Avec de la chance je vais finir par prendre la couleur de mon environnement. Je veux devenir un caméléon. Jusqu’à maintenant je me suis conduit comme si j’avais le pouvoir d’être un anti-caméléon : je voulais donner mes couleurs au monde. L’influencer, le changer, l’amender. Mais le monde est récalcitrant. C’est une lutte sans fin pour un résultat incertain. Alors il vaut mieux devenir comme le monde. Se fondre dans la masse. Ne plus bouger. Ne plus offrir sa fatigue et son énervement, ne plus sacrifier sa bonne humeur. C’était une erreur. Il faut se laisser couler. La noyade est la seule règle de vie valable. C’est à partir de ce moment que l’on peut agir, car on ne gaspille plus son énergie à tenter de rester à la surface. Se noyer, doucement, se laisser porter par les courants. On veut tout le temps prendre position et se tenir face à un monde monstrueux. Résister. Mais on est ignoré, souvent même écrasé. Nous ne changerons rien à la destruction de la planète et à la domination sociale. Nous avons passé des années à nous battre sans résultat. La lutte pour un monde meilleur nous abîme. Nos épuisements et nos cicatrices ne sont pas des victoires. Peut-être la solution est de devenir invisible. Parer les coups de l’éternelle déception, de la dureté, de la solitude, de l’incompréhension. Invisibles, non pas à nos yeux, mais aux yeux de ce qui nous opprime. Ne pas prendre le monde si sérieusement que l’on se croit obligé d’apparaître entièrement face à lui, et donc offert à ses coups. Il faudrait ne plus être honnête. Superbement mentir. Apprendre à faire disparaître des parties de nous-mêmes et les garder en secret. Les nouvelles révolutions seront menées par des hommes et des femmes qui sauront être des fantômes.

Le 5 août 2015 à 09:32

Invitation à jouir

Une experte à votre service

On me dit experte, on réclame à grands cris ma technicité. Jeanne Moreau a eu plus de mille amants, on l’admire. Je suis une femme inconnue, on apportera peut de crédit à mon expérience de petite salope. Être  travailleuse du sexe est un choix (une licence de philosophie, une maîtrise de sociologie, il me semble que je pourrais faire autre chose de ma vie…). Merci de ne pas mettre en accusation mon enfance, mon parcours. Le petit doigt dans le cul pendant la fellation impériale, ils raffolent. Grisélidis Réal en parle suffisamment dans son Carnet de bal d’une courtisane… Les hommes sont très ouverts à la multiplicité des pratiques sexuelles, il s’en trouve un grand nombre pour essayer stupidement de me faire (de vous faire (salut les filles ! !) exploser de plaisir par tous les moyens. Leur jouissance triste se limite bien souvent à l’exercice de leur puissance indexé à leur valorisation narcissique. A l’observation, ils ne savent pas jouir autrement. Combien de lecteurs de Vents Contraires (animateurs de la revues, auteurs) suivront mon conseil quand je les inviterais gentiment à expérimenter un massage prostatique pour qu’ils aient enfin une idée un peu sérieuse de ce que signifie un orgasme masculin ? Il y en aura davantage pour s’affirmer féministe, attentif au plaisir de l’autre. Blah blah et brouhaha reprennent place à ce moment même où vous finissez de lire ce texte. Je retourne travailler.

Le 19 mai 2012 à 08:42

Les passants

Yves-Noël Genod : exercice d'admiration numéro 3

> premier épisode         > épisode suivant Yves-Noël trouve que mes chroniques ne vont pas, qu'elles sont surracontées, qu'il y a un problème avec le fait de nommer les acteurs. Yves-Noël fait sa Pina, sa diva, queue j'aime quand il fait sa Pina, en ce jour d'ascension. Yves-Noël préférerait que je d'écrive sans décrire, il me dit que quand les acteurs sont "bien" sur le plateau, ils sont n'importe qui, des passants. Je suis d'accord, je comprends et en même temps c'est compliqué. Les acteurs d'Yves-Noël, je les aime tant, comment les passer sous silence ? Marlène Saldana, rien qu'en écrivant Marlène Saldana, j'ai l'impression d'en dire tant sur Marlène Saldana. Je crois que jamais je ne pourrai saisir tout ce qui surgit sur ce plateau d'Yves-Noël Genod, c'est trop vaste. Alors je saisis des trucs au vol, des bribes, des confettis. J'espère pour Yves-Noël que je ne saisis rien au viol. Le théâtre d'Yves-Noël n'est plus, n'est pas cet espace délimité dans le temps et dans l'espace (justement) que l'on voit partout. Les acteurs d'Yves-Noël viennent de la rue, traversent le plateau et s'en retournent à la rue. Le spectacle a commencé bien avant la réprésentation, il a commencé dans la vie de chaque acteur, à la naissance de chaque acteur, de même il se prolonge dehors, dans la rue, le soir, la nuit, le jour, dans la vie de chaque acteur, dans son futur, dans son lit, jusqu'à la mort de chaque acteur. Pour les acteurs, je vais adopter une solution nouvelle : je vais dire Il et Elle. Bien sûr, derrière "Il" il y aura machin ou machin, derrière "Elle" il y aura bidule et bidule. Faut donc imaginer un "Il" pluriel et neutre, de la même façon un "Elle" neutre et plurielle. Idem pour Yves-Noël, je dirai "Il". Désormais mes chroniques seront pleines d'îles, pleines d'ailes. Et autant en emporte le vent. Le vent. L'amour, l'argent, le vent, comme le chante Barbara Carlotti. Point de vent aujourd'hui. Peu d'amour, pas du tout d'argent. Aujourd'hui c'est calme et laconique. "Avec l'argent tout est possible." "Le verbe acheter remplacera-t-il le verbe aimer ?" Elle se frotte les cheveux avec de la paille. C'est le moment du shampoing à la paille. Son portable sonne, elle s'en amuse. Elle porte une brassée d'herbes coupées comme on porte un enfant. Je pense à Rousseau. Le Rousseau de l'Emile ou De l'Education. Pauvre Jean-Jacques que l'on a tant emmerdé. Jean-Jacques qui savait si bien éduquer les enfants, lui qui avait abandonné les siens. "Journée de bonheur, hallucinant de bonheur. Le secret vermillon." "Rien n'est trop beau. Pour vous." Rousseau encore : Il faut cheminer dans la nature, c'est là qu'on grandit. "Quelle imposture, le futur." "Nouveau jour de vie, la Tour Eiffel." De la végétation a pris place dans les cheveux de l'actrice. "Terre d'ombre, Véronèse." "Le bonheur ? Pas difficile du tout. Pas d'effort. Pas le moindre effort." Une marche de la nature. La poule est d'accord. Elle caquette un oui massif. Le développement de l'humanité. Toute de rose vêtue, la petite fille fait une apparition. "Hi, Kitty, hello Kitty, how are you ?" La mère et l'enfant se disent des secrets. Des secrets ou des explications. "Capital bonheur. La minute idéale." Es-tu passé par Ermenonville ? "Qu'est ce que c'est, le bonheur ? Le bonheur, comme un parfum. " "Gagner 10 % à chaque instant." 10 % sur le temps, 10 % sur la mort, 10 % sur l'espace. 10 % de bonheur. En plus. La petite fille a des jeux interdits avec les oiseaux. 1789 / 2012, c'est pareil, c'est du pareil au même. Le Rond-Point et le Hameau, même combat. Versailles, Champs-Elysées Clémenceau. Marie-Antoinette is still alive. A cour, à jardin, à la Cour, dans le jardin. Les courtisans, les jardiniers, des passants. Une passante du Sans-Souci, qui passe. "Acheter, triomphe." "Un nouveau bonheur. Un tout petit bonheur." "Don't forget, little girl, it is not just a garden here. You have to organize, delicatly, play with your hands." Play it like Partage de midi. Just like that. It's easy. "Do you know this flower ? Do you know the name ? It is called "Forget me not". "Là-bas, il y a quelque chose." Si. C'est si joli, qu'ils disent. "Que ne se suicident-ils pas, tous ces prédicateurs de la lune ?" Elle saupoudre de la paille. "Non merci, pas de ministre." "Les expositions de peinture, finies." "Ici, la nuit éternelle, le noir." Et comme dit Gilles Clément : On va mettre le sauvage, la mauvaise herbe, dans le jardin. On va le faire. Pourquoi se gêner ? Du sauvage, du réel et de la mauvaise herbe. Dans le jardin. On va semer, asperger, planter. Dans le texte, aussi.

Le 10 février 2015 à 09:47
Le 13 septembre 2014 à 08:39
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